Texte du jour

Mercredi de la 31ème semaine du Temps Ordinaire



Jérémie 30,18 – 31,9

Le retour à la Jérusalem du ciel Paul VI

Saint Augustin

Discours sur le psaume 147, 5-7, tome 2, p. 1043s

        Lorsque les habitants de Jérusalem eurent été déportés à Babylone, les prophètes annoncèrent la restauration de Jérusalem ; ils prophétisèrent qu’une fois le peuple délivré de la captivité, une cité nouvelle serait rebâtie sur les ruines de l’ancienne. Cette captivité, nous la connaissons nous aussi, si nous avons vraiment conscience de notre condition de pèlerins. Dans ce monde, en effet, au milieu des tribulations de cette terre, dans cette accumulation sans limites de scandales, nous gémissons dans une sorte de captivité. Mais nous en serons délivrés ; déjà nous est annoncée notre nouvelle cité à venir, cité semblable à l’ancienne. Après les prédictions des prophètes, s’accomplit d’une manière visible tout ce qui devait faire de cette cité une image de la cité invisible.

        Comme l’avait prophétisé Jérémie, Jérusalem fut restaurée après soixante-dix ans de captivité. Par ces soixante-dix années, sous la figure de ce septénaire, est précisé par le prophète le temps présent qui s’écoule ; ce temps, vous le savez, s’écoule sous ce signe de sept : sept jours s’en vont et sept jours reviennent. Jérémie, en prophétisant ainsi que Jérusalem serait restaurée après soixante-dix ans, offrait une image des choses à venir ; après cet écoulement perpétuel du temps présent qui se déroule sous ce signe de sept, il annonçait cette future figure qui sera à jamais nôtre dans un aujourd’hui éternel.

        Qu’est-ce qui est chanté dans cette ville ? Elevons-nous jusqu’à elle, car l’Esprit de Dieu nous inspire une grande estime pour cette Jérusalem. Il en répand l’amour en nous pour que nous soupirions vers elle, et que, gémissant dans notre exil, nous ayons hâte d’arriver en la cité sainte. Aimons-là ; l’aimer, c’est marcher vers elle.

        Demeurant encore sur cette terre, les prophètes envoient devant eux la joie de l’espérance ; ils aspirent à cette patrie, ils s’unissent de cœur aux anges de Dieu et à tout ce peuple qui demeurera avec eux dans l’allégresse. Aussi n’arrêtent-ils pas de chanter : Loue le Seigneur, Jérusalem, célèbre ton Dieu, ô Sion. Cette Jérusalem, soyez-la tous !

Mardi de la 31ème semaine du Temps Ordinaire



Jérémie 32,6-10+16+24-40

« Ils m’ont tourné le dos » Paul VI

Saint Augustin

Appendice des œuvres de saint Augustin, sermon 9, OC 19, p. 497s

        Plaise à Dieu, frères, que vous deveniez de vrais enfants de Dieu, que vous soyez la joie de l’Eglise, votre Mère. Mais je crains qu’elle n’enfante encore que des fils dans la tristesse et les gémissements, puisque vous ne venez pas entendre la Parole de Dieu, et que vous ne vous rendez à l’église qu’aux jours de fêtes. Encore est-ce moins le désir de la Parole de Dieu qui vous y attire que l’attrait de la solennité. Que ferai-je donc, moi qui suis chargé de vous dispenser la Parole de Dieu ? Moi qui, tout serviteur inutile que je sois, ai reçu de Dieu la charge de distribuer à la famille de Dieu une mesure de froment ? Que dis-je, une mesure de forment au temps favorable ! C’est-à-dire la Parole de Dieu.

        Que dois-je faire alors ? Où, et quand pourrai-je vous prendre un peu de votre temps pour vous annoncer la Parole de Dieu ? La plus grande partie de votre vie, que dis-je, presque toutes vos journées vous les employez à des occupations de ce monde ; et quand il s’agit d’entendre la Parole de Dieu, personne ou presque personne n’a de temps ! Mais pourquoi vous reprocher vos occupations ? Et vous-mêmes qui êtes ici dans cette église, vous n’écoutez pas, vous tournez le dos à la Parole de Dieu et aux enseignements de l’Ecriture. Je crains que le Seigneur ne puisse dire aussi de vous ce que disait déjà le prophète Jérémie : Ils m’ont tourné le dos et ne m’ont pas écouté.

