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Texte du jour

solennite des saint apotres Pierre et Paul, 3° lecture



 

sur Matthieu 16, 13-19

La primauté de Pierre

Père Pierre Benoît

Exégèse et théologie, tome II, p. 282s

 

Les trois textes capitaux de Matthieu, Luc et Marc se complètent de façon remarquable. En ces trois cas, Jésus s’est expliqué solennellement sur le rôle qu’il entendait confier au premier de ses apôtres. Chaque fois de nouveaux traits sont venus préciser son intention. A l’image de Majordome dans la Maison de Dieu s’est ajouté celle de Pasteur du troupeau. La fermeté dans la foi que suggérait l’image de Roc-fondation est apparue comme un privilège dû à la prière du Christ. Puisqu’il devait par là affermir ses frères, les apôtres, Pierre ne serait pas seulement le premier d’entre eux par le témoignage apostolique, un primus inter pares, mais il serait leur chef, chargé d’eux comme de toutes les brebis du Christ. Par delà son rôle d’apôtre, commun avec le leur, il aurait un rôle supérieur et unique, le rôle de direction et de décision suprême que comportent les « clefs » dans les mains de l’intendant et l’office de « pasteur » responsable de son troupeau. Il représenterait le Christ.

L’office de Pasteur convient au Christ. Or, il est remarquable qu’il en va de même pour le pouvoir des clefs et la fonction de Roc. Ce sont là aussi des attributs messianiques. D’après l’Apocalypse, reprenant un oracle d’Isaïe, le Christ est celui qui détient la clef de David : S’il ouvre, nul ne fermera ; et s’il ferme, nul n’ouvrira. D’autre part, il est désigné de diverses manières comme Pierre et Roc : pierre d’achoppement, mais aussi pierre de fondation, rejetée par les bâtisseurs, mais choisie par Dieu comme pierre de faîte, enfin Roc qui conduit le peuple élu dans le désert. Dès lors quand le Seigneur accorde ces titres à Pierre, il le désigne clairement pour continuer sur la terre sa mission de gouverner le peuple messianique. Mission unique et permanente, qui ne saurait cesser tant qu’il y aura un troupeau à conduire, une maison à maintenir ferme sur ses bases et à administrer.

La sainte liberté fraternelle avec laquelle les premiers chrétiens ont vécu, dans la foi, l’amour autour des apôtres et de leur chef Pierre devraient inviter les chrétiens d’aujourd’hui à retrouver, dans la charité du support mutuel et de la compréhension réciproque, l’unité d’un seul troupeau, sous la conduite d’un seul pasteur, légitime successeur de Pierre et comme lui représentant du Christ.

solennite des saint apotres Pierre et Paul, 2° lecture



 

sur Galates 1,15 – 2,10

La venue de Paul à Jérusalem

Saint Jean Chrysostome

Commentaire sur l’épître aux Galates, chapitre 2, OC 18, p. 88s

 

Pierre avait été la cause et l’objet du premier voyage missionnaire de Paul ; c’est une révélation de l’Esprit  qui détermine le second. J’exposai l’Evangile que je prêche aux nations devant les fidèles, en particulier devant ceux qu’on regardait comme les plus considérables, afin que nos courses présentes et passées ne fussent pas jugées inutiles. Que dis-tu, ô Paul ? Toi qui n’avais voulu rien exposer au commencement, ni même après trois ans, tu y consens lorsque quatorze années entières se sont écoulées, dans la crainte de courir en vain ? Combien n’eût-il pas mieux valu prendre au commencement cette mesure, au lieu d’attendre si longtemps ? Et pourquoi donc courais-tu si tu n’avais pas la certitude de courir en vain ? Est-il un homme assez dénué de sagesse pour prêcher durant tant d’années ne sachant pas s’il prêche la vraie doctrine ?

