Jeudi de la 4ème semaine du Temps Ordinaire

Romains 15, 1-13

L’accueil fraternel

Saint Grégoire le Grand

Homélies sur Ezéchiel, SC 360, p. 187s

       Nous que l’on voit porter le même habit religieux, nous sommes venus de diverses régions du monde vivre ensemble, dans la concorde de la sainte Eglise, notre foi, et l’écoute de la Parole du Seigneur miséricordieux ; diversement pécheurs, nous avons été rassemblés jusqu’à n’avoir qu’un cœur dans la sainte Eglise, si bien que se réalise déjà manifestement ce qui est dit par Isaïe annonçant l’Eglise : Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera aux côtés du chevreau. Oui, le loup habitera avec l’agneau par la douce tendresse de la charité, car ceux qui dans le siècle couraient après la proie se reposent dans la paix avec les doux et les compatissants ; le léopard se couche à côté du chevreau, car celui qui était couvert des taches de ses péchés adopte les sentiments de l’humble et s’avoue pécheur. La bergerie de la sainte Eglise embrasse aussi bien le cœur contrit qui désire s’offrir en sacrifice à Dieu tous les jours, et tel autre encore qui demeure, dans la simplicité de son innocence, comme une brebis. Voilà ce qu’est la charité : tous ces esprits si différents, elle les enflamme, elle les brûle ensemble, elle les fond ensemble, elle leur donne une forme nouvelle : celle de l’or. Mais parce que les élus s’aiment entre eux à ce point, il arrive nécessairement qu’ils se hâtent tous vers celui qu’ils auront le bonheur de contempler au ciel dans l’éternelle béatitude : car il est UN, notre Seigneur et Rédempteur qui lie entre eux ici-bas les cœurs de ses élus pour n’en faire qu’un, et les stimule sans cesse à l’amour d’en-haut par d’intimes impulsions.

       Dans l’éternelle béatitude, c’est-à-dire dans la maison de mon Père, et là, il est beaucoup de demeures, dit le Seigneur. D’ailleurs les ouvriers introduits dans la vigne, quoique venus à des heures différentes, touchèrent un seul et même denier. Sous quel rapport les nombreuses demeures correspondent-elles à l’unique denier ?  N’est-ce pas que si la dignité des habitants de la cité bienheureuse est, il est vrai, diverse, la paix éternelle qui les récompense est une ? Le mérite de chacun peut être différent, mais il n’y aura pas de diversité de joie : l’un jubilera moins et l’autre davantage, mais une joie unique fera leur allégresse, celle de voir leur Créateur.