Texte du jour

Mardi de la 28ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de sainte Thérèse d’Avila



Jérémie 2, 1-13. 20-25

Le désert Paul VIet la manne

Pères Didier-Marie Golay et Emmanuel Renault

Goûter la Parole, Thérèse d’Avila commente l’Ecriture, p. 31s

Sainte Thérèse s’est représentée la vie spirituelle, ou plutôt la vie d’intimité avec Dieu, comme un chemin à parcourir à la source d’eau vive qui symbolise à la fois le don de la contemplation et l’union d’amour avec Dieu.

Mais nul ne peut prétendre aboutir au terme sans passer par toutes sortes d’épreuves qui évoquent la traversée du désert à laquelle le peuple élu a dû se soumettre avant d’entrer dans la Terre Promise : renoncer aux consolations terrestres comme aux viandes d’Egypte, combattre contre le monde, contre soi-même (la chair) et surtout contre le démon, plus redoutables que les autres ennemis à cause de la subtilité des tentations qu’il multiplie sur la route des âmes qui s’approchent de Dieu, persévérer et espérer dans les sécheresses intérieures et les ténèbres de l’esprit imposées par le Seigneur pour purifier l’âme et pâtir la solitude provoquée par le sentiment de son absence qui avive la soif de la source d’eau vive, enfin supporter les épreuves extérieures de toutes sortes : telles les persécutions des Egyptiens contre Israël, et se sentir en exil dans le désert du monde loin de Dieu.

Cependant, Thérèse d’Avila n’est pas doloriste. Si elle décrit les difficultés du chemin, c’est qu’elle ne peut ni ne veut dissimuler aux débutants ce qui les attend dans cette traversée du désert. Mais elle insiste tout autant sur la récompense promise à ceux qui auront eu le courage et la persévérance de poursuivre leur marche sur le chemin de la perfection. Elle a repris de l’évangile de saint Jean la symbole de l’eau vive pour désigner la contemplation, elle a trouvé pareillement dans le récit de l’Exode le symbole de la manne pour signifier la même réalité surnaturelle.

De même que la manne tombe du ciel, l’union divine de la contemplation est un don qui se reçoit sans effort, ni travail de notre part, car nous n’en sommes jamais dignes. Nous pouvons le désirer, mais non pas l’exiger quelques soient nos vertus ; nous pouvons y tendre, mais non pas y prétendre. Comme la manne, la grâce de la contemplation est une nourriture qui répond aux besoins de l’âme, dont la saveur s’accommode aux goûts de chacun. Sa raison d’être n’est pas seulement de consoler et de réjouir l’âme par une expérience ineffable de Dieu, c’est aussi de la fortifier pour lui permettre de réaliser de grandes œuvres à la gloire du Seigneur ; enfin la manne, c’est aussi le pain sacré offert à notre discrétion dans l’Eucharistie.

Lundi de la 28ème semaine du Temps Ordinaire



Jérémie 1, 1-19

L’appel du prophètePaul VI

Origène

Homélie 1 sur Jérémie, SC 232, p. 203s

Le livre du prophète Jérémie s’ouvre par ces mots : La Parole du Seigneur vint à lui, lui, c’est-à-dire à Jérémie. Et que lui dit cette parole du Seigneur ? Une chose absolument unique, qui n’a jamais été dite aux autres prophètes, il a entendu le Seigneur lui déclarer : Avant même de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant même que tu ne sortes de ses entrailles, je t’ai consacré.

Ces paroles montrent en Jérémie une figure du Sauveur qui, dès avant sa conception par Marie, a fait l’objet de cette bonne nouvelle : L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. Et qu’a répondu Jérémie à la parole du Seigneur : Ah ! Je ne sais pas parler !

Toi qui m’écoutes, su tu t’élèves jusqu’au Sauveur, si tu le reconnais comme le Verbe qui était au commencement auprès de Dieu, tu verras qu’il ne sait pas parler, car le langage est une réalité humaine, et ce qu’il sait, lui, dépasse le langage. Si tu compares les langues des anges aux langues des hommes, puisque tu sais qu’il est placé bien au-dessus des anges, tu confesseras qu’il dépasse même la langue des anges étant Dieu Verbe auprès du Père.