Quelle fut donc la cause de ce nouveau voyage, de la venue de Paul à Jérusalem ? De même que la première fois qu’il était monté d’Antioche à Jérusalem il n’avait pas eu pour mobile une pensée personnelle, lui qui savait si bien avec quelle docilité parfaite il faut obéir aux leçons du Christ, et qu’il était venu pour rétablir la concorde, de même cette fois il venait non pour apprendre s’il avait subi de stériles fatigues, mais pour instruire ses accusateurs. Comme ils avaient une plus haute opinion de Pierre et de Jean, comme ils supposaient en outre que la division était dans le collège apostolique, Paul annonçant l’Evangile sans la circoncision que les autres autorisaient, et comme là-dessus on l’accusait de transgresser la Loi et de remplir un ministère inutile, Je montai, écrit Paul, et je leur exposai le sens de ma prédication, non pour rien apprendre lui-même, mais pour éclairer ceux qui nient l’utilité de ses courses apostoliques. En prévision de ces attaques, l’Esprit avait ménagé la visite et les explications de Paul. De là cette parole : Je montai d’après une révélation. C’est encore pour cela que l’apôtre se fait accompagner de Barnabé et de Tite qui pourront attester ce qu’il a prêché. Et je leur exposai l’Evangile que je prêche aux nations, la manière dont j’entends que la circoncision soit exclue. Je l’exposai en particulier devant les personnes les plus considérées. Pourquoi en particulier ? C’est devant tout le monde, et non en particulier, qu’exposerait des enseignements destinés à tous celui qui voudrait les modifier ! Telle n’est pas l’intention de Paul ; encore une fois, il ne vient ni s’instruire, ni faire corriger son enseignement, il vient ôter tout prétexte à ceux qui veulent tromper.

memoire de saint Irenee de Lyon



Sur 1 Samuel 1, 20-28 . 2, 11-21

Naissance humaine du Fils de Dieu

Saint Irénée de Lyon de Cyr

Démonstration de la Prédication apostolique, SC 406, p. 159s

 

Que le Christ, qui était auprès du Père, car il est le Verbe du Père, devait s’incarner, se faire homme, subir la génération, naître d’une Vierge et vivre avec les hommes, le Père de toutes choses opérant son incarnation, Isaïe le dit en ces termes : C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : voici que la Vierge concevra en son sein et enfantera un Fils, et vous l’appellerez Emmanuel ; il mangera du beurre et du miel ; avant qu’il ne connaisse ou ne choisisse le mal, il choisira le bien, car, avant que l’enfant ne connaisse le bien ou le mal, il repoussera le mal afin de choisir le bien. Par là, le prophète fait connaître que le Christ naîtra de la Vierge ; il annonce également qu’il sera vraiment homme, puisqu’il dit qu’il mangera, qu’il sera un enfant, et que même son nom lui sera imposé comme il est d’usage pour un homme qui vient d’être mis au monde. Or, ce nom est double : en hébreu, Messie, c’est-à-dire Christ, et Jésus, c’est-à-dire Sauveur. Ces noms sont tous deux signifiant des actions. D’une part, en effet, il est appelé Christ parce que, par lui, le Père a oint et orné toutes choses, et parce que, lors de sa venue comme homme, il a été oint de l’Esprit de Dieu son Père, comme il le dit lui-même à son propre sujet par la bouche d’Isaïe : L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. D’autre part, il est appelé Sauveur parce qu’il a été cause de salut pour ceux qui, en son temps, ont été sauvés par lui de toutes les sortes de maladies et de la mort, et parce que, à ceux qui ont cru en lui par la suite, il procurera le salut à venir et sans fin. Voilà pourquoi il est Sauveur. Quant au nom d’Emmanuel, il se traduit Dieuavecnous, à moins que l’on y voit un souhait exprimé par le prophète et équivalent à « Que Dieu soit avec nous ». De la sorte ce nom est l’explication de la Bonne Nouvelle, car voici, est-il dit, que la Vierge concevra en son sein et enfantera un Fils, et celui-ci, qui est Dieu, est destiné à être « avec nous » : le prophète plein d’étonnement devant cette chose, annonce ce qui va se produire, à savoir que Dieu sera avec nous.

