Texte du jour

Samedi de la 4ème semaine du Temps Ordinaire



Romains 16, 1-27

« Saluez-vous les uns les autres d’un saint baiser »

Ysabel de Andia

La voix et le voyageur, p. 687s

       L’amour est pure grâce. Il n’a aucune autre raison que lui-même. « La rose est sans pourquoi, n’a souci d’elle-même, ne désire être vue », disait Angelus Silesius. C’est pourquoi l’amour est toujours reçu dans l’émerveillement, comme quelque chose de fragile et d’immérité. Et pourtant, la puissance de l’amour est une force qui pousse ceux qui s’aiment à s’unir, et seul l’amour de Dieu peut transformer l’homme, le « diviniser ».

       « L’amour est sans mesure, sa mesure est d’être sans mesure », disait saint Bernard. Il n’y a pas de limite à l’amour, il n’y a pas de frein à l’amour lorsqu’il se porte vers Dieu. Et le mouvement de la charité est infini : « Le christianisme a mis l’infini partout », disait Péguy.

       L’amour se comprend par l’amour. « Seul celui qui aime peut comprendre ce que je dis de Dieu », disait Augustin. Qui n’a pas connu l’amour, n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. Qui n’aime pas demeure dans la mort. L’homme est fait pour l’amour, et seul l’amour de Dieu peut combler son cœur assoiffé d’un amour fidèle : « Notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi », disait Augustin dans les Confessions.

       L’amour seul demeure. Sans amour, tout ce que nous faisons n’a pas de valeur, nous ne sommes, dit saint Paul dans son Hymne à la charité, que des cymbales retentissantes. Et cet avertissement de saint Paul nous montre que ce n’est pas le bruit que font nos actes et nos paroles qui comptent, mais le pondus amoris qui donne au moindre geste son poids d’éternité. L’amour est le chant de notre vie et ce qu’il en restera.

       L’amour est libre et gratuit : On ne peut acheter l’amour, l’amour est plus fort que la mort, dit le Cantique des cantiques.

       L’amour est plus qu’un art humain, « l’art d’aimer » d’Ovide. Il est une science divine, la science mystique de Jean de la Croix. L’amour est une échelle qui nous élève de la terre au ciel, l’Echelle sainte de Jean Climaque.

       Le plus grand amour, c’est de donner sa vie pour ceux qu’on aime, et il n’y a pas d’amour sans Croix. C’est la Croix qui atteste et vérifie l’amour, sinon c’est une passion où l’on ne cherche que le plaisir et la jouissance, alors que l’amour est avant toutes choses don. « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même », disait Thérèse de l’Enfant-Jésus. C’est la Croix qui nous fait sortir de nous-mêmes dans l’extase de l’amour et l’ultime extase est la mort par amour.

 

Vendredi de la 4ème semaine du Temps Ordinaire



Romains 15, 14-33

Le combat de la prière

Origène

Commentaire sur l’épître aux Romains, p. 361s

       Que nous dit saint Paul dans le texte de la lettre aux Romains ? Je vous exhorte, frères,  à combattre avec moi par les prières que vous adressez à Dieu pour moi. Cela se lit de façon plus magnifique chez les Grecs, où Paul demande de l’aider dans la lutte des prières à Dieu. Paul montre ainsi qu’il menait lui-même comme une lutte et un combat de la prière contre ceux qui s’opposaient à lui, ceux-là sans doute dont ils disaient : Nous ne luttons pas contre la chair et le sang, mais contre les Principautés et les Pouvoirs, contre ceux qui gouvernent ce monde de ténèbres, contre les esprits pervers qui sont dans les régions célestes. Il est sûr que ceux-ci, de même qu’ils s’opposent à la foi et se dressent contre la piété, de même qu’ils sont les adversaires de la justice, de la vérité et de tous les biens, ainsi ils se dressent, sans aucun doute, contre la prière et s’opposent à elle. Ainsi Paul montre par là que la prière n’est pas un petit combat, puisqu’il a cru devoir implorer l’aide des habitant de Rome dans ce combat.

