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Texte du jour

29° lundi du temps ordinaire



Sur Nahum 1,1-8 . 3,1-11

Je suis un Dieu Jaloux et Vengeur

Père Bernard Renaud

Je suis un Dieu Jaloux, Etude d’un thème biblique, p. 114s

 

Les premiers versets de la lecture entendue, tel un psaume, servent de prélude à l’annonce prophétique qui suit. C’est le chant de la colère de Dieu qui éclate comme un coup de tonnerre dans un ciel lourd d’orage. Le premier verset, dont tout le psaume se sera qu’un commentaire, donne la clef de cet évènement historique impressionnant qu’est la chute de Ninive. Dans ce thème, C’est un Dieu Jaloux et Vengeur que Dieu, s’amorce toute une théologie de l’histoire.

Dieu est le souverain Maître du monde : sa transcendance s’exprime dans le contrôle des nations. Dieu, le Saint par excellence, visite les peuples pour les châtier et les éprouver. Il reste  au-dessus du monde le Souverain Juge. Cette justice s’exerce d’abord à l’encontre de l’Assyrie, puissance tyrannique qui écrase le petit peuple choisi. Dieu va venger Israël de tout le mal que son oppresseur lui a fait. Ce terme de vengeur nous laisse quelque peu gênés quand nous le lisons dans des oracles prophétiques. A tort. Car à une époque où la justice publique n’avait à sa disposition les moyens suffisants pour s’exercer d’une façon complète et parfaite, pour offrir aux faibles une protection garantie, la vengeance était une forme de justice approuvée  par la morale et par la Loi, un moyen efficace de se protéger contre le crime. Aussi appliqué à Dieu, ce terme n’exprime rien d’autre que sa justice qui ne laisse aucun crime impuni, dont le bras puissant attendra jusqu’aux domaines les plus secrets. La Vengeance s’identifie ici avec la Jalousie divine à qui elle sert d’instrument de réalisation. Nous savons combien la Jalousie était liée avec la sainteté, puisqu’elle en traduisait l’énergie intolérante à l’égard de tout péché et de toute souillure. Le Dieu Jaloux et Vengeur, c’est le Dieu Saint qui va déverser sur les pécheurs le torrent de sa colère.

Ces adjectifs jaloux et vengeur contiennent implicitement un élément de salut, car ils ne traduisent rien de moins que le thème de Messie, Go’él, associé dans l’école isaïenne à celui de la jalousie. C’est au titre de vengeur du sang que Dieu est le rédempteur d’Israël. La jalousie est fondée sur la communauté qui unit Dieu et son peuple. Si le Saint intervient dans l’histoire, c’est avant tout parce que son bien, son œuvre est insulté, bafoué, et Dieu ressent cela comme une injure personnelle. Certes l’amour n’est pas encore mentionné explicitement. L’auteur insiste davantage sur l’aspect négatif de punition des ennemis : Dieu terrible aux pécheurs. C’est son premier et son dernier mot. Mais le thème de la fidélité de Dieu à son peuple et à ses promesses se lit en filigrane. Le Dieu Jaloux est le Dieu Vengeur parce qu’il est le Dieu fidèle. Le Dieu Jaloux, c’est le Dieu juste, terrible aux coupables, et qui punit, mais tendre à ceux qui lui sont fidèles, et qui fait grâce.

29° dimanche du temps ordinaire, 3° lecture



Sur Matthieu 22, 15-21

L’impôt dû à César

 

Saint Augustin

Sermon 113 A, 8

 

Frères, Dieu nous redemande son  image. C’est ce qu’il veut dire aux Juifs quand ceux-ci lui présentèrent une pièce de monnaie. D’abord ils voulaient le tenter en disant : Maître, est-il permis de payer le tribut à César ?, afin que, s’il répondait : il est permis, ils puissent l’accuser de malédiction contre Israël, qu’il voudrait assujettir à l’impôt, et rendre tributaire sous le joug d’un roi. Que si, au contraire, il répondait : il n’est pas permis, ils puissent l’accuser de parler contre César, d’être cause qu’on refusait l’impôt que l’on devait, puisqu’on était sous le joug.

