Texte du jour

Mardi 10 Temps Ordinaire – Mémoire de saint Barnabé



Josué 2, 1-24

Barnabé dans l’histoirePaul VI

Luigi Cirillo et Michel Frémaux

Evangile de Barnabé, p. 239s

        Malgré le peu de renseignements que nous ayons sur lui, Barnabé doit être compté parmi les plus grandes personnalités du Christianisme primitif. Juif de la diaspora hellénistique, lévite de Chypre, converti à la foi chrétienne dès les premiers temps de l’Eglise, il fut membre de la plus ancienne communauté chrétienne de Jérusalem. Il s’appelait Joseph, les apôtres le surnommèrent Barnabas, qui s’interprète fils de la prophétie ou fils de prophète, sémitisme équivalent au titre de prophète. Pour l’auteur des Actes, le nom de Barnabas signifie fils de la consolation.

        Conformément à son ministère de prophète, il fut délégué par l’église de Jérusalem à l’église d’Antioche pour exhorter les nouveaux convertis à demeurer dans le Seigneur. Car Barnabé était un homme droit, plein d’Esprit Saint et de foi. C’est lui qui partit chercher Saul à Tarse en Cilicie pour le présenter aux apôtres. A partir de ce moment, Barnabé et Paul, choisi parmi les prophètes et les didascales d’Antioche, furent l’un à côté de l’autre dans les premiers voyages missionnaires ; Jean, surnommé Marc, était leur assistant. La communauté chrétienne considérait Barnabé et Paul comme apôtres, et les mettait sur le même rang. Lors de la querelle judéo-chrétienne au sujet de la nécessité de la circoncision, Paul et Barnabé défendent la cause de la liberté des païens vis-à-vis des observances juives. Et c’est en ce sens qu’ils interviennent dans l’Assemblée de Jérusalem, en tant que chefs de la délégation d’Antioche. Peu après, cependant, un désaccord devait surgir entre eux. Selon les Actes, la raison en est le refus de Paul qui ne veut plus reprendre Jean-Marc comme compagnon de voyage. Se séparant alors de Paul, Barnabé s’embarque pour Chypre avec Jean-Marc qui était d’ailleurs son cousin. Mais on est en droit de se demander si le conflit à propos de Jean-Marc suffit à justifier la séparation entre Barnabé et Paul. S’y ajouterait-il un différend idéologique ? La tradition canonique s’y fait aucune allusion. Du côté de Paul, il ne semble pas y avoir eu d’hostilité contre Barnabé. En effet, après la séparation, Paul continue à mentionner Barnabé ; dans la lettre aux Galates, Paul rappelle la présence de ce dernier à ses côtés à l’Assemblée de Jérusalem ; quant au conflit d’Antioche, Paul prend soin d’expliquer que si Barnabé se tint à l’écart des païens, ce fut à cause de Pierre qui le premier s’était séparé des païens, craignant les gens de l’entourage de Jacques. De plus, dans la première lettre aux Corinthiens (9,5-6), Paul place Barnabé à son propre niveau d’apôtre.

 

Lundi 10 Temps Ordinaire – Mémoire de Marie, Mère de l’Eglise



Josué 1, 1-18

Marie, Mère de l’EglisePaul VI

Saint Paul VI, Discours pour la clôture de la 3ème session du concile

Documents pontificaux, le 21 novembre 1964, p. 947s

        C’est pour sa gloire et pour notre réconfort que nous proclamons la Très Sainte Vierge Marie « Mère de l’Eglise », c’est-à-dire de tout le peuple de Dieu, aussi bien les fidèles que les pasteurs, que nous l’appelons Mère très aimante ; et nous voulons que, dorénavant, avec ce titre si doux, la Vierge soit encore davantage honorée et invoquée par tout le peuple chrétien.

        De même que la maternité divine est le fondement de toute la relation spéciale de Marie avec le Christ et de sa présence dans l’économie du salut opéré par le Christ Jésus, de même elle constitue le fondement principal des rapports entre Marie et l’Eglise, car elle est Mère de celui qui, depuis le premier instant de l’Incarnation dans son sein virginal, s’est uni, en tant que chef, son Corps mystique qui est l’Eglise. Marie, donc, en tant que Mère du Christ, est Mère aussi de tous les pasteurs et fidèles, c’est-à-dire de toute l’Eglise.

