Texte du jour

Samedi de la 5ème semaine du Temps de Carême



Nombres 24 1-19

Quelles sont belles tes tentes, Jacob !

Jacques Bénigne Bossuet

Discours prononcé lors de l’assemblée du clergé, le 9 novembre 1681

        C’est sans doute un grand spectacle de voir l’Eglise chrétienne figurée dans les anciens Israélites ; la voir, dis-je, sortir de l’Egypte et des ténèbres de l’idolâtrie, cherchant la Terre promise à travers un désert immense, où elle ne trouve que d’affreux rochers et des sables brûlants. Nulle terre, nulle culture, nul fruit, une sècheresse effroyable, nul pain qu’il ne lui faille envoyer du ciel, nul rafraîchissement  qu’il ne lui faille tirer par miracle du sein d’une roche ; toute la nature stérile pour elle et aucun bien que par grâce, mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus surprenant. Dans l’horreur de cette vaste solitude, on la voit environnée d’ennemis, ne marchant jamais qu’en bataille, ne logeant que sous des tentes, toujours prête à déloger et à combattre, étrangère que rien n’attache, que rien ne contente, qui regarde tout en passant, sans vouloir jamais s’arrêter ; heureuse néanmoins en cet état, tant à cause des consolations qu’elle reçoit durant le voyage, qu’à cause du glorieux et immuable repos qui sera la fin de sa course. Voilà l’image de l’Eglise pendant qu’elle voyage sur la terre.

        Balaam la voit dans le désert : son ordre, sa discipline, ses douze tribus rangées sous leurs étendards. Quel spectacle ! Quelle assemblée ! Quelle beauté de l’Eglise ! Du haut d’une montagne, Balaam la voit tout entière, et au lieu de la maudire comme on l’y voulait contraindre, il la bénit. On le détourne, on espère lui en cacher la beauté en lui montrant ce grand corps par un coin d’où il ne puisse en découvrir qu’une partie, et il n’est pas moins transporté ; parce qu’il voit cette partie dans le tout, avec toute la convenance et toute la proportion qui les assortit l’un à l’autre. Ainsi, de quelque côté qu’il la considère, il est hors de lui, et ravi en admiration il s’écrie : Que vous êtes admirables sous vos tentes, enfants de Jacob ! Quel ordre dans votre camp ! Quelle merveilleuse beauté paraît dans ces pavillons si sagement arrangés ; et si vous causez tant d’admiration, sous vos tentes et dans votre marche, que sera-ce quand vous serez établis dans votre patrie !

Vendredi de la 5ème semaine du Temps de Carême



Nombres 22, 1-8+20-35

Balaam et son ânesse

Origène

Homélie 13 sur les Nombres, 8, 1-2, SC 442, p. 153

        Balaam, auprès de qui Dieu était déjà venu, importune Dieu et lui extorque en quelque sorte la permission d’aller maudire les fils d’Israël et d’évoquer les démons. Il monte sur son ânesse. L’ange, celui qui veillait sur Israël et dont il est question dans les paroles du Seigneur à Moïse, Mon ange ira avec toi, arrive à sa hauteur. Balaam demande à poursuivre ; cela lui est accordé. En chemin, il est comprimé contre le mur par son ânesse. Mais Balaam, le magicien qui voit les démons, ne voit pas l’ange, et pourtant l’ânesse le voit. Non pas qu’elle méritât de voir un ange, pas plus qu’elle ne méritait de parler, mais c’était pour confondre Balaam et pour que, comme dit quelque part l’Ecriture, une réponse, à voix humaine, par un animal muet, démontrât la folie du prophète.

        Continuons maintenant par quelques brèves indications sur le sens allégorique.

        Si l’on voit qu’une puissance ennemie attaque le peuple de Dieu, on comprend qui est assis sur l’ânesse, et si l’on considère comment les hommes sont entraînés par les démons, on comprend qu’elle est l’ânesse.

