Texte du jour

Vendredi de la 19ème semaine du Temps Ordinaire



2 Rois 11,1 – 12,1

Athalie, la folie du pouvoirPaul VI

 

Adin Steinsaltz

Hommes et femmes de la Bible, p. 196s

 

        Aussi longtemps que son fils Achazya demeura en vie, Athalie resta, en quelque sorte, à l’intérieur de la sphère humaine, non seulement parce qu’il était le roi légitime, mais aussi parce qu’il était son fils. Alors avide de domination, exerçant probablement un réel pouvoir, elle n’éprouvait pas encore le besoin de ses apparats. La chute et la destruction de la maison de son père brisèrent les derniers liens d’Athalie avec le reste de l’humanité : elle n’avait plus d’autre but que d’assouvir sa seule soif de pouvoir. En d’autres termes, Athalie ne tenta pas de créer une nouvelle dynastie, ni de transférer son autorité à quelqu’un qui lui succèderait. Elle n’élabora même pas de réelles réformes politiques ou religieuses dans le pays. Elle n’était plus que l’expression de sa seule volonté et de sa seule passion : régner. Tout se passe comme si les barrages psychologiques, tous les autres sentiments humains avaient disparu de son psychisme. Ne se sentant plus concerné par l’avenir, elle établit un gouvernement totalitaire, dont la légitimité était limitée, et qui ne comportait que le sceau de sa propre personnalité. Au-delà de ses tentatives de détruire la descendance royale, vu la nombreuse postérité de David, c’eût été là chose tout à fait impossible, elle agit, semble-t-il, poussée par le désir d’exterminer tout le monde, d’entraîner tout la pays dans sa tragédie et dans ses souffrances, et d’étancher le seul sentiment qui l’animait encore : la soif du pouvoir. Elle demeurait le seul souverain, et elle continuerait à vivre, non pas pour réaliser quelque but élevé : désormais, sa vie ne représentait plus que l’expression ultime d’une personnalité à l’agonie. La mort d’Achazya, son fils, vit s’effondrer son dernier lien avec un certain genre de vie, avec un certain type de responsabilité. Elle entreprit alors d’éliminer tous ses sujets ; ce désir ardent n’était pourtant pas autodestruction, car elle était encore mue par une avidité folle de régner. Athalie sombra dans le poison de la soif du pouvoir. Elle n’était plus qu’une femme seule ; ses liens avec l’humanité, ses élans positifs, son espoir d’avenir ou ses souvenirs du passé avaient été anéantis, et elle demeura esseulée, avec une ambition démente.

 

3° lecture Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie



Luc 1, 39…56

Le ciel et la terre se joignent pour cette fêtePaul VI

Saint Bernard

Premier sermon pour l’Assomption de la Vierge Marie, OC 3, p. 577s

 

        Aujourd’hui notre terre a envoyé un précieux présent au ciel pour rapprocher, par cet heureux échange de présents d’amitié, les hommes de Dieu, la terre des cieux, notre bassesse de l’élévation suprême. Un fruit sublime de la terre s’est élevé là d’où nous viennent tous dons excellents, tous dons parfaits, et une fois montée dans les cieux, la bienheureuse Vierge Marie comblera à son tour les hommes de ses dons. Pourquoi n’en serait-il point ainsi ? Car le pouvoir ne lui manquera pas plus que la volonté. Elle est la Reine des cieux, la Reine de miséricorde, et de plus elle est la Mère du Fils unique de Dieu. Est-il rien qui puisse nous faire concevoir une plus haute estime de son pouvoir et de sa bonté ? A moins qu’on ne croie pas que le Fils de Dieu honore sa mère, ou qu’on doute que les entrailles de Marie où la charité même de Dieu a passé corporellement neuf moins entiers, se soient remplies de sentiments de Charité.

