Texte du jour

Mercredi de la 1ère semaine du Temps Ordinaire – Mémoire des saints Maur et Placide



Genèse 3, 1-24

La mise à l’écart des coupables

Père Adalbert de Vogüé

La Règle de saint Benoît, Commentaire doctrinal et spirituel, p. 270s

        Après leur faute, Adam et Eve sont chassés du Paradis. Qu’en est-il du moine fautif dans la pénitence monastique ? Avant elle et au-dessus d’elle, c’est la norme de l’Ecriture qui dirige les auteurs des règles régissant les monastères. De toutes les péricopes pénales du Nouveau Testament, la plus importante est celle, en saint Matthieu (18,15-17), où le Seigneur prescrit de reprendre le coupable d’abord seul à seul, puis devant témoins, enfin en présence de l’Eglise, avant de le rejeter comme un publicain. L’évangile de Matthieu fournit à la discipline monastique une autre directive : celle de retrancher comme un membre inguérissable le frère qui cause du scandale (5,29-30). Ce texte est l’un de ceux qui établissent le plus nettement chez Basile le devoir d’expulser de la fraternité les impénitents. Directement ou indirectement, c’est sur ce texte que se fonde aussi saint Benoît quand il invite l’Abbé à manier le fer qui retranche.

        Plus compacte que la société ecclésiale, la communauté monastique ne dispose pas seulement d’une arme, mais de deux : l’excommunication et l’expulsion. L’excommunication met le coupable au ban de la communauté, mais elle ne le chasse pas du monastère. Quand elle n’a pas produit d’effet, il reste une sanction plus grave : mettre l’impénitent à la porte.

Les textes du Nouveau Testament, prescrivant de rejeter les grands pécheurs obstinés, sont susceptibles en milieux monastiques de deux interprétations distinctes et de deux applications graduées. Ainsi saint Benoît fait une distinction claire : dans le même passage de la première lettre aux Corinthiens (5,5), il découpe une phrase qu’il applique à l’excommunication, et une autre qu’il entend de l’expulsion.

L’exclusion peut être révocable soit jusqu’à trois fois, soit définitive. Cette triple possibilité de retour est possible, en raison de trois avertissements préalables que Jésus a prescrits selon l’évangile de Matthieu. Nos auteurs monastiques font jouer, à l’échelon des sanctions ultimes, les dispositions miséricordieuses de l’Evangile qu’ils avaient appliquées une première fois au début de la procédure pénale. En mettant à profit sa vie commune intense, le monachisme a multiplié les occasions de salut pour le pécheur.

Mardi de la 1ère semaine du Temps Ordinaire



Genèse 2,4b-25

Le sixième jour : la création de l’homme et de la femme

Saint Jacques de Saroug

L’Hexaméron de Jacques de Saroug, L’Orient Syrien, 1959, p. 33s

        Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance, dit Dieu. Un simple commandement avait fait surgir les autres êtres de la création : Que la lumière soit ! Ou Qu’il y ait un firmament ! Cette fois, Dieu ne dit pas : Qu’il y ait des hommes ! Il précise : Faisons l’homme ! Il estimait, en effet, convenable que fût façonnée de ses propres mains cette statue supérieure à toutes les autres créatures. Cette œuvre lui était particulièrement proche : il l’aimait d’un grand amour. Pour aucune de ses œuvres précédentes, l’Ecriture n’a dit que le Seigneur avait créé à son image. Mais Adam, lui, serait à l’image de Dieu, parce qu’il porterait l’effigie du Fils Unique.

        D’une certaine manière, Adam fut créé à la fois simple et double : Eve se trouvait cachée en lui. Avant même qu’il n’existât, l’homme était destiné au mariage, qui le ramènerait, homme et femme, à un seul corps, comme au commencement. Aucune querelle, aucune discorde ne devait s’élever entre eux. Ils auraient une même pensée, une même volonté.