        Que ferai-je pour remplir le ministère de la parole qui m’a été confié ? La lecture que nous venons de faire du prophète Jérémie est pleine de mystères. Il faut vous en exposer le sens ; mais n’avez-vous pas tourné le dos à mon enseignement ? Puis-je donner à des sourds et à des gens qui détournent les oreilles les perles de la Parole de Dieu ?

        L’apôtre Paul, lui-même, ne voulut pas le faire. Ecoutez en effet ce qu’il dit : Vous qui lisez la Loi, n’entendez-vous pas la Loi ? A-t-il découvert les mystères de la Loi à ceux qui ne la lisent pas, ni ne la comprennent, à ceux qui lui tournent le dos ? Non, bien sûr. Comment peut-on découvrir et mettre en lumière les mystères de la Loi à ceux pour qui la lecture et l’intelligence de la Loi sont des choses inconnues ?

Lundi de la 31ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Charles Borromée



Jérémie 37,21 + 38,14-28

Avec Jésus Paul VI

Saint Charles Borromée

Textes choisis : homélies, sermons et entretiens, p. 130s

        Que le Christ soit toujours avec nous, et nous ne périrons point. Et comment ne serait-il pas toujours avec nous, si nous ne le rejetons pas en péchant, si nous ne nous rendons point indignes de sa grâce ? Il nous sera souverainement avantageux de nous unir plus étroitement à lui en le recevant fréquemment dans la Très Sainte Eucharistie. Devant elle, les tempêtes frémissent, les éclairs s’évanouissent, les démons se cachent, les tentations fondent comme cire au soleil. Son pouvoir s’exerce contre tous les dangers, spirituels et corporels.

        Ce qui nous est aussi nécessaire, nous est donné par le sacrement de confirmation, sacrement qui éloigne la crainte, chasse la pusillanimité, fortifie l’homme tout entier, non seulement pour croire ce qu’enseigne la foi catholique, mais encore pour la défendre et la professer librement et ouvertement.

        Le Seigneur veut que nous priions, et cela avec ferveur. Pourquoi nous exhorter à la prière ? Tout nous y invite : les périls que nous traversons, cette mer immense que nous traversons, les fréquentes tempêtes qui nous assaillent, les écueils que nous rencontrons. Ne voyons-nous pas combien dangereusement nous sommes proches de la mort, combien nous sommes exposés à l’activité de féroces dragons ? Alerte donc, et, avec les disciples, implorons le Seigneur ! Lui, il ne dort pas ! Savons-nous pourquoi il nous semble endormi ? C’est parce que c’est nous qui dormons. Lui, il veille, il siège à la droite du Père, afin de secourir ceux qui l’invoquent. Avec confiance donc, et d’une voix puissante, crions vers lui : Maître, est-il possible que tu sois indifférent à notre sort ? Tu vois bien que nous sommes proches de la mort, que nous qui sommes tiens devenons les esclaves de Satan, que l’effusion de ton Sang précieux est rendue inutile par vos prévarications. Il s’agit de ton honneur, de la gloire de ton Nom, ô Jésus ! Sauve-nous, car nul ne peut nous sauver sinon toi ! Commande à la mer et au vent pour qu’ils se calment, commande au démon pour qu’il se taise ! Que si avec ta permission, la tentation nous assaille, donne-nous les forces nécessaires pour que nous ne soyons pas submergés par les flots du péché, mais que nous parvenions sans encombre au port de ton Royaume.

3° lecture Dimanche de la 31ème semaine du Temps Ordinaire



Luc 19, 1-10

Jésus et Zachée Paul VI

Saint Pierre Chrysologue

Sermon 54, site : pierre_sermons

        En relatant dans l’évangile d’aujourd’hui la foi et l’humanité de Zachée, saint Luc nous élève et nous attire vers la joie céleste. Jésus traversait la ville de Jéricho. Pourquoi traversait-il cette ville ? Jéricho est la ville que Josué avait jetée par terre en jouant sept fois de la trompette. Comme Jésus est venu sauver ce qui périssait, aussi traverse-t-il Jéricho pour que la pieuse clameur de sa prédication la redresse.