        C’est ainsi que, dans l’Evangile, on comprend que Jésus envoie ses disciples chercher une ânesse attachée, avec son petit, pour que les disciples la détachent et la lui amènent de façon que lui-même monte sur elle. Et peut-être que cette ânesse, c’est-à-dire l’Eglise, portait auparavant Balaam, et maintenant qu’elle est détachée des liens qui la retenaient, elle porte le Christ, si bien que le Fils de Dieu peut s’asseoir sur elle, et entrer avec elle dans la cité sainte, la Jérusalem nouvelle. C’est alors qu’est accomplie l’Ecriture qui dit : Réjouis-toi, fille de Sion, exclame-toi, fille de Jérusalem, voici que ton Roi vient à toi avec douceur, assis sur une bête de somme. La bête de somme, c’est l’ânesse, et l’Ecriture reconnaît en elle, sans hésitation, les croyants issus des Juifs, et en le nouvel ânon, sans plus de doute, ceux qui sont issus des païens et qui croient au Christ Jésus notre Seigneur, à qui sont la gloire et la puissance pour les siècles des siècles.

 

Jeudi de la 5ème semaine du Temps de Carême



Nombres 20,1-13 + 21,4-9

Le signe figuratif et l’objet figuré

Saint Augustin

Traité 12 sur l’évangile de Jean, n° 11, OC 10, p. 376

Les Israélites succombaient dans le désert sous les cruelles morsures des serpents ; la mort faisait de nombreuses victimes, car c’était la main de Dieu qui s’appesantissait sur eux, les frappant pour les instruire. C’était en même temps un signe des plus marquants du mystère qui devait s’accomplir dans la suite, comme Notre Seigneur l’a attesté dans son dialogue avec Nicodème. Le Seigneur ordonne donc à Moïse de faire un serpent d’airain et de l’élever au haut d’un arbre dans le désert, et de recommander à tous ceux qui auraient été mordus par les serpents de regarder ce serpent élevé sur un arbre. Moïse exécuta cet ordre, tous ceux qui étaient mordus jetaient les yeux sur ce serpent et étaient guéris.

Que sont ces serpents qui déchirent par leurs morsures ? Les péchés qui viennent de la chair mortelle. Quel est ce serpent élevé dans le désert ? La mort du Seigneur sur la croix. C’est du serpent que vient la mort, elle a pour symbole figuratif l’image du serpent. La morsure du serpent a donné la mort, la mort du Seigneur a rendu la vie. Il suffisait de regarder le serpent pour détruire l’effet des morsures du serpent. Qu’est-ce à dire ? Il suffit de considérer la mort pour anéantir toute sa puissance. Mais de quelle mort s’agit-il ? De la mort de la vie, si on peut parler de la sorte ! Hésiterions-nous à dire ce qui a dû se faire ? Est-ce que Jésus-Christ n’était pas la vie ? Et cependant il a été attaché à la croix. Est-ce que Jésus-Christ n’est pas la vie ? Et cependant il est mort. Mais dans la mort de Jésus-Christ, la mort a trouvé sa propre mort, parce que la vie, frappée par la mort, a détruit l’empire de la mort, la plénitude de la vie a comme englouti la mort, la mort a été absorbée dans le corps de Jésus-Christ. Voilà ce que nous dirons nous-mêmes au moment de la résurrection, lorsque nous ferons entendre ce chant de triomphe : Mort, où est-elle ta puissance ? Mort, où est ton aiguillon ? En attendant, jetons les yeux sur Jésus-Christ pour être guéris de nos péchés. Car, comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé, afin que, tout homme qui croit en lui, ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. De même que les morsures des serpents cessaient d’être mortelles pour ceux qui regardaient le serpent d’airain, ainsi ceux qui considèrent avec foi la mort de Jésus-Christ sont guéris des morsures de leurs péchés. Les Israélites, en échappant à la mort, ne recouvraient qu’une vie temporelle et passagère, mais ici Notre Seigneur nous promet une vie éternelle. Voilà, en effet, la différence entre le signe figuratif et l’objet figuré ; le signe figuratif ne donnait qu’une vie temporelle, l’objet figuré nous donne la vie éternelle.

Mercredi de la 5ème semaine du Temps de Carême



Nombres 16, 1-11+16-24+28-35

Qu’a-t-il de plus que nous ?