        Le Seigneur forma Adam de poussière et d’eau ; Eve, il la tira de la chair, des os et du sang d’Adam. Le profond sommeil du premier homme anticipait les mystères de la crucifixion. L’ouverture du côté, c’était le coup de lance porté au Fils Unique ; le sommeil, la mort sur la croix ; le sang et l’eau, la fécondité du baptême. Dieu a formé Adam avec de l’eau, Eve à partir du sang ; de fait, le monde de ce temps se perpétue par l’eau, c’est-à-dire la semence, et par le sang. Mais l’eau et le sang qui coulèrent du côté du Sauveur sont, eux, à l’origine du monde de l’Esprit. Comme Adam donna naissance, sans génération charnelle, à une autre créature, le Fils Unique, seul au Golgotha, engendra au Père de nouveaux enfants par l’Esprit.

        Adam ne souffrit pas du prélèvement fait dans sa chair ; ce qui lui avait été dérobé lui fut rendu, transfiguré par la beauté. Le souffle des vents, le murmure des arbres, le chant des oiseaux appelaient les fiancés : Levez-vous, vous avez assez dormi ! La fête nuptiale vous attend ! Adam vit Eve à ses côtés, celle qui était sa chair et ses os, sa fille, sa sœur, son épouse. Ils se levèrent, enveloppés d’un vêtement de lumière, dans le jour qui leur souriait. Ils étaient au Paradis.

Lundi de la 1ère semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Hilaire de Poitiers



Genèse 1,1 – 2,4a

La grandeur de Dieu Créateur

Saint Hilaire de Poitiers

Commentaires sur les psaumes, psaumes 65, SC 603, p. 157s

        Dans la suite de ses conseils, le psalmiste a demandé que toute la terre jubile pour Dieu, puisqu’elle joue un psaume pour son nom : il faut jubiler pour Dieu, car nous devons lui rendre l’hommage d’un cri d’allégresse ; il faut jouer un psaume pour son nom, car, de même que le psaume requiert un instrument, nous devons plaire à Dieu par les actions savamment concertées de notre corps, instrument de notre âme, de nos sentiments et de toutes nos activités. Dans la mesure où l’on peut y parvenir, il faut agir d’une manière digne du nom de Dieu pour se conformer aux paroles du Seigneur qui dit : Que votre lumière brille devant les hommes, pour qu’ils voient vos bonnes œuvres, et magnifient votre Père qui est aux cieux ! En effet, la pureté de notre vie devra servir à louer Celui pour qui nous vivons.

        De fait, les mots suivants donnent le même enseignement, car on lit : Jouez un psaume pour son nom, glorifiez sa louange. En effet, le psaltérion qui est notre instrument, c’est-à-dire les réalisations d’un corps au service de l’âme, nous fait offrir à Dieu une glorieuse louange. Sa louange sera glorifiée si nous jouons dignement un psaume pour son nom, grâce à l’instrument qu’est notre corps.

        Dites à Dieu : Que tes œuvres sont redoutables ! Cet ordre du psalmiste nous apprend à rester dans une attitude de déférence vis-à-vis de Dieu. Qui ne tremblerait effectivement devant la majesté de Celui qui a institué les siècles, créé le monde, assigné aux temps leurs cours et le retour de leurs cycles, orné d’astres le ciel, rempli la terre de fruits, établi des limites pour la terre, choisi l’homme pour qu’il en jouisse et le domine ? Tout cela fait connaître l’éternité de sa puissance et de son pouvoir, puisque l’apôtre dit aux Romains: Sa nature invisible s’est donnée à comprendre et à scruter depuis la création du monde, grâce à ses hauts faits. Il en va de même pour sa puissance éternelle et sa divinité. Cela lui vaut le nom redoutable de créateur, et la dignité des œuvres montre la majesté de Celui qui les a faites. Nous devons donc proclamer et les autres doivent reconnaître que Dieu est le Créateur de toutes ces œuvres.