        Si je parle de la sorte, frères, c’est pour nous que je le fais, attendu que je n’ignore pas combien il est difficile que dans un si grand dénuement, on ne puisse trouver cette charité parfaite qui ne cherche point ses propres intérêts. Mais sans parler des grâces que nous recevons pour sa glorification, pour peu que nous ressentions d’amour pour elle, nous nous réjouirons de la voir retourner à son Fils. Oui, frères, nous la féliciterons, car elle est reçue aujourd’hui dans la cité sainte par Celui qu’elle a reçu elle-même la première, lorsqu’il fit son entrée dans ce monde, mais avec quel honneur, avec quelle allégresse, avec quelle gloire ! Sur la terre, il n’est point un seul endroit plus honorable que le temple du sein virginal où Marie reçut le Fils de Dieu, et, dans le ciel, il n’est point de trône supérieur à celui sur lequel le Fils de Dieu a placé sa mère. Recevant ou reçue, elle est également bienheureuse, elle l’est dans les deux cas d’un bonheur ineffable parce qu’elle l’est d’un bonheur inimaginable.

Pourquoi lit-on aujourd’hui dans l’Eglise du Christ précisément le passage où il est donné à entendre que la femme bénie entre les femmes a reçu le Sauveur ? C’est, je pense, pour nous faire estimer, ou plutôt pour nous faire comprendre combien est inestimable la réception que Marie reçoit aujourd’hui de son Fils par celle qui lui a été donnée à elle-même de faire. En effet, qui, pourrait dire, même en empruntant la langue des anges et celle des hommes, comment expliquer de quelle manière le Saint-Esprit est survenu en Marie ; la vertu du Très-Haut l’a couverte de son ombre, la vertu de Dieu par qui tout a été fait, s’est lui-même fait chair. Enfin, de quelle manière le Seigneur de majesté, celui que l’univers entier ne peut contenir, devenu homme, s’est enfermé dans les entrailles d’une Vierge ?

2° lecture Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie



Ephésiens 1,1-14 ou 1,16 – 2,10

L’Assomption, cause de notre joiePaul VI

Karl Rahner

L’homme au miroir de l’année chrétienne, p. 228s

        Comme nous l’enseigne la foi, le doux éclat de la grâce qui inondait Marie au moment où la Parole du Créateur l’appela à l’existence, continue d’être aujourd’hui une réalité indestructible. Sa délicate humilité, la beauté de son esprit sans ombre, le don total d’elle-même à Dieu, bref, tout ce qui remplissait son âme lorsqu’elle dit : Je suis la servante du Seigneur, tout cela est un présent au visage sans cesse nouveau. La grandeur simple de sa vie et son sacrifice sous la croix de son Fils, toute cette beauté morale et cette sainteté qui jetèrent sur notre monde ténébreux une note de lumière et de grâce, tout cela est désormais vie éternelle et se mêle à l’océan de la vie divine, dont la symphonie retentit dans un éternel aujourd’hui. Ce qui jadis, dans sa vie terrestre, a pris peu à peu figure d’éternité, mais par morceaux, à travers l’écoulement du temps, est devenu un torrent débordant de joie bienheureuse qui envahit le présent unique de l’éternité, ce maintenant toujours identique et toujours nouveau qui, situé dans la sphère du supra-temporel, ne voit que de très haut et de très loin le déroulement du temps.

        Entre cette jubilation permanente et nous-mêmes, il n’y a que le mince rideau de notre condition temporelle, traversé par la lumière de la foi et par la voix de Dieu. Et que nous montre cette lumière, que nous atteste cette voix ? La vie éternelle de la Vierge très pure, car Dieu est un Dieu des vivants. Oui, ce cœur plein de bonté et comblé de la béatitude est proche, tout proche, de cette proximité singulière que donnent la foi et l’amour, de cette proximité du monde éternel que connaissent ceux qui y aspirent de toute la force de leur désir. Et lorsque, du lointain abîme de nos jours mortels, nous saluons son éternel aujourd’hui, ce que nous atteignons n’est rien d’autre que la plénitude d’une vie bienheureuse qui commença à sourdre il y a près de deux mille ans. C’est dire que cette éternité de bonheur a jailli des sombres vallées de notre vie éphémère. Comment dès lors ne pas lever des yeux pleins d’espérance vers cette béatitude de Marie, dans laquelle nous voyons la réalisation première du sort bienheureux qui  nous attend ?

