Texte du jour

Mardi de la 24ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de Notre-Dame des Douleurs



Jean 19, 25-27 ou Luc 2, 33-35

Que la Très sacrée Vierge, Mère de Dieu, mourut d’amour pour son Fils

Saint François de Sales

Œuvres complètes (La Pléiade), Traite de l’amour de Dieu 7, 13, p. 703s

          La Vierge sacrée et son Fils n’avaient qu’une âme, qu’un cœur, et qu’une vie, en sorte que cette Mère vivant ne vivait pas en elle, mais son Fils vivait en elle. Mère la plus aimante et la plus aimée qui pouvait jamais être, mais aimante et aimée d’un amour immensément plus grand que celui de tous les Anges et les hommes, à mesure que les noms de Mère Unique et de Fils Unique sont aussi des noms au-dessus de tous les autres noms en fait d’amour. Quelle créature peut dire au Sauveur : Vous êtes mon vrai Fils, je vous aime comme mon vrai Fils ? A quelle créature le Sauveur a-t-il pu dire : Vous êtes ma vraie Mère toute mienne et je suis votre vrai Fils tout vôtre ? Entre eux, c’était bien plus qu’une simple union, c’était en vérité très profondément une unité de cœur, d’âme et de vie qui soudait cette Mère et ce Fils.

          La Vierge Mère, ayant assemblé en son esprit par une très vive et continuelle mémoire tous les plus mystères joyeux et douloureux de la vie et de la mort de son Fils, et recevant ainsi directement les plus ardentes inspirations que son Fils, Soleil de Justice, jette sur les humains au plus fort du midi de sa charité, faisant de son côté un perpétuel mouvement de contemplation, le feu sacré de ce divin amour la consuma, tel un holocauste gracieux et délicat : elle en mourut, son âme étant toute ravie. Elle fut élevée au ciel, enlevée dans les bras de l’amour de son Fils pour elle. Ô mort amoureusement vitale ! Ô amour vitalement mortel !

          A la mort du Sauveur, ceux qui avaient le plus d’amour pour lui eurent le plus de douleur, car l’amour alors était anéanti par la douleur et la douleur en l’amour ; tous ceux qui étaient emplis d’amour pour Lui furent amoureux de sa Passion. Mais sa Mère, elle qui aimait plus que tous, fut plus que tous transpercée du glaive de douleur : la douleur du Fils fut alors une épée tranchante qui passa au travers du cœur de sa Mère, d’autant plus que son cœur de mère était profondément uni et joint à celui de son Fils, d’une union si parfaite que rien ne pouvait blesser l’un qu’il ne blessa l’autre aussi vivement.

3° lecture Fête de la Croix Glorieuse



Jean 3, 13-17

Le serpent d’airain, image de la croix du Christ

Saint Théodore de Mopsueste

L’évangile selon Jean expliqué par les Pères PdF 31, p. 64s

          Jésus a parlé de son ascension. Elle semblait pourtant incroyable puisqu’il devait être livré à la mort. Aussi ajoute-t-il : Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, de même le Fils de l’homme doit être élevé, afin que tous ceux qui croient en lui ne périssent pas, mais qu’ils aient la vie éternelle. Que la croix ne vous effraie nullement, et ne vous fasse pas douter des paroles qui vous sont dites. Le serpent élevé par Moïse, dans le désert, n’était certes qu’un serpent fait de bronze, mais la puissance de celui qui ordonnait de l’élever sauvait ceux qui fixaient leurs regards sur lui.

          C’est ainsi que le Seigneur se charge du sort des hommes et souffre les douleurs de la croix, mais, grâce à la puissance qui l’habite, il a rendu ceux qui croient en lui dignes de la vie éternelle. Au temps de Moïse, le serpent d’airain, sans posséder la vie, grâce à la puissance d’un autre, délivrait de la mort ceux qui allaient périr sous la morsure venimeuse, pourvu qu’ils tournent leurs regards vers lui. Jésus, de la même manière, malgré son apparence mortelle et ses souffrances, donne pourtant la vie à ceux qui croient en lui, grâce à la puissance qui l’habite.