Le même prophète dit encore au sujet de sa naissance, à un autre endroit : Avant qu’enfante celle qui est dans les douleurs et avant qu’arrivent les douleurs de l’enfantement, un mâle s’est échappé de son sein : le prophète annonce par là sa naissance inattendue du sein d’une Vierge.

12° mardi du temps ordinaire



Sur 1 Samuel 1, 1-19

La foi et la patience d’Anne

Théodoret de Cyr

Question 3 sur le premier livre de Samuel, chapitre 1 versets 1 à 19

 

Ce passage de l’Ecriture veut enseigner au lecteur à ne pas se confier uniquement dans le mariage pour avoir un enfant, mais à demander aussi l’aide du Créateur.

 

En effet, comme c’est le propre de l’agriculteur de jeter de la graine dans la terre, tandis qu’il appartient à Dieu de donner son développement à la semence, ainsi le propre du mariage est l’union conjugale, mais il appartient à Dieu d’accorder à la nature de façonner l’être vivant. Cela Anne le savait d’expérience, puisque c’est après vécu longtemps avec son mari sans avoir mis d’enfant au monde, qu’elle recourut au Créateur. Et celui-ci, à cause de sa prière instante et de ses larmes, guérit sa stérilité et la rendit féconde.

 

Il convient d’admirer la sérénité de cette femme : suspectée d’ivresse et insultée, elle supporta d’abord paisiblement l’affront. Puis, ayant réfuté le faux soupçon, elle dévoila sa souffrance et obtint d’être bénie par le grand prêtre : va en paix, lui dit-il, que le Seigneur Dieu d’Israël t’accorde tout ce que tu lui as demandé. Anne accueillit cette bénédiction avec une foi si grande que, rejetant aussitôt toute tristesse, elle retourna avec confiance près de son mari, s’unit à lui et conçut un enfant.

 

Lorsqu’elle eut mis au monde son fils, elle s’acquitta de la promesse qu’elle avait faite : elle laissa pousser ses cheveux et ne lui donna que de l’eau à boire, car telles sont les prescriptions concernant les nazirs. Dès qu’elle eut sevré Samuel, elle le présenta à Dieu, offrant avec lui un veau du même âge, qui fut immolé et sacrifié pour l’enfant. En échange, elle reçut de Dieu d’autres enfants : trois fils et deux filles, car le Seigneur est généreux et libéral envers ceux qui se souviennent de ses grâces premières.

12° lundi du temps ordinaire



Sur Juges 16, 4-6 . 16-31

Samson, le héros malheureux

Père A. M. Dubarle

Les hommes et les œuvres de Dieu, Samson, VS 72, p.414-415

 

Samson s’éprend d’une femme nommé Dalila. Circonvenue par les chefs de son peuple, celle-ci cherche à connaître le secret de cette force prodigieuse, pour pouvoir livrer à ses compatriotes un adversaire si dangereux. Samson se joue d’abord de sa maîtresse, puis, lassé de son insistance, il lui découvre la vérité : sa longue chevelure est consacrée à Dieu, elle le voue, tel un guerrier, à la lutte contre l’ennemi national, et en même temps lui est un gage de l’assistance d’en haut. Dalila profite traitreusement de cette confidence pour raser la tête de son amant endormi. Il est dès lors une proie facile pour les Philistins qui lui crèvent les yeux et le condamnent à tourner la meule comme un esclave.

Cependant, l’âme du captif n’est point domptée par ce traitement barbare. Les Philistins voient dans leur capture un signe de la bienveillance de leur dieu Dagon. Ils se rassemblent pour lui rendre grâces, et, au cours de cette fête, désirent jouir de la vue de leur ennemi humilié. Samson est amené ; après avoir dansé devant l’assemblée, il obtient de se reposer contre des poteaux soutenant une tribune pleine de spectateurs. Il invoque alors son Dieu, et, ébranlant les poteaux, fait écrouler la tribune. C’est ainsi qu’il meurt avec ses ennemis. Cette fin héroïque consacrait en même temps le triomphe du seul vrai Dieu sur l’idole philistine.