        C’est donc l’âme pleine de confiance et d’amour filial que nous levons les yeux vers elle, malgré notre indignité et notre faiblesse. Elle, qui nous a donné avec Jésus la source de la grâce, ne manquera pas de secourir l’Eglise alors que, dans l’abondance des dons du Saint-Esprit, elle s’adonne avec un nouvel élan à sa mission de salut.

        Et notre confiance est encore ravivée et renforcée lorsque nous considérons les liens très étroits qui lient notre Mère du ciel au genre humain. Dans toute la richesse des prérogatives admirables dont Dieu l’a dotée pour la rendre digne d’être la Mère du Verbe incarné, elle n’en est pas moins toute proche de nous. Fille d’Adam, comme nous, et donc note sœur par le lien de la nature, elle est cependant la créature préservée du péché originel à cause des mérites du Sauveur, et qui, aux privilèges dont elle a bénéficié, joint la vertu personnelle d’une foi totale et exemplaire, méritant l’éloge évangélique : Bienheureuse, toi qui as cru.

        Durant sa vie terrestre, elle a réalisé la figure parfaite du disciple du  Christ, miroir de toutes les vertus, et elle a incarné les béatitudes évangéliques proclamées par le Christ. C’est pourquoi en elle, toute l’Eglise, dans son incomparable variété de vie et d’œuvres, atteint la plus authentique forme de l’imitation parfaite du Christ.

 

3° lecture Solennité de la Pentecôte



Jean 14, 15…26

L’Esprit et Jésus ressuscité

Père Jacques Guillet

Jésus Christ dans notre monde, p. 210s

        Il n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. Ce mot de Jean, dans sa naïveté apparente, traduit exactement la réalité que veut définir l’évangéliste : il n’y a pas d’Esprit, parce que l’Esprit, insaisissable et impalpable comme le vent, ne se laisse percevoir que dans ses effets. Ces effets sont intérieurs : l’Esprit de Dieu agit sur l’esprit de l’homme. Pourtant, à travers l’esprit, il transforme l’homme jusqu’en son corps et atteint la création tout entière. Alors qu’il était encore mortel et soumis à la souffrance, Jésus déjà, dans la puissance de l’Esprit, et par l’intermédiaire de son corps, de ses gestes, de sa voix, de sa présence vivante, était capable de guérir les malades et de délivrer les victimes du diable, il était avec la nature dans un contact immédiat et apaisé. La résurrection est l’épanouissement de ce germe. Elle est à la fois transfiguration de la nature et révélation de l’Esprit. Le Christ qui ressuscite est bien le Jésus d’autrefois, avec son style, ses gestes, sa façon d’exister et d’aborder les choses et les hommes : on le retrouve tel qu’il était, marchant sur les routes, mangeant à table, attentif à la manœuvre des filets. Mais les gestes les plus matériels ne sont plus que des signes transparents d’une autre présence, d’une puissance qui a l’immensité du monde : le chemin d’Emmaüs couvre la terre entière, la table du Seigneur est ouverte à tous les peuples, et il peut dialoguer avec tout homme dans sa propre langue. Tel est le corps ressuscité, transfiguré par l’Esprit. Tel est le Christ établi Fils de Dieu avec puissance de l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts.

        Les gestes visibles ne sont eux-mêmes que des signes. Ils attestent qu’il s’agit bien de Jésus, de son corps, de son humanité. Et c’est bien l’Esprit lui-même qui est communiqué et qui fait du second Adam un esprit qui donne la vie. La preuve que le Christ ressuscité est en pleine possession de l’Esprit, c’est qu’il le répand sur ceux même qui ne l’avaient jamais rencontré, pourvu seulement qu’ils croient en lui.

        Les premiers gestes de l’Eglise, selon les Actes des Apôtres, attestent à la fois la puissance de l’Esprit dans les disciples et le principe dont il vient, la personne de Jésus. Les gestes posés par les apôtres et les premiers croyants sont ceux dont ils étaient radicalement incapables : croire assez pour ordonner à un paralytique de se lever, pour affronter la foule rassemblée dans le temple et les menaces du sanhédrin, s’aimer assez pour être capables de tout mettre en commun et de n’avoir qu’un seul cœur. Tout son Evangile, qui était un appel, un enseignement, un chemin suivi derrière lui, devient maintenant, par la force de l’Esprit, réalité vécue spontanément, rayonnante et conquérante.

 

2° lecture Solennité de la Pentecôte



Actes 2, 1- ??

