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Mercredi de la 25ème semaine du Temps Ordinaire

Tobie 4,1-6 + 4,19-5,17

Conseils de Tobie à son fils

Saint Augustin

Traité sur l’Evangile de Jean, OC 9, Discours sur les psaumes OC 12, p. 316s

 

       Comment est-il le roi de toute la terre, lui qui ne s’est manifesté que dans une seule contrée, dans la ville de Jérusalem, dans la Judée, vivant au milieu des hommes ? Ce qu’on voyait dans un lieu déterminé, c’était la chair du Sauveur, sa chair se manifestait aux yeux du corps. Quels yeux étaient capables de pénétrer à travers cette enveloppe de la chair pour contempler son immortelle majesté ? Il y a un autre œil, il y a l’œil intérieur. Tobie n’était point sans avoir des yeux, lorsqu’il était tout privé des yeux du corps, il donnait à son fils les préceptes de la vie. Son fils tenait la main de son père pour diriger ses pas incertains,  le père donnait des conseils à son fils pour qu’il suivît toujours la voie de la justice. Il y a donc ici des yeux, je le vois ; il y a donc là des yeux, je le comprends. Les yeux de celui qui donne les conseils de la vie sont bien supérieurs aux yeux de celui qui tient la main de son père. Voilà les yeux que recherchent Jésus lorsqu’il dit : Philippe, celui qui me voit, voit aussi mon Père. Ces yeux sont situés dans l’intelligence, ils sont aussi au milieu de l’âme.

       Qu’est-ce, en effet, que voyait Tobie, quand il donnait, bien qu’aveugle, à son fils qui voyait clair, des conseils pour diriger sa vie ? Il y a donc quelque chose que voit l’intelligence, que voit l’esprit, quelque chose que le corps de Tobie sent, non par les yeux du corps, non par les oreilles, non par les narines, non par le palais, non par la bouche, mais par lui-même, et toujours mieux par lui-même qu’au moyen de son serviteur. Il en est certainement ainsi, car l’esprit se voit lui-même par lui-même et il se voit dès qu’il se connaît. Et jamais, pour se voir lui-même, il ne requiert le secours des yeux du corps ; bien plus, il se soustrait à tous les sens du corps, comme formant autant d’empêchements dont le bruit le trouble ; et il se retire en lui-même pour se voir en lui-même, et pour se connaître lui-même. Mais est-ce que le Dieu qu’il cherche est quelque chose de semblable à son esprit ? Assurément, on ne peut voir Dieu qu’au moyen de l’esprit, et cependant Dieu n’est pas ce qu’est notre esprit. Notre esprit subit l’altération, et il progresse ; il sait et il ignore, il se souvient et il oublie, tantôt il veut une chose et tantôt il ne la veut plus. Cette instabilité n’existe pas en Dieu. Si je parlais d’un Dieu qui peut changer, ceux qui me disent : Où est-il ton Dieu ?, m’insulteraient à l’instant.