Daniel Sibony

Lectures bibliques, La révolte de Coré, p. 199s

        Alors qu’ils sont dans le désert, une révolte éclate, menée par Coré et les siens, contre Moïse et Aaron : Pourquoi seraient-ils les chefs ? Nous aussi sommes les élus de Dieu. Dans un premier temps, Moïse ne répond rien ; il est même dit : Moïse entendit et tomba face contre terre. Il n’a rien à répondre à cette question, mais, par son geste, il essaie de rappeler au peuple que c’est à la face de Dieu qu’on est appelé à se tenir. Puis il leur parle, et les invite à présenter ensemble, chacun pour son compte, un sacrifice d’encens à Dieu, lequel fera savoir qui il agrée, et qui il ne peut sentir. Ce que propose ici Moïse, c’est une épreuve de l’offrande qui dépasse le rituel : Peuvent-ils séduire le divin et affronter son désir ? Que peuvent-ils soutenir du désir de Dieu ? N’est-ce pas ce que vise le sacrifice : relancer le désir inconscient grâce à une perte consentie ?

        Puis Moïse leur parle et leur montre les limites de leur acte : au fond, que voulez-vous ? Vous voulez remplacer les prêtres ? Etre ceux qui présentent les sacrifices ? Vous voulez ainsi être le lien sans médiation, la parole pure ? Puis Moïse fait appeler les autres conjurés, Dathân et Abiram, qui répondent : Nous ne monterons pas. Monter dans ce contexte, c’est monter vers la Terre promise. Ils ne veulent pas monter, c’est donc l’Alliance du groupe dont ils rejettent le signifiant : monter. Ils refusent de traverser le désert, ils refusent de soutenir en opposant symbolique et réalité : tu as promis de nous faire monter vers une terre de miel et de lait, et nous sommes dans le désert ! Où est ce que tu nous as promis ? Avant toi, nous étions dans une bonne terre : tu nous en as sortir ; pourquoi ?

        Moïse en appelle, non pas au peuple, mais à Dieu devant le peuple : Ne tourne pas ta face vers eux ! Leur impasse est totale, ils ne peuvent plus calmer la tension de cet acte symbolique qu’est l’offrande. C’est ce qu’exprime la métaphore du texte : le feu, qui en principe consume le sacrifice, fond sur eux, les révoltés, et les consume ; ils ne peuvent que donner leur corps tout entier.

Mardi de la 5ème semaine du Temps de Carême



Nombres 14,1-25

La gloire et la croix

Origène

Homélie 9 sur les Nombres 2, 2, SC 415, p. 233s

        Nous n’avons trouvé nulle part jusqu’ici qu’une nuée ait recouvert la tente, ni que la gloire du Seigneur soit apparu et ait accueilli dans la nuée Moïse et Aaron, sinon maintenant que le peuple, révolté contre eux, veut les lapider.

        Apprenons ici le bénéfice que les chrétiens tirent des persécutions, combien de grâces elles leur apportent, combien Dieu se fait leur champion, avec quelle abondance se répand l’Esprit-Saint. La grâce de Dieu n’est jamais aussi présente dans le déchaînement de la cruauté humaine : nous sommes en paix avec Dieu lorsque nous endurons, de la part des hommes, la guerre pour la justice. Car là où le péché a abondé, la grâce a surabondé.

 

        La nuée de la Tente a donc recouvert Moïse et Aaron : l’assemblée s’est précipitée sur eux et la gloire du Seigneur est apparue. Si grands que soient Moïse et Aaron par le mérite de leur vie, si éminentes que soient leurs vertus, la gloire de Dieu n’aurait pu leur apparaître, s’ils ne s’étaient trouvés en butte aux persécutions, aux tribulations, aux dangers, et presque sur le seuil de la mort.

        Alors, toi, n’espère pas voir apparaître la gloire de Dieu si tu dors et te reposes. N’est-ce pas dans des épreuves de ce genre que l’apôtre Paul, lui aussi, a mérité d’atteindre la gloire de Dieu ? Ne rappelle-t-il pas qu’il a passé plus que tout autre par les tribulations, les dénuements, les emprisonnements ; il a été trois fois battu de verges, une fois lapidé ; il a enduré naufrages, périls sur mer, périls sur les fleuves, dangers de la part des brigands, dangers de la part des faux frères ? Plus les souffrances se multiplient, plus elles apportent la gloire de Dieu à ceux qui courageusement les endurent.

