Texte du jour

Vendredi de la 2ème semaine de Carême



Deutéronome 31, 1-15+23

Moïse et Josué

Adin Steinsaltz

Hommes et femmes de la Bible, p. 101s

        Une prophétie de Moïse ne s’est pas réalisée à proprement parler, quand il s’écrie dans le Deutéronome : Je sais, qu’après ma mort, vous irez dégénérant et vous dévierez du chemin que je vous ai tracé. Sous Josué, en effet, le peuple d’Israël continua d’observer la Loi et ses commandements. Les Sages expliquent à ce sujet qu’un disciple est assimilé à son maître, qu’il est en fait un prolongement de sa quintessence. En vérité, Moïse savait qu’aussi longtemps que vivrait son élève, il continuerait en quelque sorte à vivre en lui. Par conséquent, l’ère de Moïse prit plutôt fin à la mort de Josué, et non à celle de Moïse. Avec la disparition de Josué, s’achèvera l’époque de la sortie d’Egypte, et une nouvelle époque historique, celle de la véritable histoire d’Israël, commencera pour le peuple juif, qui devrait désormais affronter seul les conflits inhérents à une nation.

        A maints égards, Moïse et Josué partagent donc un seul et même élan, bien que leurs différences soient d’une portée considérable. La différence de fond, c’est que Josué n’était pas à l’origine d’une politique ou d’évènements : il se contenta de mener à bien la tâche qui lui avait été assignée. Le Talmud a dépeint cette situation sous une forme quelque peu désobligeante à l’égard de Josué : « La face de Moïse était comme le soleil, celle de Josué comme la lune. » Cette image les présente comme les deux grands luminaires de la Genèse, devant lesquels s’effacent toutes les lumières des générations suivantes. Même s’ils répandent tous deux la parole divine dans le monde, la nature de ces deux grands luminaires est néanmoins différente : l’un est la source de la lumière, alors que l’autre n’en est qu’un reflet. Moïse parlait à Dieu directement, « face à face » ; Josué, lui, s’adressait à Dieu comme un homme, ou, au mieux, comme un prophète.

 

3° lecture Fête de saint Benoît



Matthieu 19,27-29 ou Jean 17,20-26

« Vous serez assis sur douze sièges »

Saint Augustin

Discours sur le psaume 121, OC 15, p. 31s

        Si le ciel est le siège de Dieu, si les apôtres sont des cieux, les apôtres sont le siège de Dieu, ils sont le trône de Dieu. Or l’Ecriture nous dit : L’âme du juste est le trône de la Sagesse., c’est-à-dire que la Sagesse siège dans l’âme du juste comme sur son trône, et que, de là, elle prononce tous ses jugements. Les apôtres étaient donc le trône de la Sagesse, c’est pourquoi le Seigneur leur a dit : Vos serez assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël. Ils seront assis sur douze trônes, tandis qu’en même temps ils seront les sièges de Dieu, cat c’est d’eux que le Prophète a dit : Là se sont assis les sièges. Quels sont ceux qui ont siégé ? Les sièges ? Et quels sont ces sièges ? Ceux desquels il a été dit : L’âme du juste est le siège de la Sagesse. Quels sont ces sièges ? Les cieux ? Quels sont les cieux ? Le ciel. Quel est le ciel ? Celui dont le Seigneur a dit : Le ciel est mon siège. Les justes sont donc des sièges, ils occupent des sièges, et c’est dans la Jérusalem dont parle le psaume que siègeront ces sièges. Mais pour quelle cause ? Pour le jugement. Vous serez assis sur douze siège, dit le Seigneur, ô vous qui êtes des sièges, pour juger les douze tribus d’Israël. Qui jugeront-ils ? Ceux qui sont au-dessous d’eux sur la terre. Quels seront les juges ? Ceux qui sont devenus le ciel. Mais ceux qui seront jugés seront séparés en deux parties ; l’une sera placée à droite, l’autre à gauche. Les saints jugeront avec le Christ. En effet, Isaïe a dit : Il viendra pour juger avec les anciens du peuple. Il y a en aura donc qui jugeront avec lui, d’autres qui seront jugés par lui et par ceux qui jugeront avec lui. Les saints jugeront avec le Seigneur pour discerner ceux qui auront exercé la miséricorde et les placeront à droite pour les introduire dans le Royaume des cieux. Telle est la paix de Jérusalem. Et qu’est-ce que cette paix de Jérusalem ? C’est l’union des œuvres de la miséricorde et des œuvres spirituelles de la prédication ; donner et recevoir produisent cette paix. Les saints avec le Seigneur interrogeront sur les choses qui sont pour la paix de Jérusalem : que trouveront-ils en interrogeant ? Que les uns ont fait des œuvres de miséricorde et les autres n’en ont pas fait. Ils appelleront à Jérusalem ceux qu’ils trouveront avoir fait des œuvres de miséricorde, parce que ces œuvres sont pour la paix de Jérusalem. La charité est une grande puissance. Voulez-vous connaître toute la puissance de la charité ? Quiconque ne peut, en raison de quelque nécessité, pratiquer complètement les commandements de Dieu, n’a qu’à aimer celui qui les accomplit, et il les accomplit lui-même en celui-ci.