Mais quand je parle à de tout petits enfants, je m’exerce à balbutier en me faisant violence, car je ne sais pas pour ainsi dire parler leur langage, je me force à employer les bégaiements des enfants. De la même manière, le Sauveur quand il est dans le Père, quand il se trouve dans la magnificence de la gloire divine, ne parle pas le langage des hommes, il ne sait pas parler à ceux qui sont en bas. Aussi, quand il vient dans un corps humain, ses premières paroles sont-elles pour dire : Je ne sais pas parler Il est un enfant en vertu de sa naissance corporelle, mais un vieillard, en tant que Premier né de toute créature ; un enfant, parce qu’il est venu au temps de l’accomplissement, et s’est rendu présent au dernier âge de cette vie terrestre.

Il déclare donc : Je ne sais pas parler. Je sais des choses trop grandes pour être dites en ce langage humain. Tu veux, Père, que je parle aux hommes ? Je n’ai pas encore assumé la langue des hommes, j’ai ta langue à Toi, ô Dieu, je suis ta Parole, ton Verbe, ô Dieu. A toi, je sais parler, aux hommes je ne sais pas parler, car je ne suis qu’un enfant. Mais Dieu lui répond : Ne dis pas : je ne suis qu’un enfant, car je t’ai établi prophète pour les nations.

Oui, notre Sauveur est vraiment le prophète établi pour les nations ; il a reçu la grâce divine, non seulement à l’époque où il était présent avec son corps, mais maintenant encore où il est présent par sa puissance et par son Esprit, il prophétise sur toutes les nations ; ainsi sa Parole prophétique trouve-t-elle sa réalisation en commençant par les nations païennes, et elle entraîne au salut toute l’humanité.

 

3° lecture Dimanche de la 28ème semaine du Temps Ordinaire – C



Luc 17, 11-19

Le Royaume est l’événement Paul VI

Pères Philippe Bossuyt et Jean Radermakers

Jésus, parole de la grâce selon saint Luc, tome 2, p. 384s

La plupart des commentateurs considère ce passage comme la troisième étape du grand voyage de Jésus vers Jérusalem, dont se situe l’annonce en 9,51. Il y est fait mention de sa marche résolue vers la ville sainte et du refus que lui opposent, pour cette raison, des villageois samaritains. Nous retrouvons ici la Samarie, étrangement jointe à la Galilée. Des deux côtés, ces allusions semblent préparer les récits où l’attitude d’un Samaritain est proposée en modèle : le Samaritain miséricordieux de la parabole (10,33-37) et le Samaritain sauvé par sa foi, juste après l’évangile de ce dimanche. Depuis plusieurs chapitres, Jésus révèle sa face tournée vers le Père et tout ensemble vers Jérusalem : le grand voyage est davantage une méditation théologique qu’un itinéraire précis. Sans doute l’envoi des disciples dans un village samaritain, et celui des 72 annoncent-ils la mission universelle dont parlent les Actes des Apôtres, où elle débute d’ailleurs par la Samarie. Dans ces chapitres, il s’agit toujours du dynamisme de l’Esprit-Saint dans la vie de Jésus, dont l’élan devait être poursuivi par les témoins de l’Envoyé.

Il en va différemment ici. La théologie des chapitres précédents se trouve en quelque sorte résumée et actualisée en un verset rédactionnel : dans sa montée vers Jérusalem et son enlèvement vers le Père, Jésus traverse la Samarie et la Galilée, régions considérées comme moins soumises à la Loi, ou moins fidèles que la Judée. On semble donc passer ici de la contemplation à la réalité vécue dans les faits. En effet, le Samaritain rencontré n’est plus un personnage de parabole, mais un lépreux en chair et en os. Par-delà les rencontres de personnes concrètes, Jésus continuera à répondre aux questions des pharisiens et à proposer des paraboles, car il faut assurer la mise en œuvre de la révélation faite. Mais nous sommes cette fois sur une route bien réelle, et cette route mène vraiment à Jérusalem. Jésus devra le rappeler aux Douze inconscients de ce qui se joue. Parallèlement aux mentions de l’approche de Jéricho ou de Jérusalem, Jésus parle à plusieurs reprises de l’entrée dans le Royaume, ou de la venue et de l’imminence de ce dernier. Ceci manifeste que la démarche de Jésus vers Jérusalem, pour y être enlevé, coïncide avec l’avènement du Royaume de Dieu. C’est ce que saisira le bon larron dans son ultime prière.