3° lecture Fête du Baptême du Seigneur – A



Matthieu 3, 13-17

Accomplir toute justice

Saint Jean Chrysostome

Homélie pour le baptême du Christ, PG 76, 363-369, OC 3, p. 609s

        A Jean qui déclarait : C’est moi qui dois être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi, Jésus répondit : Laisse-moi faire, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. Que comprendre par accomplir toute justice ? Justice s’entend comme l’exécution de tous les ordres de Dieu ; et puisqu’il fallait que tous les hommes accomplissent cette justice, et que personne n’y satisfaisait, le Christ est venu et a accompli cette justice. Quelle justice y avait-il donc à se faire baptiser ? Obéir à Jean, le prophète, était la justice. Jésus fit ce qu’il devait faire en obéissant au prophète qui baptisait.

        Puisque c’était la justice d’obéir à Dieu, que Dieu envoya Jean baptiser le peuple, après tous les commandements de la Loi, le Christ observa aussi  ce commandement-là. Il vint et a acquitté toutes nos dettes envers Dieu, et nous a ainsi libérés. C’est pourquoi il n’a pas dit : Il nous convient de faire ceci ou cela, mais bien : Il convient d’accomplir toute justice. Il me convient, à moi, le Maître qui en ait les moyens, d’acquitter pour ceux qui n’en ont pas les moyens. Telle est la raison de son baptême : montrer qu’il accomplissait la Loi dans tous ses commandements.

        C’est pourquoi le Saint-Esprit est descendu sous la forme d’une colombe ; car partout où Dieu se réconcilie avec son peuple, il se trouve une colombe. Sur l’Arche de Noé, c’est une colombe qui vient apporter un rameau d’olivier, en signe de l’amour de Dieu pour l’homme et de la fin du déluge. Et maintenant, c’est sous la forme d’une colombe, je dis bien sous la forme et non pas dans le corps, ce sont deux choses qu’il faut bien distinguer, que le Saint-Esprit vient annoncer au monde que Dieu prend pitié de lui, et indiquer que l’homme doit fuir la méchanceté, rechercher la simplicité, éviter le mal. Et c’est bien ce que dit le Christ : Si vous ne vous convertissez pas et ne devenez pas semblables aux petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. Mais l’Arche de Noé, une fois le déluge calmé, restait sur terre, tandis que cette arche que fut le Christ, une fois calmée la colère de Dieu, était enlevé au ciel, et ce corps, irréprochable et sans tache, est maintenant assis à la droite de Dieu.