Et voici un homme du nom de Zachée qui était publicain en chef, et riche. La personne et le bureau de percepteur manifestent la grandeur de la faute pour que cette faute fasse resplendir la grandeur de Celui qui la remet. Zachée cherchait à voir Jésus. Celui qui cherche à voir le Christ regarde le ciel d’où vient le Christ, non la terre où se trouve l’or. Le riche qui regarde en haut ne transporte pas son or sur son dos, mais le foule aux pieds ! Son dos n’est pas affaissé par les richesses, il est allégé par elles. Et il se sert des richesses pour soulager la misère d’autrui par ses largesses, non pour s’asservir à un amour désordonné des richesses. Car l’avare n’est pas le maître, mais l’esclave de ses richesses.

        Zachée cherchait à voir Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était petit de taille. Il était déjà passablement grand par l’âme, celui qui semblait petit à cause de son corps, car il atteignait les cieux par la pensée celui qui n’était pas à la hauteur des hommes. Que personne donc ne se soucie de la petitesse de sa taille, mais qu’il mette toute son attention à ce que son esprit soit éminent.

        Courant en avant, il grimpa sur un arbre. Cet homme a méprisé la terre, s’est élevé au-dessus de l’or, a transcendé l’avarice ; il est monté au-dessus de toute la masse des richesses, pour que, bondissant sur l’arbre du pardon, il saisisse les fruits de la miséricorde, et pour que, de l’observatoire de sa confession, il aperçoive l’indulgent qui pardonne.

        Il grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Il a raison d’employer le mot passer, car le Christ n’est pas venu pour demeurer sur les routes humaines, ni dans les labeurs humains. Quand Jésus fut arrivé au lieu, levant les yeux, il le vit. Comme s’il n’aurait rien vu s’il n’avait pas levé les yeux, Celui qui, absent, a vu Nathanaël de loin sous le même arbre ! Il l’a vu. Il l’a vu pour lui apporter le pardon, il a fixé les yeux sur lui pour lui communiquer la grâce, il l’a regardé pour lui donner la vie, il l’a contemplé pour lui procurer le salut. Dieu ne cherche pas à connaître celui qu’il voit comme s’il l’ignorait, mais il veut voir celui qu’il connaît pour l’amener dans sa gloire.

2° lecture Dimanche de la 31ème semaine du Temps Ordinaire



2 Rois 24,20-25,15+27-38

Quelle est la captivité dont nous sommes délivrés par Jésus-Christ Paul VI ?

Saint Augustin

Sermons au peuple, 1ère série, sermon 27, OC 16, p. 122s

Quelle est cette maison construite après la captivité ? Le psaume nous l’apprend : Chantez au Seigneur un cantique nouveau, chantez au Seigneur, terre entière, chantez-le bénissez son nom. Voilà quelle est cette maison ! Lorsque toute la terre chante un cantique nouveau, elle est la maison de Dieu ; et cette maison se bâtit en chantant, elle est fondée sur la foi, elle s’élève sur l’espérance, elle s’achève par la charité. C’est maintenant le temps de la construire, mais la consécration ne se fera qu’à la fin des siècles. Que les pierres vivantes s’empressent donc de s’unir pour chanter un cantique nouveau, qu’elles s’empressent d’entrer dans la construction du temple de Dieu, qu’elles le reconnaissent et le reçoivent pour habitant.

        Après quelle captivité construit-on la maison dont parle le psalmiste ? Regardons la suite du psaume : Racontez sa gloire et ses merveilles, car les divinités des nations ne sont que des démons. Voilà sous quelle captivité cette maison était ensevelie. Depuis le premier péché du premier homme, le genre humain tout entier nait esclave du péché, et est asservi à la tyrannie du démon. En effet, si nous n’étions captifs, nous n’aurions pas besoin d’un Rédempteur. Celui qui était libre est venu chez les captifs ; celui qui n’était en rien soumis à la captivité est venu pour racheter les captifs, en portant notre rançon dans sa chair mortelle. S’il n’avait point une chair mortelle, d’où viendrait le sang que le Verbe devait répandre pour la délivrance des captifs ? Il est venu vers nous qui étions captifs du péché, il est venu avec la ressemblance de la chair du péché ; elle n’avait que la ressemblance de la chair du péché, c’était une chair véritable, mais non pas la chair du péché. Or, quel était celui qui est venu avec cette chair ? Annoncez-le de jour en jour. Voilà ce qu’il était, il était de jour en jour, il était Dieu de Dieu, lumière de lumière. Mais ce Verbe s’est fait chair pour habiter parmi nous. Il a voilé sa majesté, et n’a laissé paraître que sa faiblesse, afin de détruire notre faiblesse, et de nous mettre en possession de sa majesté. Le monde était captif ; il en a été délivré par la miséricorde divine.