          Jésus continue : Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils Unique, afin que tous ceux qui croient en lui ne périssent pas, mais qu’ils aient la vie éternelle. C’est là encore, dit-il, un signe de l’amour de Dieu qui a donné son Fils Unique pour le salut du monde. Et voici qu’un peu plus haut il a rappelé l’exemple du serpent en désignant l’homme assumé, pour montrer qu’il donne, comme le serpent, à ceux qui croient en lui, ce qu’il ne peut donner par sa propre puissance, mais par la puissance qui habite en lui.

          Comment a-t-il pu dire : Dieu a donné son Fils Unique ? Il est évident que la divinité ne peut souffrir. Cependant, grâce à leur union, l’humanité et la divinité de Jésus ne forment qu’un. Aussi, bien que seul l’homme souffre, tout ce qui touche son humanité est attribué aussi à sa divinité.

2° lecture Fête de la Croix Glorieuse



Genèse 2,19 – 3,14 + 6,14-16

Le Christ en croix

Auteur anonyme

          Pour identifier l’Homme suspendu à la croix, une inscription est là : Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs ; l’intention est bien de proclamer la royauté du Christ à quiconque regarde la croix, majesté suspendu, clouée, sur le symbole du plus grand des déshonneurs, un instrument de punition réservé aux malfaiteurs, aux corrompus, aux criminels.

          La majesté du corps du supplicié n’est pas revêtue d’une robe de roi : pas de tissus chamarrés, aucun brocart tout en finesse, pas de tunique tissée tout d’une pièce de haut en bas, il en avait été dépouillé avant de le crucifier. Le corps nu est couvert de blessures nombreuses dégoulinant de sang. La douleur et les blessures étaient les seuls vêtements de ce roi, dépouillé de tout pour que nous puissions atteindre la grâce de la vie éternelle dans son royaume de paix, d’amour, de justice vraie, royaume bien différent de celui tenu par le pouvoir terrestre auquel le Christ a consenti à se soumettre durant son existence humaine.

          Sur la tête, une couronne, non une couronne de princes puissants toute d’or, incrustée de pierres précieuses, mais une couronne tissée d’épines de laquelle ne rayonne aucune noblesse, aucune splendeur. Entre l’inscription identifiant Jésus comme Roi des Juifs et la couronne d’épines, il n’y avait pas grande distance, quelques centimètres sans doute, peu de choses comparées à l’intense paradoxe des images : un Roi couronné d’épines ! Impossible d’offrir or, argent et pierres précieuses, pour révérer avec l’excellence la plus légitime, le Seigneur de l’Univers, Celui qui règne sur toute la création.

          Cet homme, c’est le Fils de Dieu qui, par obéissance au Père, a pris la nature humaine, sauf le péché dont il est venu lui-même nous délivrer. Cet homme, acclamé et suivi par la foule, a vécu sa mort avec seulement sa Mère et son disciple bien-aimé à ses côtés. Cet homme qui a parcouru les routes et les villages, proclamant les merveilles de Dieu par ses paroles, par des signes, des miracles, des guérisons, le voilà maintenant les bras cloués à la croix pour libérer l’humanité des liens de l’erreur du péché, du mal et de la mort. Cet homme conçu dans le sein d’une Vierge par l’œuvre de l’Esprit-Saint a alors exposé son corps déchiré par les blessures, ses os ne pouvant plus être tous comptés. Homme, Dieu, Roi, il a accepté la douleur, la souffrance, l’indignation, la mort ignominieuse, uniquement par amour pour tous les hommes afin de sceller avec eux l’Alliance définitive et insurmontable du Père avec ses enfants.

3° lecture Dimanche de la 24ème semaine du Temps Ordinaire – A



Matthieu 18, 21-35

« Remets, il te sera remis »