2° lecture Fête du Baptême du Seigneur



Isaïe 42,1-8 + 49,1-9

L’immersion du Seigneur dans le Jourdain

Saint Nicolas Vélimirovitch

Homélies sur les Evangiles des dimanches et jours de fête, p. 104s

        Le Christ s’immergea dans l’eau, non pour se purifier, mais pour noyer symboliquement l’homme ancien. En s’immergeant dans l’eau, il renouvelle en esprit le déluge du monde à l’époque de Noé, ainsi que le déluge du pharaon et de son armée égyptienne dans la Mer Rouge. Dans le déluge du monde, c’est l’humanité pécheresse qui se noya ; dans la Mer Rouge, se noya le pharaon, ennemi du Dieu vivant. Le Christ a pris volontairement sur lui les péchés des hommes : c’est volontairement qu’Il a accepté d’être immergé à la place de l’humanité pécheresse ; c’est volontairement qu’Il a assumé le destin du pharaon noyé, ennemi du Dieu vivant. Il immerge Son corps dans l’eau, comme s’Il l’inhumait dans un tombeau. Il s’immerge dans l’eau pendant un instant, puis se redresse et sort de l’eau. Ainsi il répète la terrible leçon que Dieu a infligée aux hommes lors du déluge des pécheurs au temps de Noé, et du déluge du pharaon dans la Mer Rouge. Ainsi, de façon diverse, mais de manière tacite, Il montre ce qu’il dira plus tard à Nicodème : A moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. Mais ne peut naître de nouveau dans cette vie même, que celui en qui meurt le vieil homme, c’est-à-dire celui en qui meurt le vieil homme pécheur : celui qui s’immerge dans son péché et se relève purifié du péché, celui qui s’immerge avec son corps en homme charnel et qui se relève comme homme spirituel, celui qui s’ensevelit avec le Christ lors du baptême comme dans le tombeau, celui qui fait sombrer l’orgueil, la désobéissance, l’égoïsme et toute impureté du vieil homme pécheur et se redresse dans l’humilité et la douceur, l’obéissance et l’amour, celui qui meurt en soi et revit en Dieu. En un mot, celui qui s’ensevelit en pécheur naît de nouveau comme un juste : celui-là réalisera l’exemple que le Christ lui a donné lors de Son baptême dans le Jourdain. Avant que la deuxième vie commence, il faut en terminer avec la première, dit saint Basile le Grand. Ah ! Comme le baptême du Christ, avec l’immersion de Son saint corps dans l’eau est hautement significatif et très instructif ! Seule la Sagesse infinie de Dieu a pu concevoir le baptême dans le Jourdain de manière si utile et si instructive pour les hommes ; seule cette Sagesse infinie, qui voit le passé et l’avenir comme le présent, était en mesure de relier les débuts et les aboutissements de l’histoire des hommes, et de mettre en rapport le déluge subi par l’humanité pécheresse et l’immersion du Christ dans l’eau. Seule cette Sagesse indicible peut, avec une image, un acte, un signe, dire davantage que toutes les langues terrestres des hommes. En fait, toute l’action de notre salut est exprimée par le baptême du Christ dans le Jourdain.

Samedi après l’Epiphanie



Jean 3, 22-30

La joie spirituelle

Cardinal Jean Daniélou

Jean-Baptiste, témoin de l’Agneau, p. 137s

        Celui qui a l’épouse est l’époux. Jean-Baptiste, dans son intelligence illuminée par l’Esprit-Saint, pénètre au-delà des apparences. Par l’esprit de prophétie, il contemple la merveille en train de s’accomplir, et cette merveille, c’est la présence de l’époux. L’Epoux, c’est le Verbe de Dieu venu chercher la nature humaine qu’il avait modelé dès l’origine et que, après les longues fiançailles de l’Ancien Testament, il s’unit maintenant, en se faisant chair, d’une union désormais indéfectible. Inaugurée dans l’Incarnation, cette union se continuera dans l’Eglise que l’auteur de l’Apocalypse nous montre, parée comme une fiancé pour son époux. Elle se réalise aussi dans chaque âme appelée à vivre ce mystère nuptial et à être comblée des dons de l’époux. C’est l’âme de Jean qui, ici, la première, est introduite dans ce mystère nuptial. Pour lui, contempler l’union du Verbe et de la nature humaine, c’est déjà être introduit dans cette union.

        Ainsi une même réalité, à savoir que ceux qui le suivaient suivent maintenant Jésus, qui jette ses propres disciples dans la tristesse, parce qu’ils s’arrêtent aux apparences charnelles, fait exulter l’âme de Jean, parce qu’il en pénètre le contenu spirituel : Quant à l’ami de l’époux, qui  est là à écouter, il est tout à la joie en entendant la voix de l’époux. Jean contemple, en voyant ses disciples le quitter pour aller à Jésus, l’accomplissement du mystère des noces. Ils viennent à Jésus parce qu’ils sont l’humanité qui vient s’unir à l’Epoux. Et ceci ravit l’âme de Jean d’une telle joie, d’une joie si divine, qu’il ne peut avoir le moindre regard vers lui-même et penser que ces âmes allant vers le Christ sont ses disciples qui le quittent. Il est tout à la joie en entendant la voix de l’Epoux, c’est-à-dire la parole même du Christ qui, non seulement touche ses oreilles, mais retentit dans les profondeurs de son cœur. Et, cette joie qui est la mienne, dit-il, est à son comble. Le fait que cette joie soit ici à son comble, marque bien que cet épisode représente une croissance nouvelle dans ce qui semble une diminution. C’est à mesure qu’il se vide de lui-même que Jésus se remplit : Lui, il faut qu’il grandisse, et moi que je diminue.