 

2° lecture Dimanche de la 28ème semaine du Temps Ordinaire



Sophonie 3, 8-20

Le retour des dispersésPaul VI

Karl – A. Keller

Commentaire de l’Ancien Testament, Sophonie, p. 214s

Sion doit vaincre sa peur parce qu’elle plaît à Dieu, parce qu’elle est juste aux yeux de Dieu. Aussi Dieu est-il le héros qui la protège, et cela parce qu’il l’aime et qu’il la trouve digne de sa protection. La joie de Dieu, qui a son fondement dans son amour, est décrite dans une série de plusieurs expressions : la joie impliquant la gaieté, l’épanouissement de l’être tout entier, le mouvement, la hâte de se rendre auprès de la personne bien-aimée, tout en dansant et en chantant. La personne divine, comme la personne humaine, est un tout ; aussi la joie se trahit dans l’être tout entier. Dieu est dépeint ici comme un jeune homme amoureux, disposant de toute sa vigueur et dont la joie ne connaît pas de limites. Cette joie se manifeste surtout au jour de la fête, c’est-à-dire précisément la grande fête annuelle, où Dieu et sa bien-aimée peuvent vivre pleinement leur joie.

En effet, les effets de l’exil seront annulés : les expressions employées ici sont tirés de la tradition prophétique, de même le thème de la gloire et du nom d’Israël. La suite développe tout un programme d’action : Dieu va supprimer l’opprobre, anéantir l’adversaire, rassembler et soigner les dispersé, faire de son peuple un mémorial sur la terre.

Le dernier verset n’est qu’une simple paraphrase du verset précédent, paraphrase qui annonce déjà, par son style maladroit, les commentaires bibliques de Qumran. Un seul élément qui mérite d’être signalé : le mot leur honte est interprété comme une abréviation de quand je les restaurerai. Cette formule, déjà rencontré est d’origine cananéenne, et elle a un sens très général : restaurer. Peut-être notre glossateur a-t-il entendu dans ce mot honte un substantif de la racine exiler en utilisant la formule alors dans le sens du retour d’exil.

 

Samedi de la 27ème semaine du Temps Ordinaire



Sophonie 1,1-7 + 14-2,3

Le bras, la main et le doigt de DieuPaul VI

Saint Augustin

Le livre de l’essence de la divinité, OC 27, p. 706s

Je vais lever la main contre Juda et contre les habitants de Jérusalem. Les bras de Dieu le Père s’entendent de son Fils et de son Esprit-Saint, selon ce mot du prophète Isaïe : Mes bras jugeront les peuples. Son bras, au singulier, c’est son Fils ; c’est de lui que le prophète Jérémie parle quand il dit en s’adressant au Seigneur : Et maintenant, Seigneur Dieu, qui a tiré ton peuple de la terre d’Egypte par ta forte main et ton bras étendu.

La main de Dieu le Père s’entend donc du Fils de Dieu, par la raison que tout a été fait par lui selon le mot du prophète Isaïe : C’est ma main qui a fait toutes choses…, et tout a été fait. Dans un autre sens, la main de Dieu signifie sa puissance, et c’est de cette puissance qu’il est dit dans le prophète Jérémie : De même que l’argile est dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans la mienne, ô maison d’Israël. On entend encore par ce mot, la main du Seigneur, un fléau, et c’est en parlant des coups ainsi portés par le Seigneur que Job dit en parlant de sa propre personne : La main du Seigneur m’a touché. Le doigt de Dieu, au singulier, est donné à l’Esprit-Saint, par qui, selon l’Ecriture, fut gravé la Loi, sur deux tables, au Sinaï. C’est, en effet, celui qui a dicté ce qu’il fallait écrire, qui l’a écrit, c’est-à-dire l’Esprit-Saint dont le Seigneur a dit dans l’Evangile : Si moi-même je chasse les démons, c’est par la vertu du doigt de Dieu. Un autre évangéliste a été plus explicite quand il a dit : C’est par le Saint-Esprit que je chasse les démons. mais de même que le doigt avec la main ou avec le bras, la main elle-même, le bras avec le corps, et les doigts pleins d’agilité ne font qu’un seul être dans la nature, ainsi le Père, le Fils, et l’Esprit-Saint, tout en faisant trois personnes ne font qu’une seule et même substance divine. Au pluriel, les doigts de Dieu s’entendent des prophètes par qui le Saint-Esprit a écrit les Livres de la Loi et les prophéties qu’il leur inspirait. C’est d’eux qu’il est dit : Je verrai tes cieux qui sont l’œuvre de tes doigts. Car ces mots, tes cieux, signifient dans un sens mystique les prophètes.

