Texte du jour

3° lecture Dimanche de la 17ème semaine du Temps Ordinaire – A



Matthieu 13, 44-52

La parabole de la perle

Saint Augustin

Sermon 37, 3, OC 16, p. 185s

          Je veux dans la mesure de mon pouvoir et du vôtre, dans la mesure de ma crainte et de celle que vous devez concevoir au sujet de la perle fine et de toutes les pierres précieuses, vous confier une pensée. Il y a dans l’Eglise des pierres précieuses : ce sont les hommes doctes, pleins de science, d’éloquence, riches de doctrine et remplis de la connaissance de la Loi.

Mais parmi ces pierres précieuses, il en est qui, malgré leur éloquence, malgré leur intelligence, et même malgré leur doctrine ont cessé de faire partie des ornements de cette femme forte qu’est l’Eglise. Toute pierre précieuse qui ne sert point à l’ornement de l’Eglise reste cachée. Et que devient une pierre précieuse détachée des ornements de cette femme qu’est l’Eglise ? Elle tombe dans l’obscurité. Oui, en quelque lieu que soit tombée une telle pierre, elle est cachée dans les ténèbres. Elle devait, pour briller, rester attachée à cette femme, l’Eglise, continuer à faire partie de sa parure. Je le dirai sans crainte : si on donne à ces pierres le nom de précieuses, c’est qu’elles valent cher ; mais elles s’avilissent et perdent leur prix en perdant la charité.

Que celui, qui s’est éloigné de la femme forte, de l’Eglise, vante sa science, qu’il vante son éloquence, qu’il sache écouter une sage appréciation des vraies pierres précieuses de la femme forte, qu’il écoute un expert contemplant cette parure. Vantera-t-il encore son éloquence ? IL n’est plus une pierre précieuse, mais une pierre commune et grossière. Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, écrit saint Paul, si je n’ai pas la charité, je suis devenu comme un airain sonnant ou une cymbale retentissante. Cet homme n’est plus qu’une cymbale, il ne brille plus, il fait un peu de bruit. Négociateur du Royaume des Cieux, apprenez à connaître les pierreries : n’estimez que celles dont cette femme est ornée. Au-dessus de toutes les pierreries, elle fait elle-même l’ornement de sa parure.

2° lecture Dimanche de la 17ème semaine du Temps Ordinaire



Job 28, 1-28

Eloge de la Sagesse

Père Jean Radermakers

Dieu, Job et la Sagesse, p. 180

          L’homme possède une certaine expérience de la Sagesse. La première partie du poème décrit comment l’industrie des hommes est appelée à se déployer, grâce aux richesses que Dieu, dans sa souveraine Sagesse, a dissimulées dans l‘univers, afin de permettre à l’homme d’exercer sa sagacité et son savoir-faire. Il peut ainsi former sa liberté en exploitant la nature qui lui est soumise et dont il doit respecter la finalité.

          Vue du côté de l’homme, la sagesse apparaît avant tout comme un effort d’observation et d’intelligence du monde, pour le connaître, s’y adapter, et le maîtriser par l’habileté professionnelle, le savoir-vivre, la prudence et la rectitude morale. Son intelligence industrieuse est ainsi capable de mettre à jour les richesses cachées de l’univers. Grandeur de l’homme, affecté pourtant d’une carence congénitale : il ne maîtrise pas le sens de l’univers, car lui fait défaut la Sagesse inventive du Créateur.

          Alors la question surgit : d’où vient cette Sagesse dont l’homme ne possède qu’une modeste participation, juste assez pour utiliser adroitement son intelligence ? Le thème de la Sagesse divine inaccessible à l’homme se retrouve dans plusieurs livres de l’Ancien Testament. De cette Sagesse divine, l’homme ne peut en disposer à son gré ; elle lui demeure insondable, hors de portée. Les humains ne peuvent l’acquérir à force de travail ou de recherche. Elle n’est pas de l’ordre de la nature créée, et les richesses que l’habileté humaine permet d’extraire du sol ou de la mer ne pourraient la payer.