 

Jésus vit leur piège, comme la vérité découvre le mensonge, et il les convainquit de mensonge par leur propre bouche, mais il leur fit prononcer eux-mêmes leur sentence, ainsi qu’il est écrit : Tu seras justifié par tes paroles et condamné par tes paroles. « Pourquoi me tentez-vous ? leur dit-il. Hypocrites, montrez-moi la pièce d’argent du tribut ». Et ils lui en montrèrent une. « De qui est cette image et cette inscription ? » ; « De César », répondirent-ils. Et le Sauveur : « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».

 

De même que César cherche son image sur une pièce de monnaie, Dieu recherche son image en ton âme. Rends à César, dit le Sauveur, ce qui appartient à César. Que réclame de toi César ? Son image. Que réclame de toi le Seigneur ? Son image. Mais l’image de César est sur une pièce de monnaie, l’image de Dieu est en toi. Si la perte d’une pièce de monnaie te fait pleurer, parce que tu as perdu l’image de César, adorer les idoles ne sera-ce point pour toi un sujet de larmes, puisque c’est faire injure en toi à l’image de Dieu ?

28° samedi du temps ordinaire



Sur Jérémie 9, 1-11 . 16-21

Corruption morale de Juda et lamentations à Sion

 

Père Jean Steinmann

Le prophète Jérémie, sa vie, son œuvre et son temps, p. 155s

 

Cet oracle de Jérémie, que nous venons de lire, veut justifier, sinon une tentative de fuite de la part du prophète, du moins son intense besoin d’évasion. Jérémie voudrait échapper à la meute qui le traque. Ce qu’il incrimine chez ses anciens amis, dans sa famille et son village, c’est la contagion du mensonge qui pourrit toutes les relations sociales et anéantit toute fraternité. L’accent personnel et vécu de cette page est frappant. Elle exhale moins l’irritation que la nausée. La décomposition morale de Juda est telle qu’il suffit à Jérémie de décrire ce qui se passe pour écœurer son lecteur.

Son poème aura la singulière formule d’inspirer aux auteurs des psaumes des lieux communs à l’usage des moralistes. Par eux, il atteindra saint Paul, dont le début de la lettre aux Romains développe une dialectique du salut, où la véracité  divine s’oppose à l’essentielle mauvaise foi de la créature. Sans aller jusque-là, Jérémie est le premier héros de l’Ancien Testament qui ait eu le courage et la lucidité d’exprimer avec tant d’âcreté l’inutilité de l’action. Dans son dernier vers, Aussi au creuset vais-je les brûler et les éprouver car que faire devant leur perversité ?, il montre Dieu découragé par la perversité humaine. Le feu seul, celui du creuset, en aura raison. Evidemment, il n’y a pas là de place pour la charité, l’indulgence et la commisération. Mais Jérémie n’était pas Jésus. Ces pages de feu n’expriment que l’aspect partiel d’un drame humain d’une épouvantable confusion.

 

Suivent toute une série de Lamentations. Le pays est ravagé, comme par un incendie. Les bêtes elles-mêmes se sont enfuies, il n’y a plus rien dans les champs pour les nourrir.

Les pleureuses, accompagnatrices obligées des funérailles, se rassemblent à Sion. Il s’agit du plus grand deuil national. Ces femmes savent seules pousser ces cris sauvages et déchirants, ces exclamations gutturales, accompagnées de battements des mains, d’égratignures sanglantes qui consolent les mânes des morts et satisfont le masochisme des survivants. En dépit de ces deuils, la vie va reprendre à Jérusalem ; la tragédie n’avait pas encore atteint son dénouement sauvage, le point final de sa maturité barbare.