 

2° lecture Fête de saint Benoît



Genèse 28, 10-22

Que dit saint Benoît ?

Cardinal Basile Hume

Eloge de saint Benoît, p. 130s

        Que dire de la Règle de saint Benoît ? Deux faits méritent d’être notés : d’abord que saint Benoît a rédigé sa Règle à partir de sources très diverses. La réussite de Benoît fur de donner naissance une Règle à la fois sensée, humaine, et néanmoins difficile. « La discrétion », la façon délicate de traiter les personnes différentes, apparaît de façon significative dans cette directive adressée à l’Abbé : Dans la correction même, il agira avec prudence et sans excès, de crainte qu’en voulant trop racler la rouille, il ne brise le vase. La Règle de saint Benoît contient des conseils sur la façon d’être un bon supérieur, conseils qui sont tout aussi pertinents aujourd’hui qu’ils l’étaient il y a plus de 1500 ans.

        Le second fait à prendre en compte est qu’au temps de saint Benoît, et pendant au moins deux à trois cents ans après sa mort, les monastères avaient tendance à utiliser des règles différentes ou à choisir la leur à partir de plusieurs autres. La Règle de saint Benoît ne devint normative que progressivement.

        Qu’est-ce qui est plus précieux que tout chez saint Benoît ? Je suis convaincu que c’est la spiritualité qu’enseigne sa Règle. Les principes de la vie spirituelle sont en eux-mêmes intemporels, mais trouvent leur expression dans la vie quotidienne, dans la pratique, sous diverses formes. Voilà un point capital. Saint Benoît doit guider ceux qui sont désireux de vivre leur vie chrétienne d’une manière plus radicale que celle qu’ils considéraient autrement comme possible. Permettez-moi de faire une remarque importante pour éviter tout malentendu. Les moines ont leur façon de suivre le Christ ; d’autres ont le leur. C’est uniquement une question de vocation, de ce à quoi Dieu appelle chacun de nous à être et à faire. La sainteté est pour tous, non pour une élite, et nous sommes tous appelés à la sainteté, qui est une amitié avec Dieu et une obéissance à sa volonté. Saint Benoît était un maître spirituel.

        Les deux devoirs fondamentaux du moine, selon saint Benoît, sont de chercher Dieu et de l’adorer. Le dis que ce sont les devoirs fondamentaux du moine, mais, en fait, ce sont aussi les devoirs fondamentaux de tout chrétien. Je voudrais aller plus loin en disant qu’aucune vie humaine n’est ce qu’elle devrait être si Dieu ne fait pas partie intégrante de cette vie. Il manque quelque chose, dans la vie de chacun d’entre nous, si nous ne sommes pas, d’une manière ou d’une autre, à la recherche de Dieu qui nous conduit à nous faire découvrir qui il est et ce que nous sommes.

 

