Texte du jour

Jeudi de la 13ème semaine du Temps Ordinaire



Néhémie 9, 22-37

Dieu à l’œuvre pour sauver les siens

Saint Augustin

Discours sur le psaume 105, tome II, p. 572s

          Nos pères n’ont pas compris tes merveilles. Et qu’est-ce sinon la vie éternelle et non un bien temporel, mais le bien immuable que l’on attend par la patience ? Aussi, dans leur impatience, ils se jetèrent dans le murmure, dans les paroles amères, et voulurent placer leur félicité dans les biens présents, biens frivoles et trompeurs. Ils ne se souvinrent point de tes miséricordes. Et les prophètes ont accusé leur intelligence et leur mémoire. Il leur fallait l’intelligence pour comprendre à quels biens éternels Dieu les appelait par ces biens temporels ; et la mémoire pour ne point oublier du moins les prodiges temporels, et pour en conclure, avec une ferme confiance, que Dieu les délivrerait de la servitude de leurs ennemis, par cette même puissance qu’ils avaient éprouvée tant de fois : or, ils oublièrent les prodiges si grands que Dieu avaient opérés en leur faveur pour écraser leurs ennemis. Ils se révoltèrent contre Dieu.

          Toutefois, les prophètes ajoutent que Dieu ne les traita point selon leur infidélité. Il les sauva, disent-ils, à cause de son nom, afin de faire éclater sa puissance, et non à cause de leurs mérites. Oui, Dieu fit trouver des miséricordes à ceux qu’ils avaient prédestinés, car cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde, en présence de ceux qui les tenaient en captivité. Ces ennemis, le diable et ses anges avaient réduit en captivité ceux que Dieu a prédestinés à son royaume et à sa gloire. Mais le Rédempteur, ayant chassé dehors ceux qui dominaient les infidèles à l’intérieur, ils ne les attaquent plus qu’à l’extérieur. Or, leurs attaques ne sont point victorieuses contre ceux qui se retirent dans une tour et se dérobent ainsi à l’ennemi. S’ils nous attaquent, c’est qu’ils sentent qu’il y a chez nous quelques restes d’infirmité qui nous font dire à Dieu : Remets-nous nos dettes, ou encore : Ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal. Après avoir chassé tous nos ennemis, Notre Seigneur Jésus-Christ a perfectionné les guérisons dans son corps, lui qui en est la tête et le Sauveur, afin d’être dans ce même corps consommé le troisième jour. Voici ce qu’il dit : Je chasse les démons, je rends la santé aujourd’hui et demain, et le troisième jour je serai consommé, c’est-à-dire, je serai parfait lorsque nous nous rencontrerons tous à l’état de l’homme parfait, dans la force de l’âge qui réalisera la plénitude du Christ.

Mercredi de la 13ème semaine du Temps Ordinaire



Néhémie 9, 1-2+5-21

Israël, peuple de Dieu

Père Pierre Grelot

Sens chrétien de l’Ancien Testament, p. 222s

          La figure fondamentale, c’est le peuple d’Israël lui-même. Son expérience de foi comporte trois éléments qui se retrouvent exactement dans l’expérience de l’Eglise : l’expérience de la communion avec Dieu, garantie par le fait de l’Alliance, Vous êtes mon peuple et je suis votre Dieu ; l’expérience de l’union entre tous les membres de la communauté sainte, union de nature religieuse qui a Dieu pour garant et pour source ; enfin, l’expérience de la mise à part, par laquelle Israël est distingué des païens qui ne connaissent pas Dieu et soustrait en principe au sort de l’humanité pécheresse. Cependant cette expérience de foi assume des éléments d’ordre temporel qui lui donnent une coloration particulière. Le peuple de Dieu a des assises terrestres identiques à tous les autres peuples. L’alliance divine y sacralise des liens naturels qui résultent de l’unité d’origine ethnique, de l’assimilation par traités, conquête ou mariages, de la communauté de culture, etc… Bref, ce peuple est une race : la descendance des patriarches ; il forme une nation : celle dont les émigrants sortis d’Egypte ont constitué le noyau et le cœur ; il a sa langue propre, qui est comme son patrimoine spirituel. Tout cela sert de support concret à la communauté de grâce et de foi. C’est pour cela que la mise à part d’Israël, signe tangible d’un dessein de salut dont la visée est universelle, a pour effet paradoxal de renforcer un particularisme national qui permettra au peuple de Dieu de survivre à tous les accidents de l’histoire.