          Mais la Sagesse, d’où vient-elle ? L’œil du rapace, plus perçant que celui de l’homme, ne peut découvrir les richesses enfouies ; la Sagesse échappe à l’un comme à l’autre ! La Sagesse est dans les mains du Créateur ; lui seul en a le secret, et il a donné à la créature de pouvoir la percevoir et la reconnaître. La Sagesse est donc le privilège du Dieu Créateur, qui règle les saisons et provoque le tonnerre, signe aussi de la révélation de Dieu dans l’histoire.

          L’homme peut fouiller la nature jusqu’au cœur de l’atome, il reste impuissant à y atteindre Dieu par sa propre industrie : Dieu ne se découvre à l’homme que dans un acte de foi et d’humilité.

 

3° lecture Fête de saint Jacques



Matthieu 20, 20-28

Jacques

Saint Nicétas David

Sermon 5 : A la louange de saint Jacques, fils de Zébédée, PG 105, 85-100

          Jacques et Jean étaient frères, frères par le sang et frères dans la foi : tous deux fils de Zébédée sur la terre, tous deux fils de Dieu dans le ciel. Seuls, leur nom les distingue, car leur action les unit étroitement : égaux de cœur, égaux dans la grâce, égaux dans la force, et dans la familiarité avec Dieu. Unique est le Seigneur en qui  ils croient et qu’ils contemplent, qu’ils adorent et qu’ils servent, unique est leur appel, unique leur propos, unique leur espérance, unique leur baptême. Ils ont un seul sentiment dans la connaissance du Père, un seul sentiment dans l’amour du Fils unique et dans l’obéissance et la soumission à l’Esprit-Saint. C’est pourquoi l’un et l’autre sont appelés Fils du tonnerre par celui qui est la Vérité, car c’est dans un seul esprit qu’ils ont été préparés pour clamer la grande voix de l’Evangile.

          Maintenant, très saint et très admirable disciple du Christ, ô Jacques, assiste-moi aujourd’hui : tu as contemplé les merveilles du Dieu Verbe, tu as accompli son œuvre, tu as été initié aux paroles ineffables et tu les as expliqués dans tes discours. Grand tonnerre du Dieu Verbe qui a proclamé aux oreilles des Juifs, à grands cris et fortement, la résurrection de Jésus, et qui a brisé la dureté de leur cœur ! Prédicateur très fervent de l’Evangile, qui, avec Pierre et Jean, te tient au sommet et à la tête de l’ordre des Apôtres ! Salut, toi qui as bu selon la promesse le calice du Christ, toi qui as été baptisé du baptême du salut, couronné aussi doublement par l’apostolat et le martyre.

          Le très bienheureux Jacques, comme un agneau innocent, comme une brebis sans tache, immolé à la suite de l’Agneau de Dieu, et offert comme une victime vivante, volontaire et spirituelle, intercéda auprès de Dieu pour les apôtres, il intercéda aussi pour l’Eglise.

          Réjouis-toi : quand tu étais jeune, tu demandais la première place dans un royaume terrestre ; devenu homme, tu as été jugé digne du premier siège auprès du Seigneur de la Gloire. Réjouis-toi, toi qui as vu de tes yeux le Verbe et qui l’as contemplé, car tu as échangé le métier de pêcheur pour la pêche des hommes, le désir d’un royaume terrestre pour celui du Royaume du ciel, un héritage qui passe pour l’héritage parfait, les biens qui passent pour ceux qui demeurent, ceux du ciel qui ne périssent pas.

2° lecture Fête de saint Jacques



1 Corinthiens 1,18-2,5 ou 4,1-16

Jacques, le Majeur

Benoît XVI

La sainteté ne passe pas,  p. 150s

          Les listes bibliques des Douze mentionnent deux personnes portant ce nom : l’un Jacques, fils de Zébédée, l’autre Jacques, fils d’Alphée, que l’on distingue communément par les appellations de Jacques le Majeur et Jacques le Mineur. Ces appellations n’entendent bien sûr pas mesurer leur sainteté, mais seulement prendre acte de l’importance différente qu’ils reçoivent dans les écrits du Nouveau Testament, et, en particulier, dans le cadre de la vie terrestre de Jésus. Aujourd’hui, nous fêtons le premier de ces deux personnages homonymes.