Mercredi de la 2ème semaine de Carême



Deutéronome 29, 1-5 + 9-28

Pour tous, Dieu renouvelle ses prodiges

Saint Aphraate

Exposé 12 : De la Pâque, n° 8-11

        La Pâque des Juifs se célèbre le quatorzième jour, durant la nuit et le jour qui suit ; notre Pâque se fête le jour de la Passion, le grand Vendredi, au quinzième jour, avec sa nuit et sa journée. Les Juifs, à la Pâque, échappèrent, en fuyant, l’esclavage de Pharaon ; nous, au jour de la crucifixion, nous avons été libérés de la captivité de Satan. Eux, ils égorgèrent l’agneau pris au troupeau, et, par son sang, furent préservés du dévastateur ; nous, par le sang du Fils bien-aimé, nous avons été rachetés des œuvres corrompues que nous accomplissions. Eux, ils eurent Moïse pour guide ; nous, pour chef et pour Sauveur, nous avons Jésus. Pour eux, Moïse fendit la mer et les fit traverser ; notre Sauveur ouvrit les enfers et en brisa les portes, en ouvrit l’accès, et fraya un chemin à ceux qui croiraient en lui. Aux Juifs, fut donnée la manne ; à nous, le Seigneur nous donna son corps à manger. Pour eux, l’eau jaillit du rocher ; pour nous, le Sauveur fit jaillir de son sein des fleuves d’eau vive. A eux fut promise la terre de Canaan en héritage ; à nous, le Seigneur promit de donner la terre de la Vie.

        Pour les Juifs, Moïse dressa le serpent de bronze afin de guérir de la plaie des serpents ceux qui le regarderaient ; pour nous, Jésus s’attacha à la croix, afin qu’en la regardant nous soyons sauvés de la blessure du serpent, c’est-à-dire de Satan. Jésus avait dit aux Juifs : Lorsque vous aurez détruit ce Temple que vous voyez, en trois jours je le relèverai ; les disciples comprirent qu’il parlait de son corps. En cette Tente, il nous promit la Vie, car, en elle, nos péchés sont expiés. La Tente des Juifs, il l’appela « Tabernacle provisoire », car il ne servit que peu de temps ; la nôtre, il l’appela Temple de l’Esprit-Saint, et cela pour l’éternité.

        Au peuple sera accordée une nouvelle Alliance, selon la prophétie de Jérémie ; le Dieu qui a promis de donner une Alliance nouvelle, c’est le même qui avait appelé Abraham et lui avait donné cette promesse et cette bénédiction : En ta descendance seront bénies toutes les nations de la terre.

 

3° lecture Solennité de saint Joseph



Luc 2,41-51

Le mariage de Marie et de Joseph

Saint Augustin

Contre Julien, livre V, chapitre 12, OC 31, p. 362s

        Les trois biens qui, selon moi, appartiennent au mariage se trouvent accomplis dans le mariage de Marie et de Joseph, à savoir : la fidélité des époux, en ce qu’il n’y a point eu d’adultère, les enfants, en la personne de Jésus-Christ, et le sacrement, en ce qu’il n’y a point eu divorce. Ces trois biens qui appartiennent au mariage étaient parfaitement accomplis dans l’union des parents de Jésus-Christ.

        Saint Joseph, selon toi, Julien, et selon l’opinion de tous d’après toi, était l’époux de Marie. Tu voudrais me faire entendre que c’est selon cette opinion, et non selon la vérité, que l’Ecriture a appelé la Vierge Marie l’épouse de Joseph. Quand nous croirions que, lorsque que l’évangéliste a rapporté ses propres paroles ou celles d’un autre, il a parlé selon l’opinion des hommes et non selon la vérité, l’Ange parlant seul à Joseph aurait-il aussi, contre sa conscience et celle de celui à qui il s’adressait, parlé selon l’opinion de tous et non selon la vérité, lorsqu’il dit à Joseph : Ne crains pas de prendre Marie pour épouse. Ensuite qu’était-il besoin de conduire la généalogie de Jésus-Christ jusqu’à Joseph, sinon pour exprimer avec vérité la prééminence du sexe viril dans le mariage ? Si l’évangéliste saint Luc a dit du Seigneur : Etant, comme l’on croyait, fils de Joseph, c’est parce que les hommes le croyait issu de Joseph selon la chair, et il a voulu détruire cette fausse opinion, sans nier, contre le témoignage de l’ange, que Marie ne fût l’épouse de Joseph.

        Marie a été appelée l’épouse de Joseph en vertu de la foi qu’ils s’étaient jurée en s’unissant. Or, cette foi est toujours restée inviolable. En effet, après qu’il eut reconnu que cette Vierge sainte était devenue féconde d’une manière toute divine, Joseph ne pensa point à chercher une autre femme ; il ne crut pas cependant que le lien de la foi conjugale dût être rompu, parce qu’il devait s’abstenir de tout commerce conjugal. Du reste, pense de ce mariage tout ce qu’il te plaira, mais ne me fait pas dire, comme toi et les tiens m’en accusent faussement, que le mariage de nos premiers parents avait été institué sans la nécessité de l’union des deux sexes. Mais, dans le paradis, avant le péché, la chair avait-elle des désirs contraires à ceux de l’esprit ? Cela n’a-t-il pas lieu maintenant dans l’état du mariage, lorsque la pudeur conjugale arrête les excès de la concupiscence ? L’homme vient-il au monde autrement que par la régénération ?