          Tous ces traits montrent qu’Israël n’est pas encore l’Eglise. Mais sous le voile de ses structures temporelles, il vit déjà en quelque mesure le mystère même de l’Eglise ; il l’annonce par avance en tant qu’elle sera Peuple de Dieu. C’est pourquoi le Nouveau Testament peut définir l’Eglise comme le peuple de l’alliance nouvelle. Cependant l’expérience de foi de l’Eglise implique un dépassement des limites que la race, la nation, la langue, imposaient au peuple de Dieu dans l’Ancient Testament : le peuple nouveau est ouvert à toutes les races, les nations et les langues, et sa mise à part est exclusivement spirituelle. Tous les éléments temporels dépassés et caducs n’avaient donc qu’une valeur de figures.

Mardi de la 13ème semaine du Temps Ordinaire



Néhémie 7,72b – 8,18

Prophète ou prêtre ?

Père Théophane Chary

Les prophètes et le culte à partir de l’exil, p. 69s

          Les positions cultuelles du prophète Ezéchiel seront durcies après lui. Dans la cité théocratique prévue par lui, il reste un souffle prophétique animant jusqu’aux mesures les plus précises. La personnalité d’Ezéchiel affleure toujours, et, jusqu’aux derniers chapitres de la Torah, le prophète repousse franchement le prêtre pour animer seul la vision des splendeurs futures. Ce prophète-là ne s’est jamais retrouvé dans les caravanes d’exilés revenant à Jérusalem. Ceux qui ont eu la redoutable mission de guider la restauration n’avaient plus le génie d’Ezéchiel. Les circonstances concrètes dans lesquelles ils durent exercer leur ministère, étaient pénibles : il fallait plier le rêve à la réalité. Celle-ci fut très modeste, et, dans le second Temple, le prophète céda la place au prêtre.

          Esdras, le prêtre, apportera de Babylone la Torah, et fondera sur elle la réforme, nous venons de l’entendre dans la lecture, il y a un instant. Le souci de la Loi qui s’étale ici est déjà bien visible dès le début chez le Chroniqueur : il a soin de renier les réformes ou les prescriptions à Moïse, l’homme de Dieu qui a reçu la Torah. Le prophète délivrait un message vivant, adapté sans cesse aux besoins du peuple ; la Torah délivre un message fixe et souvent impersonnel où l’élément juridique et rubriciste a la part si large. Faut-il s’étonner qu’elle ait eu moins de succès que le prophète ? De nombreux relâchements faillirent plusieurs fois compromettre l’œuvre de restauration, et cela par la faute du clergé. La Torah n’a pas réussi à garder ses propres gardiens. C’est avec un zèle redoublé que les meilleurs des prêtres se consacrent à l’étude et à l’explication de la Torah. Leur vigilance assurera la permanence du dépôt sacré, mais sera cause, en même temps, du rétrécissement de la piété dont le monde pharisien présentera plus tard la résultante extrême.

          Le durcissement de la religion dont Esdras et Néhémie nous fournissent le spectacle est, à coup sûr, un héritage d’Ezéchiel. On peut le regretter, mais il ne faut pas oublier que, pendant plusieurs générations, il fallait reconstruire le Temple de Dieu. L’heure n’était pas au rêve d’expansion, mais à la concentration et à la stricte discipline ; cette attitude a sauvé et la vie cultuelle et la foi juive elle-même.

3° lecture Solennité des saints apôtres Pierre et Paul



Matthieu 16, 13-19

« Tu t’appelleras Céphas »

Dom Augustin Guillerand

Ecrits spirituels, tome I, p. 154s

          Pierre était un simple Galiléen, peu différent en apparence de tous ceux qui venaient écouter et l’entourer Jésus. Mais avec Jésus, nous sommes toujours par-delà les apparences…, et souvent contre les apparences. Il est Celui qui est ; il voit ce qui est, ce que les apparences masquent si fréquemment. Il va à la réalité cachée ; il écarte ce qui la recouvre, et il la met en face de lui et de ceux qui l’écoutent en se mettant bien en face d’elle.