Mercredi de la19ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Maximilien Kolbe



2 Rois 6,24-25+32-7,16

« Donner sa vie pour les autres »Paul VI

Saint Augustin

Sermon 332 pour une fête de martyr, OC 19, p. 89s

        Les honneurs que nous rendons aux martyrs, c’est aux amis de Jésus-Christ que nous les rendons. Voulez-vous savoir quelle cause les a rendus amis de Jésus-Christ ? Notre Seigneur lui-même nous l’apprend quand il dit : C’est mon commandement que vous vous aimiez les uns les autres. Après avoir dit cela, il ajoute : Comme je vous ai aimés moi-même ! Aimez-vous de la sorte les uns les autres pour le Royaume de Dieu, pour la vie éternelle. Aimez tous ensemble, mais que je sois l’objet de cet amour ; aimez tous ensemble Celui qui ne peut vous déplaire en rien, c’est-à-dire votre Sauveur.

        Notre Seigneur a été plus loin dans ses enseignements, comme pour répondre à cette question : Et comment vous nous avez aimés, afin que nous sachions comment nous devons nous aimer les uns les autres ? Ecoutez sa réponse : Personne n’a un amour plus grand que l’amour de celui qui donne sa vie pour ses amis. Aimez-vous donc les uns les autres jusqu’à être prêt à donner chacun votre vie pour les autres. Voilà ce qu’on fait les martyrs, fidèles à cette recommandation de l’évangéliste saint Jean dans l’une de ses lettres : De même que Jésus-Christ a donné sa vie pour nous, nous devons nous aussi donner notre vie pour nos frères. Vous êtes assis à la table d’un puissant prince ; vous qui êtes fidèles, vous savez à quelle table vous êtes assis ; rappelez-vous ce que l’Ecriture vous dit : Lorsque vous êtes assis à la table d’un puissant prince, sachez que vous devez préparer vous-même un festin semblable à celui qui vous est servi. Quel est ce puissant prince à la table duquel vous êtes assis ? C’est Celui qui se donne lui-même à vous : Jésus-Christ vous offre, non point une table chargée de mets exquis, mais sa table, c’est-à-dire lui-même. Approchez-vous donc de cette table et rassasiez-vous, soyez pauvre et vous serez rassasiés. Les pauvres mangeront et serons rassasiés. Sachez que vous devez préparer un festin semblable à celui qui vous est servi. Si vous voulez comprendre, écoutez l’explication que vous en donne saint Jean. Vous ignorez peut-être ce que signifient ces paroles : Quand vous êtes assis à la table d’un puissant prince, sachez que vous devez vous-même lui préparer un festin semblable à celui qui vous est servi. Ecoutez l’explication de l’apôtre : De même que Jésus-Christ a donné sa vie pour nous, nous devons nous-mêmes être prêt à en faire autant. Qu’est-ce à dire ? Nous devons être prêts à donner notre vie pour nos frères.

 

Mardi de la19ème semaine du Temps Ordinaire



2 Rois 6, 8-23

Elisée et le roi de SyriePaul VI

Saint Jean Chrysostome (latin)

Elisée et le dévoilement des embûches des syriens, le saint prophète Elisée, Bellefontaine, p. 165s

        Au temps du saint père Elisée, pour manifester la puissance miraculeuse de Dieu et la démonstration de sa force, les syriens déclarent la guerre aux fils d’Israël : le combat futur est annoncé d’une manière très menaçante. En ce combat, les ennemis tendent des embûches dans le camp, les adversaires préparent des ruses, on établit des refuges pour tromper ; et le peuple de Dieu est vaincu moins par la guerre que par la fausseté des embûches.