 

2° lecture Solennité de saint Joseph



Hébreux 11, 1-16

Devant le mystère

Adrienne von Speyr

La servante du Seigneur, p. 65s

         Sans s’être jusque-là douté de rien, Joseph aperçoit la grossesse de Marie. Et il ne peut faire autrement que de douter. Ses doutes sont de nature purement objective. Il ne soupçonne pas Marie, il a simplement découvert que sa fiancée attend un enfant. Il le sait de façon supra-personnelle. C’est comme si tout d’abord la connaissance de ce fait ne coïncidait absolument pas avec ce qu’il sait de la personne de Marie. Aussi a-t-il une pure connaissance objective des choses : il y a là une fiancée qui attend un enfant. Même la résolution de renvoyer secrètement Marie est prise au début de façon supra-personnelle ; sûrement d’un cœur lourd, sûrement pour demeurer dans l’obéissance à la Loi qui lui paraît juste, mais comme sans se rendre compte que c’est justement sa fiancée qui le met devant une pareille énigme. Il ne songe pas à se fâcher contre elle. Même dans le doute, il garde à son égard une distance, la distance du profond respect qu’il a toujours eu et qu’il n’abandonnera jamais. Il ne permet pas à ses propres pensées d’aller jusqu’au bout, jusqu’à la conclusion apparemment inévitable.

        Ainsi il réfléchit dans son cœur. La Mère, elle, se tait, car elle vit immédiatement avec Dieu le mystère. Elle comprend que ce mystère est celui de toute l’Eglise à venir, qu’elle ne peut donc en disposer. Il n’y a dans ce mystère, en ce moment, rien qui soit propre à être communiqué à Joseph. Et son mystère la met à ce point entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance qu’elle ne peut aller vers aucune pour s’ouvrir. A la synagogue, on ne l’aurait pas cru si elle s’était donnée pour le Mère du Messie. Et les prêtres de la Nouvelle Alliance ne sont pas encore là. Donc elle ne peut que se taire. Son oui se fortifie dans le silence.

        Bien que ses relations avec Joseph soient celles d’une fiancée avec son fiancé, son attente est pourtant la dernière chose qu’elle puisse lui raconter. La véritable confession, celle qui s’entend comme explication devant Dieu, suppose la discrétion que Marie a conçue de son dialogue avec l’ange et qu’elle a conservée. A son silence, correspond celui de Joseph qui ne pose pas non plus de question : il est rempli du même respect devant  le mystère.

 

Lundi de la 2ème semaine de Carême



Deutéronome 24,1 – 25,4

L’union de l’homme et de la femme

Tertullien

A sa femme, Œuvres Complètes, p. 1022s

         L’union de l’homme et de la femme a été bénie par Dieu, comme la pépinière du genre humain, imaginée et permise pour peupler l’univers et remplir le siècle, pourvu toutefois qu’elle demeure unique, Adam étant le seul mari d’Eve ; Eve fut la seule femme d’Adam, parce que Dieu l’avait tirée de sa côte. Sans doute les anciens et les patriarches eux-mêmes épousaient plusieurs femmes et avaient en outre des concubines. Mais sans répondre ici que la synagogue était la figure de l’Eglise, et nous bornant à une interprétation plus simple, il fut nécessaire d’établir bien des choses qui devaient être retranchées ou réformées dans la suite des temps. Car la Loi mosaïque était attendue : il faillait marcher à son accomplissement à travers les ombres et les imperfections. A la Loi mosaïque devait succéder le Verbe de Dieu, qui introduirait la circoncision spirituelle. Ce n’étaient donc là que des institutions provisoires, autorisées alors par la condescendance de Dieu ; mais qui, appelant une réforme postérieure, ont été retranchées comme superflues ou coordonnées entre elles, soit par le Seigneur, dans son Evangile, soit par l’Apôtre à la fin des temps.