3° lecture Commémoration de tous les fidèles défunts



Dieu des vivants Paul VI

Père Karl Rahner

Appels au Dieu du silence, 10 méditations, p. 91s

        Ô Dieu silencieux, ô Dieu de mes défunts devenus muets, ô Dieu vivant, Dieu des vivants, qui parles, qui clames à travers Ton silence, ô Dieu de ceux qui, par leur silence, m’appellent vers Ta vie, ne permets pas que j’oublie mes défunts, car ils sont bien vivants. Puisse mon amour pour eux, la fidélité que je leur garde, être une preuve de ma foi en Toi, Dieu de la vie éternelle. Ne permets pas que je sois inattentif à leur silence, signe le plus intime de leur amour pour moi. Puisse l’intimité de leur langage me suivre partout ! Je ne veux jamais l’oublier ! Dès le moment où ils m’ont quitté, leur amour s’est fusionné avec le Tien, et dans cet amour, ils me sont devenus plus proches que jamais. Ô mon âme, n’oublie pas les défunts, car ils sont vivants. Ils vivent pour toujours, en pleine lumière, de la vie éternelle à laquelle tu es destinée, mais qui te reste encore cachée. Ô Dieu des vivants, ne permets pas que les vivants oublient le mort que je suis. Tu leur as tout donné, ils te possèdent Toi-même : accorde-leur aussi de me parler par leur silence ! Que ce silence devienne l’expression la plus éloquente de leur amour pour moi ! Qu’il renforce mon amour pour eux et m’aide à les rejoindre dans leur vie et leur lumière ! Si ma vie est effectivement et doit devenir de plus en plus une vie avec les défunts qui m’ont précédé dans la nuit noire où personne ne peut plus agir, que ta grâce en fasse toujours davantage une vie de la foi en Ta lumière, au milieu des ténèbres de mon existence ! Alors je vivrai avec les vivants qui m’ont précédé, marqués du digne de la foi, et je progresserai vers le jour radieux de la vraie vie où personne n’a plus besoin d’agir, parce Tu es Toi-même ce jour, Toi qui es la pleine réalité, ô Dieu des vivants. Lorsque je dis : Seigneur, donne-leur le repos éternel, et que la lumière éternelle resplendisse à leurs yeux !, fais que ma prière soit le simple écho de la parole d’amour qu’eux-mêmes prononcent pour moi dans le silence de leur éternité : Seigneur, à celui que nous aimons en Toi plus réellement que jamais, accorde l’éternel repos, après la lutte de sa vie, et que Ta lumière éternelle resplendisse en lui comme en nous. Ô mon âme, n’oublie pas les défunts. Dieu de vivants, souviens-Toi de moi qui suis mort ; sois un jour ma vie à tout jamais. Amen.

 

2° lecture Commémoration de tous les fidèles défunts



Je crois à la résurrection de la chairPaul VI

Cardinal Hans Urs von Balthasar

Credo, p. 109s

        Il est essentiel que Jésus montre ses blessures : mains, pieds, et, chez saint Jean pour l’incrédule Thomas, son côté. Et cela, en aucune manière seulement pour son identification, les disciples d’Emmaüs le reconnaissent à la fraction du pain, mais pour apporter la preuve que toute la souffrance terrestre est transfigurée jusque dans la splendeur de la vie éternelle. Aucune souffrance n’a été si profonde et aucune n’a eu un sens aussi définitif que la Croix du Seigneur. En aucune manière, elle ne peut être dépassée comme quelque chose de désormais révolu, de livré au simple souvenir : la douleur comme telle, toute douleur humaine, toute souffrance du monde, apparaît ici dans son sens éternellement permanent.

        Le Mystère de l’Eucharistie montre au mieux comment se déroule cette transmutation éternellement valable : Ceci est le calice de mon sang, versé pour vous, et pour la multitude, en rémission des péchés. Cette effusion ne se produit qu’une fois : autrefois, aujourd’hui, et pour l’éternité. Autrefois, déjà dans une sorte d’intemporalité, physiquement et jusqu’au sang, en un événement qui, selon son contenu intime, demeure insurpassable, même dans la transfiguration de la vie éternelle.