       Car les démons et les Puissances contraires font vraiment obstacle à la prière, d’abord pour que celui qui se donne de la peine dans le combat de la prière ne soit pas trouvé tel qu’il puisse lever les mains pures, sans colère. Et si quelqu’un peut arriver à cela : être sans colère, il a peine à éviter d’avoir des pensées superflues et vaines. En effet, trouveras-tu quelqu’un qui prie sans que vienne à sa rencontre quelque pensée vaine et étrangère pour faire dévier et briser l’attention par laquelle l’âme était dirigée vers Dieu, et l’entraîner vers ce qui ne convient pas. C’est pourquoi, il est grand le combat de la prière : aux prises avec ses ennemis, l’âme s’efforce de rester toujours fixée vers Dieu par une attention stable, de sorte qu’elle peut dire à bon droit : J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course.

       L’Apôtre prie donc pour être aidé dans le combat de la prière ; lui-même a besoin de prières pour qu’il soit agréé, et pour que le désir de rendre visite aux chrétiens de Rome ne soit pas différé plus longtemps : je viendrai assurément à vous par la volonté de Dieu et je me reposerai près de vous. Assurément, ce n’est pas un repos corporel que cherche Paul, mais cette consolation qui lui vient de Dieu, de même que dans les premières phrases de cette épître, il a dit : Pour être consolé en vous, par cette foi qui nous est commune, à vous et à moi.

 

Jeudi de la 4ème semaine du Temps Ordinaire



Romains 15, 1-13

L’accueil fraternel

Saint Grégoire le Grand

Homélies sur Ezéchiel, SC 360, p. 187s

       Nous que l’on voit porter le même habit religieux, nous sommes venus de diverses régions du monde vivre ensemble, dans la concorde de la sainte Eglise, notre foi, et l’écoute de la Parole du Seigneur miséricordieux ; diversement pécheurs, nous avons été rassemblés jusqu’à n’avoir qu’un cœur dans la sainte Eglise, si bien que se réalise déjà manifestement ce qui est dit par Isaïe annonçant l’Eglise : Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera aux côtés du chevreau. Oui, le loup habitera avec l’agneau par la douce tendresse de la charité, car ceux qui dans le siècle couraient après la proie se reposent dans la paix avec les doux et les compatissants ; le léopard se couche à côté du chevreau, car celui qui était couvert des taches de ses péchés adopte les sentiments de l’humble et s’avoue pécheur. La bergerie de la sainte Eglise embrasse aussi bien le cœur contrit qui désire s’offrir en sacrifice à Dieu tous les jours, et tel autre encore qui demeure, dans la simplicité de son innocence, comme une brebis. Voilà ce qu’est la charité : tous ces esprits si différents, elle les enflamme, elle les brûle ensemble, elle les fond ensemble, elle leur donne une forme nouvelle : celle de l’or. Mais parce que les élus s’aiment entre eux à ce point, il arrive nécessairement qu’ils se hâtent tous vers celui qu’ils auront le bonheur de contempler au ciel dans l’éternelle béatitude : car il est UN, notre Seigneur et Rédempteur qui lie entre eux ici-bas les cœurs de ses élus pour n’en faire qu’un, et les stimule sans cesse à l’amour d’en-haut par d’intimes impulsions.

       Dans l’éternelle béatitude, c’est-à-dire dans la maison de mon Père, et là, il est beaucoup de demeures, dit le Seigneur. D’ailleurs les ouvriers introduits dans la vigne, quoique venus à des heures différentes, touchèrent un seul et même denier. Sous quel rapport les nombreuses demeures correspondent-elles à l’unique denier ?  N’est-ce pas que si la dignité des habitants de la cité bienheureuse est, il est vrai, diverse, la paix éternelle qui les récompense est une ? Le mérite de chacun peut être différent, mais il n’y aura pas de diversité de joie : l’un jubilera moins et l’autre davantage, mais une joie unique fera leur allégresse, celle de voir leur Créateur.

 

Mercredi de la 4ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire des saints martyrs du Japon



Romains 14, 1-23

Le courage du martyr

Saint Bernard

Soixante et unième sermon sur le Cantique des cantiques, OC 4, p. 447s

       L’Epoux dit : Ma colombe est dans les trous de la pierre : le martyr met toute sa dévotion à s’occuper sans cesse dans le souvenir des plaies de Jésus-Christ, à s’y arrêter et à y demeurer par une méditation continuelle. C’est ce qui lui fait souffrir le martyr avec tant de courage, c’est ce qui lui donne tant de confiance dans le Très-Haut. Le martyr n’a point à craindre de lever un visage défait et livide vers celui dont les meurtrissures et les plaies l’ont guéri. Pourquoi le craindrait-il, puisque le Seigneur l’y invite même en lui disant : Montre-moi ta face. Pourquoi ? Je pense que ce n’est pas tant parce qu’il veut la voir que parce qu’il désire lui-même être vu d’elle. Car qu’est-ce qu’il ne voit pas ? Il n’a pas besoin qu’une personne se montre à lui pour la voir, puisqu’il voit toutes choses, même celles qui sont cachées. Il veut donc être vu. Ce chef plein de bonté veut que son brave soldat jette les yeux sur ses plaies afin que cela serve à l’encourager, et que, par son exemple, il devienne plus fort pour supporter les tourments.