          Tu es Simon…, tu t’appelleras Pierre. Pourquoi, comment Jésus a-t-il découvert ce que recouvraient les dehors peut-être assez simples de Simon ? Qu’étaient ces dehors ? Nous n’avons aucune indication à cet égard ; il en est de même de tous ces hommes sur qui devait s’élever un nouveau monde…, et du Maître qui en est le fondement.

          Les apparences ne comptent pas pour Dieu, sinon un certain reflet du dedans spirituel qui se reflète en elles. Jésus avait certainement cette intuition qui, dans l’aspect extérieur, devine l’intérieur ; mais il avait surtout le regard spirituel et profond qui, d’un coup, pénètre jusqu’au fond. Pour Jésus, ce Galiléen, simple et un peu fruste, assez semblable aux autres au premier abord, ce n’est pas seulement une nature généreuse et riche de possibilités, capable de donner sans réserve, apte aux affaires, au commandement, un chef, c’est la pierre solide, résistante, inébranlable, qui traversera les siècles, qui affrontera toutes les poussées et triomphera de tous les coups, c’est l’homme en qui il peut, à un degré spécial, s’incarner, répandre sa vérité et son amour. Et il met tout cela dans un nom d’où toute provenance charnelle disparaît, un nom nouveau qui vient tout droit de Dieu et qui le voue à lui : Tu t’appelleras Céphas, Pierre.

Cette transformation de nom qui correspond à une nouvelle forme et à un nouvel être, est spéciale à Pierre. Jésus a accueilli, conquis, assimilé tous les êtres. Son action sur eux fut immédiate et complète : il les fait en un instant tout autres. L’action exercée sur Pierre s’en distingue nettement : elle ajoute une forme unique, qui est propre à cet apôtre, à la forme communiquée aux premiers. Les conséquences d’un tel acte dépassent tout ce que l’histoire nous en peut dire : l’éternité seule pourra les manifester. Ainsi avec Jésus, tout ce qu’il dit et fait a un retentissement infini.

2° lecture Solennité des saints apôtres Pierre et Paul



Galates 1,15 – 2,10

La conversion de Paul témoigne pour son évangile

Saint Jean Chrysostome

Commentaire de la lettre aux Galates, OC 18, p. 87s

          Paul montre en bien des circonstances qu’il a pour tous les apôtres sans exception des sentiments dévoués et généreux : Ce que je vous écris, je l’écris devant Dieu, lui qui sait que je ne mens pas. Vous voyez briller son humilité ! Paul est là comme s’il défendait sa cause devant un tribunal, prêt à recevoir sa sentence. Aussi s’efforce-t-il de se justifier. Puis, je suis venu dans les contrées de la Syrie et de la Cilicie.

          C’est après avoir vu Pierre. Il touche de nouveau maintenant au combat qu’il doit soutenir, mais qui ne regarde pas la nation juive, soit parce que l’apôtre est envoyé vers les nations, soit parce qu’il ne veut pas bâtir sur le fondement d’autrui. Voilà pourquoi il a soigneusement évité de se rencontrer même avec les Juifs : Les Eglises de la Judée ne me connaissent même pas de vue ; seulement elles ont ouï dire que celui qui, naguère, les persécutait, annonçait désormais la foi dont il avait juré l’extinction ! Quelle modération respire dans ce langage ! En relevant les charges qui pesaient sur lui, en rappelant qu’il avait persécuté l’Eglise, qu’il l’avait ravagée, il s’étend là-dessus, il insiste, il met à nu sa vie passée, et puis quand il s’agit de ce qui ferait sa gloire, il passe rapidement. Il eût pu certes raconter ses hauts faits ; mais il n’en signale aucun ; il parcourt avec un mot cet océan immense : Je suis venu dans les contrées de la Syrie et de la Cilicie. Là, on avait entendu dire que, celui-là même qui naguère les persécutait, annonçait désormais la foi dont il avait juré l’extinction. Après cela, plus rien. Que signifie cette parole : Je n’étais pas connu des Eglises de la Judée ? C’est pour mieux établir que Paul n’avait pas prêché aux Juifs qu’il déclare n’être pas connu de vue. Ils glorifiaient Dieu à mon sujet. Encore une fois, remarquez cette modestie profonde, la règle qu’il s’en est faite, le soin extrême qu’il met à l’observer. Il se garde bien de dire : On m’admirait, on me couvrait d’éloges, on était dans le ravissement. Non, il attribue tout à la grâce, en disant : Ils glorifiaient Dieu à mon sujet.