Ce qui fait la valeur du geste de Samson, ce ne sont pas les résultats positifs qu’il a obtenus, c’est le témoignage rendu à une idée : celle de l’indépendance d’Israël. La cause pouvait paraître désespérée, au moins pour de longues années, les moyens de lutte, les armes, faisaient cruellement défaut. Se compromettre pour une telle cause, se sacrifier pouvait sembler vain parce que complètement inefficace. En engageant le combat et en le soutenant seul, Samson manifeste sa foi en son Dieu et dans l’avenir de son peuple ; il rend hommage à la justice violée par l’oppression étrangère et à la transcendance du Dieu d’Israël.

Ce refus obstiné d’abandonner la partie a sa noblesse ; il a eu aussi son efficacité secrète. Dans son âme simple, où les réflexes de justice et de fierté jouent avec une jeune énergie, Samson préfère le risque, la solitude, la mort aux abandons et aux lâches acceptations. Son action a pu paraître sans lendemain, elle a préparé la résurrection de son peuple. Un jour les libérateurs se sont levés, Saül et David ; les premiers rois d’Israël et les vainqueurs des Philistins n’auraient pas été possibles, si un proscrit, un isolé, trahi de tous, n’avait d’abord mené la lutte.

Le fruste Samson nous apparaît ainsi, malgré ses faiblesses, comme la lointaine ébauche de celui qui, abandonné de ses disciples, devait par sa mort porter témoignage de sa mission divine, et triompher par son échec.

12° dimanche du temps ordinaire, 3° lecture



Sur Matthieu 10, 26-33

« A mon tour, je me déclarerai pour lui devant mon Père »

Saint Grégoire Palamas

Sermon pour le dimanche de tous les Saints, PG 151, 322-323

 

Dieu ne fait pas acception des personnes, et cependant il fait merveille seulement en ses saints. Le soleil répand d’en haut, avec une égale abondance ses rayons sur tous ; et pourtant, seuls peuvent le voir  ceux qui ont des yeux et qui ne les ont pas fermés : ceux-là seuls jouissent de la pureté de la lumière avec le pur regard de leurs yeux. Ainsi Dieu donne à tous, du haut du ciel, les richesses de sa grâce. Il est lui-même la source de salut et de lumière de qui s’écoulent éternellement la miséricorde et la bonté. Ce ne sont pas tous les hommes sans aucune distinction qui mettent à profit sa force et sa grâce pour l’exercice parfait de la vertu et la réalisation de merveilles, mais ceux qui ont mis leurs résolutions en pratique et ont prouvé par des actes leur attachement à Dieu et à leur foi ; ceux qui s’étant complètement détournés du mal adhèrent fermement aux commandements de Dieu et fixent le regard de leur esprit sur le Christ, Soleil de justice.

Non seulement le Christ offre du ciel, à ceux qui combattent, le secours de son bras, mais il les exhorte par ces paroles de l’Evangile : Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Jamais, vous le voyez, nous ne pouvons proclamer notre foi et nous déclarer publiquement pour le Christ, si nous n’avons reçu de lui force et assistance. Et d’autre part, notre Seigneur Jésus Christ ne parlera pas en notre faveur dans le siècle futur, et il ne nous présentera pas à son Père très haut pour nous unir à lui, s’il n’en a pas trouvé en nous l’occasion.

En tant que serviteur de Dieu, chacun d’entre les saints se déclare pour le Christ en cette vie passagère et devant les hommes mortels. Il le fait en un court laps de temps et en présence d’un petit nombre d’hommes. Tandis que notre Seigneur Jésus Christ qui est Dieu et Seigneur du ciel et de la terre se déclarera pour nous dans le monde de l’éternité, devant Dieu son Père, entouré des anges et des archanges et de toutes les puissances du ciel, en présence de tous les hommes, depuis Adam jusqu’à la fin des siècles. Car tous ressusciteront et se tiendront devant le tribunal du Christ. Alors, en présence de tous, et à la vue de tous, il fera connaître, il glorifiera, et il couronnera ceux qui, jusqu’à la fin, lui ont prouvé leur foi.