        Le saint prophète Elisée dévoile cela en envoyant dire au roi d’Israël : Observe l’endroit, mon fils, car les Syriens se fient à ce lieu. Eviter un tel lieu rend les Israélites sains et saufs, et les Syriens plus resserrés. Alors le roi des Syriens convoqua les siens : Dites-moi, ditil, qui m’a dénoncé aux Israélites, qui a dévoilé les projets de mes embûches, qui a indiqué les tromperies que nous avons dressées contre eux ? Ils répondent : Personne ne t’a dénoncé, personne n’a révélé tes projets, mais il y a chez eux un très saint prophète. Si tu penses quelque chose, il le connaît ; si tu dis quelque chose, il le sait, et, quoi que tu aies décidé en secret, il le connaît. Ce même prophète leur a rapporté tout cela, il a signalé toutes tes décisions. Elisée était situé sur une montagne plus haute que le monde, plus proche du ciel. Il était situé dans un temple, regardant de haut ce qui se passe sur la terre en dessous de lui ; il ne s’adonne pas à un entretien avec des hommes, lui qui par des entretiens de prière avait été uni à Dieu.

        Aussi, le roi de Syrie envoie-t-il alors des armées, il rassemble une forte troupe, excite des soldats pour qu’ils assiègent la montagne et lui amène l’homme de Dieu. L’ennemi très dangereux s’est moqué de lui-même, il s’est ridiculisé, et par un propos insensé a perçu au sujet de l’homme de Dieu autre chose que ce qu’il aurait dû. Car s’il ne considérait pas Elisée comme homme de Dieu, pourquoi envoya-t-il une forte troupe ? Ou s’il le savait homme de Dieu, pourquoi ignora-t-il  qu’il était armé contre lui par la puissance de Dieu ? Ou bien un petit nombre d’hommes ne pourrait amener un simple particulier, ou bien son armée aurait pu l’emporter sur un homme de Dieu. L’insensé en effet a dû croire qu’il ne pouvait aller contre celui-ci, dont il avait appris qu’il dévoilait ses embûches secrètes.

Lundi de la19ème semaine du Temps Ordinaire



2 Rois 5, 1-19

Le bain de NaamanPaul VI

Saint Guerric d’Igny

Quatrième sermon pour l’Epiphanie, SC 166, p. 297s

        Quand bien même je serais tout entier couvert de la lèpre de Naaman en proie à ce mal incurable, le ferme conseil d’Elisée me ramènerait du désespoir à l’espérance : Va te laver sept fois dans le Jourdain et ta chair redeviendra nette.

        Que signifie ce septénaire, et quel est ce Jourdain ? A ce qu’on dit, Jourdain signifie : « Leur descente ». Mais la descente de qui donc ? Assurément de ceux qui s’humilient en faisant pénitence, de ceux qui s’immergent d’autant plus profondément et sont purifiés d’autant plus totalement par le bain du Jourdain spirituel, qu’ils descendent plus bas grâce aux degrés d’humilité. Il descendit, est-il dit, et il fut purifié.

        Descends, toi aussi, mon âme, descends du char de l’orgueil dans les eaux salutaires du Jourdain qui, de la source de la maison de David, coule maintenant dans le monde entier pour la purification du péché. Cette source, c’est l’humble pénitence qui coule de la grâce et de l’exemple du Christ, et qui, prêchée désormais sur toute la terre, lave les péchés du monde entier.

        Ô vous les Naaman de Syrie, car il n’y en a pas qu’un, ô vous qui êtes riches, mais lépreux, vous qui êtes fiers, mais coupables, pourquoi avoir une telle répugnance à vous laver dans les eaux aptes à vous guérir ? Une injonction peut-elle être lourde lorsqu’y est jointe la promesse du salut ?

        Finalement, non sans peine, on obtient que le pécheur orgueilleux descende et se lave dans le Jourdain. Il s’y lave sept fois, il s’y plonge tout entier, alors l’effet salutaire ne tarde pas à justifier la parole du prophète.