          Le nom de Jacques est la traduction de Iakobos, forme grécisée du nom du célèbre Patriarche Jacob. L’apôtre ainsi appelé est le frère de Jean, et, dans les listes, il occupe la deuxième place immédiatement après Pierre en Marc, la troisième place après Pierre et André dans les évangiles de Matthieu et de Luc, alors que dans les Actes il vient après Pierre et Jean. Ce Jacques appartient, avec Pierre et Jean, au groupe des trois disciples préférés admis par Jésus à des moments importants de sa vie. Mentionnons seulement deux de ces occasions.

          Il a pu participer, avec Pierre et Jean, au moment de l’agonie de Jésus dans le jardin de Gethsémani, et à l’événement de la Transfiguration de Jésus. Il s’agit donc de situations très différentes l’une de l’autre : dans un cas, Jacques avec les deux apôtres fait l’expérience de la gloire du Seigneur ; il le voit en conversation avec Moïse et Elie, il voit transparaître la splendeur divine en Jésus ; dans l’autre, il se trouve face à la souffrance et à l’humiliation, il voit de ses propres yeux comment le Fils de Dieu s’humilie, en obéissant jusqu’à la mort. La deuxième expérience constitua certainement pour lui l’occasion d’une maturation dans la foi pour corriger l’interprétation unilatérale triomphaliste de la première : il dut entrevoir que le Messie, attendu par le peuple juif comme un triomphateur, n’était en réalité pas seulement entouré d’honneur et de gloire, mais également de souffrance et de faiblesse. La gloire du Christ se réalise précisément dans la Croix, dans la participation à ses souffrances.

Vendredi de la 16ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Jean Cassien



Job 22, 1-30

« Gardez votre zèle pour la lecture »

Saint Jean Cassien

Première conférence de l’Abbé Nestéros, Chapitres 9 et 16, SC 54,  p. 192s

          Vous avez le souci de nourrir votre vie spirituelle. Que ce soit sans aucune vaine prétention, mais pour acquérir la pureté du cœur. Que brûle en vous le désir de la Béatitude, dont il est dit : Heureux les cœurs purs, ceux-là verront Dieu.

          Je vois que vous avez en vous le zèle de la lecture. Gardez-le. Efforcez-vous d’acquérir au plus tôt une vraie connaissance de la vie spirituelle. Sans la lecture, il ne peut être question d’arriver à la contemplation.

          On n’obtient pas cette grâce en se mettant simplement à l’école d’un maître à la faveur de son enseignement. Il faut s’y préparer par ses efforts et par son travail. On n’y arrive pas non plus par la seule méditation de la Parole de Dieu. C’est le fruit d’une grande application. On peut chanter alors avec le psalmiste : C’est par la pratique de tes commandements que m’est venue la connaissance. Il faut être libéré de toute passion pour pouvoir s’écrier en toute confiance : Je chanterai tes psaumes, Seigneur, j’aurai le sens de ta fidélité.

          On comprend que l’on chante, dans la psalmodie, si on chemine d’un cœur pur sur une route de fidélité. Voulez-vous qu’en votre cœur s’édifie un vrai sanctuaire de la connaissance de Dieu ? Purifiez-le de tous les vices. Libérez-vous des soucis de ce monde. Un cœur accaparé de ces soucis envahissants ne peut arriver à la connaissance des choses de Dieu. il ne peut profiter vraiment des saintes lectures qu’il a faites.

          Pour cela, surtout si vous êtes jeune, appliquez-vous à garder le silence. Autrement, par votre vanité, vous rendriez inutiles, et votre ardeur à la lecture, et vos efforts, fruits d’un saint désir.

          Tel est, en effet, le premier degré de la connaissance de Dieu. Accueillir l’enseignement et les conseils des maîtres spirituels d’un cœur attentif, en gardant le silence. Laisse la vérité pénétrer votre cœur et se hâter de mettre en pratique ce que l’on a lu ou entendu, bien loin de prétendre faire la leçon aux autres. Ce ne serait là que triste prétention et vaine gloire, au lieu d’une vraie expérience des choses de Dieu.

