Mardi après l’Epiphanie

Marc 6, 34-44

« Ils mangèrent tous et furent rassasiés »

Saint Ephrem de Nisibe

Diatessaron XII, SC 121, p. 213s

         Au désert, notre Seigneur multiplia le pain, et à Cana, il changea l’eau en vin. Il habitua ainsi la bouche des disciples à son pain et à son vin jusqu’au temps où il leur donnerait son corps et son sang. Il leur fit goûter un pain et un vin qui passent pour éveiller en eux le désir de son corps et de son sang vivifiants. Il leur donna libéralement ces menues choses, pour qu’ils sachent que le don parfait serait gratuit. Non seulement il nous a donc comblés gratuitement de ses dons, mais il nous a entourés de sa tendresse. Il nous a donnés ces menues choses gratuitement afin que nous allions et recevions gratuitement cette chose si grande qu’est l’Eucharistie. Ces morceaux de pain et ce vin étaient doux au palais, mais le don de son corps et de son sang est utile à l’esprit.

        Comme premier signe, il fit un vin réjouissant pour les convives, afin de manifester que son sang réjouirait toutes les nations. Le vin intervient dans toutes les joies et de même toutes les délivrances se rattachent au mystère de son sang. Il donna aux convives un vin excellent qui transforma leur esprit pour leur faire savoir que la doctrine dont il les abreuvait transformerait leur cœur.

        De même, en un clin d’œil, le Seigneur a multipliait un peu de pain, cinq petits pains ! Il a prouvé la force pénétrante de sa parole à ceux qui l’exécutaient, et la largesse avec laquelle il octroyait ses dons à ceux qui en étaient les bénéficiaires. Ce n’est pas à sa puissance qu’il a mesuré ce miracle, mais à la faim de ceux qui étaient là. Et, mesuré à la faim de milliers de gens, le miracle a dépassé les douze paniers ! Chez tous les artisans, la puissance est inférieure au désir des clients, ils ne peuvent pas faire tout ce qu’on leur demande : les réalisations de Dieu, au contraire, dépassent tout désir.

        Rassasiés au désert comme jadis, les Israélites, à la prière de Moïse, s’écrièrent : Celui-ci est le Prophète dont il est dit qu’il viendra dans le monde. Ils faisaient allusion aux paroles de Moïse : Le Seigneur vous suscitera un prophète, non pas n’importe lequel, mais un prophète comme moi, qui vous rassasiera de pain dans le désert. Comme moi, il a marché sur la mer, il est apparu dans la nuée, il a libéré son Eglise.

        Mais le pain de Moïse n’était pas parfait, c’est pourquoi il a été donné aux seuls Israélites. Aussi voulant signifier que son don est supérieur à celui de Moïse et la vocation des nations plus parfaite, notre Seigneur dit : Quiconque mangera de mon pain, vivra éternellement, car le pain de Dieu est descendu des cieux et il est donné au monde entier.