3° lecture Dimanche de la 13ème semaine du Temps Ordinaire – A



Matthieu 10, 37-42

« Celui qui perd sa vie à cause de moi la gardera »

Lettre à Diognète

Sources Chrétiennes n° 33 bis, p. 77s

          Oui, Dieu nous a aimés. Pour nous, il a créé le monde ; il nous a donné tout ce qui est sur la terre ; il nous a dotés de raison et d’intelligence. Nous sommes les seuls à pouvoir élever notre regard vers le ciel. Il a désiré que nous soyons formés à son image et à sa ressemblance. Il nous a envoyé son Fils, son Unique. Il a promis le Royaume des cieux qu’il donnera à ceux qui, sur la terre, l’auront aimé.

          Quand tu l’auras connu, quelle joie, songes-y, remplira ton cœur ! Alors tu aimeras celui qui t’a ainsi aimé le premier ! En l’aimant, tu seras un imitateur de sa bonté ; oui, un être humain peut imiter Dieu : il en est capable parce que Dieu lui-même le veut. Ecraser son prochain, imposer sa volonté aux faibles, désirer les richesses à tout prix, employer la force contre ceux qui sont plus petits que nous, là n’est pas le bonheur, et ce n’est pas ainsi qu’on imite Dieu ! Dieu est trop bon pour agir aussi mal, de tels actes lui sont étrangers.

          Porte la charge trop lourde de ton prochain. Quand tu es plus fort dans un domaine, fais-en profiter les plus faibles. Donne généreusement aux pauvres des biens que tu as, parce que Dieu te les a donnés. Sois un imitateur de Dieu.

Alors, quoique séjournant sur la terre, tu contempleras Dieu régnant dans la cité céleste, tu commenceras à parler des mystères de Dieu ; aussi tu aimeras et tu admireras ceux qui sont torturés parce qu’ils ne veulent pas renier Dieu. Tu condamneras alors l’imposture et l’égarement du monde, quand tu connaîtras ce qu’est vraiment vivre, quand tu mépriseras ce qu’ici-bas on appelle la mort, quand tu redouteras la véritable mort, celle qui est réservée à ceux qui seront condamnés au feu éternel, le châtiment de ceux qui lui auront été livrés. Aussi tu admireras ceux qui endurent le feu d’ici-bas pour la justice, et tu les proclameras bienheureux quand tu auras appris qu’ils siègeront auprès de Dieu dans son Royaume qui n’aura pas de fin.

2° lecture Dimanche de la 13ème semaine du Temps Ordinaire



Néhémie, 3,33 – 4,17

Jérusalem bâtie comme une ville

Saint Augustin

Commentaire sur le psaume 124, 3-4, tome II, p. 977s

          Ceux qui qui mettent leur confiance dans le Seigneur ressemblent à la montagne de Sion, ils ne seront point ébranlés de l’éternité. Quels sont ces hommes ?

            Si nous entendons ici la Jérusalem de la terre, tous ceux qui l’habitaient en ont été chassés par la guerre et par la ruine de cette ville ; tu cherches maintenant un Juif dans Jérusalem, tu n’en trouves point. Pourquoi donc ceux qui habitent Jérusalem ne seront-ils point ébranlés de l’éternité, sinon parce qu’il s’agit de cette autre Jérusalem dont on vous parle si souvent ? C’est elle qui est notre mère, c’est après elle que nous soupirons en gémissant dans cet exil ; c’est là que nous voulons retourner. Nous nous sommes éloignés d’elle, et nous en avions perdu le chemin. Le roi de cette ville est venu lui-même, il s’est fait notre voie pour que nous puissions y retourner. C’est vers cette Jérusalem que soupirait celui qui chantait : Jérusalem qui est bâtie comme une cité et dont les habitants sont unis ensemble. Ceux donc qui habitent cette ville ne seront pas ébranlés à jamais, tandis que ceux qui ont habités la cité terrestre ont été ébranlés, par le cœur d’abord, par l’exil ensuite. Leur cœur s’est ébranlé, et ils sont tombés quand ils ont crucifié le roi de la Jérusalem céleste. Mais ils en étaient dehors déjà par le cœur, et ils en avaient chassé le roi,  car ils le firent sortir de leur cité et le crucifièrent en-dehors. A son tour, il les a bannis de sa cité, c’est-à-dire de la Jérusalem éternelle qui est dans le ciel, et notre mère à tous.