La venue de l’Esprit

Saint Ephrem le Syrien

Sur l’effusion du Saint-Esprit, dans S. Ephraem Syri, 25, 5, 15

        Les Apôtres étaient là, assis, attendant la venue de l’Esprit.

        Ils étaient là comme des flambeaux disposés et qui attendent d’être allumés par l’Esprit-Saint pour illuminer toute la création par leur enseignement. Ils étaient là comme des cultivateurs, portant leur semence dans le pan de leur manteau, et qui attendent le moment où ils recevront l’ordre de semer. Ils étaient là comme des marins dont la barque est liée au port du commandement du Fils et qui attendent d’avoir le doux vent de l’Esprit. Ils étaient là comme des bergers qui viennent de recevoir leur houlette des mains du Grand Pasteur de tout le bercail et qui attendent que leur soient répartis les troupeaux.

        Et ils commencèrent à parler en des langues diverses selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. Ô Cénacle, pétrin où fut jeté le levain qui fit lever l’univers entier. Cénacle, mère de toutes les Eglises. Sein admirable qui mit au monde des temples pour la prière. Cénacle qui vit le miracle du buisson ! Cénacle qui étonna Jérusalem par un prodige bien plus grand que celui de la fournaise qui émerveilla les habitants de Babylone ! Le feu de la fournaise brûlait ceux qui étaient autour, mais protégeait ceux qui étaient au milieu de lui. Le feu du Cénacle rassemble ceux qui sont du dehors et qui désirent le voir, tandis qu’il réconforte ceux qui le reçoivent. Ô feu dont la venue est parole, dont le silence est lumière. Feu qui établis les cœurs dans l’action de grâces.

        Il y avait, résidant à Jérusalem, des hommes pieux venus de toutes les nations qui sont sous le ciel, rassemblés par l’Esprit. Ils entendaient parler dans leur propre langue et disaient : ces gens-là ne sont-ils pas Galiléens ? Comment parlent-ils notre langue ? Et les Juifs opposés au Saint-Esprit disaient : ces gens-là ont bu du vin doux, ils sont ivres. Vraiment vous dites la vérité, mais ce n’est pas ce que vous croyez. Ce n’est pas du vin des vignes qu’ils ont bu. C’est un vin nouveau qui coule du ciel. C’est un vin nouvellement pressé sur le Golgotha. Les apôtres le firent boire et enivrèrent ainsi toute la création. C’est un vin qui fut pressé à la croix par les bourreaux. Merveille que réalise l’Esprit par sa venue ! Le prophète avait crié : Voici que dans les derniers jours je répandrai mon Esprit et ils prophétiseront : le Père a promis, le Fils a exécuté et l’Esprit Saint a accompli.

 

Samedi de la 7ème semaine du Temps Pascal



3 Jean
La crainte de Dieu, le premier don de l’Esprit

Saint Bernard

Sermon sur les sept dons de l’Esprit, OC 7, p. 97s

Le premier don de l’Esprit est la crainte du Seigneur. Qui le possède déteste toute iniquité, selon cette parole du prophète : J‘ai eu leur péché en horreur et l’ai exécré, ou encore : J’ai détesté toute voie d’iniquité, ainsi que dans le livre des Proverbes : La crainte du Seigneur hait le mal. Job est appelé un homme craignant Dieu et s’éloignant du mal. Sans cette grâce, la première des grâces et le principe de toute religion, aucun bien ne peut se produire ou se développer. De même, en effet, que la sécurité ou la paresse sont la cause et la source de tous les manquements, de même la crainte du Seigneur est la gardienne de tous les biens. Aussi, l’Ecriture dit-elle : Si vous ne vous maintenez constamment dans la crainte du Seigneur, votre maison sera promptement renversée. Tout l’édifice des vertus, s’il vient à perdre le soutien de ce don, tombe de suite en ruine. Ainsi Salomon s’écrit-il : Vivez chaque jour dans la crainte du Seigneur, parce que vous aurez l’espérance au dernier jour, et votre attente ne sera pas déçue. De là vient aussi que l’apôtre s’écrie : Opérez votre salut avec crainte et tremblement. Pourquoi multiplier les citations ? Religion et crainte sont choses corrélatives, et l’une ne peut demeurer sans l’autre ; ainsi Corneille était un homme religieux et craignant Dieu, et Siméon était un homme juste et pieux. Et Salomon donne cette leçon : Craignez le Seigneur et gardez ses commandements. Nous devons avoir en nous ce sentiment de la même manière dont Job assure qu’il l’éprouve : Il craignit toujours Dieu comme des flots qui se précipitent sur lui. Sous l’empire de cette crainte de Dieu, nous abandonnons tout, nous renonçons au monde, et, ainsi que le Seigneur l’a dit, nous nous séparons même de nous : Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renonce lui-même. Cette crainte divine rend, soumis à la pauvreté, celui qu’elle pénètre parfaitement et elle l’éloigne du mal. Elle est au premier rang parmi les grâces comme la pauvreté dans la série des Béatitudes ; c’est de cette pauvreté que le Seigneur a dit, el la plaçant comme le fondement des autres vertus : Bienheureux les pauvres en esprit, le royaume des cieux leur appartient.