       Car, tandis qu’il regarde les blessures du crucifié, il ne sentira pas les siennes. Tout martyr demeure intrépide, ravie de joie et triomphant de lui-même, pendant que son corps est tout déchiré de coups ; il regarde couler son sang sacré, non seulement avec confiance, mais même avec allégresse. Où est donc alors son âme ? Elle est en lieu de sureté, elle est dans la pierre, elle est dans les entrailles de Jésus, où elle entre par la porte de ses plaies. Mais habitant dans la pierre, qu’elle en prenne la dureté. Quelle merveille qu’étant bannie du corps, elle n’éprouve aucune sensation corporelle ? Ce n’est pas en effet de l’insensibilité, elle se l’assujettit, elle n’est pas exempte de douleur, mais elle la surmonte, elle la méprise. C’est donc de la pierre que vient le courage des martyrs, c’est ce qui les rend puissants pour boire le calice du Seigneur. Et que ce calice dont le vin enivre est beau ! Il est, dis-je, excellent et agréable, et ne l’est pas moins au général qui regarde qu’au soldat qui triomphe. Car leur courage fait la joie du Seigneur. Et comment ne se réjouirait-il point à la suite d’une confession généreuse, puisqu’il la désire avec tant d’empressement ? Que votre voix, dit-il, retentisse à mes oreilles. Aussi le Seigneur ne tardera-t-il point à rendre la récompense qu’il a promise, car il s’empressera de reconnaître devant son Père celui qui l’aura confessé devant les hommes.

 

Mardi de la 4ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de sainte Agathe



Romains 13, 1-14

La mort de sainte Agathe

Les Petits Bollandistes

Vie des Saints, tome 2, sainte Agathe, p. 295s

       Après l’avoir fait sauvagement torturée, Quintianus, personnage consulaire de la province de Sicile, demanda à ses soldats de remettre Agathe dans la prison. Arrivée là, Agathe étendit les mains vers Dieu et dit : « Seigneur, toi qui m’as créée et qui m’a gardée depuis mon enfance, toi qui m’a donnée dès la fleur de l’âge une grand vertu, toi qui a éloigné de mon cœur l’amour du siècle et soustrait mon corps à la corruption, toi qui m’a rendue victorieuse des tourments du bourreau et fait mépriser le fer, le feu et les chaînes, toi qui enfin m’a accordé, au milieu de tous ces supplices, le courage et la patience, je t’en supplie de recevoir dès maintenant mon âme, car il est temps de me retirer de ce monde pour m’introduire au sein de ta miséricorde ». Après cette prière, elle poussa un grand cri et rendit l’esprit, en présence d’une nombreuse assemblée.

       A cette nouvelle, de pieux fidèles accoururent à la hâte, puis ils enlevèrent son corps et le déposèrent dans un sarcophage tout neuf. Or, pendant qu’on l’ensevelissait avec des aromates, et qu’on plaçait de précieux dépôts dans le tombeau avec un grand soin, un jeune homme apparut tout à coup, vêtu de riches habits de soie, et ayant à sa suite un cortège de plus de cent enfants tout éclatants de beauté et parés de magnifiques vêtements ; ce jeune homme entra dans le lieu où l’on embaumait le corps de la vierge, et plaça près de la tête une tablette de marbre sur laquelle était inscrits ces mots : Âme sainte, dévouée, honneur de Dieu, protection de la patrie. Il plaça cette inscription dans le sépulcre, près de la tête de la martyre. Quand la pierre qui devait recouvrir le tombeau eut été posée, le jeune homme disparut ; tous ont pensé qu’il était l’ange de la vierge. Ceux qui avaient vu l’inscription en parlèrent, et ce fait causa une vive impression sur les habitants de la Sicile. Les Juifs eux-mêmes, aussi bien que les Gentils, partagèrent avec les chrétiens la vénération qu’avaient ceux-ci pour le tombeau d’Agathe.