Saint Augustin

Sermon 210, OC 18, p. 123s

          Que le cœur doux et humble soit miséricordieux, et facile à accorder le pardon. Que celui qui a fait l’outrage demande pardon ; que celui qui l’a subi l’accorde afin que nous ne tombions pas au pouvoir de Satan, qui triomphe des dissentiments des chrétiens. Quelle aumône avantageuse de remettre à ton frère ce qu’il te doit, afin d’obtenir la remise de ce que tu dois au Seigneur ! C’est le Maître céleste qui a recommandé à ses disciples ce double devoir : Remettez, et il vous sera remis ; donnez et on vous donnera. Souvenez-vous de ce serviteur de qui son maître exigea de nouveau le paiement de toute la dette dont il l’avait tenu quitte, et cela parce qu’envers son compagnon, qui leur était redevable de cent deniers, ce serviteur n’avait pas usé de miséricorde comme on en avait usé envers lui au sujet de sa dette de dix mille talents. Or, en ce genre de bonnes œuvres, aucune excuse n’est valable, puisqu’il ne faut que de la volonté. On peut dire quelquefois : je ne puis jeûner, car j’aurais mal à l’estomac. On peut dire encore : je voudrais donner aux pauvres, mais je n’ai rien ; ou bien : j’ai si peu qu’en donnant je crains de tomber dans la misère. Remarquons toutefois que souvent, dans ces circonstances, on imagine de fausses excuses, parce qu’on en a pas de solides. Mais peut-on dire jamais : si je n’ai pas accordé le pardon qui m‘était demandé, c’est que j’en ai été empêché par ma faible santé, ou que je n’avais aucun moyen de le faire parvenir ? Remets, pour qu’on te remette. Il ne s’agit pas ici de bonne œuvre corporelle. Pour accorder ce qui est demandé, il ne faut pas même à l’âme le concours d’un seul des membres du corps. C’est la volonté qui fait, qui accomplit tout. Agis donc, donne sans inquiétude ; tu n’auras aucune douleur à endurer dans ton corps, aucune privation à subir dans ta maison. Ô mes frères, quel crime de ne pas pardonner à un frère qui se repend, quand on est obligé d’aimer son ennemi même ! Puisqu’il en est ainsi et puisqu’il est écrit : Que le soleil ne se couche pas sur votre colère, je vous le demande, mes frères, doit-on appeler chrétien celui qui maintenant au moins ne veut pas en finir avec des inimitiés que jamais il n’aurait dû contracter ?

2° lecture Dimanche de la 24ème semaine du Temps Ordinaire



Esther 1, 1-12 + 2, 5-17

L’histoire d’Esther

Père Paul Beauchamp

Cinquante portraits bibliques, p. 236s

          La première scène du récit est un banquet. Elle nous apparaît dans une lumière de monde lointain qui auréole tout le livre. L’auteur nous promène à travers les usages de la table et du harem chez les Perses. Si Esther a le moyen de sauver son peuple, c’est parce qu’elle est devenue l’improbable reine juive du roi perse. Celui-ci voulait remplacer la reine Vasti, coupable de lui avoir résisté alors qu’il voulait la montrer à tous ses invités pour conclure un banquet. Elle s’y était refusée. Les sages consultés par le roi lui avaient répondu : Aucun mari ne sera plus obéi de sa femme, à moins que tu ne destitue la révoltée.

          Seule Esther est jugée assez belle pour être la nouvelle reine à la place de Vasti. Sa qualité de juive est ignorée de tous, y compris du roi. Son  cousin Mardochée l’accompagne et veille sur elle. Mardochée rencontrera à la cour un autre immigré, Aman. Amalécite par sa nation, Aman est un personnage choisi à dessein, car l’inimitié qui dresse son peuple contre Israël remonte aux jours de Moïse : Samuel s’en été souvenu en tuant de sa main le roi des Amalécites. Aman obtient du roi qu’un décret d’extermination soit porté contre tout Israël et que son ennemi Mardochée soit pendu à la plus haute des potences. Esther, alors, d’abord hésitante, surmonte son effroi et risque tout : Je suis de ce peuple que tu vas faire disparaître, dit-elle au roi. Coup de théâtre, on découvre au même moment que ce cousin d’Esther, de juif inconnu, Mardochée, jadis sauva la vie d’Assuérus. Sans rien laisser paraître, le roi demande à son pervers conseiller comment il honorerait le plus grand serviteur du pays. Croyant préparer son triomphe, l’Amalécite répond comment l’organiser, et apprend, trop tard, que le triomphe est prévu pour Mardochée, et la potence pour lui-même. Il en sera ainsi.

          Tout cela se conclut par des festins, et se célèbre encore de la même manière d’âge en âge. Une femme a changé les sorts. Ainsi est célébré le pouvoir de la beauté féminine à travers l’histoire d’Israël. La fête n’est complète que si l’on va jusqu’au bout, plus loin que le dernier moment, quand on est ivre, c’est-à-dire jusqu’à ne pas savoir lequel des deux est le bon. Le vrai juste et le vrai pécheur n’apparaissent que contre les apparences, au creux de la nuit. Notre foi ne dit pas autrement.