 

Vendredi de la 7ème semaine du Temps Pascal



2 Jean

L’assistance de l’Esprit dans les œuvres du salut

Saint Léon le Grand

Sermon 2 sur la Pentecôte, 4, SC 74bis, p. 301s

        Les apôtres, avant la Passion du Seigneur, n’étaient pas davantage privés du Saint-Esprit, pas plus que la vertu de cette puissance n’était absente des œuvres du Sauveur. Et lorsque le Seigneur donnait aux disciples le pouvoir de guérir les maladies et celui de chasser les démons, il leur accordait certes l’efficacité de cet Esprit dont l’impiété des Juifs niait qu’il usât pour commander aux esprits immondes. Aussi méritaient-ils de s’attirer pour de tels blasphèmes cette sentence du Seigneur : Tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas remis. D’où il ressort que le pardon des péchés ne se fait pas sans l’assistance de l’Esprit et que personne ne peut, sans lui, gémir comme il convient, ni prier comme il faut : Nous ne savons que demander pour prier comme il faut, mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, nous dit Paul lequel poursuit ailleurs : Jésus est Seigneur, que sous l’action de l’Esprit-Saint. Etre sans lui est ce qu’il y a de plus mortel et de plus funeste, car celui-là ne saurait jamais obtenir le pardon que son avocat abandonne.

        Bien-aimés, tous ceux qui avaient cru dans le Seigneur Jésus avaient l’Esprit-Saint répandu en eux, et les apôtres avaient déjà reçu le pouvoir de remettre les péchés, pouvoir que, après sa résurrection, le Seigneur leur avait donné en soufflant sur eux et disant : Recevez l’Esprit-Saint ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. Mais à la perfection qui devait être conférée aux disciples, était réservée une grâce plus haute et une effusion plus abondante, par laquelle ils prendraient possession de ce qu’ils n’avaient pas encore reçu et pourraient avoir plus excellemment ce qu’ils possédaient déjà. Aussi le Seigneur leur disait-il : J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand viendra cet Esprit de vérité, lui vous conduira vers la vérité tout entière. Car il ne parlera pas de lui-même, mais tout ce qu’il entendra, il le dira et il vous annoncera les choses à venir. En effet, il me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il prendra pour vous en faire part.

 

Jeudi de la 7ème semaine du Temps Pascal



1 Jean 5, 13-21

Comparaison de la Loi de Moïse avec la Loi nouvelle

Saint Augustin

Livre sur l’Esprit et la lettre, OC 30, p. 151s

        Depuis la mort et la résurrection du Seigneur, lui qui fut conduit au supplice comme un agneau pour être immolé jusqu’au jour où le doigt de Dieu, c’est-à-dire l’Esprit-Saint, remplit le cœur des fidèles assemblés dans un même lieu, on compte cinquante jours.

