Texte du jour

3° lecture Solennité de la Nativité de saint Jean Baptiste



Luc 1, 57-66+80

Jean, le Précurseur

Saint Pierre Damien

Sermon 24 pour la nativité de saint Jean-Baptiste, PL 144, 637-640

          La fête que nous célébrons aujourd’hui brille d’un éclat particulier, car elle annonce l’approche de notre rédemption et l’apparition de la vraie lumière. Comment la nativité de Jean-Baptiste n’évoquerait-elle pas celle de Jésus, puisque la naissance merveilleuse du Précurseur n’avait pas d’autre fin que de préparer la venue prochaine du Sauveur ? L’ami devait naître avant l’Epoux, le serviteur avant son Maître, la voix avant le Verbe, le flambeau avant le Soleil, le héraut avant le Juge, le racheté avant le Rédempteur. Jean-Baptiste lui-même l’a proclamé : Après moi vient Quelqu’un qui est passé devant moi, car il était avant moi. Et moi, je ne le connaissais pas, mais c’est pour qu’il fût manifesté à Israël que je suis venu baptiser dans l’eau.

          Précurseur du Christ, Jean l’a été par sa naissance, par sa prédication, par son baptême et par sa mort. Et même, il a commencé sa mission dès avant sa naissance. Son père Zacharie, était devenu muet à cause de son manque de foi. Mais lui, avant même de pouvoir faire entendre sa voix à l’oreille des hommes, tressaillant de joie dans le sein de sa mère, avertit celle-ci de la présence du Roi du ciel, caché dans le sein de la Vierge. C’est pourquoi Elisabeth s’écrit : Dès l’instant où la salutation a frappé mes oreilles, mon enfant a tressailli de joie dans mon sein.

          Frères, comprenons bien à quel point la vie de Jean-Baptiste fut admirable et quelle fut sa grandeur aux yeux de tous. Jamais on ne lui vit faire un prodige, et pourtant tout le peuple crut qu’il était le Christ, comme en témoigne saint Luc : Tous se demandaient en eux-mêmes si Jean ne serait pas le Messie. Peut-on trouver, en effet, une seule voie de sainteté que le Précurseur n’ait réalisée à un degré éminent ? Il n’était encore qu’un enfant quand il s’enfonça dans le désert et résolut d’habiter dans la solitude. Il renonça à succéder à son père dans la charge sacerdotale, afin de pouvoir annoncer en toute liberté le Prêtre véritable et souverain. Les prophètes ont prédit à l’avance la venue du Sauveur, les apôtres témoignent que cette venue a réellement eu lieu ; mais Jean seul montre le Sauveur présent au milieu des hommes. Parmi l’assemblée des martyrs, Jean préside comme le premier de tous : il a combattu avec force pour la liberté et il est mort pour elle. Il est devenu le chef de tous ceux qui combattent pour le Christ, et, le premier, il a planté dans le ciel l’étendard triomphal du martyr.

2° lecture Solennité de la Nativité de saint Jean Baptiste



Jérémie 1, 4-10+17-19

La joie éclate à la naissance de Jean-Baptiste

Saint Bernard

Sermon pour la Nativité de saint Jean-Baptiste, OC VI, p. 526s

          Entreprenons, frères, de pénétrer dans les trésors éclatants des vertus que le Dieu de majesté a entassés avec grande générosité dans le cœur de son ami Jean-Baptiste. Aujourd’hui, en la fête de sa nativité, regardons la joie qui éclata le jour de sa naissance.