12° dimanche du temps ordinaire, 2° lecture



Sur Juges 13, 1-25

Une annonciation au livre des Juges

 

Saint Augustin

Les sept livres des questions, Sur l’Heptateuque, OC 8, p. 105s

 

On peut se demander pourquoi l’ange dit à la mère de Samson, lorsqu’il lui annonce la naissance d’un fils, bien qu’elle fût stérile : Prends bien garde ! Ne bois ni vin, ni boisson fermentée, ne mange rien d’impur. Que faut-il entendre par ce qui est impur, si ce n’est le relâchement de la discipline qui avait commencé à s’introduire chez les Israélites et les avaient entraînés à manger des animaux que la Loi leur défendait ? Et qu’y a-t-il d’étonnant qu’ils se soient laissés entraîner eux qui allaient jusqu’à rendre un culte sacrilège aux idoles ?

La mère de Samson rapporte à son mari les propos de l’ange : Désormais, ne bois ni vin, ni boisson fermentée, et ne mange rien d’impur, car l’enfant sera nazir de Dieu depuis le sein de sa mère jusqu’au jour de sa mort. Or, nous ne voyons pas que l’ange lui ait parlé de la sorte ! D’un autre côté, elle ne rapporte pas ce que l’ange lui a dit : C’est lui qui commencera à sauver Israël de la main des Philistins. Elle n’a donc point dit à son mari tout ce qu’elle a entendu, et cependant on doit croire qu’elle n’a rien dit que ce qu’elle a entendu ; c’est donc l’Ecriture qui n’a point rapporté toutes les paroles de l’ange en racontant son entretien avec cette femme. Or, l’ange lui dit qu’il sera nazir dès le sein de sa mère jusqu’au jour de sa mort, parce qu’on appelait dans la Loi nazirs temporaires ceux qui faisaient un vœu selon les prescriptions de la Loi de Moïse. Voilà la raison du commandement fait à Samson que jamais le rasoir ne passât sur sa tête, et qu’il ne bût ni vin, ni rien de ce qui peut enivrer. Samson observa toute sa vie ce que les autres nazirs n’observaient qu’à certains jours à l’accomplissement de leur vœu.

L’Ecriture dit que Manoah ne savait pas que c’était l’ange de Dieu. Il est donc évident que son épouse l’avait pris pour un homme. Ce que Manoah dit à l’ange : Permets que nous te retenions et que nous t’apprêtions un chevreau. C’est une invitation qu’il lui fait, comme à un homme, mais une invitation à participer avec lui à la victime qu’il aurait offerte en sacrifice, car offrir un chevreau, dans le langage ordinaire, désigne un sacrifice. L’ange lui répondit : Quand bien même tu me retiendrais, je ne mangerais pas de ta nourriture, paroles qui montrent évidemment qu’il avait été invité à un repas. Et il ajoute : Si tu désires préparer un holocauste, offre-le à Dieu. L’ange, qui ne devait pas prendre de nourriture, conseille à Manoah d’offrir plutôt un holocauste, non pas à lui, mais au Seigneur.

solennite de la Nativite de saint Jean-Baptiste, 3° lecture



 

Sur Luc 1, 57-80

Les annonciations de Jean et de Jésus

Saint Augustin

Sermons au peuple, III° série, sermon 291, OC 18, p. 502s

 

L’ange promet un fils à Zacharie, il promet également un fils à la Vierge Marie, et elle lui fait à peu près la même question que Zacharie. Que lui dit Zacharie ? Comment connaîtrai-je cela, car je suis vieux, mon épouse est stérile et avancée en âge ? Que lui dit sainte Marie : Comment cela se fera-t-il ? Le langage est semblable, les dispositions du cœur sont bien différentes. Les mêmes paroles frappent nos oreilles, mais que l’ange lui-même nous apprenne combien les sentiments du cœur sont différents.

