3° lecture Dimanche de la 12ème semaine du Temps Ordinaire – A

Matthieu 10, 26-33

« Ne craignez pas »

Saint Augustin

Sermon 161, 5-7, OC 17, p. s

          Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, sans pouvoir tuer l’âme. Tu veux que je courre pour te sauver la vie ; mais voilà celui que tu redoutes, celui dont les menaces te font pâlir ; il ne peut tuer ton âme, sa fureur s’arrête à ton corps, c’est à toi d’épargner ton âme. Lui ne peut la tuer, tu le peux, toi. Tu le peux, non avec une lance, mais avec ta langue. Ton ennemi, en te frappant, met fin à cette vie ; mais ta bouche, en mentant, donne la mort à l’âme. Il faudrait donc que la vue de ce que l’on craint dans le temps élevât la pensée à ce que l’on doit réellement craindre. On craint la prison, et l’on ne craint point la géhenne ? On craint les bourreaux de la torture, et on ne craint point les anges de l’enfer ? On craint un châtiment corporel, et on ne craint point les supplices du feu éternel ? On craint enfin de mourir momentanément, et on ne craint point de mourir éternellement ?

            L’âme est la vie du corps, et Dieu est la vie de l’âme. L’Esprit de Dieu habite dans notre âme, et par notre âme dans notre corps, lequel devient ainsi le temple de l’Esprit Saint que Dieu nous a donné. Cet Esprit est effectivement descendu dans notre âme, la charité divine ayant été répandue dans nos cœurs par le Saint Esprit que nous avons reçu.

            Que l’ennemi s’emporte, qu’il te menace de la mort, qu’il te la donne s’il le peut, qu’il sépare ainsi ton âme de ton corps. Ah ! Du moins que ton âme ne se sépare point de sa propre vie. Si tu pleures avec raison devant cet ennemi puissant, si tu dis d’un ton attendri : ne frappe pas, épargne mon sang, Dieu ne te dit-il pas aussi : Prends pitié de ton âme pour plaire au Seigneur ? C’est peut-être ton âme qui te crie : conjure-le de ne point frapper, autrement je te quitte. Je ne pourrais plus alors demeurer avec toi ; si tu veux que je te reste, demande-lui de ne point frapper. Or, quelle est cette âme qui dit : si tu veux que je te reste ? C’est toi-même ; toi qui parles ainsi, tu es l’âme. Et c’est toi qui fuis, si l’ennemi frappe le corps, c’est toi qui t’en vas, qui émigres, pendant que la poussière restera gisante sur la poussière.

Si tu crains la mort, aime la vie. Or ta vie est Dieu même, ta vie est le Christ, ta vie est l’Esprit Saint. Ce n’est pas en faisant le mal que tu lui plais. Il ne veut pas d’un temple en ruines, il n’entre point dans un temple souillé. Ah ! Gémis devant lui pour obtenir qu’il purifie son sanctuaire ; gémis devant lui pour qu’il rebâtisse son temple, pour qu’il relève ce que tu as abattu, pour qu’il répare ce que tu as détruit, pour qu’il refasse ce que tu as défait. Crie vers Dieu, crie dans ton cœur, c’est là qu’il entend ; car si tu pèches où plonge son regard, tu dois crier où il a l’oreille ouverte.