        Dans la Loi ancienne, il était défendu au peuple, sous les peines les plus terribles, d’approcher du lieu où la Loi fut donnée à Moïse. Dans la Loi nouvelle, le Saint-Esprit descend sur ceux qui sont réunis et l’attendent, selon la promesse qui leur en a été faite. Sur le Mont Sinaï, le doigt de Dieu grava la Loi sur des tables de pierres ; à la Pentecôte de la nouvelle Alliance, le doigt de Dieu l’écrit dans le cœur des hommes. Autrefois, la loi n’était écrite qu’au dehors, pour effrayer les pécheurs pr le crainte des châtiments ; maintenant, elle leur a été donnée intérieurement pour les justifier. En effet, cers commandements de Dieu : Vous ne commettrez ni adultère, ni homicide, vous ne convoiterez pas, et d’autres semblables qui sont écrits sur ces tables, sont compris dans cette parole : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. L’amour qu’on a pour son prochain ne souffre pas qu’on lui fasse du mal. La charité est donc la plénitude de la Loi. Cet amour du prochain n’a pas été gravé sur des tables de pierre, mais il a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné. La Loi de Dieu est donc la charité, et l’amour des choses de la chair n’est point et ne saurait être soumis à la Loi de Dieu. Lorsque pour réprimer par la crainte cet amour des choses de la chair, les tables de la Loi indiquent les œuvres que la charité doit accomplir, voilà la Loi des œuvres et la lettre qui tue les prévaricateurs ; mais lorsque la charité est répandue dans le cœur des fidèles, voilà la Loi de la foi et l’Esprit qui vivifie ceux qui se conduisent par l’amour.

        Voyez donc avec quelle justesse cette différence entre les deux Lois s’accorde avec la parole de l’Apôtre Paul : Vous faites voir que vous êtes la lettre de Jésus-Christ écrite par votre ministère, non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais avec des tables de chair qui sont vos cœur.

 

Mercredi de la 7ème semaine du Temps Pascal – Mémoire de saint Boniface



1 Jean 5, 1-12

La fondation de l’abbaye de Fulda

Pierre Riché

Boniface et ses disciples, Histoire des saints, tome 4, p. 94s

        Boniface, ayant atteint la soixantaine, chercha à se retirer dans une abbaye. Il demanda à l’un de ses disciples de lui trouver un endroit propice dans la forêt de Buchonia. Cette forêt de hêtres, traversée par la rivière Fulda, était une barrière infranchissable entre la Hesse et la Thuringe, un lieu idéal pour les ermites. Ce disciple trouva un endroit où la vallée s’élargit : c’est là que fut fondé Fulda, c’était en 744. On y  construisit un monastère et une église en pierre dédiée au Saint-Sauveur. En 751, Boniface écrivit au pape Zacharie : « Il y a, dans le désert d’une vaste solitude, un endroit situé au milieu des nations que j’ai évangélisées, où j’ai bâti un monastère et réuni des moines qui vivent sous la Règle de saint Benoît. Ce sont des religieux qui s’abstiennent de viande, de vin, et de toutes boissons fermentées, qui travaillent de leurs propres mains. J’ai fait l’acquisition de cet endroit grâce à la piété d’hommes religieux et craignant Dieu. J’ai dédié l’église au Saint-Sauveur. Avec le consentement de votre piété, j’ai décidé de donner quelques jours de repos à mon corps fatigué par la vieillesse et d’aller y dormir après ma mort. Les quatre peuples auxquels, par la grâce de Dieu j’ai porté la parole évangélique demeurent dans les environs ; je puis encore leur être utile tant que je vivrai avec le concours de votre prière. »

        Les quatre peuples étaient les Francs, les Hessois, les Thuringiens et les Bavarois. Remarquons que Boniface fait référence à la Règle de saint bénédictine. De plus, il va chercher à rendre son monastère indépendant, et il demande au pape de l’exempter de toute juridiction épiscopale et de le rattacher directement au Saint-Siège. Le pape accepta et dans sa réponse précisa : « Nous dénions à tout prêtre d’une quelconque église un droit de juridiction sur ledit monastère en dehors du Siège apostolique. Nous refusons donc tout pouvoir pour le monastère à tout chef d’église, quelle que soit sa dignité, sous peine d’anathème ; qui frappera quiconque violera le présent décret d’exemption que nous accordons audit monastère. »   Ce texte est important car c’est le premier exemple d’exemption romaine pour la Gaule. En demandant la protection du Saint-Siège, Boniface crée un précédent qui ne sera pas oublié. Jusqu’au IXème siècle, les abbés de Fulda agrandiront la première église : ils la construiront sur le modèle de Saint-Pierre du Vatican.

 

Mardi de la 7ème semaine du Temps Pascal



1 Jean 4, 11-21

L’Esprit, articulation de l’amour humain dans l’amour divin

Frère H.C. Desroches

L’Esprit Saint, principe communautaire selon saint Paul, VS 75, p. 481s

        L’Esprit-Saint conclut l’amour de Dieu dont il est le sceau, il inaugure l’amour de l’homme. Ces deux amours, il les rive l’un à l’autre, en lui l’amour de Dieu devient l’amour d’un Père pour ses fils, l’amour de l’homme, celui de fils pour leur Père.