        Mais, hélas, grande est la misère de notre temps, car non seulement les lépreux riches, mais les pauvres eux-mêmes se montrent si délicats qu’ils supportent avec peine d’avoir seulement le talon mouillé par les eaux salutaires, ou bien il leur suffit d’un seul bain pour se croire parvenus à la pureté totale ! Tel n’est pas l’avis d’Elisée, il le dit clairement : Lave-toi sept fois et tu seras guéri. Il savait que nous devons imiter l’abaissement du Christ si nous voulons être parfaitement purs. Toi donc, mets tes pas dans les empreintes du Christ, même si c’est d’assez loin : imite la pauvreté, choisis la dernière place parme les pauvres, soumets-toi à la Règle de ton monastère, accepte d’avoir pour supérieur un plus jeune que toi, supporte les faux frères avec égalité d’âme, triomphe des critiques par la douceur, réponds par la charité à qui te fait souffrir. Assurément, une telle humilité ouvre les cieux et donne de nouveau l’Esprit d’adoption : le Père reconnaît son fils, il le recrée dans l’innocence et la pureté d’un enfant régénéré. C’est pourquoi l’Ecriture rappelle avec bonheur que la chair de Naaman fut restaurée comme celle d’un enfant nouveau-né.

3° lecture Dimanche de la19ème semaine du Temps Ordinaire – C



Luc 12, 32-48

« Vendez, donnez »Paul VI

Saint Bède

Commentaire sur saint Luc, PL 92, 494-495

        Vendrez ce que vous possédez et donnez-le en aumônes. Ne craignez pas, dit le Seigneur, que luttant pour le Royaume, vous manquiez en cette vie du nécessaire ; bien mieux, ce que vous possédez, vendez-le pour faire l’aumône. C’est ce que fait, comme il convient, celui qui, ayant une bonne fois rejeté pour le Seigneur tous ses biens, n’en travaille pas moins de ses mains par la suite, afin de pourvoir à sa propre subsistance et d’être en mesure de faire l’aumône. C’est de quoi l’apôtre se glorifie en ces termes : je n’ai désiré recevoir d’aucun ni or, ni argent, ni vêtements, vous le savez : c’est le travail de ces mains qui a suffi à mon entretien et à celui des miens. Je vous ai montré, de toutes manières, que c’est en travaillant ainsi qu’il faut secourir les faibles.

        Faites-vous des bourses qui ne vieillissent pas en faisant des aumônes dont vous recevrez une éternelle récompense. Il ne faut pas voir ici une interdiction de conserver aucun argent, même pour leurs propres besoins ou ceux des pauvres : aussi bien, lisons-nous que le Seigneur lui-même, qui avait les anges à son service, avait cependant pour servir d’exemple à son Eglise une bourse où il conservait les offrandes des fidèles, afin de subvenir aux besoins des siens et des indigents. Mais il nous demande de ne pas servir Dieu en vue de ces biens, et de ne pas délaisser la justice par crainte de la pauvreté.

        Faites-vous un trésor inépuisable dans les cieux, un trésor dont le voleur ne puisse approcher et que ne puissent consumer les mites. On peut comprendre simplement que les richesses s’épuisent, soit que le voleur vienne puiser dans la cachette, soit que ces richesses s’avilissent dans leur cachette à raison de leur inconsistance ; tandis que, données pour le Christ, elles confèrent, dans les cieux, un fruit éternel de miséricorde. On peut entendre également qu’un trésor de bonnes œuvres, amassé en vue d’avantages terrestres, se corrompt aisément et périt. Réuni dans un but purement surnaturel, il ne saurait être souillé du dehors par la faveur des hommes, ni du dedans par la tache de la vaine gloire.