 

Vendredi de la 27ème semaine du Temps Ordinaire



2 Rois 21,1-18 + 23-22,1

Manassé, le roi pécheur, et son égarementPaul VI

Père Paul-Marie de la Croix

L’Ancien Testament, source de vie spirituelle, p. 328s

Sans doute, éclairé par les commandements divins et l’enseignement de la Révélation, l’homme devrait clairement connaître ses fautes, et les accuser. Mais le propre du pécheur, tel le roi Manassé, est de se justifier et de s’excuser. Le péché se dresse entre Dieu et l’homme pour aveugler celui-ci. Le malheureux ne peut se reconnaître coupable que par une nouvelle grâce de Dieu, une lumière intérieure et toute miséricordieuse, qui ouvre ses yeux.

Et c’est là que Dieu montre combien il ne veut être qu’un Père : sa grâce, il ne la ménagera pas. Il luttera avec le péché, il tentera par sa voix d’éveiller les cœurs, par sa lumière de chasser les ténèbres. Cette voix sera-t-elle écoutée ? Car l’ingratitude et l’insoumission reprochées ont toujours une raison profonde, celle qui désarme la grâce en lui opposant le pire obstacle, l’amour désordonné de soi.

Détournée des voies de Dieu, l’âme suit la pente de l’égarement. Peu à peu, elle se laisse aller au mensonge, et, bientôt, à la perte de toute dignité, de tout honneur, cet honneur sur lequel Dieu avait veillé si jalousement. L’infidélité et l’endurcissement du cœur aveuglent les hommes jusqu’à leur faire préférer l’illusion à la vérité. Le sens moral est perverti.

Perversion particulièrement douloureuse au cœur du Père, lorsqu’elle atteint les chefs et les guides du peuple. Ainsi, ceux qui devaient conduire les autres et auxquels Dieu a donné plus de lumière, en font fi. Bien plus, ce sont eux qui entraînent les âmes dans les voies de la perdition. Alors Dieu ne reconnaît plus le fils dont, si patiemment et avec tant d’amour, il avait formé l’âme et l’intelligence. Le péché a effacé dans le cœur de l’homme la ressemblance avec son Père, et ses relations avec lui ont été rompues

Comme de la poix, le péché adhère au cœur de l’homme qui s’en laisse toucher ; il le souille et l’obscurcit. Aussi Dieu tente-t-il d’amener son enfant à la lumière. Il lui découvre ses fautes, il lui montre comment se séparer de ce mal en y voyant une souillure et une offense. En faire l’aveu, ne serait-ce pas déjà renier le péché ?

 

Jeudi de la 27ème semaine du Temps Ordinaire



Isaïe 37, 21-35

Isaïe et le roi Paul VIEzéchias

Joseph Blenkinsopp

Une histoire de la prophétie en Israël, p. 134s

Les récits biographiques sur le prophète Isaïe, dans les chapitres 36-39 traitent de trois incidents : son intervention en faveur du roi et de la ville assiégée durant la campagne de Sennakérib, des oracles adressés à Ezékias pendant sa maladie, et sa prédiction de l’exil à Babylone. Cette prédiction de l’exil à Babylone contraste bien avec la promesse du retour de la captivité qui marque le début du Deutéro-Isaïe. Ces récits représentent une tradition sensiblement différente de celle des oracles. Il n’y a qu’ici qu’Isaïe est appelé nabi et qu’il se présente comme un thaumaturge à la manière d’Elisée, et ce qui est encore plus remarquable, il se présente comme un prophète totalement optimiste travaillant en tandem avec le roi.