Vendredi après l’Epiphanie



Luc 5, 12-16

Guérison d’un lépreux

Saint Ambroise de Milan

Traité sur l’évangile de Luc, tome 1, SC 45bis, p. 183s

        Il est bon, pour cette guérison d’un lépreux, que ne soit désigné expressément aucune localité, cela pour montrer que ce n’est pas le seul peuple d’une cité spéciale, mais les peuples de l’univers entier qui ont été guéris. Il est également bien que, dans saint Luc, cette guérison soit le quatrième prodige depuis l’arrivée du Seigneur à Capharnaüm ; car s’il a donné au quatrième jour la lumière du soleil et l’a rendu plus éclatant que les autres jours, alors qu’apparaissaient les éléments du monde, nous devons considérer cette guérison comme plus éclatante.

        Ce qui est aussi admirable, c’est que le Seigneur ait guéri le lépreux selon le mode même de la demande : Si tu le veux, Seigneur, tu peux me purifier. Vous voyez là sa volonté, vous voyez aussi sa disposition de tendresse. Et étendant la main, il le toucha. La Loi interdit de toucher les lépreux ; mais Celui qui est le maître de la Loi n’a pas à suivre la Loi, mais fait la Loi. Jésus a donc touché le lépreux de sa main, non parce qu’à moins de le toucher il n’aurait pu guérir, mais pour prouver qu’il n’était pas assujetti à la Loi, et qu’il ne craignait pas la contagion comme les hommes, mais ne pouvait être contaminé, Lui qui délivrait les autres par un attouchement qui chassait la lèpre, laquelle d’ordinaire contaminait quiconque la touchait.

        On lui prescrivit de se montrer au prêtre et de faire une offrande pour sa purification ; s’il se présente ainsi au prêtre, le prêtre comprendra qu’il n’a pas été guéri selon la procédure légale, mais par la grâce de Dieu qui est supérieure à la Loi. En prescrivant un sacrifice selon que Moïse l’a ordonné, le Seigneur montrait qu’Il ne détruisait pas la Loi, mais l’accomplissait ; Il se conduisait selon la Loi, alors même qu’on le voyait guérir, en dépassant la Loi, ceux que les remèdes de la Loi n’avaient pas guéris ! C’est à bon droit qu’Il ajoute : Comme l’a prescrit Moïse. Car la Loi est spirituelle ; aussi comprend-on qu’Il a prescrit un sacrifice spirituel. Le Seigneur ajoute encore : La guérison sera pour les gens un témoignage ; c’est-à-dire, si vous croyez à Dieu, si la lèpre de l’impiété se retire, si le prêtre connaît ce qui est caché, s’il est témoin de la pureté de vos sentiments, cela ferait voir de préférence le prêtre en Jésus, Lui à qui nul secret n’échappe, à qui il est dit : Tu es prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech.

Jeudi après l’Epiphanie



Luc 4, 14-22a

Et Jésus, poussé par l’Esprit, revint en Galilée

Saint Ambroise de Milan

Traité sur l’évangile de Luc, SC 45bis, tome 1, p. 168s

        Alors Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée. En cet endroit s’accomplit la prophétie d’Isaïe : Le pays de Zabulon et la terre de Nephtali, et les autres habitants du littoral, ceux des bords de la mer et au-delà du Jourdain, de la Galilée des Gentils, peuple assis à l’ombre de la mort, ont vu une grande lumière. Qui est la grande lumière, sinon le Christ qui éclaire tout homme venant en ce monde.