Samedi de la 23ème semaine du Temps Ordinaire



Jude 1-25

Points forts de l’épître de Jude

Michel Trimaille

Lettres de Paul, de Jacques, de Pierre et de Jude, p. 281s

          Lorsqu’au début et à la fin de ce court billet (25 versets seulement), l’auteur parle à ses lecteurs de leur condition chrétienne, il nous laisse du même coup, quoiqu’en termes rapides, un résumé d’une grand richesse de contenu, en même temps que d’une réelle élégance d’expression.

          Foi, amour et espérance. On retiendra particulièrement les versets 20-21, une très belle phrase, centrée sur un impératif : Gardez-vous vous-mêmes dans l’amour de Dieu !, c’est-à-dire l’amour que Dieu a pour vous, ou l’amour que vous avez pour Dieu. Cet impératif est entouré de trois participes qui énoncent les conditions de sa mise en œuvre, car nul n’a, par lui-même, le pouvoir de se garder ainsi :

Vous construisant vous-mêmes sur votre foi : elle est en effet le fondement de toute construction chrétienne, et spécialement de cette construction qu’est l’Eglise. L’auteur se faisait un devoir d’écrire cette lettre pour vous exhorter à lutter pour la foi. C’est que la foi est un don de Dieu par excellence, parce qu’elle est réponse à son appel.

Priant dans l’Esprit-Saint. La foi s’exprime dans une prière, mais cette prière n’est vraie que si elle coïncide avec celle de l’Esprit-Saint lui-même.

Rendue dans l’attente de la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ pour la  vie éternelle. Etre tendu dans l’attente est un synonyme d’espérer.

          Dieu, le Seigneur Jésus, l’Esprit-Saint. Cette phrase articule la triade traditionnelle définissant la condition chrétienne : foi, amour, espérance, avec l’autre triade qui en exprime la source divine : Dieu-Père, le Seigneur Jésus Christ et l’Esprit-Saint. La foi est un don de Dieu, l’espérance est fondée sur l’amour miséricordieux du Seigneur, par lequel Dieu nous a sauvés. Enfin l’amour est gardé dans les cœurs par l’Esprit-Saint, au sein de la prière chrétienne.

          Une attente vivante. Selon cette lettre, et c’est une différence avec la seconde lettre de Pierre, l’espérance de la Parousie demeure bien vivante. C’est elle qui s’exprime dans la doxologie finale : A Celui qui a la puissance de vous conserver sans chute et de vous tenir debout en présence de sa gloire dans l’allégresse.

Vendredi de la 23ème semaine du Temps Ordinaire



2 Pierre 3, 11-18

L’espérance des cieux nouveaux et de la terre nouvelle

Catéchisme de l’Eglise catholique

Je crois à la vie éternelle, n° 142, p. 223s

          A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes règneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et âme, et l’univers lui-même sera renouvelé.

          Alors l’Eglise sera consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection.

          Cette rénovation, qui transformera l’humanité et le monde, l’apôtre saint Pierre, dans sa seconde lettre, l’appelle les cieux nouveaux et la terre nouvelle. Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres.

          Dans cet univers, la Jérusalem céleste, Dieu aura sa demeure parmi les hommes. Il essuiera toute larme de leurs yeux ; de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri, de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé.

          Pour l’homme, cette consommation sera la réalisation ultime de l’unité du genre humain, voulue par Dieu dès la création et dont l’Eglise pérégrinante était comme le sacrement. Ceux qui seront unis au Christ formeront la communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu, l’Epouse de l’Agneau. Celle-ci ne sera plus blessée par le péché, les souillures, l’amour propre, qui détruisent ou blessent la communauté terrestre des hommes. La vision béatifique, dans laquelle Dieu s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix, de communion mutuelle.

          L’attente de la terre nouvelle, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller : le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C’est pourquoi, il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine.

          Tous les fruits de la nature et de notre industrie, nous les retrouverons purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés, lorsque le Christ remettra à son Père le Royaume éternel. Dieu sera lors tout en tous dans la vie éternelle.