28° vendredi du temps ordinaire



Sur Jérémie 7, 1-20

L’unique sacrifice de la cité rachetée

Saint Augustin

La Cité de Dieu, livre 5-6, Bibliothèque Augustinienne 34, p. 439s

 

Qui serait assez fou pour estimer que les offrandes faites dans les sacrifices puissent répondre à quelque besoin de Dieu ? L’Ecriture nous en apporte maints témoignages ; pour ne pas allonger, qu’il suffise de rappeler ce court passage d’un psaume : Tu es mon Dieu, car tu n’as pas besoin de mes biens. Il faut donc croire que Dieu n’a besoin ni de bétail, ni de n’importe quel bien corruptible et terrestre, pas même de la justice de l’homme : tout le culte légitime qu’on lui rend profite à l’homme, non à Dieu. Car nul ne prétendra rendre service à la source en buvant, à la lumière en voyant !

Dans les sacrifices où les patriarches immolaient des animaux et qu’aujourd’hui le peuple de Dieu relit dans l’Ecriture sans plus les pratiquer, il faut voir uniquement la figure des œuvres qui s’accomplissent parmi nous, en vue de nous unir à Dieu et de porter vers lui notre prochain. Le sacrifice visible est donc le sacrement, c’est-à-dire le signe sacré du sacrifice invisible. Voilà pourquoi chez le prophète, l’homme pénitent ou le prophète lui-même, cherchant pour ses péchés la bienveillance de Dieu, lui dit : Si tu avais voulu un sacrifice, je te l’aurais offert ; mais aux holocaustes tu ne prends pas plaisir. Le sacrifice pour Dieu, est un esprit brisé ; un cœur contrit et humilié, Dieu ne le dédaignera pas.

            Considérons comment, là même où il dit que Dieu refuse les sacrifices, il montre que Dieu veut un sacrifice : il refuse le sacrifice des bêtes égorgées, et il veut le sacrifice d’un cœur brisé. Ainsi, selon le prophète, ce que Dieu refuse est la figure de ce qu’il veut : Dieu, dit-il, ne veut pas de ces sacrifices de la manière que les insensés croient voulue par lui, pour le plaisir qu’il y trouverait. Car s’il n’avait pas voulu que les sacrifices qu’il demande, et qui se ramène à un seul, le cœur humilié et brisé par la douleur du repentir, fussent figurés par les sacrifices prétendument désirés pour son plaisir, il n’aurait certes pas prescrit leur célébration dans l’ancienne Loi. Ils devaient donc être remplacés en temps opportun et déterminés, de peur qu’on ne les crût enviables pour Dieu ou du moins acceptables pour nous, plutôt que ceux dont ils étaient la figure. De là, ces paroles d’un autre psaume : Si j’ai faim, je ne te le dirai pas, car ce monde est à moi avec tout ce qu’il renferme. Comme s’il disait : si même ces biens m’étaient nécessaires, je ne te les demanderais pas, puisque je les ai en mon pouvoir. Puis il ajoute pour expliquer ces paroles : Offre à Dieu un sacrifice de louange, accomplis tes vœux à l’égard du Très-Haut ! Invoque-moi au jour de la tribulation : je te délivrerai et tu me glorifieras.

28° jeudi du temps ordinaire



Sur Jérémie 4, 5-8.11-28

L’imminence de l’invasion

  1. Aeschimann

Le prophète Jérémie, Commentaire, p. 63s

 

L’ensemble du chapitre 4 que nous venons de lire ne constitue pas un discours en règle. Il se compose d’oracles distincts, aussi n’y a-t-il pas lieu de s’étonner de l’entre-choquement des idées et des images, lorsqu’il s’agit d’une prédication aussi passionnée et aussi douloureuse.