        On pourrait constater comment le lyrisme fougueux de saint Paul trouve dans la simplicité de saint Jean sa formule limpide : Je leur ai fait connaître ton Nom et le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux.

        Saint Jean cependant s’est appesanti davantage sur le mystère de l’intimité du Père avec son Fils, et l’amour auquel il convie doit être une réplique de cette intimité. Tout se passe dans la      réalité immobile et fervente d’une présence centrale où le Christ introduit des fidèles qui sont surtout des confidents.

        Paul, lui, est attentif à l’amour en marche. Le Père et le Fils conspirent dans l’exécution du plan Sauveur, et l’amour auquel il introduit sera surtout un envahissement qui se prolonge. Tout se passe dans la réalité dynamique et progressante d’une action fondamentale dans laquelle le Christ insère des compagnons de lutte et de conquête.

        Par suite, réaliste-t-il entre l’âme humaine et Dieu quelque chose d’une société qu’il ferait régner par ailleurs avec le Père et le Fils ? Paul ne fournit guère de développement à cette question. L’analogie de l’adoption représente en tout cas le point culminant de ses perspectives sur cet aspect du mystère.

        L’Esprit est surtout celui qui poursuit, à son titre propre, l’entreprise d’amour de Dieu, aussi bien sur chaque homme que sur l’humanité nouvelle.

        En chacun, l’Esprit est de sanctification. C’est son nom : l’Esprit-Saint. L’Esprit est porteur de sainteté, c’est le rôle plus souvent attribué à l’Esprit. Ce rôle, il le joue initialement dès le baptême : Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés par l’Esprit de notre Dieu. Et ce rôle il continue de l’assurer en combattant avec nous toutes nos tendances mauvaises. Celui qui est uni au Seigneur est avec lui un seul esprit, il devient le sanctuaire de l’Esprit-Saint.

 

Lundi de la 7ème semaine du Temps Pascal – Mémoire des Martyrs de l’Ouganda



1 Jean 4, 1-10

Homélie pour la canonisation des martyrs de l’Ouganda

Saint Paul VI

Documents pontificaux de Paul VI, tome 2, Année 1964, p. 842

        Ces hommes vêtus de blanc, qui sont-ils ? D’où sont-ils venus ? Ce texte biblique, tiré de l’Apocalypse (7,13), nous vient à l’esprit au moment où nous inscrivons au nombre des saints qui triomphent au ciel ces vingt-deux fils de l’Afrique dont, dès le 6 juin 1920, notre vénéré prédécesseur, Benoît XV, reconnut les mérites singuliers en les déclarant bienheureux et en permettant ainsi qu’ils fussent honorés d’un culte spécial.

        Qui sont-ils ? Des africains, d’authentiques africains par leur couleur, leur race et leur culture, des représentants qualifiés de ces populations bantoues et nilotiques au passé légendaire. Oui, ce sont des africains, mais aussi des martyrs. Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation. Ils ont lavés robe et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. Ainsi sont-ils devant le trône de Dieu.

        Chaque fois que nous prononçons le mot de martyre, au sens qu’il a pris dans l’hagiographie chrétienne, nous devrions nous représenter un drame horrible et admirable : horrible, à cause de l’injustice qui le déchaîne avec les armes du pouvoir et de la cruauté ; horrible encore par le sang qui coule, par les tortures de la chair qui souffre et par la mort impitoyablement infligée ; admirable, à cause de l’innocence qui, sans user de la force physique pour se défendre, se soumet doucement au supplice, joyeuse et fière d’attester la vérité invincible d’une foi qui s’est fondue avec la vie humaine. Mais la vie meurt, la foi vit. La force matérielle contre la force morale : celle-là trouve dans son succès sa propre défaite, et celle-ci, dans l’écrasement, triomphe.

        C’est un drame que le martyre : un drame épouvantable, mais riche d’enseignements. La violence injuste et méchante, qui le fit naître, tombe quasiment dans l’oubli, tandis, que dans la mémoire des siècles, subsiste, avec tout son éclat et son attrait, la douceur qui fit, de l’offrande de soi, un sacrifice, un holocauste, un acte suprême d’amour et de fidélité envers le Christ, un exemple et un témoignage d’amour et de fidélité envers le Christ, un exemple et un témoignage en perpétuel message à l’adresse de contemporains.