3° lecture Samedi Saint

La descente aux enfers

Dom Jean Leclercq

L’Ascension triomphe du Christ, VS 72, p. 291s

        Le Christ, après sa mort, n’est pas demeuré en repos. Pendant que son corps restait dans le tombeau, son âme s’en est allée dans le Royaume de la mort. Comment cela ? L’Ecriture ne nous le dit pas. Mais la tradition, unanime, affirme que le Christ s’y est rendu, non pas en tant qu’homme et soumis à la mort, mais comme Dieu en qui était la vie et qui ne pourrait pas cesser d’être, par excellence, le Vivant. Et qu’y fit-il ? Deux choses qui sont résumées dans des termes semblables par les canons des liturgies anciennes, inspirées elles-mêmes de la catéchèse des apôtres : Lui qui se livrait volontairement à la Passion, dit par exemple la Didaché, pour détruire la mort, briser les chaînes du démon, écraser l’enfer, éclairer les justes, manifester la résurrection.

        Celui qui, le jeudi saint, s’est offert, et rendu présent dans le sacrement de l’Eucharistie, est celui qui était venu pour accomplir toutes ces choses ; elles se ramènent à deux éléments principaux : un combat, une prédication.

        Tout d’abord un combat. Le Christ est vainqueur de la mort, il a vaincu le prince de ce monde : le mal n’était pas une idée, une abstraction, c’est quelqu’un, une personne, un chef, une armée : Satan. De tout temps, on a aimé dire que Jésus a brisé les portes et les chaînes de l’enfer.

        L’activité du Christ après sa mort est encore présente dans les textes anciens comme une prédication aux justes : pendant trois jours, Jésus a enseigné, donné le baptême de vie et remis les péchés. Il subsiste parmi les Pères une certaine variété dans les détails de cette description de l’évangélisation des justes : Ignace d’Antioche affirme, par exemple, que cet enseignement s’adressait, non à tous les morts, mais seulement à ceux qui croyaient ; saint Irénée, de son côté, dit qu’il était destiné, non seulement à ceux qui croyaient, mais à tous les disciples du Christ et de l’Esprit. Origène, Hermas, Clément de Rome et d’autres ont également quelques variantes  sur ce point. Tous sont unanimes à proclamer le fait que le Christ a alors exercé une activité créatrice, au moins auprès des justes de l’Ancien Testament. Dans la liturgie, il reste un témoins de ces expressions : Délivre-moi, Seigneur, des chemins de l’enfer, toi qui as brisé les portes d’airain, qui as visité l’enfer, et as donné la lumière à ceux qui étaient dans les tourments et les ténèbres.

        Quel est le sens de ces analogies ? Ces modes d’expression mettent en lumières deux vérités : après sa mort, le Christ est Vivant, comme Dieu ; son corps, séparé de son âme, n’est pas corrompu et ne pouvait point l’être ; son âme n’est pas inactive, car elle sauve les justes. C’était là remporter une double victoire sur la mort.