Alerte, sonnez du cor dans le pays, rassemblement, fuyons, le malheur arrive du nord. Le prophète sonne le tocsin ; il faut remarquer l’accumulation haletante des impératifs qu’il profère : Sonnez de la trompette, Rassemblez-vous, courons, Levez l’étendard, Fuyez. L’étendard levé doit indiquer la direction de l’exode, et si, à ce propos, Jérémie parle de Jérusalem, c’est sans doute parce qu’il s’adresse à ses concitoyens les Benjaminites, les seuls pour qui Sion soit du côté vers lequel il faut fuir. Une fois de plus, le lion intervient comme l’image parlante du dévastateur qui avance. Une fois de plus retentit la prédication sinistre : Plus d’habitants dans le pays ! Mais comment s’étonner de tout cela quand on connaît l’ardeur de l’indignation divine devant les péchés accumulés ?

Nous sommes perdus, il n’y a plus d’espoir ! De nouveau la vision des chevaux et des chars, avec la perspective du pillage. Il y aurait pourtant peut-être encore une issue. Et Jérémie interprète fidèle des sentiments de son Dieu, ne peut s’empêcher de dire que si Israël revenait, renonçant à ouvrir son cœur aux pensées désastreuses, tout espoir ne serait peut-être pas perdu. Mais non ! La catastrophe suit son cours, passant inexorablement de Dan, au Nord du pays, à Ephraïm, au centre, et à Jérusalem enfin, et aux villages de Juda, au Sud. De même qu’autour d’un champ les chasseurs sont aux aguets pour abattre impitoyablement tout ce qui lève la tête, ainsi la ville sainte sera assiégée, comme au temps de Sanachérib. Et la strophe se termine, de même que les précédentes, mais d’une manière encore plus explicite, par la constatation que tous ces malheurs ont leur source dans le péché, auquel on donne son cœur, mais qui, finalement, blesse le cœur.

L’ébranlement universel. Aucun des poèmes de Jérémie ne dépasse, en perfection et en puissance d’évocation, le tableau de la dévastation qui s’étend à la création tout entière dans les derniers versets (23-28). On croit voir le prophète contemplant avec effroi la catastrophe qui ébranle tout : la terre est redevenue un chaos, la lumière dont l‘apparition avait été le premier miracle de la création a disparu. Les hommes, les oiseaux, toutes les créatures vivantes ne sont plus. Et la strophe se termine par l’affirmation que Dieu ne révoquera pas son arrêt de condamnation. En fait, Dieu ne demanderait pas mieux que de revenir sur sa condamnation.

fete de l’apotre saint Luc, 3° lecture



 

sur Luc 10, 1-9

Mission des soixante-douze

Saint Ambroise de Milan

Traité sur l’Evangile de saint Luc, tome II, SC 52, p. 23s

 

Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Jésus dit cela aux soixante-douze qu’il a désignés et envoyés deux par deux devant Lui. Pourquoi les a-t-il envoyés deux par deux ? Parce que les animaux ont été introduits deux par deux dans l’arche, c’est-à-dire le mâle et la femelle : l’impureté a été purifiée par le mystère de l’Eglise ; rappelez-vous dans l’oracle que saint Pierre entendit quand l’Esprit-Saint lui dit : Ce que Dieu a purifié, ne l’appelez pas impur. Et il remarque qu’il s’agissait des Gentils, plus attachés à l’hérédité et à la filiation suivant la chair qu’à la grâce de l’Esprit ; le Seigneur les a purifiés et faits héritiers de sa Passion. En envoyant les disciples à sa moisson, laquelle avait été bien semée par le Verbe de Dieu mais demandait à être travaillée, cultivée, soignée avec sollicitude par l’ouvrier pour que les oiseaux du ciel ne pillent pas la semence répandue, Jésus dit : Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Voilà des animaux ennemis, les uns dévorant les autres ; mais le Bon Pasteur ne saurait redouter les loups pour son troupeau : ces disciples sont envoyés, non pour être une proie, mais pour répandre la grâce, car la sollicitude du Bon Pasteur fait que les loups ne peuvent rien entreprendre contre les agneaux. Il envoie donc les agneaux parmi les loups pour que se réalise cette parole du prophète Isaïe : Les loups et les agneaux seront ensemble au pâturage.