        Mais de la liberté accordée aux pères, des restrictions imposées aux enfants, conclurai-je que le Christ est venu séparer les époux et détruire l’union conjugale, apportant ainsi une prescription contre le mariage ? Loin de moi cette pensée ; je l’abandonne à ceux qui, entre autres erreurs, prétendent qu’il faut séparer ceux qui ne sont plus une seule et même chair, et par là donnent un démenti à celui qui, ayant emprunté à l’homme de quoi créer la femme, a réuni et confondu dans les liens du mariage deux corps formés de la même substance. D’ailleurs, nous ne lisons nulle part que le mariage est interdit, puisqu’il est bon en soi-même. Seulement l’apôtre nous apprend qu’il existe quelque chose de meilleur que ce bien ; car, s’il permet le mariage, il lui préfère la continence, celui-ci à cause des pièges de la tentation, celle-là par rapport à la brièveté des temps. A qui interroge sur les motifs de cette déclaration, il devient bientôt évident que le mariage ne nous a été permis qu’en vertu de la nécessité. Or, la nécessité déprécie ce qu’elle autorise.

 

3° lecture Dimanche de la 2ème semaine de Carême



Luc 9, 28b-36

La Transfiguration de l’âme

Adam de Perseigne

La grâce de la Transfiguration, Vie monastique 24, Bellefontaine, p. 238s

         Bien des fleurs doivent orner le lit de la conscience, des fleurs qui doivent soutenir l’âme prête à faire l’ascension de la montagne où se transfigure le Seigneur. Il est en effet nécessaire que l’âme soit transfigurée et quitte la forme transitoire de la cupidité terrestre, pour devenir capable de voir la lumière cachée du Christ qui se transfigure. Voilà pourquoi, montant sur la montagne où il devait se transfigurer, le Seigneur ne prit avec lui que trois disciples, à savoir, Pierre, Jacques et Jean. Notez chez Pierre la fermeté du parfait amour : en effet Pierre aima plus que les autres et tira son nom de la pierre résistante en raison de la constance d’une foi sincère ; Jacques, qui signifie lutteur, représente l’humilité qui substitue l’innocence aux vices et lutte par la patience contre les ennemis. Par Jean, est exprimé l’intégrité de la chair, qui mérite ce privilège d’être promue jusqu’au secret de la Vérité sans corruption.

        Si vous avez coupé ces fleurs dans le jardin de volupté, vous avez réjoui par de merveilleux parfums la grâce du Christ ; absent, vous l’avez rappelé ; présent, vous l’avez fortement retenu, et vous avez dit : Je l’ai retenu, je ne le lâcherai point, et encore, Mon Bien-aimé est à moi et moi à Lui..

        Au reste, si vous ne vous ignorez pas vous-même, comme Pierre qui ne savait pas ce qu’il disait, vous savez faire et vous avez de quoi faire trois tentes : une pour le Christ, une pour Moïse et une pour Elie. Qu’est en effet le Christ, sinon l’amour éternel ? Qu’il se repose et qu’il ait sa tente au midi, c’est-à-dire dans la faveur de votre charité.

Moïse, qui porta la Loi divine et en eut le zèle, signifie la science ou le zèle de la discipline régulière ; sa tente est faite de jonc, c’est-à-dire de la conscience d’un cœur humble. Elie passe pour avoir été vierge ; de plus, d’après certains, il tire son nom d’Hélios, c’est-à-dire le soleil ; il représente donc la vérité, ou encore la manifestation éblouissante des œuvres de lumière ; voir la lumière éclatante sur la face de l’Epoux est le prix et la récompense de la charité, qui languit du retard apporté à la réalisation de son désir. L’éclatante lumière du vêtement éblouissant de blancheur est la gloire de l’humilité, ici-bas satisfaite de la bassesse et de la dernière place.

Vivons à l’ombre et sous la protection de la nuée lumineuse. Appuyés ainsi sur le Christ, suivons-le partout où il ira, et conduit par les chemins de son éternité, tranquilles, nous dirons : Seigneur, il nous est bon d’être avec toi.

 