3° lecture Fête de sainte Brigitte de Suède



Jean 15, 1-8

En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire

Saint Jean Cassien

Conférences 13, 6, SC 54, p. 153s

          En bien des choses, et pour mieux dire, en toutes choses, l’homme a besoin sans cesse du secours divin. L’humaine fragilité ne peut rien accomplir de ce qui regarde le salut, par soi seule et sans l’aide de Dieu. Les leçons d’une expérience que nous avons pu nous-mêmes vérifier, sans parler d’indices et de preuves certaines, nous rendront cette vérité plus manifeste. Mainte fois, il arrive que nous souhaitons exécuter quelque utile dessein ; rien ne manque à l’ardeur de nos désirs, et la parfaite bonne volonté  non plus ne nous fait pas défaut. N’est-il par vrai pourtant qu’une faiblesse quelconque rend inutiles les vœux que nous avons formés et empêche le bon effet de nos résolutions, si le Seigneur, en sa miséricorde, ne nous donne la force de les accomplir ? La multitude est innombrable de ceux qui désirent loyalement se consacrer à la poursuite de la vertu ; mais, si vous comptez ceux qui réussissent à réaliser leurs rêves et à persévérer dans leurs efforts, que vous en trouverez peu !

          Et je n’ai pas tout dit ! Alors même que nulle défaillance ne vient nous faire obstacle, nous n’avons pas la franche liberté de faire tout ce que nous voulons. Nous ne sommes pas exacts comme nous le voudrions au silence intérieur, ni à l’observance des commandements, ni à la lecture assidue dans le temps même où nous le pourrions ; mais certains cas se présentent qui nous retirent, malgré nous, de nos salutaires pratiques, si bien qu’il faut implorer, du Seigneur, les temps et les lieux favorables pour nous y livrer. Il est sûr que pouvoir ne suffit pas, si Dieu ne nous accorde pas l’occasion propice pour accomplir les choses qui nous sont manifestement possibles. Nous voulions aller vers vous, dit saint Paul à ce propos, une première et une deuxième fois, mais Satan nous en a empêchés.

          Dieu n’a pas créé l’homme pour qu’il se perde, mais pour qu’il vive éternellement : ce dessein demeure immuable. Dès qu’il voit éclater en nous la plus petite étincelle de bonne volonté, ou qu’il la fait jaillir lui-même de la dure pierre de notre cœur, sa bonté en prend un soin attentif. Il l’excite, il la fortifie par son inspiration. Car Dieu ne veut pas qu’une seule âme périsse.

2° lecture Fête de sainte Brigitte de Suède



Romains 12, 1-21

La miséricorde est donnée à tous

Sainte Brigitte de Suède

Révélations célestes de sainte Brigitte de Suède, Tome 1, Livre 1, Chap. 25

          Je suis l’adorable, le Créateur du ciel et de la terre. Tu admires ma patience pour accepter les pécheurs qui me font souffrir. Je suis miséricordieux ; si les pécheurs me font souffrir, ils ne mettent pas ma patience à l’épreuve. Oui, je suis miséricordieux, car mon amour, ma justice les accepte tout en souffrant de bien des manières.

Tout d’abord, ma justice les accepte afin que le temps qui passe les aide à se convertir ; un roi juste, en effet, qui retient en prison des délinquants, si on l’interroge pour savoir pourquoi il ne les supprime pas, il répond qu’il faut du temps pour qu’ils puissent s’améliorer, car ils peuvent se repentir, et de plus cela peut servir à l’édification de beaucoup d’autres. Je les supporte, dit-il, pour le bien de tous, pour eux d’abord, pour le peuple ensuite. N’avais-je pas prédit les mauvaises actions de Saül, bien avant que sa malice ne soit connue de tous ; j’ai accepté pendant longtemps de souffrir à cause de lui pour que tous se rendent compte de ses mauvaises actions.

          Puis, si les pécheurs ont fait quelques bonnes actions, ils doivent en être récompensés : il n’y a pas un seul bien, quelque petit qui soit, s’il est accompli par amour pour moi, qui ne soit pas récompensé déjà en cette vie.

          Enfin, j’accepte que l’honneur de Dieu et son incomparable patience soit proclamés ; voilà pourquoi j’ai supporté Pilate, Hérode, et Judas bien qu’ils fussent condamnés par leurs énormes fautes. Si quelqu’un cherche à savoir pourquoi je supporte tel ou tel pécheur, ou tel ou tel malfaiteur, qu’il considère ce qu’ont accompli un Judas, un Pilate, un Hérode, et qu’ils s’interrogent et cherchent à connaître les raisons pour lesquelles j’ai fait ce que j’ai fait d’eux.