Les loups sont des fauves qui s’en prennent aux bergeries, rôdent près des cabanes des pâtres, n’osent pas entrer dans les lieux habités, guettent le sommeil des chiens, l’absence ou la négligence du berger, sautent à la gorge des brebis pour les étrangler net. Sauvages et rapaces, leur corps est raide par nature, si bien qu’ils ne peuvent facilement se retourner ; leur élan les emporte, aussi sont-ils facilement déjoués. Ne peut-on pas comparer ces loups aux hérétiques, aux faux-frères dont parle l’apôtre ? Car, pour les perfides, il fait toujours nuit, ils s’efforcent de voiler la lumière du Christ, l’obscurité est en eux. Ils rôdent autour des parcs, mais n’osent pas entrer dans les caravansérails du Christ. C’est pour cela qu’ils ne guérissent pas : le Christ ne veut pas les introduire dans son caravansérail.

fete de l’apotre saint Luc, 2° lecture



sur Actes 9,27-31 . 11,19-26

Luc, un missionnaire itinérant ?

François Bovon

Luc, portrait et projet, Lumière et Vie n° 153-154, p. 16s

 

Où situerai-je l’évangéliste Luc ? Laissant libre cours à mon imagination, je songerais plutôt à la situation d’un évangéliste itinérant, installé sur le pont d’un bateau ou dans une maison accueillante. En effet, Luc s’intéresse à la fondation et non à l’édification des communautés. Une fois les premiers convertis baptisés, il les abandonne à leur sort et dirige l’attention vers de nouvelles conquêtes. Son regard n’est pas celui d’un directeur de conscience, ni d’un prêtre de paroisse, c’est celui d’un missionnaire de la fin du premier siècle. La tradition qui voit en l’évangéliste un compagnon de voyage de Paul a senti juste. Luc doit faire partie de l’une des équipes d’évangélisation qui, après la mort des apôtres, a poursuivi la tâche. Itinérant, il se distingue pourtant des prophètes et des évangélistes tout occupés à sillonner l’Empire. Car, actif dans l’Eglise, il sait aussi se retirer, provisoirement, pour offrir à ses collègues, aux croyants, et, finalement, au public cultivé, une œuvre littéraire susceptible d’éveiller la curiosité ou de consolider la foi.

S’il appartient à un groupe d’évangélistes itinérants, nous devons renoncer à fixer le lieu d’où il écrit. Il n’est pas superflu, en revanche, de se demander quelle est son origine personnelle. Une vieille tradition attestée par Eusèbe et par Jérôme, confirmée par une variante dans le texte des Actes des Apôtres, situe sa patrie à Antioche. Un indice incite à la placer dans le bassin de la mer Egée, peut-être à Philippes : plusieurs protagonistes de l’œuvre lucanienne commencent leur ministère dans leur propre patrie : Jésus à Nazareth, Paul à Tarse. Or le « nous », qui est peut-être un subterfuge littéraire, apparaît dans le cadre du voyage de Paul de Troas à Philippes. C’est d’ailleurs Philippes et l’administration municipale de cette cité que l’évangéliste connaît le mieux.

Etait-il juif de naissance ? On peut en douter. Sa relation à la Loi de l’Ancien Testament, considérée comme un joug intolérable, ne peut guère être celle d’un circoncis. Il convient plutôt de situer notre auteur dans la frange païenne de la communauté juive. Les craignant-Dieu retiennent son attention : attirés par la discipline juive et le monothéisme, ces hommes et ces femmes hésitent pourtant à franchir la barrière. Leur aspiration à rencontrer un Dieu universel butait sur les prescriptions rituelles ressenties comme sectaires. Ces gens-là s’enthousiasmèrent pour une secte juive, le christianisme, qui maintenait l’essentiel de l’héritage juif tout en l’ouvrant aux dimensions du monde, sinon du moins de l’Empire.