2° lecture Dimanche de la 2ème semaine de Carême



Deutéronome 18, 1-22

Le Seigneur suscitera, du milieu de toi, un prophète que vous écouterez

Saint Augustin

Traités sur l’évangile de Jean, OC 9, p. 531s

        A la vue du miracle de la multiplication des pains, les témoins disaient : Celui-ci est véritablement le prophète qui doit venir dans le monde. Jésus était vraiment le Seigneur des prophètes, c’est lui qui avait accompli les oracles des prophètes, lui qui avait sanctifié les prophètes, mais il était en même temps prophète, car il avait été dit à Moïse : Je leur susciterai un prophète semblable à toi, semblable selon la chair, mais non semblable en puissance. Nous voyons clairement expliqué dans les Actes des Apôtres que cette promesse divine avait Jésus-Christ pour objet. Le Seigneur n’a-t-il pas dit de lui-même : Un prophète n’est sans honneur que dans son pays. Le Seigneur est prophète, le Seigneur est en même temps le Verbe de Dieu, le Verbe de Dieu est avec les prophètes, et le Verbe de Dieu lui-même est prophète. Les temps qui nous ont précédés ont mérité d’entendre des prophètes inspirés et remplis du Verbe de Dieu ; pour nous, nous avons mérité d’avoir pour prophète le Verbe de Dieu. Or, le Christ est prophète et le Seigneur des prophètes, comme le Christ est ange et Seigneur des anges ; il est en effet appelé l’Ange du grand conseil par le prophète Isaïe. Que dit d’ailleurs le prophète Isaïe ? Ce n’est ni un envoyé, ni un ange, mais lui-même qui viendra vous sauver, c’est-à-dire que pour nous sauver, il n’enverra ni un ambassadeur, ni un ange, mais qu’il viendra lui-même. Qui viendra ? Lui-même qui est un ange. Ce n’est donc point par un ange qu’il nous sauve, à moins de prendre le nom d’ange dans le sens de Seigneur des anges. En latin, le mot ange signifie envoyé, messager. Si Jésus-Christ ne nous annonçait rien, on ne lui donnerait point le nom d’ange ; si Jésus-Christ n’avait fait aucune prophétie, il ne serait point appelé prophète. Il nous a exhortés à embrasser la foi, à mériter la vie éternelle, il a annoncé des vérités pour le présent, il a fait des prédictions pour l’avenir ; dans le premier cas, c’est un ange, dans le second c’est un prophète ; et en tant qu’il est le Verbe de Dieu fait chair, il est le Seigneur et des anges et des prophètes.

 

Samedi de la 1ère semaine de Carême



Deutéronome 16, 1-17

Dans le monde futur, nous célèbrerons encore les fêtes de Dieu

Origène

Homélie 23 sur le livre des Nombres, n° 11, SC 461, p. 141s

        Nous avons vu ce qui concerne les fêtes de Dieu dans le temps présent ; veux-tu maintenant contempler la célébration de ces fêtes dans le monde futur ? Si tu en es capable, élève un peu tes pensées au-dessus de la terre, et, pendant quelque temps, oublie les choses qui se voient. Représente-toi comment passent le ciel et la terre ; de fait, l’aspect de ce monde est en train de disparaître, un ciel nouveau et une terre nouvelle vont s’établir. Bannis de tes regards jusqu’à la lumière de notre soleil et donne au monde à venir une lumière sept fois plus brillante que les astres. Ou plutôt, pour suivre l’enseignement de l’Ecriture, donne-lui comme lumière le Seigneur lui-même. Vois les anges de gloire se tenir en sa présence, avec les Vertus, les Puissances, les Trônes, les Seigneuries et toutes les espèces de resplendissantes Puissances célestes, non seulement  celles que nous nommons dans le siècle présent, mais toutes celles qui se révèleront dans le monde futur. Au milieu d’elles, contemple et imagine les fêtes du Seigneur, l’immensité de la jubilation, de la joie, de l’allégresse.

        Car ici-bas, si grandes et si authentiques que soient les fêtes spirituelles, surtout quand elles sont vraiment célébrées intérieurement dans l’âme, elles restent cependant toujours partielles, jamais totales. L’apôtre a bien dit que notre connaissance et nos prophéties étaient partielles en ce monde. Il s’ensuit évidement que notre célébration des fêtes est, elle aussi limitée. Nous sommes, malgré nous, importunés par la pesanteur de la chair, agités par ses désirs, rongés par les soins et les tracas qu’elle nécessite. Ce corps corruptible, dit très bien le Sage, appesantit l’âme et accable l’esprit aux pensées multiples. En ce monde, les saints ne peuvent donc célébrer les fêtes que partiellement parce que les divers besoins de la vie présente interrompent la continuité de la fête divine.

        Mais quand viendra ce qui est prédit pour ceux qui seront rétablis dans leur sainteté première, alors il n’y aura plus ni faim, ni soif, ni sommeil, ni labeur ; tous resteront désormais en éveil, comme les anges qui vivent, dit l’Ecriture, toujours vigilants. Alors, oui, ce sera la fête véritable et sans fin. Celui qui la présidera, c’et l’Epoux, le Roi, Jésus-Christ, notre Sauveur, à qui sont gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.