David, lorsqu’il eut péché, fut repris par un prophète et s’écria : J’ai péché ; il lui fut aussitôt répondu : Ton péché t’est pardonné. Saül se rendit également coupable de péché, et, sur le reproche que lui en fit un prophète, il fit aussi cet aveu : J’ai péché. Mais son péché ne lui fut point pardonné, et la colère de Dieu continua à s’appesantir sur lui. Pourquoi cette conduite si différente ? Parce que cet aveu, semblable dans la forme, cachait un cœur tout différent. L’homme entend la voix qui frappe son oreille, Dieu pénètre le fond des cœurs. Dans ces paroles de Zacharie, l’ange aperçut le langage, non pas de la foi, mais du doute, de la défiance, et il le fit voir en lui ôtant l’usage de la voix, en punition de son incrédulité. Sainte Marie dit aussi à l’ange : Comment cela se fera-t-il, car je ne connais point d’homme ? Reconnaissez ici le vœu de virginité. Si elle avait dû avoir des rapports avec son mari, comment aurait-elle pu dire : Comment cela se fera-t-il ? Si cette naissance devait ressembler à la naissance de tous les autres enfants, Marie ne ferait point cette question.

Pourquoi célébrons-nous la naissance de Jean plutôt que celle de tout autre apôtre, martyr, prophète ou patriarche ? C’est que, après leur naissance, les autres disciples du Seigneur furent appelés à recevoir ses enseignements ; ce fut qu’alors que leur foi s’attacha au Seigneur, mais aucun d’eux ne lui rendit témoignage par sa naissance. Nés comme les autres hommes, ce n’est que dans la suite de leur vie qu’ils ont été remplis de l’Esprit-Saint. La naissance de Jean Baptiste, au contraire, est une prophétie de l’avenir de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui il rend témoignage en le saluant dès le sein de sa mère.

solennite de la Nativite de saint Jean-Baptiste, 2° lecture



 

Sur Jérémie 1, 4-10 . 17-19

La joie de Jean Baptiste

 

Aelred de Rievaulx

Sermons pour l’année 3, sermon 44 pour la naissance de Jean, p. 192s

 

D’où venait la joie de Jean Baptiste ? Vous voyez bien que sa joie ne pouvait venir des réalités tout extérieures, puisqu’il ne trouvait en elles que labeurs et austérités. Peut-être se réjouissait-il d’être admiré par tous et loué pour son genre de vie ? Beaucoup réagissent comme cela ; ils ne se réjouissent pas d’avoir bien agi, mais d’être grandement loué. Tel ne fut pas le bienheureux Jean. Car s’il avait été ainsi, n’aurait-il pas accepté les louanges des hommes qui étaient en effet nombreux à le prendre pour le Christ. Mais lui-même les dissuadait de croire cela lorsqu’il disait : Celui que vous pensez que je suis, je ne le suis pas. Voyez-vous à présent qu’il ne trouvait manifestement pas sa joie dans les louanges humaines ? Mais alors, d’où lui venait sa joie ? Qu’il nous le dise lui-même et nous montre ce que devons nous-mêmes désirer ? Celui qui a l’épouse, c’est l’époux, ditil ; quant à l’ami de l’époux, il se tient debout, il l’entend, et il est ravi de joie à la voix de l’époux. Notre Seigneur, c’est-à-dire le Christ, il l’a appelé « époux ». Mais de qui est-il l’époux ? De cette chair ? Certainement pas ! Le Christ est l’époux de l’âme. Qui le serait sinon lui ? Celui qui a l’épouse, c’est l’époux. Qui peut faire de l’âme de l’homme son épouse, sinon notre Seigneur ? Qui peut s’unir l’âme de l’homme, faire un avec elle et la faire participer à sa joie et à sa douceur, sinon le Christ ? Ainsi donc, il dit : Celui qui a l’épouse, c’est l’époux.