mémoire de saint Ignace d’Antioche



sur Jérémie 2, 1-13 + 20-25

L’eucharistie, sacrement de l’unité chez saint Ignace d’Antioche

 

Père Pierre Thomas Camelot

Introduction aux Lettres d’Ignace d’Antioche, SC 10, p. 52s

 

L’unité des chrétiens entre eux et avec le Christ trouve son expression en même temps que son aliment dans l’Eucharistie. Si l’eucharistie unit entre eux les chrétiens, c’est qu’elle n’est pas simplement un repas de communauté, mais qu’elle unit les fidèles à la chair et au sang du Seigneur. Et puisque ce pain rompu est la chair du Christ et que Jésus-Christ est notre éternelle vie, les chrétiens ont foi à la réalité de la chair du Christ, foi à la réalité de sa chair eucharistique, les deux n’en faisant qu’une et se soutenant l’une l’autre. Et c’est cette foi qui soutient l’unité de l’Eglise.

Puisque ce pain rompu est la chair du Christ, et que Jésus-Christ est notre éternelle vie, l’eucharistie est remède d’immortalité, un antidote contre la mort. C’est par elle que se communique au chrétien la vie du Christ, c’est par elle que s’exprime l’unité des chrétiens entre eux et la consolide, rompant tous un même pain, groupés autour de l’unique chair du Christ et de l’unique calice de son sang, de l’unique autel de l’unique Eglise : tous ensemble ils participent à leur commune espérance. On ne saurait mieux marquer le caractère à la fois sacramentel et communautaire de l’économie chrétienne du salut. Saint Ignace est tout entier tendu dans le désir de trouver le Christ. Cette rencontre de l’âme avec Dieu, toute solitaire qu’elle est, ne peut se passer de l’Eglise, ni des sacrements.

Ce pain nourrit l’âme, ce remède ne la guérit que si le chrétien y communie dans la foi et l’amour. Ce sont la foi et la charité qui unissent à la chair et au sang du Seigneur ; on peut même dire que la foi est cette chair et la charité son sang. Le premier objet de la foi et de l’amour du chrétien, c’est la réalité de la chair et du sang du Christ : dans cette foi il trouve la vie : Je suis le pain de la vie ; celui qui croit en moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif.

memoire de sainte Marguerite-Marie Alacoque



sur Jérémie 1, 1-19

Première des grandes révélations du Cœur de Jésus

Sainte Marguerite-Marie

Vie et œuvres de sainte Marguerite-Marie, tome 1, p. 85s

 

Etant devant le Saint Sacrement, me trouvant toute investie de cette divine présence, mais si fortement que je m’oubliais de moi-même, et du lieu où j’étais, je m’abandonnai à ce divin Esprit, livrant mon cœur à la force de son amour. Il me fit reposer fort longtemps sur sa divine poitrine. Il me découvrit alors les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son Sacré Cœur qu’il m’avait toujours tenus cachés jusqu’alors. Il m’ouvrir son Cœur pour la première fois, mais d’une manière si effective et si sensible qu’il ne me laissa aucun lieu d’en douter par les effets que cette grâce produisit en moi, qui crains pourtant toujours de me tromper en tout ce que je dis se passer en moi.