Jeudi de la 23ème semaine du Temps Ordinaire



2 Pierre 3, 1-10

L’eschatologie chrétienne

Eric Fuchs et Pierre Reymond

La deuxième épître de saint Pierre, p. 114s

          Après avoir réfuté les thèses cosmologiques des adversaires, notre auteur en vient à ce qui manifestement l’intéresse plus encore : réconforter ses frères quelque peu troublés par la constatation que le Seigneur semble tarder à venir remplir se promesse : pourquoi Dieu n’agit-il pas pour mettre un terme à ce monde ? L’auteur de cette lettre va réfuter la non-intervention, provisoire, de Dieu par deux arguments : celui de la relativité du temps pour Dieu et celui de la patience de Dieu.

            Intéressons-nous au premier argument, la relativité du temps pour Dieu, le verset 8 que nous avons entendu. De l’indicatif présent, utilisé pour parler à la troisième personne des adversaires, succède l’impératif, utilisé pour parler à la deuxième personne aux croyants. Le discours se fait exhortation : il y a en tout cas une chose qu’il ne faut pas ignorer.

            Cette chose, capitale pour comprendre l’eschatologie chrétienne, c’est que la mesure du temps pour Dieu n’est en aucune façon la nôtre. L’auteur cite ici le psaume 90, 4 : Oui, mille ans, à tes yeux sont comme hier, un jour qui s’en va, comme une heure de la nuit. Citation qu’il complète d’ailleurs en ajoutant le rapport inverse ; non seulement mille ans sont comme un jour, mais un jour est comme mille ans. Ce qui lui permet de changer l’accent du texte : le psaume insistait sur l’opposition entre l’éternité de Dieu et la brièveté de la vie humaine ; notre auteur, lui,  met en relief le contraste entre notre appréhension du temps et celle de Dieu. Ce qui pour nous est infiniment long (1000 ans), ou très bref (un jour), peut être pour Dieu appréhendé d’une tout autre façon, comme une égalité par exemple. Ainsi, notre manière chronologique de parler du temps doit être sérieusement relativisée.

            Du coup l’impatience eschatologique doit être elle aussi relativisée et calmée : ce n’est pas parce que le Seigneur ne revient pas qu’il oublie sa promesse, sa mesure du temps n’est simplement pas la nôtre. D’autre part, cette lettre revalorise, ce faisant, le temps de l’attente dans lequel nous sommes encore. Pour Dieu, un jour est comme mille ans : ce que nous vivons présentement n’est donc pas un vide que seule l’impatience du futur peut en partie combler. Dans l‘instant qui passe, l’éternité de Dieu peut se trouver présente.

            Comme toute impatience ou vaine curiosité apocalyptique, contre toute spéculation gnostique qui toutes refusent d’accorder au temps présent une valeur, cette lettre ne rappelle pas seulement que le Seigneur finira bien par venir tout de même, mais aussi que le temps de l’attente n’est pas sans valeur.