        Là où est votre trésor, là aussi se trouvera votre cœur. Ce qui se doit entendre, non seulement de l’argent, mais de toutes les passions. Le Dieu du gourmand, c’est son ventre : là donc se trouve son cœur, car là est son trésor. Le prodigue met son trésor dans les festins, le frivole dans les divertissements. Par où l’on voit que chacun est l’esclave de la passion qui le domine.

2° lecture Dimanche de la 19ème semaine du Temps Ordinaire



2 Rois 4, 38-44+ 6,1-7

La hache tombée dans le fleuvePaul VI

Saint Césaire d’Arles

Homélie 130 sur la Hache tombée dans le fleuve, Bellefontaine 59, p. 159

        En  arrivant au bord au fleuve, voyant que la hache était tombée dans l’eau, Elisée jeta un morceau de bois et le fer flotta. Que signifie jeter un morceau de bois et faire sortir le fer, sinon monter au gibet de la croix et faire remonter le genre humain du fond de l’enfer, le libérer de la boue des péchés par le mystère de la croix ? Mais lorsque le fer flotta, le prophète le prit en main, le ramena et le rendit à son maître pour qu’il s’en serve utilement.

Il en est ainsi pour nous, frères très chers : nous qui, en pêchant par orgueil, étions tombés de la main du Seigneur, par le bois de la croix, nous avons mérité de revenir dans la main, c’est-à-dire au pouvoir du Seigneur. C’est pourquoi, autant que nous le pouvons, avec son aide, efforçons-nous de ne pas retomber de la main du Seigneur en pêchant par orgueil. Et puisque, sans aucun mérite antécédent, nous avons été amenés des ténèbres à la lumière, rappelés de la mort à la vie, ramenés des nombreux errements dans le bon chemin, courrons pendant que nous avons la lumière, de peur que nous ne négligions le temps du salut qui passe devant nous et que la joie pernicieusement agréable et extrêmement trompeuse de ce monde ne nous séduise ; alors, nous abandonnerions de nouveau les bonnes œuvres et le chemin de la justice, nous retomberions dans le fleuve impur de ce monde, et nous nous enfoncerions de nouveau par une chute malheureuse dans la boue de tous les péchés. Mais écoutons la parole de l’apôtre Paul : Si vous êtes ressuscités avec le Christ, pensez aux choses d’en-haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu, recherchez les choses d’en-haut. Pourquoi dit-il si vous êtes ressuscités, sinon parce que nous étions tombés ? Et ailleurs, le même apôtre dit : Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. Ne te semble-t-il pas, pour ainsi dire, crier à la hache enfoncée dans la boue ? Réveille-toi, dit-il, toi qui dors au fond du gouffre, et le Christ t’illuminera par le mystère de la Croix.

3° lecture Fête de saint Laurent



Jean 12, 24-26

« Celui qui me sert, qu’il me suive »Paul VI

Jean Tauler

Sermon 72, p. 585

        Notre Seigneur a dit : Que celui qui me sert me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Ces paroles sont pleines d’un sens noble et riche, et sur chaque mot on pourrait écrire tout un livre. Ces paroles nous permettent de reconnaître clairement qui sont les vrais serviteurs qui servent Dieu en vérité : ce sont ceux qui suivent Dieu et le suivent là et où il les attire. Dieu n’attire pas ses serviteurs sur un seul chemin, à une seule œuvre, à une seule manière d’agir, mais il les attire là où il est, c’est-à-dire à toute œuvre, en tout chemin, à toute manière d’agir. Car Dieu est en toute chose pourvu qu’elle soit bonne. Celui-là ne sert pas vraiment Dieu, s’il le sert de la façon choisie d’avance par lui, alors que Dieu veut l’attirer sur un autre chemin dont il se détourne. Agissant ainsi, il n’est vraiment pas le serviteur de Dieu !