          Rougis, Lucifer, rougis toi qui te levais le matin, et en voyant le vain résultat des efforts que tu as tentés, comprends enfin que jusqu’au dernier jour tu resteras aussi sot qu’une perdrix ! Tes stratagèmes ont été cause que tous les hommes naissent dans la souffrance. Mais voilà que cet enfant est sanctifié dès le sein de sa mère, qu’il paraît dans la joie, et qu’il répand l’allégresse dans le monde le jour de sa nativité. Le genre d’armes, que tu avais choisies pour ta victoire, servent au triomphe de Jean ! Saisis le bouclier et les armures, livre-toi à toute ta malice. Tu as été bien trompé, bien joué ! Ignores-tu qu’un homme guerrier, dès son adolescence, même dès le sein de sa mère, se lève contre toi ? Ne sais-tu point qu’à partir de son temps, le Royaume des cieux souffre violence et que ce sont les violents qui l’emportent. As-tu oublié que cet enfant est envoyé pour préparer au Seigneur un peuple parfait ? Considère la suite des événements, et tu trouveras que, dès les commencements de sa conception, il a porté, dans un effort puissant à ta force, un coup qui l’a brisée. La nativité de Jean est une joie et une éclatante solennité. L’univers se réjouit et, dans les quatre coins du monde, résonne le bruit de cette glorieuse fête, célèbre et remarquable pour le ciel lui-même. Que pensez-vous que sera cet enfant ? L’ami de l’époux est plus fort que toi. Il faut considérer aussi avec quelle distinction et dévotion éclatante est célébrée cette nativité, et quelle ferveur elle a pu trouver aux yeux de l’Eglise. L’Eglise ne célèbre, dans son cycle, aucune naissance humaine, si ce n’est celle du Seigneur et celle de sa mère, à l’exception de celle-ci. Elle connaît, en effet, que le jour de la mort est préférable à celui de la nativité. De là vient qu’elle solennise le jour de la mort des martyrs, et non celui de leur naissance. En déposant la vie pour la vraie Vie, ils naquirent de la mort à la Vie. Quant à la nativité de notre saint, l’Eglise l’honore, d’autant plus sûrement avec une bienveillance marquée, que l’irréfragable autorité de l’Evangile en fait un éloge plus singulier.

Mardi de la 12ème semaine du Temps Ordinaire



Esdras 6, 1-5+14-22

Le Temple, présence de Dieu

Père Yves Congar

Le mystère du Temple, p. 103s

          Israël n’avait été libéré d’Egypte que pour être purement le peuple de Dieu consacré à son culte. L’édit rendu par Cyrus, en 538, libérait les déportés de Babylonie pour rebâtir la Maison de Dieu, le Dieu d’Israël, le Dieu qui est à Jérusalem, et offrir à ce Dieu sacrifices et prières. Ainsi Dieu ne libère jamais son peuple que pour lui permettre de lui rendre purement le culte qu’il attend de lui.

          Les travaux commencés en 536, entravés par le manque de zèle et l’individualisme de tant de rapatriés qui tentaient d’arranger en premier lieu leurs propres affaires, et aussi par l’opposition des Samaritains, furent repris en 520 sous l’impulsion des prophètes Aggée et Zacharie, sous la direction de Zorobabel, prince de Juda, et de Josué, grand prêtre. La reconstruction du Temple est achevée en février-mars 515 ; on y célèbre la Dédicace, et on y fête la première Pâque.

          Dans les récits des livres d’Esdras et de Néhémie, comme d’ailleurs chez les prophètes de l’exil et de la restauration, le Temple est le plus habituellement désigné par l’expression Maison de Dieu, beith en hébreu : souvent on trouve cette formule : La Maison de Dieu qui est à Jérusalem. (C’est ce mot Maison qui a été préféré lors de la dernière traduction liturgique de la Bible au mot Temple).

          Le Temple reconstruit par Zorobabel, hâtivement maçonné au milieu des difficultés, n’atteignait pas à la splendeur de celui de Salomon, peut-on lire dans le livre d’Esdras. C’est pourtant ce Temple qui fut le centre, le cadre, et d’une certaine façon l’objet de la ferveur d’Israël à cette époque du Judaïsme qui commence avec cette restauration sous Esdras et Néhémie : restauration cultuelle et légaliste, assez étroitement judéenne et dont les actes décisifs furent la lecture de la Loi par Esdras, suivie de l’engagement solennel pris par les Judéens de la pratiquer et l’exclusion des mariages mixtes. Le Judaïsme s’étend jusqu’à l’époque de l’Evangile, dont il constitue, pour une bonne part, le cadre extérieur.

Lundi de la 12ème semaine du Temps Ordinaire



Zacharie 8, 1-17+20-23

L’avenir est à nos portes

Maurice Carrez

Journal de la vie, Aujourd’hui la Bible, n°87, p. 8s

          Le prophète Zacharie est un visionnaire dont le message nous parvient à travers huit grandes visions. Il vit alors que le retour des exilés de Babylone est programmé ; il milite pour la reconstruction du Temple. Or, dans les décombres, alors que rien n’est encore organisé, beaucoup sont défaitistes et n’ont aucune envie de se mettre au travail. Il faut créer un grand élan. Deux hommes ont sont les animateurs : Zorobabel, le gouverneur, et Josué, le grand prêtre, la politique et le sacerdoce. Le message des prophètes consiste à soutenir l’effort de ces deux hommes, à s’opposer à tous les courants adverses, à discerner dans la modicité des commencements un horizon qui attire même les nations étrangères.