Lundi de la 5ème semaine du Temps de Carême



Nombres 12,16 – 13,3+17-33

La terre de Canaan

Rupert de Deutz

De la Trinité I, 37, PL 167, 874-875

        Que signifie cette terre, sinon le repos du Seigneur ? Quel est , dis-je, ce repos du Seigneur « aujourd’hui », ayant donc son jour déterminé, après le septième jour où le Seigneur se reposera de ses œuvres ? C’est la Résurrection de la chair. La Résurrection du Christ est le glorieux repos du Seigneur. Ce « repos », cette « Terre des vivants », nous sommes envoyés pour l’explorer, nous tous qui avons en mains les Sainte Ecritures. C’est pour ceux qui comprennent l’Ecriture que l’on chante : Le Seigneur vous a introduits dans une terre où coulent le lait et le miel, afin que la Loi du Seigneur soit toujours dans votre bouche. A force de lire et de scruter, montons dans cette terre excellente, explorons-la : nous sommes arrivés à la colline de la grappe ; le rameau est coupé avec son raisin, deux hommes le portent sur un brancard. Qu’est-ce que le torrent de la grappe, sinon la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ ? Car en lisant les prophètes, nous comprenons qu’il fallait que le Christ souffrît et ressuscitât d’entre les morts.

        Dans le vallon d’Echekol, ils coupèrent une branche de vigne portant une grappe de raisin. Comment le rameau a-t-il été coupé avec sa grappe, sinon par le feu de la Passion ? Son âme a été détachée du corps ; il est arrivé à ce rameau ce que les prophètes avaient prédit : Il a été retranché de la terre des vivants. Et ce rameau coupé, deux hommes le portent : cela signifie que deux peuples adorent le Christ en Croix, et confessent qu’il est ressuscité des morts. Naturellement, celui qui marche en avant du brancard ne voit pas ce qu’il porte, mais celui qui vient derrière l’a toujours devant les yeux : c’est pourquoi le premier peuple ne vit pas la grappe, c’est-à-dire le Christ, qu’il portait par la foi ; mais nous qui suivons, nous voyons la réalité du salut, elle nous est présente, alors que ceux-là n’en avaient que l’espérance. L’un de nos explorateurs a dit : Ce qui fut dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, et ce que nos mains ont touché, c’est la Parole qui donne la Vie.

 

3° lecture Dimanche de la 5ème semaine du Temps de Carême – A



Jean 11, 1-45

La résurrection de Lazare

Saint Augustin

Traité 49 sur l’évangile de saint Jean, OC 10, p. 122s

        De tous les miracles opérés par notre Seigneur, la résurrection de Lazare est un des plus éclatants. Mais si nous considérons l’auteur de ce miracle, notre joie doit être plus grande que notre étonnement. Celui qui a ressuscité un  homme est celui-là même qui a créé l’homme, car il est le Fils unique du Père, par qui, vous le savez, toutes choses ont été faites. Or, si tout a été fait par lui, qu’y a-t-il d’étonnant qu’il ait ressuscité un seul homme, lui qui, tous les jours, en fait naître un si grand nombre ? Créer l’homme est un acte de puissance plus grande que de le ressusciter. Cependant, il a daigné, et ressusciter, et créer ; il a créé tous les hommes, il en a ressuscité quelques-uns. Notre Seigneur a fait un grand nombre de miracles ; tous n’ont pas été écrits, au témoignage du même évangéliste saint Jean, qui atteste que le Seigneur Jésus a dit et fait beaucoup d’autres choses qui n’ont pas été conservées par écrit. Un choix a été fait de ce que paraissait exiger le salut des fidèles.

        Vous l’avez entendu, Notre Seigneur a ressuscité un mort ; ce miracle suffit pour vous apprendre que, s’il l’eût voulu, il eût ressuscité tous les morts. C’est ce qu’il s’est réservé de faire à la fin des siècles. Car celui qui vous voyez, par un prodige étonnant, faire sortir du tombeau un mort de quatre jours, l’heure viendra, c’est lui-même qui nous le déclare, où sa voix sera entendue de tous ceux qui sont dans le sépulcre, et ils en sortiront. Il a ressuscité un homme atteint déjà de la pourriture du tombeau, mais cependant ce cadavre en décomposition conservait encore une forme humaine ; au dernier jour, les cendres de nos corps se rassembleront, à sa voix, pour reprendre leur première forme. Mais il était nécessaire que, pendant sa vie mortelle, il opérât quelques miracles comme autant de preuves certaines de sa puissance, pour nous faire croire en lui, et nous préparer à cette résurrection, qui sera une résurrection de vie et non une résurrection de châtiment. L’heure viendra, dit-il, où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu, et en sortiront, ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de châtiment.