Et voici comme il me semble que la chose s’est passée. Il me dit : « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes et pour toi en particulier, que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen, qu’il se manifeste aux hommes pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre, et qui contiennent les grâces sanctifiantes et salutaires nécessaires pour les retirer de l’abîme de perdition. Je t’ai choisie comme un abîme d’indignité et d’ignorance pour l’accomplissement de ce grand dessein, afin que tout soit fait par moi ». Après, il me demanda mon cœur, lequel je le suppliai de prendre, ce qu’il fait ; il le mit dans le sien adorable, dans lequel il me fit voir comme un  petit atome qui se consommait dans cette ardente fournaise, d’où le retirant comme une flamme ardente en forme de cœur, il le remit dans le lieu où il l’avait pris, en me disant : « Voilà, ma bien-aimée, un précieux gage de mon amour, qui renferme dans ton côté une petite étincelle de ses plus vives flammes, pour te servir de cœur et te consommer jusqu’au dernier moment, et dont l’ardeur ne s’éteindra pas, ni ne se pourra trouver de rafraîchissement que quelque peu dans la saignée, dont je marquerai tellement le sang de ma croix, qu’elle t’apportera plus d’humiliation et de souffrance que de soulagement. Et pour marque que la grande grâce que je viens de te faire n’est point une imagination, et qu’elle est le fondement de toutes celles que j’ai encore à te faire, quoique que j’ai refermé la plaie de ton côté, la douleur t’en restera pour toujours, et si jusqu’à présent tu n’as pris que le nom de mon esclave, je te donne celui de la disciple bien-aimée de mon Sacré Cœur.

28° dimanche du temps ordinaire, 3° lecture



Sur Matthieu 22, 1-14

Le vêtement de noce

Dom André Louf

Seul l’amour suffirait, tome A, p. 183s

 

Le début de cette parabole est relativement facile à saisir. Certes Dieu nous étonne lorsqu’il invite pêle-mêle les croyants et les mécréants, mais il ne nous choque pas. Nous connaissons déjà cette bonté sans mesure, et nous y comptons pour nous. Une tel Dieu nous paraît encore raisonnable.

Mais la suite de la parabole est plus difficile. Voici que la salle de noces est maintenant remplie de convives, et de toute espèce ! Parmi eux, aucun d’eux n’y avait droit : tous sont là à leur grand étonnement et gratuitement. Mais certains portent le vêtement de noce, d’autres pas. Or, ces derniers sont expulsés, sur le champ, pieds et poings liés et jetés dans les ténèbres. Et Jésus de commenter cet incident : Beaucoup sont appelés, mais les élus sont peu nombreux.

Que veut dire Jésus ? Pourquoi cette apparente dureté ? Quel est donc ce vêtement de noce qu’il faut absolument endosser sous peine de ne pas tenir, de ne pas trouver grâce devant Dieu, dont nous savons pourtant qu’il est Amour et Miséricorde ?

Il y a une réponse facile, souvent entendue, qui consiste à dire que l’absence du vêtement de noce est le signe d’une négligence, d’une infidélité ; pour entrer dans le Royaume, il faudrait être propre et bien élevé. Mais la parabole ne dit nulle part que le convive expulsé était en tenue de travail ou mal habillé. Une tenue impeccable pour une noce d’ici-bas, oui ! Seulement, ce n’était pas le vêtement de noce qui, seul, permet d’entrer dans le Royaume de Dieu, le seul que Dieu puisse reconnaître.

Quel est donc ce vêtement de noces ? Saint Paul nous le dit, il est le vêtement nouveau de l’homme nouveau créé en Jésus-Christ : il est Jésus-Christ lui-même. Il nous faut absolument nous dépouiller du vieil homme et de ses prétentions, comme d’un costume usé, et revêtir, comme un vêtement flambant neuf, Jésus-Christ lui-même, l’humilité de sa croix et la force de sa résurrection.

Et quels sont les traits de Jésus ? Saint Paul nous le dessine ailleurs : Comme des élus de Dieu et de ses biens aimés, revêtez-vous de tendre compassion, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Pardonnez-vous mutuellement : le Seigneur, lui, vous a pardonnés. Le visage de Jésus, c’est la douce pitié, c’est la miséricorde sans fin pour nos frères. Tel est le vêtement de noce, le seul que Dieu pourra reconnaître à l’heure du festin, si nous avons senti un jour la douce pitié de Dieu, si nous avons pu la déverser à notre tour en humble amour sur nos frères. Tel est le vêtement de noce qui fait tressaillir le cœur de Dieu.