            Comment donc est cette ville ? Le prophète nous la décrit en un mot : Des montagnes l’environnent. Est-ce un grand avantage pour nous d’être dans une ville environnée de montagnes ? Est-ce bien à être dans une ville environnée de montagnes que consistera notre fidélité ? Ne connaissons-nous point les montagnes, et sont-elles autre chose que des éminences de terre ? Il est donc d’autres montagnes aimables, montagnes élevées qui sont les prédicateurs de la vérité, comme les anges, les Apôtres, les Prophètes. Ceux-là environnent Jérusalem, ils sont à l’entour et lui servent de murailles ? C’est de ces montagnes aimables et délicieuses que nous parlent souvent l’Ecriture. Observez, quand vous la lisez ou l’entendez, combien on parle de ces montagnes ; ces montagnes sont éclairées par Dieu ; sur elles d’abord il épanche sa lumière afin que de là elle passe aux vallées et aux collines. C’est par elles que nous sont venues les Saintes Ecritures, les prophéties, les écrits des apôtres, les évangiles. C’est de ces montagnes que nous chantons : J’ai levé les yeux vers les montagnes d’où me viendra le secours.

Samedi de la 12ème semaine du Temps Ordinaire



Néhémie, 2, 9-20

Le Temple postexilique

Père Roland de Vaux

Les Institutions de l’Ancien Testament, tome II, p. 162s

          En terre d’exil, Ezéchiel eut la vison d’un Temple nouveau dans une Jérusalem restaurée et idéalisée. Ezéchiel avait vu le Temple de Salomon encore debout, et donna à son sanctuaire la même description essentielle. Cette relation semble avoir inspiré les reconstructions postérieures du Temple, peut-être celle de Zorobabel, plus sûrement le Temple d’Hérode. Ce Temple, décrit par Ezéchiel, s’élève dans un espace sacré, il est isolé du domaine profane, protégé par deux enceintes où des portes contrôlent les entrées, aucun étranger n’y peut pénétrer. Rien n’est dit des installations cultuelles, sauf l’autel des holocaustes devant le Temple : cet autel ressemble à une ziggurat en miniature, avec ses trois étages dont les noms comportent un symbolisme cosmique ; dans le Hêkal, une sorte d’autel en bois, c’est la table qui est devant Dieu, l’ancienne table des pains d’oblation. Dans le Debir, appelé explicitement le Saint des Saints, il n’y a plus l’Arche d’Alliance, mais la gloire du Seigneur emplit le sanctuaire, là où Dieu habite au milieu des enfants d’Israël, comme au désert. Le Temple est le centre de la théocratie restaurée.

          C’est en 538 que Cyrus autorisa les Juifs à revenir à Jérusalem et à y rebâtir le Temple de leur Dieu aux frais du trésor royal ; il leur fit rendre le mobilier d’or et d’argent que Nabuchodonosor avait emporté comme butin.

          Les premiers exilés revenus en Palestine rétablirent un autel sur l’ancien emplacement et commencèrent les travaux du Temple ; il semble qu’on ne fit alors que dégager le tracé des anciens murs et niveler autour ; puis les travaux furent interrompus, par une obstruction des Samaritains et par la négligence des certains Juifs. Ils ne reprirent que la deuxième année de Darius, en 520, sous la direction de Zorobabel et de Josué, avec les encouragements des prophètes Aggée et Zacharie.

          De ce Temple, nous ne savons que peu de choses. Cet édifice avait le même plan que l’ancien, et il est vraisemblable qu’il gardait les mêmes dimensions. Un rapport, que l’on peut lire dans le livre d’Esdras, témoigne que le travail était solide et soigné, et le résultat, s’il n’atteignait pas eu luxe légendaire du Temple de Salomon, dut être convenable.