       Quelle espérance pour ceux qui souffrent sur terre, et qui, la plupart du temps, ne parviennent pas à trouver un sens à leur souffrance ! Celle-ci est assumée près de Dieu, mystérieusement féconde en Dieu. Souvent, nous chrétiens, nous pensons pressentir dans la souffrance la plus cruelle, incompréhensible à nos yeux terrestres, une proximité mystérieuse avec le caractère absurde et la nécessité cachée de la Croix du Christ. Mais toute la cruauté de l’histoire du monde n’arrive jamais à la hauteur de ce qui, sur le Golgotha, fut l’abandon de Dieu par Dieu ; en cet abandon, tout trouve son refuge et son abri.

 

3° lecture Fête de Tous les Saints



S’approcher de DieuPaul VI

Saint Grégoire de Nysse

Les Béatitudes, VI, PG 44, 1265s

        La promesse de voir Dieu dépasse toute béatitude. Dans l’Ecriture, voir c’est posséder. Celui qui voit Dieu a obtenu tous les biens que l’on peut recevoir.

        Mais pour voir Dieu, comment purifier son cœur ? Tu peux l’apprendre dans toute la doctrine de l’Evangile. Si tu parcours tous ses enseignements, les uns après les autres, tu y trouveras le remède certain qui purifie le cœur.

        O homme, en qui se trouve une avidité de contempler le bien, quand tu entends dire que la divine majesté et l’ineffable beauté ne se peuvent percevoir, ne désespère pas, comme s’il était impossible de voir ce que tu désires. Il existe en toi un mode de contempler Dieu, car Celui qui t’a formé a pour ainsi dire consubstantié et incorporé ce bien à ta nature. A ta fabrication, à ta constitution, Dieu a imprimé et informé des ressemblances et des imitations de sa propre nature, comme on imprime sur la cire un sceau gravé.

        Comme il arrive au fer, quand on l’a débarrassé de la rouille en l’aiguisant contre la pierre, et que, noir l’instant d’avant, il brille en face du soleil et reproduit sur lui-même des lueurs et des éclairs, ainsi l’homme intérieur, que le Seigneur appelle le cœur. Quand il aura rejeté la couche de rouille qui s’était accumulé sur sa forme par une moisissure mauvaise, il reprendra la ressemblance de son archétype, et il sera bon. Car évidemment, ce qui est semblable au Bon est bon.

        Alors, celui qui se voit lui-même voit en lui ce qu’il désire, ce dont il a la nostalgie, et ainsi le cœur pur devient bienheureux ; car en regardant vers sa propre pureté, il voit l’archétype dans l’image.

        Comme, en effet, celui qui voit le soleil dans un miroir sans tendre son regard vers le ciel, voit le soleil dans la lumière du miroir tout autant que celui qui regarde directement le disque même du soleil, ainsi en sera-t-il pour toi, dit le Seigneur : sans doute tu es impuissant à regarder en face la lumière ; mais si tu reviens à cette grâce de l’Image qui fut déposée en toi au commencement, tu possèdes en toi ce que tu cherchais : car la pureté, la paix de l’âme, l’éloignement du mal, c’est la divinité. Si donc ces choses sont en toi, Dieu est en toi.

        Quand donc la raison, en toi, est pure de tout mal, libre des passions, et entièrement étrangère à toute souillure, tu es bienheureux de ta vision aigüe, car ce qui est invisible aux non-purifiés, une fois purifié tu le comprends. Une fois écarté des yeux le brouillard charnel des yeux de l’âme, tu vois clairement dans l‘atmosphère sereine du cœur le spectacle béatifiant. Mais ce spectacle, quel est-il ? Pureté, sainteté, simplicité, toutes ces fulgurances de la nature divine à travers lesquelles on voit Dieu.

2° lecture Fête de Tous les Saints



Le vrai bonheurPaul VI

Père Maurice Zundel

A l’écoute du silence, p. 66s

         Le vrai bonheur, le bonheur de la personne, le bonheur de l’esprit, enfin tous ces bonheurs qui ont leur origine dans l’intelligence et dans le cœur, sont des biens qui ne peuvent être possédés. Lorsqu’on veut posséder la vérité, on la perd. Lorsqu’on veut s’en faire un monopole, on la limite dans une caricature ; lorsqu’on veut posséder l’amour, on lui devient étranger. Le bonheur n’existe qu’en circulant, qu’en se communiquant dans une désappropriation continue.

        La vie divine qui est Trinité est impossédable, Dieu est par excellence l’impossédant et l’impossédable, l’antipossession ; il est Dieu justement en raison de cette dépossession.