           Zacharie ne part pas des événements quotidiens, des remarques de bon sens, des petits faits que tout le monde peut voir, comme Aggée. C’est un visionnaire : il nous entraîne ailleurs, la nuit, et il a des visions. Il parle avec des images surprenantes pour lui d’abord, pour ses contemporains aussi, et il s’interroge sur leurs significations. La fin de l’exil est là ; 70 ans de réflexion ne devraient-ils pas suffire ?

          Avec le chapitre 8, et comme en réponse à cette question, se succèdent d’abord sept petits oracles. Maintenant, le passé est fini ! L’avenir est chargé d’une immense espérance. Sion, les vieux, les jeunes, les dispersés, le Temple, tout est placé dans cette lumière joyeuse. Zacharie étend encore cette impression de bonheur en ajoutant un petit passage où il souligne que cette attitude ne sera pas seulement réservée aux habitants de Jérusalem : des peuples autres et de grandes villes auront aussi envie de venir rencontrer Dieu et de le consulter. Ainsi ce qui se passe n’est pas destiné à rester dans le petit cercle autour de Jérusalem, mais est ouvert et offert à une émulation entre tous les peuples. C’est une grande et belle vision messianique qui termine cette partie : En ces jours-là, des hommes de dix nations différentes saisiront le pan du vêtement d’un juif, en disant : Nous voulons aller avec vous, car nous avons appris que le Seigneur est avec vous.

 

3° lecture Dimanche de la 12ème semaine du Temps Ordinaire – A



Matthieu 10, 26-33

« Ne craignez pas »

Saint Augustin

Sermon 161, 5-7, OC 17, p. s

          Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, sans pouvoir tuer l’âme. Tu veux que je courre pour te sauver la vie ; mais voilà celui que tu redoutes, celui dont les menaces te font pâlir ; il ne peut tuer ton âme, sa fureur s’arrête à ton corps, c’est à toi d’épargner ton âme. Lui ne peut la tuer, tu le peux, toi. Tu le peux, non avec une lance, mais avec ta langue. Ton ennemi, en te frappant, met fin à cette vie ; mais ta bouche, en mentant, donne la mort à l’âme. Il faudrait donc que la vue de ce que l’on craint dans le temps élevât la pensée à ce que l’on doit réellement craindre. On craint la prison, et l’on ne craint point la géhenne ? On craint les bourreaux de la torture, et on ne craint point les anges de l’enfer ? On craint un châtiment corporel, et on ne craint point les supplices du feu éternel ? On craint enfin de mourir momentanément, et on ne craint point de mourir éternellement ?

            L’âme est la vie du corps, et Dieu est la vie de l’âme. L’Esprit de Dieu habite dans notre âme, et par notre âme dans notre corps, lequel devient ainsi le temple de l’Esprit Saint que Dieu nous a donné. Cet Esprit est effectivement descendu dans notre âme, la charité divine ayant été répandue dans nos cœurs par le Saint Esprit que nous avons reçu.

            Que l’ennemi s’emporte, qu’il te menace de la mort, qu’il te la donne s’il le peut, qu’il sépare ainsi ton âme de ton corps. Ah ! Du moins que ton âme ne se sépare point de sa propre vie. Si tu pleures avec raison devant cet ennemi puissant, si tu dis d’un ton attendri : ne frappe pas, épargne mon sang, Dieu ne te dit-il pas aussi : Prends pitié de ton âme pour plaire au Seigneur ? C’est peut-être ton âme qui te crie : conjure-le de ne point frapper, autrement je te quitte. Je ne pourrais plus alors demeurer avec toi ; si tu veux que je te reste, demande-lui de ne point frapper. Or, quelle est cette âme qui dit : si tu veux que je te reste ? C’est toi-même ; toi qui parles ainsi, tu es l’âme. Et c’est toi qui fuis, si l’ennemi frappe le corps, c’est toi qui t’en vas, qui émigres, pendant que la poussière restera gisante sur la poussière.

Si tu crains la mort, aime la vie. Or ta vie est Dieu même, ta vie est le Christ, ta vie est l’Esprit Saint. Ce n’est pas en faisant le mal que tu lui plais. Il ne veut pas d’un temple en ruines, il n’entre point dans un temple souillé. Ah ! Gémis devant lui pour obtenir qu’il purifie son sanctuaire ; gémis devant lui pour qu’il rebâtisse son temple, pour qu’il relève ce que tu as abattu, pour qu’il répare ce que tu as détruit, pour qu’il refasse ce que tu as défait. Crie vers Dieu, crie dans ton cœur, c’est là qu’il entend ; car si tu pèches où plonge son regard, tu dois crier où il a l’oreille ouverte.