L’intervention d’Isaïe dans la campagne militaire assyrienne, provoquée par la révolte d’Ezékias, nous est parvenue dans des versions parallèles. L’une d’elles décrit le défi fanfaron d’un officier assyrien à l’endroit du roi et de ses ministres, après quoi Ezéchias vint au Temple et envoya une délégation demandant l’intercession d’Isaïe, lequel prononça un oracle d’assurance prédisant la retraite et la mort de Sennakérib : Ne crains pas. L’autre version présente le roi assyrien défiant Ezékias, lequel se rendit au Temple, pria et reçut l’assurance d’Isaïe que sa prière serait exaucée. Cette version donne plus d’importance au roi dont la prière détourne le désastre et donne l’oracle, ou du moins la conclusion en langage deutéronomique : A cause de moi et de mon serviteur David. L’accomplissement de l‘oracle dépend de la foi du roi : Si vous ne croyez pas, vous ne vous maintiendrait pas.

Ce récit traite donc du roi et du prophète à un moment décisif de l’histoire de la nation, le commencement d’une vassalité envers l’Assyrie.

 

Mercredi de la 27ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Savin



2 Rois 18,37 – 19,19+35-37

Des espèces de moinesPaul VI

Saint Augustin

Sermons 21 adressé aux frères du désert, OC 23, p. 308s

Notre père saint Jérôme nous l’a déclaré : il y a trois espèces de moines en Egypte. Les deux premières sont excellentes, la troisième est tiède, et il faut l’éviter avec grand soin. Quelles sont les deux espèces si vantées, sinon l’ordre des ermites et celui des cénobites, dont la vie si remarquable. Ces saintes congrégations prirent naissance au temps de la prédication apostolique. Ce sont là des hommes d’une haute perfection auxquels je me suis souvent attaché au temps de mes erreurs, et par qui aussi j’ai mérité d’être éclairé. Le bruit de leur sainteté arrivant à mes oreilles, je n’ai point différé de recevoir le baptême. Désirant d’être uni avec eux dans les entrailles de la charité et de vivre de leur vie, je me rendis plein de bonne volonté près de Simplicius, ce moine qui a vécu si pieusement pour Dieu. Auprès de lui, je fus initié à la vie monastique.

Frères moines, soyez pauvres non seulement en parole, mais encore dans vos actes et en réalité, faisant attention aux paroles de Celui qui s’est fait notre rançon sur l’autel de la croix, qui est notre avocat dans les cieux, et notre intercesseur à la droite de Dieu le Père. Voilà ce que doivent être les moines des deux premières espèces. En effet ce Dieu des dieux recommandait à ses disciples d’être le sel de la terre, la lumière du monde, les recteurs de l’Eglise militante, pour être les maîtres et les princes de l’Eglise triomphante.

Bienheureux les pauvres en esprit qui ne simulent point la pauvreté comme font les moines hypocrites, eux qui prêchent la pauvreté au dehors, mais ne sachant supporter aucun besoin. Ces faux pauvres espèrent recueillir, dans toutes leurs actions, des honneurs, des louanges, le respect des tous ; ils espèrent être vénérés à l’égal de Dieu, et désirent que tous les appellent saints. Ils prêchent seulement en paroles ; ils vont et viennent ne tenant pas en place. A l’extérieur, ils montrent une face angélique, mais intérieurement ils portent celle du loup. Tels sont les sarabaïtes dont notre Père saint Jérôme nous parle en troisième lieu, et dont la société doit être évitée avec le plus grand soin.

 

Mardi de la 27ème semaine du Temps Ordinaire



2 Rois 18, 17-36

Vouloir séparer le corps de la tête, c’est le fait de l’ennemi Paul VI

Jacques Bénigne Bossuet

Politique tirée des propres paroles de l’Ecritures, livre V, art. 1er

Dans le style ordinaire de l’Ecriture, les ennemis de l’Etat sont appelés aussi les ennemis du roi. Saül appelle ses ennemis les Philistins, ennemis du peuple de Dieu. David, ayant défait les Philistins, s’exclame : Dieu a défait mes ennemis. Et il n’est pas besoin de rapporter d’autres exemples d’une chose trop claire pour être prouvée !

Il ne faut donc point penser, ni qu’on puisse attaquer le peuple sans attaquer le roi, ni qu’on puisse attaquer le roi sans attaquer le peuple.

C’était une allusion trop grossière que ce discours que faisait Rabsakès, général de l’armée de Sennakérib, roi d’Assyrie. Son maître l’avait envoyé pour exterminer Jérusalem, et transporter les Juifs hors de leur pays. Il fait semblant d’avoir pitié du peuple réduit à l’extrémité par la guerre, et tâche de le soulever contre son roi Ezékias.

