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Jeudi de la 14ème semaine du Temps Ordinaire

Proverbes 10, 6-32

« La crainte de Dieu prolonge les jours »

Thomas Römer

Les chemins de la Sagesse, p. 25s

             Dans le monde bien ordonné par le Créateur, la seule attitude devant Dieu est ce que le livre des Proverbes aime appeler La crainte du Seigneur. Il ne s’agit pas de la peur envers une divinité redoutable, il s’agit bien plutôt du respect de Celui qui conduit toutes choses, de la soumission à son dessein. Or cette crainte du Seigneur équivaut exactement à la sagesse, comme en témoignent ces deux affirmations parallèles : La crainte du Seigneur est source de vie pour se détourner des pièges de la mort, et L’enseignement du sage est source de vie pour se détourner des pièges de la mort. Voilà pourquoi le livre des Proverbes nous dit que la crainte de Dieu prolonge les jours.

       On retrouve cette notion de crainte de Dieu en dehors d’Israël : « On ne peut reconnaître l’intention de Dieu avant que n’arrive ce qu’il a ordonné. Il connaît l’infâme, il connaît l’homme de Dieu, et la crainte de Dieu qui est dans son cœur », dit un papyrus égyptien du Ier siècle de notre ère, dont l’origine remonte au IVème siècle avant.

       La sagesse de l’Ancien Testament ne se réfère jamais aux traditions historiques ou prophétiques d’Israël. On n’y trouve aucune allusion à l’Exode, aux patriarches, à l’alliance, à Sion, au Temple, à rien de ce qui est essentiel à la foi d’Israël. La Sagesse classique ne dépasse donc pas, dans ses explications théologiques, les parallèles extra-bibliques. On aurait raison de se demander si le Dieu dont parle le livre des Proverbes est vraiment le même que celui du reste de la Bible.

       Mais ce serait mal poser la question. Car nos constatons dans la Bible le même phénomène qu’aujourd’hui : si un philosophe ou l’homme de la rue parlent de Dieu, ils n’utilisent pas le même langage et ne donnent pas forcément le même contenu au mot « Dieu ». Ainsi, dans l’Ancien Testament, on se rend compte que les auteurs des récits patriarcaux, ou ceux des récits de l’Exode, ou encore les éditeurs des livres prophétiques, parlent de Dieu chacun à leur manière et d’après ses propres expériences. Il existe donc différentes formes de piété.

       La religion qui transparaît dans le livre des Proverbes est manifestement une religion d’intellectuels, caractérisée par une sorte d’universalisme ouvert aux autres cultures.