        Jésus, selon la coutume, le jour du sabbat, entra dans la synagogue. On lui donna le livre du prophète Isaïe ; il le déroula et trouva tout de suite le passage qu’il cherchait ; personne ne le lui a montré ce passage, il ne l’a pas reçu d’un autre, il le trouve de lui-même pour bien montrer que c’est Lui qui a parlé par les prophètes et couper court au blasphème des incroyants qui disent qu’il y a un Dieu de l’Ancien Testament, un autre du Nouveau, ou bien que le Christ commence à partir de la Vierge : comment prend-Il origine de la Vierge, puisqu’avant la Vierge, Il parlait !

        En vérité, je vous le dis : nul prophète n’est accueilli dans sa patrie. Ce n’est pas à demi que l’animosité se trahit : oublieuse de l’amour entre compatriotes, elle fait servir à des haines cruelles les motifs d’aimer. En même temps, ce trait comme cette parole, prouve que vous attendez en vain le bienfait de la miséricorde céleste si vous en voulez aux fruits de la vertu des autres. Car Dieu méprise les envieux, et, de ceux qui persécutent chez autrui les bienfaits divins, Il détourne les merveilles de sa puissance. Les actes du Seigneur en sa chair sont l’expression de sa divinité, et ce qu’Il a d’invisible nous est montré par ce qui est visible. Ce n’est donc pas sans motif que le Seigneur se disculpe de n’avoir pas accompli de miracles de sa puissance dans sa patrie, afin que nul ne s’avise de croire que l’amour de la patrie doit avoir pour nous peu de valeur : Il ne pouvait pas ne pas aimer ses concitoyens, aimant tous les hommes ; mais ce sont eux qui, par leur haine, ont renoncé à cet amour de sa patrie. Car l’amour n’est pas envieux, ne se gonfle pas. Et pourtant cette patrie n’a pas été exclue des bienfaits divins : quel miracle plus grand que la naissance, la croissance et la vie du Christ chez elle ? Voyez donc quels maux procure la haine ; à cause de sa haine, cette patrie est jugée indigne qu’Il opère en elle comme son citoyen, après avoir eu cette dignité que le Fils de Dieu naquit, et vécut en elle.

 

Mercredi après l’Epiphanie



Marc 6, 45-52

Jésus, compagnon de navigation

Origène

Commentaire sur l’Evangile selon saint Matthieu, SC 162, p. 289s

Après avoir multiplié les pains, Jésus contraint ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive. Pourquoi Jésus les contraint-il ? Peut-être les disciples se comportaient-ils comme des gens qui ne pouvaient s’arracher à Jésus, incapables de se séparer de lui, voulant rester à ses côtés, alors que lui désirait les éprouver et leur faire faire l’expérience des vagues et du vent.

Les voilà donc au milieu de la mer, empêchés d’aller sur l’autre rive par l’épreuve des vagues et des vents contraires. Malgré leurs efforts, ils n’ont pu, séparés de Jésus, vaincre les vagues et le vent contraire, ni précéder Jésus sur l’autre rive. C’est pourquoi le Verbe les prend en pitié,  car ils avaient fait tout leur possible pour parvenir sur l’autre rive. Alors, il vint vers eux en marchant sur la mer. Contre lui, la mer n’avait pas de vagues, elle ne pouvait pas lui opposer un vent contraire, même si elle l’eût voulu. Il n’est pas écrit, en effet, marchant vers eux sur les vagues, mais sur les eaux. Jésus monta avec les apôtres dans la barque, et le vent tomba ; il ne pouvait plus agir contre elle, puisque Jésus y était monté.

Après la traversée, ils touchèrent terre à Gennésareth. Remarquons une chose : Dieu est fidèle, et saint Paul nous dit dans sa lettre aux Corinthiens : Dieu ne permet pas que nous soyons éprouvés au-delà de nos forces ; avec la tentation, il nous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter ;  il ne permet pas que les foules soient éprouvées au-delà de leurs forces. Le Fils de l’homme a contraint les disciples à monter dans la barque. C’est qu’ils étaient plus forts, donc capables d’atteindre le milieu de la mer, capables aussi de supporter l’épreuve des vagues. Alors ils seraient dignes du secours divin, dignes de voir Jésus, de l’entendre parler, et, ils seraient capables, une fois Jésus à bord, d’achever la traversée, et de toucher terre à Gennésareth. Les foules, elles, Jésus les a renvoyées ; il ne leur a pas imposé l’épreuve de la barque, des vagues, ni du vent contraire, elles étaient trop faibles pour cela.