          Dieu est patient, débordant de miséricorde ; il est mieux de se convertir que de l’offenser ! Souvent ceux qui se sont éloignés de lui retournent vers lui, leur conscience leur dictant une conduite meilleure. De même, un pécheur, voyant de ce qui advient d’un autre pécheur, peut se repentir, considérant que les fautes d’un pécheur peut l’aider à guérir ses propres fautes.

3° lecture Fête de sainte Marie-Madeleine



Jean 20, 1+11-18

Marie-Madeleine au tombeau de Jésus

France Quéré

Les femmes de l’Evangile, p. 46s

          Marie-Madeleine est partie seule avant le jour ; l’ombre crépusculaire, la douleur, la pierre enlevée, le corps absent, la solitude du jardin épaissit sa détresse. Elle court se réfugier auprès des disciples Pierre et Jean.

          Quand on la retrouve auprès du tombeau, elle est debout et sanglote, comme si elle était au pied de la croix. La passion, pour elle, continue dans l’affrontement du corps disparu. Elle voit deux anges vêtus de blanc, assis là où reposait le corps de Jésus, l’un à la tête, l’autre aux pieds. Ils lui disent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Sa détresse est si profonde quelle chasse toute frayeur. Pas un signe de crainte dans ce récit, ni même de surprise. Les deux anges ne l’étonnent pas, malgré leur habit blanc et leur emplacement symbolique. La douleur a tout envahi.

          On a enlevé mon Seigneur, répond-elle, et je ne sais pas où on l’a mis. On comprend alors la douleur de son chagrin.

          Elle ne pleure pas seulement la mort de Jésus, mais la disparition d’un corps. Elle venait accomplir d’ultimes devoirs, elle en est empêchée. D’où ce flot de tristesse que n’éclaire aucune lueur de foi.

          Se retournant, elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais sans savoir que c’était lui. Voilà le troisième secours offert à sa foi, après le tombeau vide et les anges en tenue réglementaire. Ses yeux vont-ils enfin s’ouvrir ? Pas si vite ! Cet évangile est plein de patience. Jésus essaie de l’aider, orientant la question sur lui-même : Qui cherches-tu ? Et elle persiste dans le deuil, c’est-à-dire dans l’incrédulité. A celui qu’elle prend pour le jardinier, elle redit obstinément sa souffrance avec les mots naïfs de la possession et du découragement : Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis et j’irai le prendre. Marie prétend soulever Jésus toute seule ! Est-il devenu chose si légère ? Est-il la drachme perdue ? Et pourquoi le jardinier aurait-il profané son corps ? Jésus n’est pas le jardinier, mais c’est bien lui qui a enlevé le corps ! Quant à dire où il l’a mis, cela va être fait tout de suite.

          Jésus se révèle en effet en la nommant : Marie ! Nommer convoque et appelle à l’obéissance. Les trois premières incitations à la foi avaient égarée Marie-Madeleine ; celle-ci a-t-elle touché juste ? Oui, Marie reconnaît Jésus et s’écrie en hébreu : Rabbouni !

2° lecture Fête de sainte Marie-Madeleine



Proverbes 31, 10-31

Marie-Madeleine servante du Christ consolateur

Père Claude Flipo

Hommes et femmes su Nouveau Testament, 50 portraits bibliques, p. 233s

            La résurrection du Christ, personne n’en fut témoin, sinon les anges. Mais sa manifestation, c’est à Marie-Madeleine, et avec quelle divine délicatesse, qu’il est donné de la voir et de l’annoncer la première. Par trois fois, les anges, puis Jésus lui-même, s’adressent à elle : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Et Marie se retourna par deux fois, les yeux embués de larmes.

            Marie-Madeleine est l’image même de la désolation. Mais, au lieu de fuir ou de s’enfermer comme les disciples, elle cherche, elle insiste, elle interroge les anges, puis Jésus lui-même, à la façon de la fiancée du Cantique des Cantiques. Penchée vers le tombeau, cherchant à saisir ce qui n’est plus, ce qu’on lui a ravi, elle est la figure de l’âme qui cherche Dieu et se désole, murmurant avec le psalmiste : Je n’ai d’autre pain que mes larmes, moi qui tout le jour entends dire : Où est-il ton Dieu ? Elle est le symbole vivant de tous les liens rompus, des tendresses brisées, des espoirs déçus, et plus encore de ces deuils si douloureux, ces pertes de repères, cette absence de signe de Dieu dans notre monde.