 

2° lecture Dimanche de la 5ème semaine du Temps de Carême



Nombres 12, 1-15

Châtiment de Myriam et gloire de Moïse

Origène

Homélie 7 sur les Nombres, 1-2, SC 415, p. 167s

        L’apôtre dit : Tout cela leur arrivera en figure et l’Ecriture l’a raconté pour nous avertir. Je cherche donc l’avertissement à tirer de la lecture que nous avons entendue : Aaron et Myriam critiquèrent Moïse, et pour cela ils furent châtiés : Myriam devint même lépreuse. Ce châtiment est si important que, pendant la semaine que dure la lèpre de Myriam, le peuple de Dieu arrête sa route vers la Terre promise et la Tente n’est pas déplacée.

        Le premier avertissement que j’en tire, c’est que je ne dois pas critiquer mon frère, dire du mal de mon prochain, ni ouvrir la bouche pour diffamer, je ne dis pas les saints, mais le prochain quel qu’il soit, quand je vois l’indignation que Dieu en conçoit, la vengeance qui en résulte. Armé des paroles de la Sainte Ecriture, coupons à la racine de ce vice de la médisance, ne critiquons pas nos frères, ne diffamons pas les saints : la lèpre atteint les détracteurs et les médisants.

        C’est grâce à l’intervention du grand-prêtre Aaron que Myriam fut guérie le septième jour. Mais nous, si la lèpre s’empare de notre âme à cause de ce vice de la critique, nous resterons lépreux jusqu’au jour de la résurrection, à moins que durant le temps laissé pour la pénitence, nous ne nous corrigions en nous retournant vers le Seigneur Jésus, et en le suppliant, car la pénitence peut nous purifier de la souillure de notre lèpre.

Vous avez entendu quel jugement et quelles condamnations s’attirent les détracteurs et les médisants. Ecoutez maintenant les bienfaits que ces méchants procurent à ceux qu’ils critiquent : jamais nous ne trouvons de si grands éloges prononcés par Dieu à propos de Moïse, son serviteur, qu’en cette occasion où il vient d’être diffamé par les hommes.

Oui, écoute la louange que l’Esprit Saint décerne alors à Moïse : Le Seigneur, dit l’Ecriture, descendit dans la colonne de nuée à l’entrée de la tente. Aaron et Myriam furent appelés ; le Seigneur leur dit : Ecoutez mes paroles : S’il y a parmi vous un prophète, c’est en vision que je me révèle à lui, c’est dans un songe que je lui parle. Il n’en est pas ainsi de mon serviteur Moïse : lui, il est fidèle dans ma maison. Je lui parle bouche à bouche, dans l’évidence, non en énigmes, et il voit la gloire même du Seigneur. Pourquoi avez-vous osé critiquer mon serviteur Moïse ?

Voyez quels éloges ses détracteurs ont valu à celui qu’ils critiquaient ! A eux la honte, à lui l’honneur ! A eux la lèpre, à lui la gloire ! A eux l’infamie ! A lui la grandeur !

 

Samedi de la 4ème semaine du Temps de Carême



Nombres 11, 4-6+10-33

Béni soit Celui qui nous a tant donné

Saint Ephrem de Nisibe

Mimro 8, De Mensa

        Aux Hébreux, le Seigneur donna la manne : ils ne surent pas apprécier sa saveur. Sous son aspect unique, elle offrait des goûts multiples ; ils n’admirèrent pas cette diversité. Elle était pain en même temps que plat cuisiné, ils ne surent pas rendre grâce de ses transformations. Sa couleur manifestait toutes sortes de goûts, ils ne remercièrent pas le Seigneur de cette variété. Au lieu d’admiration, des cris ! Au lieu de louanges, des murmures !

        Alors les mordirent des serpents, qui, mordant la poussière, n’avaient pas murmuré. Puis, la terre les dévora, qui, piétinée par eux, gardait le silence. Ils tombèrent dans ce désert affreux, qui, si désolé qu’il fût, ne murmurait pas. Les cailles qu’ils avaient demandées les rendirent malades ; la nourriture qu’ils prirent, les tourmenta. Hommes charnels, ils réclamèrent de la chair ; tels des bêtes sauvages, ils la dévorèrent. Mais pour l’avoir mangé sans s’être émerveillés, elle leur sortit pas les narines.