            Et saint Jean qui était-il ? Ecoute ce qu’il était : L’ami de l’époux se tient debout et il l’entend. Vraiment, frères, il est grand ce Jean qui est l’ami de Jésus-Christ ! Qui pourrait être plus grand que l’ami du Christ ? Il a des serviteurs, il a des amis. Que peut-il avoir encore ? Certainement pas de maître, ni de père. Absolument personne ne peut être plus grand que son ami. De fait, parmi ceux qui sont nés de la femme, il ne s’est pas levé de plus grand que Jean Baptiste. L’ami de l’époux se tient debout. L’ami de l’époux se tient debout : il ne bouge pas, il ne chancelle pas, il n’est pas couché à terre, mais il se tient debout. Voilà pourquoi l’un des amis de l’époux dit : Il est vivant, le Seigneur en présence de qui je me tiens debout. Heureux celui qui se tient debout en présence du Seigneur. L’ami de l’époux se tient debout : il garde la voie droite, il ne dévie ni à droite, ni à gauche, il ne se courbe pas vers la terre. Tel fut ce bienheureux homme : il ne s’envola pas vers les hauteurs, il ne s’abaissa pas vers les profondeurs, voilà pourquoi il se tint debout à la place où le Seigneur l’avait mis. Je ne suis pas le Christ, dit-il. Ô combien misérable fut Adam qui refusa de demeurer à la place où le Seigneur l’avait mis, mais qui voulut être comme Dieu. Il ne voulut pas être ami, mais égal ; c’est pourquoi d’ami, il devint esclave.

solennite du sacre Coeur de Jesus, 3° lecture



 

sur Matthieu 11, 25-30

« Mon joug est doux et mon fardeau léger »

Bienheureux Guillaume de Saint-Thierry

Méditations et prières, p. 215s

 

Tu m’as enrôlé, Seigneur, et je me suis laissé prendre ; tu as été le plus fort, tu l’as emporté ! J’ai distingué ta voix qui disait : Venez à moi, vous tous qui peinez et êtes surchargés, je vous soulagerai ! Je suis venu à toi, j’ai cru à ta parole ; en quoi m’as-tu soulagé ? Je ne peinais pas, et maintenant je peine, et si fort que je succombe à la peine. Je n’étais pas surchargé, et maintenant je ploie sous le fardeau. Tu as dit pourtant : Mon joug est délicieux, et mon fardeau léger. Où donc se trouvent ces délices ? Où donc est-elle cette légèreté ? Maintenant je n’en puis plus sous le joug, je tombe sous le fardeau. J’ai jeté un regard  tout à l’entour, mais personne pour me secourir ! J’ai cherché, mais personne pour m’aider ! Qu’est-ce donc, Seigneur ? Pitié ! Car je suis infirme.

Et le Seigneur m’a répondu : Je ne t’ai pas enjôlé, mon fils, je t’ai doucement guidé jusqu’ici. Le mot que je t’ai dit, que tu m’as entendu crier : Venez à moi !, il est crié pour tous, mais il n’est pas donné à tous de suivre cet appel. De préférence à des gens qui s’estiment riches et puissants, à toi cela a été donné. Ai-je mal agi avec toi en t’octroyant ce bienfait ? Tu murmures parce que je ne te soulage pas, mais si je ne t’avais déjà soulagé, déjà tu aurais succombé ! Tu gémis sous mon joug et tu fatigues sous mon fardeau, mais c’est l’amour qui donne à mon joug la suavité et à mon fardeau la légèreté. Si tu avais assez d’amour, tu ressentirais cette suavité ; si ta chair m’aimait, elle ne peinerait pas tant, ou, si elle peinait, l’amour lui allègerait la peine. Tu es incapable de porter seul mon fardeau et mon joug, mais si l’amour se joint à toi pour les porter, à ton grand étonnement, tu goûteras tout de suite leur suavité.

Seigneur, c’est bien ce que je t’ai dit ce que je t’ai dit : j’ai fait ce que j’ai pu ! Ce qui semblait être en mon pouvoir, je l’ai mis à ton service ; si j’avais pu avoir l’amour, déjà depuis longtemps je serais parfait. Si tu ne le me donnes pas, je ne puis l’avoir ; et si je ne l’ai, je ne puis tenir. Combien je suis capable de peu de choses, tu le sais, tu le vois ! De cette misère enlève donc ce que tu voudras, mais donne-moi cet amour dans sa plénitude et dans sa perfection !