 

Lundi de la 4ème semaine du Temps Ordinaire



Romains 12, 1-24

« Tendre l’autre joue à qui te gifle »

Saint Augustin

Lettres, OC 5, Lettre 138 à Marcelin, p. 178s

       Il y a des gens pour objecter que la prédication et la doctrine du Christ sont tout à fait incompatibles avec les usages courants. Le précepte ne rendre à personne le mal pour le mal ; si quelqu’un te frappe sur une joue lui tendre l’autre ; de laisser aussi ton manteau à qui veut prendre ta tunique ; de marcher deux mille pas avec qui te force à en faire mille. Tout cela, disent-ils, est contraire aux pratiques normales. Qui supporterait, en effet, de voir l’ennemi lui enlever quoi que ce soit ? Qui, selon les lois de la guerre, ne rendrait le mal pour le mal à qui ravagerait une province ? Demande à ces objecteurs : comment alors certains qui préfèreraient pardonner une injure plutôt que de la venger, ont-ils pu gouverner un pays, et même l’agrandir ? De pauvre qu’il était, ils l’ont rendu puissant et riche, tel Salluste. Et Cicéron, pour louer les pratiques de César, nous dit : « Il ne savait oublier que les injures ». Louange ou flatterie ? S’il s’agit d’une louange, c’est qu’il connaissait César comme tel. S’il s’agit d’une  flatterie, c’est qu’il voulait montrer que tel doit être un chef d’état. Ne pas rendre le mal pour le mal, n’est-ce pas la même chose  qu’avoir la vengeance en horreur ? Et que veut dire « oublier les injures », sinon préférer les pardonner que les venger ?

       Dans les Eglises du Christ, on lit à haute voix des préceptes de concorde qui ne sont pas le fruit de vaines discussions, mais sont dictés par l’autorité divine. Qui pourrait l’ignorer ? Et pourtant, voilà les préceptes que l’on blâme au lieu de les approfondir. Car, tendre l’autre joue à qui te gifle, donner ton manteau à qui exige ta tunique, on le fait pour que le méchant soit vaincu par le bon, le mal par le bien, et pour que la personne soit délivrée d’un mal qui ne lui est pas extérieur et étranger, mais qui réside en elle et lui est sien, mal intime, plus grave, plus pernicieux que la cruauté de tout ennemi extérieur. Celui qui triomphe du mal par le bien supportera avec patience la perte de possessions temporelles pour faire voir à quel point il faut mépriser pour la foi et la justice, des choses qui entraînent au mal si on les aime trop. Celui qui a infligé une injure apprend de celui qui l’a reçue ce que valent ces biens, occasion d’injustice. Alors vaincu, non par la violence, mais par la bienveillance, il revient à des sentiments d’union et de concorde, si utiles aux sociétés humaines. On agit bien envers l’autre lorsqu’on cherche à le faire progresser afin de le ramener au bien et à l’amour de la paix.

 

3° lecture Dimanche de la 4ème semaine du Temps Ordinaire – C



Luc 4, 21-30

« N’est-ce pas le fils du charpentier ? »

Saint Syméon le Nouveau Théologien

Catéchèse, tome III, SC 113, p. 165s

       Frères, beaucoup ne cessent de dire : « Si nous avions vécu aux jours des Apôtres, si nous avions été jugés dignes de contempler comme eux le Christ, nous serions aussi devenus des saints comme eux ». Ils ignorent qu’il est le même, lui qui parle maintenant comme alors au monde entier. Car, s’il n’était pas le même jadis et maintenant, Dieu identique en tout, comment le Père se montrerait-il toujours présent dans le Fils, et le Fils dans le Père, par l’Esprit, puisque Jésus dit : Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi je travaille.