        Pourquoi te détournes-tu si souvent de Dieu ? Pourquoi te disperses-tu ainsi ? C’est que Dieu n’a pas pénétré ton fond avec son essence, mais que tu t’es fait un Dieu imaginaire, à ta façon, et non pas selon son essence à lui. Voilà pourquoi, quand tes manières de piété te font défaut, tu perds aussi la présence de Dieu, et ainsi tu n’es pas un vrai serviteur qui suit Dieu. La seconde cause de cette dispersion, c’est que l’homme se répand dans les objets qui lui sont présentés par les sens et s’y attache ; qu’il ne laisse pénétrer ces choses en lui  qu’autant que le demande le besoin présent, qu’il ne les retienne pas pour s’attarder et s’entretenir intérieurement avec elles, pour parler et compter avec elles. Qu’elles soient pour lui comme quelque chose qu’il tient pour rien, qu’il laisse venir ce qui se présente , mais qu’il agisse alors comme si en toute chose il disait : « C’est Dieu que je cherche, que je désire, que je poursuis comme un chasseur ; quoi qu’il m’arrive, que Dieu me dirige et me conduise à bonne fin. Pourrait-il y avoir pour moi pire enfer et diabolisme plus mauvais, que de de ne pas aimer Celui que toutes les créatures poursuivent ?

        Que l’homme tende de toutes ses forces vers Dieu, à travers tous les événements. Qu’il ne s’attache pas aux choses de peur d’en être prisonnier ; qu’il laisse tout passer, et qu’il suive Dieu en toute discrétion, mais en s’y engageant tout entier. Qu’il garde en lui, en permanence, le sentiment de la présence de Dieu ; qu’en tout et en toutes choses, il cherche seulement et purement Dieu, toujours proche et intime dans son cœur.

2° lecture Fête de saint Laurent



Acte 6,1-8 + 8,1…8

Saint Laurent, martyrPaul VI

Saint Ambroise de Milan

La passion de saint Laurent, De officiis ministrorum, PL 16, 84-86

        Lorsque Laurent vit que l’on conduisait l’évêque Sixte au martyre, il se mit à pleurer. Ce n’était pas la souffrance de son évêque qui  lui arrachait des larmes, mais le fait qu’il partît au martyre sans lui. Il lui dit : « Où vas-tu, Père, sans ton fils, vers quoi te hâtes-tu, prêtre saint, sans ton diacre ». Et Sixte de lui répondre : « Je ne t’oublie pas, fils, ni ne t’abandonne. Mais je te laisse des combats plus grands à soutenir. Je suis vieux et je ne puis soutenir qu’une lutte légère. Quant à toi, tu es jeune, et il te reste un triomphe plus glorieux à obtenir contre le tyran. Tu viendras bientôt, sèche tes larmes, dans trois jours tu me suivras. C’est l’espace qui convient entre le prêtre et le lévite. Il n’était pas digne de toi de combattre à mes côtés, comme si tu avais encore besoin de mon secours. Que me demandes-tu de communier à ma Passion ? C’est tout entière que je te la donne en héritage. Qu’as-tu besoin de ma présence ? Elie a bien laissé Elisée. Eh bien ! Je remets entre tes mains la succession de mon pouvoir. » Tel était le débat, dont on voit la grandeur, où le prêtre et le diacre luttaient pour savoir lequel souffrirait le premier pour le nom du Seigneur.

        Trois jours après, Laurent est arrêté. On lui demande d’amener les biens et les trésors de l’Eglise. Il promet d’obéir ; le lendemain, le revient avec les pauvres. On lui demande où étaient ces trésors qu’il devait amener. Il montre les pauvres en disant : voilà les trésors de l’Eglise. Quels trésors meilleurs aurait le Christ, que ceux-là même dans lesquels il a dit être : Ce que vous aurez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. Laurent montré ces trésors-là ; et fut vainqueur, car le persécuteur n’eus aucune envie de les lui ôter. Mais dans sa rage, il fit placer Laurent sur un gril. Brûlé, il dit : « C’est cuit, retourne et mange si tu veux », montrant par la force de son cœur qu’il ne craignait pas la brûlure du feu.