Voici comme il parle devant tout le peuple aux envoyés de ce prince : Ce n’est pas à Ezékias, votre maître, que le roi mon maître m’a envoyé à ce pauvre peuple, il m’a envoyé à ce pauvre peuple réduit à se nourrir de ses excréments. Puis il cria à tout le peuple : Ecoutez les paroles du grand roi, le roi d’Assyrie. Voici ce que dit le roi : Qu’Ezékias ne vous trompe pas, car il ne pourra vous délivrer de ma main. Ne l’écoutez pas, mais écoutez ce que dit le roi des Assyriens : Faites ce qui vous est utile et venez à moi. Chacun de vous mangera de sa vigne et de son figuier, et boira de l’eau de sa citerne, jusqu’à ce que je vous transporte à une terre aussi bonne et aussi fertile que la vôtre, abondante en vin, en blé, en miel, en olives et en toutes sortes de fruits : n’écoutez donc plus Ezékias qui vous trompe.

Flatter le peuple pour le séparer des intérêts de son roi, c’est lui faire la plus cruelle de toutes les guerres, et ajouter la sédition à ses autres maux.

Que le peuple détestent donc les Rabszkès, et tous ceux qui font semblant de les aimer, lorsqu’ils attaquent leur roi. On n’attaque jamais tant le corps, que quand on l’attaque dans la tête, quoiqu’on paraisse pour un temps flatter les autres parties.

 

Lundi de la 27ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de Notre-Dame du Rosaire



Isaïe 30, 1-18

Le RosairePaul VI

Historique

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rosaire.aux_origines

La dévotion du Rosaire était déjà en usage chez les Cisterciens, depuis le XII° siècle, et s’est développée, au XIII°, sous l’influence des Dominicains. Il n’existe sous sa forme actuelle qu’à partir du XIV° siècle. C’est pourquoi de nombreux tableaux de la Vierge du Rosaire présentent celle-ci offrant une rose ou un chapelet à saint Dominique. Les mêmes tableaux lui associent souvent Catherine de Sienne, une des plus célèbres dominicaines. En général, on y montre, dans des médaillons ou des cartouches entourant la scène, les quinze mystères du Rosaire. De nombreuses œuvres picturales représentent le Rosaire donné à saint Dominique ou à Alain de la Roche, mais aussi des personnes le récitant, agenouillé, avec un rosaire autour du cou, ou à la main.

Le mot Rosaire est attesté dès le XIII° siècle. Le mot rosarium désigne en latin une roseraie, ou un champ de roses. Alain de la Roche ne voulait pas employer ce terme qui évoquait pour lui le paganisme, et lui préférait le nom de Psautier de Notre-Dame. Le Rosaire comprenait donc une guirlande d’Ave et de méditations autour de la vie du Christ.

Le Rosaire des Dominicains daterait du XIII° siècle. Il consiste à la récitation de 50 ou 150 Ave Maria, mais ceux-ci proviennent des 150 psaumes de la Bible. Un manuscrit antérieur à l’an 1200 montre un chapelet de 50 Ave séparés en dizaines.

Saint Dominique, au XIII° siècle, aurait eu la révélation du Rosaire lorsque le catharisme se répandait dans le Sud-Ouest de la France. A la bataille de Muret, il aurait soutenu, par la récitation du Rosaire, les soldats de Simon de Montfort. Retiré ensuite dans une forêt aux portes de Toulouse pour prier, au terme de trois jours, il aurait reçu le Rosaire comme moyen pour convertir les populations du pays toulousain. Cette légende ne fait que traduire l’attachement des dominicains à la récitation du Rosaire, mais celui-ci ne s’est stabilisé que beaucoup plus tardivement, vers le XV° siècle.

En effet, c’est au frère Alain de la Roche, né en Bretagne en 1428, entré dans l’Ordre des Prêcheurs que l’on doit sa diffusion. C’est vraiment lui qui est le grand apôtre du Rosaire qu’il appelle Psautier du Christ et de la bienheureuse Vierge Marie. On lui doit surtout la division des trois cinquantaines (Mystères joyeux, douloureux, glorieux) et en 15 mystères précis. Mais il attribue l’origine du Rosaire à saint Dominique, mort en 1221, le fondateur de son Ordre.