        C’est parce que leurs lèvres ne louaient pas que la nourriture fut amère à leur palais. Ce que Dieu, par des prodiges, leur avait donné, les gloutons indignement s’en étaient emparés. Point ne louèrent le Maître des natures, qui avait changé là l’ordre de la nature. Dans les éléments, Dieu nous donna un signe de l’avenir, pour que nous le remerciions de notre nourriture : avant le pain, après le pain,  il nous donnait à rendre gloire.

        Qu’il s’agisse de peu ou de beaucoup, il est juste de rendre grâce ! Le glouton remercie d’avoir mangé à satiété, et le sage de rester sur sa faim. Le riche de l’évangile, à cause de sa gloutonnerie, ne dit pas de bénédiction sur le repas ; Lazare, à sa porte, lui qui désirait les miettes, quoiqu’il n’en reçut pas, rendit pourtant gloire à Dieu au lieu de s’insurger. Alors qu’au désert le peuple repu murmurait, Lazare, lui, affamé, bénissait Dieu sans même avoir reçu les miettes. Comment remercier dignement, nous qui avons tant reçu ? Puissions-nous déborder d’actions de grâce ! Si nous murmurons pour de la nourriture, c’est par Lazare que Dieu nous jugera. Car le miséreux eut faim, douleur, épreuve et pauvreté ; et nous, table, honneur, fortune et bonne santé. Béni soit celui qui nous a tant donné ! Béni celui qui demande ce qui est à sa portée ! La mesure de notre puissance, c’est notre action de grâce. Sachons rendre gloire à Dieu.

Vendredi de la 4ème semaine du Temps de Carême



Nombres 9,15 – 10,10+33-36

La nuée guide le peuple

Père Eugène Manning

La nuée dans l’Ecriture, BVC 54, p. 53s

        La première série des grands textes concernant la Nuée se lit au livre de l’Exode : le peuple vient de quitter l’Egypte et se trouve devant la Mer Rouge ; la situation est précaire, les troupes du Pharaon sont à sa poursuite ; sans un miracle tout est perdu. Le miracle s’accomplit : la première grande intervention de Dieu pour son peuple se fait sous le signe de la Nuée : Dieu précédait son peuple sous la forme d’une nuée pour leur indiquer la route.

        Plutôt que d’une simple présence, la colonne de nuée est signe de l’intervention active de Dieu : Dieu se manifeste par une action, il est vivant. Ce dynamisme se continuera jusqu’à l’arrivée du peuple dans la Terre promise, les mouvements de la nuée servant de signaux réglant le départ et l’arrêt de la caravane. Un passage décrit minutieusement les règles de circulations : Lorsque la Nuée s’élevait, les enfants d’Israël levaient le camp ; au lieu où la Nuée s’arrêtait, là campaient les enfants d’Israël ; si la Nuée restait, ils ne levaient pas le camp.

        Dieu guide son peuple ; les générations ultérieures se redisent cette épopée : Il les guida de jour par la Nuée. Il y a, semble-t-il, jusqu’à saint Jean qui veut rappeler cet événement, lorsqu’il écrit : Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres. Et encore saint Paul, se limitant toutefois au passage de la Mer rouge que le peuple traversait guidé par la colonne de Nuée, écrira : Nos pères ont tous été sous la Nuée.

        Cette fonction de guide qu’avait la Nuée s’arrête lors de l’entrée de la Terre promise. S’il est vrai que la Nuée revient encore maintes fois dans l’Ancien Testament, plus nulle part il n’est question de de cette fonction de guide : le peuple est maintenant chez lui, Dieu reste présent dans la Nuée, mais celle-ci est considérée uniquement sous son aspect statique.

        Dieu a manifesté sa force dans la Nuée lors du passage de la Mer rouge, et tout au long de la marche du peuple dans le désert. Il se manifestera Lui-même dans la Nuée à Moïse, à Salomon, au peuple lors de la Dédicace du Temple. La présence de Dieu parmi son peuple est tellement liée à l’apparition de la Nuée que toutes les grandes théophanies connaitront désormais ce trait : les visions d’Ezéchiel et de Daniel, la Transfiguration, l’Ascension et la promesse du retour définitif. Ezéchiel a pu le dire dans une phrase très dense : Ah ! Quel Jour ! Il est proche le Jour du Seigneur, Ce sera un jour chargé de Nuées.