2° lecture Dimanche de la 12ème semaine du Temps Ordinaire



Zacharie 3,1 – 4,14

La pierre placée devant Josué

Père Théophane Chary

Les prophètes et le cule à partir de l’exil, p. 149s

           La pierre placée devant le grand prêtre Josué, c’est le temple confié à sa garde. Si cette pierre n’était qu’un ornement du vêtement sacerdotal ou une pierre précieuse destinée à servir de mémorial à la manière des deux chatons fixés sur les épaulettes du grand prêtre dans le livre de l’Exode, le prophète Zacharie n’aurait pas dit que Dieu la place devant Josué. Dans le contexte, cette pierre fait attendre plutôt un objet de dimensions assez grandes, objet confié à la sollicitude de quelqu’un. Une telle pierre ne serait-elle pas la pierre de faîte du temple, pierre dont il sera question de nouveau au chapitre suivant ? Dans le texte de ce jour, le prophète s’occupe du grand prêtre, de ses prérogatives qui l’attendent : elles se rapportent toutes au temple considéré comme achevé.

          La comparaison du temple avec une pierre peut étonner ; elle est assez inattendue en effet, mais nullement extravagante si l’on veut bien regarder au symbolisme inhérent à la pierre : matière résistante de qualité, point d’appui, souvent un fondement. C’est ce symbolisme qu’Isaïe a mis à profit pour opposer la foi en Dieu seul à la fausse sécurité due à la politique. Quelle que soit la façon dont on l’entend, de la foi, de l’alliance ou du Messie, cette pierre représente la stabilité, elle est un point d’appui, une garantie. Le même rôle est attribué par Zacharie au temple, fondement de toute la théocratie future. Le prophète ne songe-t-il pas alors à la pierre de fondation, pierre précieuse sur laquelle repose, par analogie, la construction spirituelle du peuple, édifiée sur la foi.

          L’identification que fait Zacharie de la pierre et du temple nous permet de mieux comprendre certains détails. D’abord l’insistance sur le caractère unique de cette pierre : de fait le temple n’a aucune réplique sur toute la terre, ensuite la présence de sept yeux sur cette pierre lesquels signifient la présence même de Dieu avec son omniscience vigilante au plus intime du sanctuaire. Cette pierre, identifiée au temple à achever, devenue la pierre d’angle, la pierre de faîte, prélude à l’ère messianique. Le Christ parlera de cette pierre, rejetée des bâtisseurs, devenue pierre d’angle ; cette parole, il la prononcera au temple lors d’un de ses enseignements messianiques.

Samedi de la 11ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire du Cœur Immaculé de Marie



Zacharie 2, 5-17

Les sept flammes du cœur de la Mère de Dieu

Saint Bernardin de Sienne

Fêtes de Notre Dame, Ozon, Sermon 9 sur la Visitation, p. 173s

           Quel mortel, aux lèvres impures, pourrait avoir l’audace de discourir en quelque façon sur la vraie Mère de Dieu et de l’homme, s’il ne s’appuyait fortement sur la Parole divine ? Dieu le Père, avant les siècles, la prédestina à être pour toujours la Vierge très digne ; le Fils la choisit comme Mère ; l’Esprit-Saint la prépara à devenir la demeure de toute grâce.

            En quels termes pourrais-je célébrer, moi si faible, les pensées très hautes de ce cœur virginal, formulées par des lèvres si saintes ? Les langues de tous les hommes et même celles des anges n’y suffisent pas.

            Un homme bon profère de bonnes paroles du trésor de son cœur, dit le Seigneur. Qui trouver de meilleur parmi les êtres les plus saints que celle qui a fait de son cœur et de son sein la demeure de Dieu lui-même ? Quel serait le trésor plus précieux que cet amour, divin dont brûlait le cœur de la Vierge ?

            Du cœur de cette bienheureuse Vierge, comme d’une fournaise de feu divin, ont jailli de belles paroles, des paroles d’un amour très ardent. D’un vase empli d’un excellent vin, il ne peut couler qu’un vin excellent ; d’une fournaise ardente ne s’allume qu’un immense incendie ; ainsi du cœur de la Mère du Christ n’a pu jaillir qu’un verbe, celui de l’amour le plus fort et le plus divin, celui du désir le plus ardent.