Si, un jour, nous tombons sous les contraintes des tentations, rappelons-nous et disons-nous que Jésus nous a contraints à monter dans la barque, voulant que nous le précédions sur l’autre rive. Il n’est pas possible, à ceux qui n’ont pas enduré l’épreuve des vagues et du vent contraire, de parvenir, seuls, sur l’autre rive. Dans toutes les difficultés, pensons que notre barque est tourmentée par les vagues et le vent contraire, mais que Jésus est là tout proche, prêt à nous rendre la mer bienveillante, à nous dire : Courage ! C’est moi, n’ayez pas peur !, et à monter auprès de nous dans la barque.

Mardi après l’Epiphanie



Marc 6, 34-44

« Ils mangèrent tous et furent rassasiés »

Saint Ephrem de Nisibe

Diatessaron XII, SC 121, p. 213s

         Au désert, notre Seigneur multiplia le pain, et à Cana, il changea l’eau en vin. Il habitua ainsi la bouche des disciples à son pain et à son vin jusqu’au temps où il leur donnerait son corps et son sang. Il leur fit goûter un pain et un vin qui passent pour éveiller en eux le désir de son corps et de son sang vivifiants. Il leur donna libéralement ces menues choses, pour qu’ils sachent que le don parfait serait gratuit. Non seulement il nous a donc comblés gratuitement de ses dons, mais il nous a entourés de sa tendresse. Il nous a donnés ces menues choses gratuitement afin que nous allions et recevions gratuitement cette chose si grande qu’est l’Eucharistie. Ces morceaux de pain et ce vin étaient doux au palais, mais le don de son corps et de son sang est utile à l’esprit.

        Comme premier signe, il fit un vin réjouissant pour les convives, afin de manifester que son sang réjouirait toutes les nations. Le vin intervient dans toutes les joies et de même toutes les délivrances se rattachent au mystère de son sang. Il donna aux convives un vin excellent qui transforma leur esprit pour leur faire savoir que la doctrine dont il les abreuvait transformerait leur cœur.

        De même, en un clin d’œil, le Seigneur a multipliait un peu de pain, cinq petits pains ! Il a prouvé la force pénétrante de sa parole à ceux qui l’exécutaient, et la largesse avec laquelle il octroyait ses dons à ceux qui en étaient les bénéficiaires. Ce n’est pas à sa puissance qu’il a mesuré ce miracle, mais à la faim de ceux qui étaient là. Et, mesuré à la faim de milliers de gens, le miracle a dépassé les douze paniers ! Chez tous les artisans, la puissance est inférieure au désir des clients, ils ne peuvent pas faire tout ce qu’on leur demande : les réalisations de Dieu, au contraire, dépassent tout désir.

        Rassasiés au désert comme jadis, les Israélites, à la prière de Moïse, s’écrièrent : Celui-ci est le Prophète dont il est dit qu’il viendra dans le monde. Ils faisaient allusion aux paroles de Moïse : Le Seigneur vous suscitera un prophète, non pas n’importe lequel, mais un prophète comme moi, qui vous rassasiera de pain dans le désert. Comme moi, il a marché sur la mer, il est apparu dans la nuée, il a libéré son Eglise.

        Mais le pain de Moïse n’était pas parfait, c’est pourquoi il a été donné aux seuls Israélites. Aussi voulant signifier que son don est supérieur à celui de Moïse et la vocation des nations plus parfaite, notre Seigneur dit : Quiconque mangera de mon pain, vivra éternellement, car le pain de Dieu est descendu des cieux et il est donné au monde entier.