Mercredi de la 23ème semaine du Temps Ordinaire



2 Pierre 2, 9-22

Nocivité, châtiment de perversité des faux-maîtres

Père Ceslas Spicq

Les épitres de saint Pierre, p. 227s

          Jésus lui-même l’avait annoncé : Il surgira beaucoup de faux prophètes et ils induiront en erreur beaucoup de monde. Depuis lors, la dénonciation des hérétiques s’exprime au futur, mais il est bien entendu que ceux-ci sont déjà à l’œuvre et bien des chrétiens sont sollicités par des doctrines variées et étranges, accréditées par des prodiges mensongers qui relèvent d’une source démoniaque. Il est impossible d’identifier le pseudo-maître dont parle cette seconde lettre de saint Pierre avec une secte historiquement connue. S’il est fait allusion à leur méthode d’enseignement, la mythologie, et à leurs critiques railleuses de la Parousie, presque rien n’est dit de leurs erreurs doctrinales. Par contre leurs vices sont abondamment dénoncés, astuce, cupidité, sensualité effrénée, comme autant de preuves de leur imposture. C’était le critère proposé par Jésus : Tenez-vous en garde contre les faux prophètes… Vous les connaîtrez d’après leurs fruits. De ce chef, dès la fin du Ier siècle, il existe une description littéraire de l’hérétique en soi, composé de clichés traditionnels et polyvalents, qui pourra s’appliquer à tous les propagandistes de mensonge ; et dont cette lettre fournit un excellent modèle. Il est étroitement apparenté à Jude, mêmes idées, mêmes séquences, mêmes phrases, même vocabulaire. Ceux qui enseignent des choses fausses sont de sombres brutes qui en savent moins que les ânes, assimilables à des chiens et à des porcs ! Cette abondance de qualificatifs malsonnants à l’égard des hérétiques, qui s’est accrue au cours des âges, notamment avec Tertullien, ne doit pas faire méconnaître la gravité des périls qui sont ici dénoncés. Rien n’a été plus précieux dans l’Eglise que la pureté de la foi, puisque c’est elle qui sauve. La violence qui traverse ces phrases est à la mesure du danger qui menace la communauté dont il est responsable. Danger de tout ce qu’il y a de plus réel. Toutes les réponses données par l’auteur de cette lettre ne satisfont pas le lecteur moderne, c’est évident. Mais il serait bon que ce dernier se demande si les dangers dénoncés dans cette épître ont tout à fait disparu de son horizon.

3° lecture Fête de la Nativité de la Vierge Marie



Matthieu 1, 1-16 + 18-23

Marie, étoile du matin

 Saint Albert le Grand

Un traité inédit sur Marie, De la nature du bien, VS 34 (1933), p. 160s

          Une étoile sortira de Jacob, un sceptre s’élèvera d’Israël. De même que l’étoile du matin brille au milieu des nuages, comme la lune dans sa plénitude, comme le soleil resplendissant, ainsi la Vierge Marie brille dans le Temple de Dieu qu’est le ciel, c’est-à-dire l’Eglise.

            La bienheureuse Vierge est nommée étoile du matin parce que le matin de la grâce s’est levé en elle, et qu’elle se trouve au milieu du brouillard qui a coutume de monter le matin.

            C’est un triple brouillard que dissipe la bienheureuse Vierge : celui du péché, celui de la tristesse et celui de l’erreur. Elle dissipe le premier en intercédant pour les pécheurs, le second en dispensant aux malheureux la consolation, le troisième en révélant la vérité.

            Elle brille comme la lune dont la lumière ne décroît pas, mais augmente, puis demeure stable, répandant sans cesse la lumière de la grâce sur tous ceux qui sont dans les ténèbres et l’ombre de la mort.

            Elle est comme un soleil resplendissant qui prodigue la chaleur de la piété et se répand en bonté pour réformer toutes les créatures raisonnables. Elle est plus belle que le soleil et que l’arrangement des étoiles ; comparée à la lumière, elle l’emporte sur elle, car la lumière fait place à la nuit, mais le mal ne prévaut pas contre la sagesse.

            Le mal ne prévaut pas contre Marie, étoile de la mer. Elle a été donnée à la nuit pour l’éclairer. Les ténèbres de la nuit sont l’image de la vie pendant notre séjour ici-bas, cette nuit dans laquelle le soleil lumineux de la Vérité dévoilée nous est caché. Dans cette nuit, Marie brille parce qu’elle nous a montré la Vérité elle-même vêtue de chair, afin que, par les choses visibles, nous apprenions à voir surgir les réalités invisibles. A tous les hommes elle donne son Fils.

            Marie est aussi une étoile en ce sens que cette Vierge engendre son Fils de la même manière qu’un astre envoie un rayon de lumière : l’astre n’est pas souillé par son rayon, ni la Mère par son Fils. Ainsi le Verbe de Dieu, rayon d’éternelle lumière, pureté et miroir sans tache de la lumière du Père, donna la fécondité à sa Mère sans lui enlever sa virginité. Il augmenta la lumière de sa dignité, bien loin de la diminuer, ce qui n’est pas surprenant puisque rien n’est impossible à Dieu.

            Il sortira un rejeton de la souche de Jessé, et une fleur de sa racine. Selon la chair, le Seigneur est né de Jessé, nom qui signifie incendie ; il est l’incendie de l’Esprit-Saint : c’est en apparence, non en réalité, qu’il est issu de Jessé, car il est né de la toute-puissance de l’Esprit-Saint, non pas de la substance de Jessé.