       Peut-être quelqu’un dira : « Ce n’est pas la même chose de l’avoir vu alors lui-même corporellement, ou d’entendre aujourd’hui seulement ses paroles et de recevoir un enseignement sur sa personne et sur son royaume ». Moi, je vous dis : « La situation actuelle n’est sûrement pas la même qu’alors, mais c’est la situation d’aujourd’hui, de maintenant, et elle est beaucoup plus heureuse, car elle nous conduit plus facilement à une foi et à une conviction plus profondes que le fait de l’avoir vu et entendu alors corporellement ». Autrefois, il apparaissait à ses compatriotes comme un homme d’une humble condition ; aujourd’hui, c’est Dieu qui nous est prêché, Dieu en vérité. Autrefois, il fréquentait les publicains et les pécheurs, mangeait avec eux ; aujourd’hui, il est assis à la droite de Dieu, son Père, n’ayant jamais été séparé de lui. Nous croyons qu’il nourrit le monde entier, nous disons que sans lui rien ne se fait ; là est notre foi. Autrefois, tous jusqu’au dernier le méprisaient, disant : N’est-il pas le fils de Marie et du charpentier Joseph ? Aujourd’hui, les rois et les puissants l’adorent comme le Fils du vrai Dieu, Dieu lui-même ; il a glorifié et il glorifie ceux qui l’adorent en esprit et en vérité, même s’il les corrige souvent car ils sont pécheurs. Eux qui étaient fragiles comme l’argile, il les rend solides comme le fer, les plaçant au-dessus de toutes les nations qui sont sous le ciel. Autrefois, il était tenu pour un homme corruptible et mortel parmi tous les autres ; Dieu sans forme et invisible, il a reçu sans subir d’altération ni de changement, une forme dans un corps humain, et s’est montré totalement homme, en n’offrant aux regards rien de plus que les autres hommes. Il a mangé, bu, dormi, transpiré, s’est fatigué, tout comme un homme, excepté le péché. Aujourd’hui, c’est grande chose que de reconnaître et de croire qu’un homme pareil est Dieu, et de dire à la suite de Pierre : Toi, tu es le Fils du Dieu vivant !

 

2° lecture Dimanche de la 4ème semaine du Temps Ordinaire



Romains 11, 25-36

La fidélité de Dieu

Père François Refoulé

« … et ainsi tout Israël sera sauvé », p. 208s

       Dieu n’est point comme les dires du Fils de l’homme : car le Fils de l’homme parle et se renie. De même ses œuvres ne ressemblent point aux œuvres des enfants de la chair qui cherchent conseil et reviennent sur ceux qu’ils ont décidé : mais le Maître de tous les siècles, Dieu, qui a promis de multiplier ce peuple comme les étoiles du ciel et leur donner en héritage le pays des Cananéens, est-il possible qu’il ait promis et ne fasse point, et ce qu’il a dit, est-il possible qu’il ne l’accomplisse point ? Cette paraphrase du Targum de Jonathan nous parait intéressante par sa référence faite aux promesses faites à Abraham. En effet, quand le thème de la fidélité de Dieu est évoqué, c’est le plus souvent en référence soit aux promesses faites à Abraham, soit à celles faites à David, car, dans l’un et l’autre cas, non seulement ces promesses engagent l’avenir du peuple, mais elles ont été faites avec serment : Dieu a juré. Le Seigneur l’a juré, il ne se repentira pas (Psaume 110,4). Ce motif est sans cesse mentionné, et il est encore repris dans le Benedictus. Le mot irrévocable en Romains 11,29 ferait-il allusion à l’engagement quasi-juridique de Dieu ? La lettre aux Hébreux (6,17-18) insiste sur cet aspect : Dieu voulant bien davantage montrer aux héritiers de la promesse le caractère irrévocable de sa décision, intervint par un serment. Ainsi deux actes irrévocables, dans lesquels il ne peut y avoir de mensonge de la part de Dieu, nous apporte un encouragement puissant. Ces deux actes sont de toute évidence la promesse et le serment. Dieu devient ainsi témoin et garant de sa propre promesse. Pouvons-nous prêter à Paul un raisonnement de ce genre ? Ce n’est pas impossible. Paul aime les images et les comparaisons juridiques et, en Galates (3,15-17), il présente la promesse faite à Abraham comme un testament fait en bonne et due forme. Quoiqu’il en soit, le fondement de l’espérance réside dans la fidélité de Dieu et sur elle seul : Quoi donc, s’écrie l’Apôtre, si certains furent infidèles, leur infidélité va-t-elle annuler la fidélité de Dieu ? Certes non, Dieu doit être reconnu véridique et tout homme menteur (Galates 3,3-4).

 

3° lecture Fête de la Présentation du Seigneur au Temple



Luc 2, 22-40

L’attente du juste

Saint Ambroise

Traité sur l’Evangile de Luc, SC 45bis, p. 98s

       Voici qu’il y avait à Jérusalem un homme du nom de Siméon ; c’était un homme juste, il craignait le Seigneur et attendait la consolation d’Israël.