        Le plus haute expression du Christianisme est celle de la découverte de la Pauvreté. C’est l’intuition profonde, vivante, rayonnante de la Pauvreté de Dieu. Le Père n’a rien, il n’est qu’un regard vers le Fils. Le Fils n’a rien, il n’est qu’un regard vers le Père. Le Saint-Esprit n’a rien, il n’est qu’une aspiration vers le Père et le Fils. Dieu est pauvre. Dieu n’a rien. Dieu est Dieu parce qu’il n’a rien.

        Etre toute pauvreté, il n’y a alors de grandeur que dans le don de soi. Dieu, qui nous ouvre les espaces infinis de son amour, nous appelle uniquement à cette liberté totale de l’Amour qui est pur don. Et l’existence infinie, c’est la pauvreté.

        La largeur de la pauvreté, c’est la liberté d’une âme où tout est donné. Au cœur de la pauvreté est la joie parce qu’on est libre de tout, parce qu’on est libre de soi. Ce qui sépare toujours, c’est le moi, c’est la possession. Quand on est dépouillé de tout, on devient un espace libre et le monde entier peut s’y abriter. Tout est là, ce sont les deux axes : Pauvreté totale qui n’est autre que l’Amour s’oubliant ; et Joie qui est le sourire de la beauté.

        Ne jamais faire de bruit avec soi pour ne pas empêcher la musique divine, pour entendre la mélodie divine au fond de soi. Ne jamais faire de bruit en soi-même pour que le monde entier s’y retrouve en ce Dieu qui n’est qu’Amour, en ce Dieu qui nous est confié, en ce Dieu qui est remis entre nos mains, en ce Dieu qui veut naître en nos cœurs. Il pourra alors naître de nous.

Jeudi de la 30ème semaine du Temps Ordinaire



Jérémie 27, 1-15

Le port du jougPaul VI

André Aeschimann

Le prophète Jérémie, commentaire, p. 158s

        Nous voyons, dans le texte que nous venons d’entendre, les efforts accomplis par Jérémie, au cours du règne de Sédécias, pour influencer la politique de son pays dans le sens d’un abandon de la revanche, et d’une acceptation, tout au moins provisoire, de la situation créée par la première prise de Jérusalem par les Babyloniens en 597. Le prophète œuvre dans le concret quotidien, utilisant toutes les armes : actes symboliques, discours, envoi de lettres pour faire triompher ce qu’il sait être la volonté de son Dieu. Alors, pour impressionner les ambassadeurs étrangers, aussi bien que leur interlocuteur royal, Jérémie accomplit un geste spectaculaire destiné à frapper les esprits. Il parait dans les rues de Jérusalem portant sur la nuque un joug, et proclamant qu’il faut accepter le joug de Babylone, sans quoi ce sera la ruine. Bien plus, il prend à partie les émissaires étrangers et les invite à porter à leurs maîtres le message du joug. Il vaut la peine de remarquer que dans le message ainsi adressé aux gouvernements des pays voisins, Jérémie ne leur parle pas d’obéissance au Dieu de l’Alliance, dont ils ne savent rien, mais d’un Dieu Créateur et Maître de l’univers, ce qu’ils peuvent comprendre.

        Certains commentateurs trouvent surprenant, d’aucuns disent même grossier, cet acte symbolique du prophète se promenant avec un joug sur le cou. Mais un prophète n’est pas un esthète, il ne raffine pas sur les moyens à employer, pourvu que la parole de Dieu soit entendue et, ici, vue. N’y a-t-il pas eu jadis un prophète qui s’est affublé de cornes de fer pour prophétiser au roi d’Israël la victoire sur les Syriens ? Et n’a-t-on pas vu Isaïe lui-même, le prince des prophètes, passer nu et déchaussé dans les rues de Jérusalem pour prophétiser que le peuple égyptien sera, lui aussi, emmené en exil dans les conditions les plus humiliantes ?

        Dans une autre circonstance, Jérémie adresse le même message de non-résistance, non plus aux représentants des pays étrangers, mais à ses compatriotes, et notamment au roi Sédécias, prenant vigoureusement à partie les prophètes, hébreux cette fois, qui abusent Israël par leurs prédications systématiquement optimistes et revanchardes. Pourquoi mourriez-vous, alors que la voie de la vie est ouverte devant vous ?