Jeudi de la 12ème semaine du Temps Ordinaire

Esdras 9, 1-9 + 15- 10,5

« Nous sommes demeurés un Reste »

Père Roland de Vaux

Le « Reste d’Israël » d’après les prophètes, RB 42 (1933), p. 538s

          Il est intéressant d’analyser le mot « Reste » que l’on trouve chez les prophètes, comme dans le livre d’Esdras lors du retour de l’exil à Babylone ; une telle étude nous en montre  le développement, lequel peu à peu, en vient à se nuancer, à se préciser, à s’enrichir à mesure que se déroulent les textes, à mesure aussi que le temps, en s’écoulant, rapproche des perspectives d’abord lointaines. Cependant le contenu essentiel ne change pas : le Reste est toujours présenté comme une marque de la miséricorde de Dieu. Il invite aussi toujours à la crainte, car un reste, cela dit un petit nombre de réchappés, et en même temps il invite à l’espoir, car ce reste est assuré de la faveur divine. De l’origine jusqu’à la fin, le Reste est comme un pont qui relie la menace du châtiment à la promesse de restauration. La connexion est surtout marquée à partir d’Isaïe qui la justifie par une liaison interne : le Reste est épargné parce qu’il se convertit, et c’est parce qu’il est saint qu’il hérite des promesses. C’est à l’intérieur de cette unité que se fait l’évolution, et elle consiste en ce que l’accent, mis d’abord sur le châtiment, se déplace continûment vers la promesse : on s’avance ainsi de l’ombre vers la lumière.

          Disons qu’à chaque époque, le Reste, c’est d’abord ce qui échappera du danger présent. Mais derrière ce premier plan où les événements contemporains se dessinent plus nets dans la conscience du prophète, on en discerne un second, dominé par la personne du Messie : le Reste y est identifié à l’Israël nouveau. Etabli en Terre promise, il y forme une communauté sainte qui vit dans l’amour et la crainte de Dieu, et recueille ses bénédictions. Ce n’est pas tout, car on devine un plan plus lointain et plus vaste encore : il se déploie à l’horizon des temps, lorsque le Reste, non seulement l’Israël nouveau, mais encore l’Israël spirituel, ayant recueilli à la fois tous les dispersés du peuple et tous les convertis des nations, subsistera seul devant Dieu dans l’anéantissement définitif des méchants.