            Sept paroles seulement, mais admirables de signification et de force, ont été prononcées par la très bénie Mère du Christ. Avec l’ange, elle ne parla que deux fois ; avec Elisabeth, deux fois aussi ; à son Fils deux fois. Aux serviteurs de la noce, une fois. Ces sept paroles, prononcées dans un ordre et une progression étonnants, selon sept actes d’amour, sont comme les sept flammes de son cœur.

            L’âme aimante, contemplant ces paroles, s’écrie, avec le prophète : Quelles sont douces à mon palais, c’est-à-dire aux affections de mon cœur ! Cette douceur ressentie aux paroles de la bienheureuse Vierge, c’est l‘ardeur d’une pieuse dévotion dont l’âme aimante fait l’expérience.

            Distinguons selon leur ordre ces sept paroles de la Vierge bénie qui sont autant de flammes d’amour. La première est la flamme de l’amour séparant ; la seconde, la flamme de l’amour transformant ; la troisième, la flamme de l’amour de communion ; la quatrième, la flamme de l’amour jubilant ; la cinquième, la flamme de l’amour qui savoure ; la sixième, la flamme de l’amour compatissant ; la septième, la flamme de l’amour consumant.

3° lecture Solennité du Sacré-Cœur de Jésus



Matthieu 11, 25-30

« mon joug est doux, et mon fardeau léger »

Dietrich Bonhoeffer

Le prix de la grâce, Sermon sur la montagne, p. 13s

          La grâce qui coûte, c’est l’évangile qu’il faut toujours chercher à nouveau ; c’est le don pour lequel il faut prier, c’est la porte à laquelle il faut frapper.

          Elle coûte, cette grâce, parce qu’elle appelle à l’obéissance ; elle est grâce parce qu’elle appelle à l’obéissance à Jésus-Christ ; elle coûte parce qu’elle est, pour l’homme, au prix de sa vie ; elle est grâce, parce que, alors seulement, elle fait à l’homme cadeau de la vie ; elle coûte parce qu’elle condamne les péchés, elle est grâce parce qu’elle justifie le pécheur. La grâce coûte cher d’abord parce qu’elle a coûté à Dieu la vie de son Fils : Vous avez été acquis à un prix élevé ; elle coûte cher, parce que ce qui coûte cher à Dieu ne peut être bon marché pour nous. Elle est grâce d’abord parce que Dieu n’a pas trouvé que son Fils fût trop cher pour notre vie, mais il l’a donné pour nous. La grâce qui coûte cher, c’est l’incarnation de Dieu.

          La grâce qui coûte cher, c’est la grâce en tant qu’elle est le sanctuaire de Dieu qu’il faut protéger du monde, qu’on n’a pas le droit de livrer aux chiens ; aussi est-elle grâce en tant que Parole vivante, Parole de Dieu qu’il prononce lui-même comme il lui plaît. Cette Parole nous atteint sous la forme d’un appel miséricordieux à suivre Jésus sur la voie de l’obéissance, elle se présente à l’esprit angoissé et au cœur abattu sous la forme d’une parole de pardon. La grâce coûte cher parce qu’elle contraint l’homme à se soumettre au joug de l’obéissance à Jésus-Christ, mais c’est une grâce que Jésus dise : Mon joug est doux et mon fardeau léger.

          Bienheureux ceux qui, ayant reconnu cette grâce-là, peuvent vivre dans le monde sans s’égarer à son contact, ceux pour qui, dans l’obéissance à Jésus-Christ, la patrie céleste est devenue tellement certaine qu’ils sont réellement libérés pour la vie de ce monde. Bienheureux ceux pour qui obéir à Jésus-Christ n’est rien d‘autre que de vivre de la grâce, et pour qui la grâce n’est rien d’autre que l’obéissance. Bienheureux ceux qui, dans ce sens, sont devenus chrétiens, ceux pour qui la parole de la grâce a été miséricordieuse.

2° lecture Solennité du Sacré-Cœur de Jésus



Romains 8, 28-39

Prière à la Sainte Blessure du côté du Seigneur

Saint François de Borgia

A la source d’eau vive, Christus 15, 1957, p. 391s

          Salut, très Sainte Blessure du côté de Notre Seigneur Jésus Christ, blessure injustement infligée, pleurée par la Vierge Mère de Dieu, glorifiée par les anges dans le ciel, blessure que nous devons, toujours et sans cesse, exalter sur terre de notre louange.

            Salut, ô porte de pourpre, d’où le sang et l’eau ont coulé pour la purification de l’Eglise entière.