            Marie-Madeleine cherchait Jésus dans les signes passés de sa présence. Elle voulait étreindre ses pieds, elle croyait pouvoir le retenir comme avant. Mais Jésus l’envoie vers ses frères : Va dire à mes frères… Car le signe de son nouveau mode de présence, c’est l’amour fraternel, c’est la fraction du pain que l’on partage, c’est l’attention au plus petit d’entre ses frères, devenus les membres de son corps, en particulier ceux qui souffrent. Comme le dira saint Augustin : Voyez l’amour de notre tête. Déjà elle est au ciel, et cependant elle y souffre aussi longtemps qu’ici souffre l’Eglise. Ici le Christ a faim, il a soif, il est nu, il est errant, il est infirme, il est en prison. Tout ce que son corps souffre ici, il dit que c’est lui qui le souffre. Tout comme dans notre corps, la tête est en haut et les pieds sur la terre. Cependant, si, dans la cohue et la bousculade, quelqu’un t’écrase le pied, n’est-ce pas la tête qui dit : Tu m’écrases ? Ainsi le Christ, tête que personne n’écrase, dit : J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger.

            Marie-Madeleine va donc trouver les frères du Christ, ces frères devenus les siens et qui sont dans la peine. La première, elle va se faire auprès d’eux la servante du Christ consolateur. Et c’est ainsi que, désormais, elle va le trouver vivant en elle, vivant en eux, façonnant son corps de ressuscité.

Mardi de la 16ème semaine du Temps Ordinaire



Job 13,13 – 14,6

« Il peut me tuer, ma foi en lui demeure »

Saint John-Henry Newman

Sermons paroissiaux, tome 4 : Le paradoxe chrétien, p. 111s

          S’il est une conviction qui ressort souvent de l’Ecriture, c’est Dieu que Dieu est notre seule force, notre seul refuge ; si quelque bien nous est réservé, c’est à lui que nous le devons ; s’il nous est accessible, c’est en recourant à lui.

          Il est un cas où la sagesse en même temps que le devoir de conscience commende de se reposer sur le Seigneur : c’est lorsque nous subissons un châtiment pour nos péchés. Job soutenait qu’il était innocent, ce que niaient ses amis, convaincus qu’ils étaient que ses tribulations résultaient d’un jugement porté sur quelque malice secrète mise alors en lumière. Lui, de son côté, conscient qu’il était de l’intégrité et de la sincérité de sa vie passée, ne pouvait qu’attendre, au sein des ténèbres, que Dieu révélât pourquoi il avait châtié comme un pécheur quelqu’un qui avait été intègre et droit, qui craignait Dieu et se gardait du mal. Or, il peut souvent arriver que des gens aient conscience d’avoir encouru le déplaisir de Dieu, conscience aussi de souffrir pour cette raison ; eh bien, il est alors de leur devoir de garder confiance en Dieu, d’acquiescer à ses châtiments, voire d’y concourir, comme si c’était là une pénitence qu’ils s’infligent à eux-mêmes, et non des coups de bâtons de sa part. Dieu, en effet, est un père miséricordieux, et lorsqu’il afflige ses fils, ce n’est pas de bon cœur ; bien qu’en un sens ce soit en vertu d’un jugement, cependant, en un sens différent et plus élevé, c’est en vertu de sa miséricorde. Il pourvoit en ce qu’un mal intrinsèque tourne au bien : tout en ne suspendant pas cette loi première de son juste jugement selon laquelle la souffrance est la conséquence du péché, il passe outre en faisant de celle-ci un remède en même temps qu’une punition. C’est ainsi que dans sa colère, il se souvient de sa miséricorde. C’est ainsi que tranche  l’auteur de la lettre aux Hébreux, citant les paroles de Salomon : Mon fils, ne méprise pas la correction du Seigneur, et ne te décourage pas quand il te reprend. Car celui qu’aime le Seigneur, il le corrige, et il châtie tout fils qu’il agrée. Vous voyez qu’il parle de corriger et de reprendre, mais c’est tout de même dans l’amour. Il est donc de notre devoir d’accueillir comme telle cette correction, et de bénir et louer le Seigneur lorsque nous en sommes l’objet.