       Non seulement les anges et les prophètes, les bergers et les parents, mais encore les vieillards et les justes apportent leur témoignage à la naissance du Seigneur. Tout âge, l’un et l’autre sexe, les événements miraculeux en font foi : une Vierge engendre, une stérile enfante, un muet parle, Elisabeth prophétise, les mages adorent, l’enfant renfermé dans le sein tressaille, une veuve rend grâce, un juste est dans l’attente. C’était bien un juste, car il attendait non son profit, mais celui du peuple, désirant pour son compte être délivré des liens de ce corps fragile, mais en attendant de voir le Messie promis, car il savait le bonheur des yeux qui le verraient.

       Voyez ce juste, Siméon, enfermé, pour ainsi dire, dans la prison de ce corps pesant, souhaiter sa délivrance pour commencer d’être avec le Christ : car être délivré et avec le Christ est bien préférable, nous dit la lettre aux Philippiens (1, 23). Mais celui qui veut être libéré doit venir au Temple, venir à Jérusalem, attendre l’Oint du Seigneur, recevoir dans ses mains la parole de Dieu et comme l’étreindre dans les bras de sa foi. Alors il sera libéré et ne verra point la mort, ayant vu la vie.

       Vous voyez quelle abondance de grâces a répandue sur tous la naissance du Seigneur, et comment la prophétie est refusée aux incroyants, mais non pas aux justes. Voici qu’à son tour Siméon prophétise que Notre Seigneur Jésus Christ est venu pour la ruine et la résurrection d’un grand nombre, pour faire entre justes et injustes le discernement des mérites et, selon la valeur de nos actes, nous décerner, en juge véridique et équitable, soit les supplices, soit les récompenses.

 

2° lecture Fête de la Présentation du Seigneur au Temple



Exode 13, 1-16

La prophétesse Anne

Père Philippe Lefebvre

Brèves rencontres, vies minuscules dans la Bible, p. 169s

       La prophétesse Anne, fille de Phanuël est au Temple, participant au culte nuit et jour par des jeûnes et des prières, comme les femmes de l’ancien Israël. Le jeûne, chez elle, a ceci d’étonnant que sa tribu, Asher, est une tribu plantureuse : Asher, son pain est gras, lit-on en Genèse (49,20), dans la bénédiction de Jacob sur son fils Asher. Mais elle est aussi la fille de Phanouel, dont le nom signifie la Face de Dieu. Notre texte pourrait suggérer un lien entre l’antique liturgie des femmes qui attendent que Dieu fasse resplendir son visage : C’est ta face, Seigneur, que je cherche, dit le psaume (27,8) ; ce psaume de David insiste précisément sur l’habitation au Temple : Une chose qu’au Seigneur je demande, la chose que je cherche, c’est d’habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie. Dieu est pour Anne cet Autre qu’elle cherche, elle qui depuis longtemps n’a plus le vis-à-vis de son époux, veuve qu’elle est, âgée de quatre-vingt-quatre ans, n’étant restée mariée que sept ans.

       En digne fille de Phanuel et en descendante de Jacob, elle est depuis longtemps sortie du regard réflexif pour se tourner vers Dieu. C’est le visage d’un enfant qui lui sera offert. On remarquera les deux verbes qui soulignent bien que sa spiritualité est dégagée de l’ego : sa réaction n’est pas une intériorisation individuelle. Dès l’arrivée de l’enfant, Anne entre en relation : elle fait acte de confession à l’égard de Dieu, elle célèbre Dieu nous dit le texte, et elle parle de l’enfant à tous ceux qui attendent le salut.

       Le fait qu’Anne soit au Temple atteste donc que le rôle de vigilance qu’avaient les femmes dans l’ancien Israël, même s’il est peu marqué dans l’Ancien Testament, reste une réalité vivante. Ici encore, c’est un héritage spirituel qui est assumé. Il s’harmonise bien avec cette importance des femmes dans les commencements de Luc. Quand la voix du prêtre Zacharie, le père de Jean-Baptiste, s’est tue pour un temps, celle de sa femme Elisabeth a retenti avec force. Celle de Marie s’est fait entendre, alors que l’on entendra jamais celle de Joseph. Et Anne n’est pas en reste : après le Cantique de Syméon, elle parle pour diriger les regards vers l’enfant.