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Fête de la Dédicace de la Basilique saint Jean de Latran

Jean 2, 13-22

Détruisez, moi je rebâtirai

Isaac de l’Etoile

Sermons, tome III, SC 339, sermon 40, 14-18, p.21s

 

       Dans le Christ, qui subsiste comme homme par l’union d’une âme douée de raison et d’un corps humain, et qui subsiste comme Christ par l’union de Dieu et de l’homme, il y a comme un double lien et deux relations différentes. Une première relation existe en effet entre la divinité et l’humanité : elle maintient l’unité dans l’être du Christ selon qu’il est médiateur entre Dieu et les hommes ; elle est absolument indissoluble et ne laisse place ni à la mort, ni à la résurrection. L’humanité, une fois assumée par la divinité, n’a jamais subi de divorce, ni reçu d’acte de répudiation ; mais le mystère de ce bienheureux mariage, de ces noces vénérables, de ce lit nuptial immaculé est permanent dans sa grandeur et son éternité, ayant pour garantie et protection cette parole : Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! Quant à la relation entre la chair et l’âme, ce lien dans la seule humanité, elle n’a certes subi aucune rupture comme salaire d’un péché personnel. Mais pour nous délier des chaînes du péché, qui nous entouraient et dont il était libre ; pour nous relier à Dieu, de qui nous étions détachés et à qui il était lié, le Christ a, par un merveilleux mystère, affronté la mort et il est parvenu à la résurrection, fort de la promesse reçue de la miséricorde et de la patience divines : Détruisez ce temple et en trois jours je le rebâtirai. Détruisez, vous ; moi, je rebâtirai. Moi qui ai bâti le vôtre, je rebâtirai le mien. Vous qui avez mérité la destruction du vôtre, détruisez le mien. Détruisez-le, non comme conséquence d’un péché de ma part, ni par le pouvoir de votre autorité, mais par une disposition de ma volonté. Personne en effet ne peut m’enlever la vie, mais quand je veux, je la donne de moi-même, et quand je veux, je la reprends. Certes, il a pu se ressusciter lui-même, lui qui, mort seulement dans sa chair, vivait. C’est donc selon cette seule relation que le Christ a pu et a voulu mourir et ressusciter ; car en lui, nous le disions, l’humanité a adhéré indissolublement à la divinité par l’union personnelle, et son âme n’a pas abandonné un instant, pour aucun amour étranger, la joie et l’amour du Verbe. Aussi vivait-il dans sa mort, lui qui mourut en gardant sa vie, vivant et mort en un seul et même temps. Par la puissance, son humanité vivait avec la divinité ; par la charité, son âme raisonnable vivait avec le Verbe de Dieu. Seule la chair est morte par la séparation d’avec l’âme ; et seule elle est ressuscité  en la retrouvant.