Mardi de la 5ème semaine de Carême

Hébreux 11, 20-31

La bénédiction de Jacob

Saint Augustin

Sermon 4, chapitre 11, première série, OC 15, p. 623s

        Isaac était devenu vieux. Or, de qui était-il la figure lorsqu’il voulut bénir son fils ainé ? Il était devenu vieux : la vieillesse a pour compagne l’ancienneté ; donc, dans la vieillesse, je vois l’ancienneté, et dans l’ancienneté je vois l’Ancien Testament. Ceux qui étaient sous la nuée ne comprenaient point cet Ancien Testament, c’est pour cela que l’Ecriture nous dit que les yeux d’Isaac étaient obscurcis. L’obscurcissement des yeux du corps d’Isaac signifie l’obscurité répandue sur les esprits des Juifs ; la vieillesse d’Isaac signifie la vétusté de l’Ancien Testament. Que fit-il donc ? Il voulut bénir son fils ainé. La mère aimait le plus jeune, et le père aimait le plus âgé, comme étant son premier né, il était cependant également juste pour tous les deux. Il veut bénir son fils ainé, parce que c’est au premier peuple que s’adressaient les promesses de l’Ancien Testament. Il ne parle de promesses que pour les juifs, c’est à eux qu’il semble tout promettre, tout offrir ; ils sont tirés d’Egypte, délivrés de leurs ennemis, conduits à travers la mer, nourris de la manne ; ils reçoivent le Testament, la Loi, les promesses et la terre promise. Il n’est donc pas surprenant qu’Isaac ait voulu bénir son fils ainé. Mais sous la figure de l’ainé, c’est le plus jeune qui est béni. La mère représente l’Eglise, et, par l’Eglise, il faut entendre non seulement la réunion de ceux qui commencèrent à être saints après l’avènement et la naissance de notre Seigneur, car tous les saints, quels qu’ils soient, font partie de l’Eglise. Ainsi donc notre père Abraham ne laisse pas de nous appartenir, bien qu’il ait vécu avant que le Christ fût né d’une Vierge, et que nous soyons devenus chrétiens que longtemps après, c’est-à-dire après la passion de Jésus-Christ, car l’Apôtre nous déclare que nous sommes les enfants d’Abraham en imitant la foi d’Abraham. Ainsi donc nous sommes admis dans l’Eglise en imitant sa foi. Cette Eglise est figurée dans Rebecca, l’épouse d’Isaac ; cette Eglise était aussi dans les saints prophètes qui comprenaient l’Ancien Testament, parce que ces promesses charnelles avaient une signification spirituelle ; si elles renfermaient cette signification, ceux qui sont spirituels sont donc figurés par le plus jeune fils, car le premier est charnel, le second spirituel.