            Salut, ô source très limpide du salut éternel que mon très doux Jésus a permis que l’on ouvre à son côté droit, parce qu’il voulait, après m’avoir séparé des boucs, me préparer une place à sa droite au jour du jugement.

            Salut, charmants filets de sang et d’eau qui manifestez si bien les blessures de l’amour divin. Qu’y a-t-il de plus resplendissant que vos effusions ? Qu’y a-t-il de plus doux que votre blessure ?

            Je t’adore, ô clé d’or de la divine miséricorde. Par toi se répandent sur toute l’Eglise des grâces abondantes qui baignent ses enfants d’une céleste rosée et font germer de très suaves fleurs pour sa couronne éternelle.

            Je t’adore, lumière et fondement divin de l’Eglise, miracle immense, toi qui changes en agneaux et en enfants de salut ceux que précipitait auparavant dans le gouffre, comme des boucs perdus, la faute d’Adam.

            Je t’adore, ô très auguste blessure, d’où ont jailli pour le monde les plus généreuses largesses de faveurs et de grâces, pour le ciel les honneurs, pour l’Eglise la gloire et la beauté, pour l’enfer la terreur.

            La lance du soldat t’a ouverte, mais c’est la puissance de Dieu qui t’entretient. Tu laissais couler le sang, mais tu fleuris de divinité. Tu as été imprimée dans un corps mort, mais ton charme demeurera éternellement, ô perle de la souveraine majesté. Tu as arrosé la terre de l’écarlate et du cristal de tes ondes, mais c’est aux cieux que préside la Divinité dont tu es ornée. Tes liqueurs exquises, ô joie de mon cœur, ont, en la colorant, paré la croix d’une douceur inexplicable ; elles consacraient la terre sur laquelle elles s’écoulaient, elles embellissaient les cieux, elles fortifiaient la Mère de Dieu dans ses douleurs, elles embrassaient de nouvelles ardeurs d’amour le disciple bien-aimé.

            Attiré par ta douceur, voici que je me fixe tout en toi ; mon être tout entier, tout ce que je possède et espère posséder, je le place en toi, comme dans un port très sûr ; et je prie humblement la bonté de mon Seigneur Jésus Christ de me soutenir par toi, lui qui, par toi, a daigné me guérir. Amen.

Jeudi de la 11ème semaine du Temps Ordinaire



Agée 2,11-23

Promesses divines

Père Jean Steinmann

Le livre de la consolation d’Israël, p. 221s

           Quel est le sens exact de la consultation d’Aggée auprès des prêtres, consultation qui tourne à la parabole ? La viande a été offerte en sacrifice. Mais son contact ne suffit pas, au dire des prêtres, à sanctifier les aliments ordinaires. En revanche, une personne, souillée par un cadavre, souille et profane tout ce qu’elle touche.

          De quel cadavre peut-il bien s’agir ? Est-ce au Temple de Jérusalem que s’applique l’apologue du prophète ? Négligeait-on de prendre des précautions pour mettre le nouvel autel à l’abri du contact des tombes, nombreuses dans les ruines de la ville ? Il ne semble pas que le prophète vise le cas d’une souillure venue d’un cadavre, il prend un exemple. Ne seraient-ce pas leurs souvenirs du passé qui souilleraient les adorateurs du Temple ? Le passé est comme un cadavre : il corrompt les mémoires.

          On a supposé que l’oracle ne visait pas le Temple de Jérusalem, mais celui des Samaritains, sur le Mont Garizim. C’est peu probable, et Aggée l’aurait dit. Il est possible aussi que le prophète vise les mœurs des paysans de Jérusalem ; le contact avec le cadavre serait symbole de leurs impuretés.

          Quoi qu’il en soit, l’oracle qui suit rejoint le souci de pureté rituelle qu’on trouvait déjà si vivement exprimé dans la thora du prophète Ezéchiel.

          Cet oracle renouvelle les plus anciennes et les plus solennelles promesses de Dieu aux rois de l’ancienne monarchie. Il associe les spéculations sur le Jour de Seigneur, et le triomphe d’Israël sur tous les peuples qu’annonçait Isaïe. Zorobabel doit savoir qu’il hérite de la fonction du Messie. Descendant de David il est le serviteur. L’image du sceau est parfaite : de même qu’un roi scelle de son sceau toute décision prise, Zorobabel sanctionnera les décisions divines et les cautionnera.

          Ainsi à Jérusalem, à la fin de l’année 520, renaissent les espoirs messianiques les plus traditionnels.