Vendredi de la 12ème semaine du Temps Ordinaire



Néhémie, 1,1 – 2,8

Néhémie

Père Albert Gelin

Les livres d’Esdras et de Néhémie, BJ Fascicule, p. 23s

          Néhémie, grâce à l’autobiographie qu’il nous a laissée, est un des personnages les plus connus et les plus sympathiques de l’Ancien Testament. Un tempérament émotif : ayant appris que les remparts de Jérusalem sont en brèches et ses portes incendiées, je m’effondrai et pleurai ; je fus plusieurs jours dans le deuil, jeûnant et priant devant le Dieu du ciel ; un peu de vanité perce en ses propos : devant se rendre auprès du gouverneur, muni de lettres du roi, il raconte  que : le roi m’avait fait escorter par des officiers de l’armée et des cavaliers, tels sont les petits côtés d’un beau caractère de chef. Il a le sens des hommes, cherchant les contacts, payant de sa personne : Je me suis également tenu au travail de ce rempart, bien que je ne fusse propriétaire d‘aucun champ ; d’une éloquence brève qui sait toujours trouver chez l’auditeur la vibration : Ayant délibéré en moi-même, je tançai les grands et les notables en ces termes : Quel fardeau chacun de vous impose à son frère ! ; d’un optimisme qui sait ne pas tenir compte de certaines réticences ou résistances de l’opinion ; il a le sens du possible : son attitude à l’occasion des mariages mixtes est plus réaliste que celle d’Esdras ; il sait transiger pour le présent et miser sur l’avenir : nous ne donnerons plus nos filles aux gens du pays et ne prendrons plus leurs filles pour nos fils. Il prend  le temps de la réflexion : la préparation minutieuse de sa mission, à Suse, son inspection solitaire des murs à Jérusalem, les lents préliminaires à son action, la patience à déjouer le chantage de ses ennemis en sont autant d’indices.

          C’est à la prière qu’il recourt, convaincu que Dieu mène les événements : Le roi me donna son accord, car la main bienveillante de mon Dieu était sur moi. Et encore : Je leur exposai comment la main bienveillante de mon Dieu avait été sur moi. La prière, pour lui, est vitale, et elle doit quelque chose à Jérémie. Néhémie a, en effet, mis en pratique les enseignements de Jérémie en étant loyal à l’autorité perse ; en même temps, il a su conserver toutes les valeurs juives. Cette double fidélité le définit.

Jeudi de la 12ème semaine du Temps Ordinaire



Esdras 9, 1-9 + 15- 10,5

« Nous sommes demeurés un Reste »

Père Roland de Vaux

Le « Reste d’Israël » d’après les prophètes, RB 42 (1933), p. 538s

          Il est intéressant d’analyser le mot « Reste » que l’on trouve chez les prophètes, comme dans le livre d’Esdras lors du retour de l’exil à Babylone ; une telle étude nous en montre  le développement, lequel peu à peu, en vient à se nuancer, à se préciser, à s’enrichir à mesure que se déroulent les textes, à mesure aussi que le temps, en s’écoulant, rapproche des perspectives d’abord lointaines. Cependant le contenu essentiel ne change pas : le Reste est toujours présenté comme une marque de la miséricorde de Dieu. Il invite aussi toujours à la crainte, car un reste, cela dit un petit nombre de réchappés, et en même temps il invite à l’espoir, car ce reste est assuré de la faveur divine. De l’origine jusqu’à la fin, le Reste est comme un pont qui relie la menace du châtiment à la promesse de restauration. La connexion est surtout marquée à partir d’Isaïe qui la justifie par une liaison interne : le Reste est épargné parce qu’il se convertit, et c’est parce qu’il est saint qu’il hérite des promesses. C’est à l’intérieur de cette unité que se fait l’évolution, et elle consiste en ce que l’accent, mis d’abord sur le châtiment, se déplace continûment vers la promesse : on s’avance ainsi de l’ombre vers la lumière.

          Disons qu’à chaque époque, le Reste, c’est d’abord ce qui échappera du danger présent. Mais derrière ce premier plan où les événements contemporains se dessinent plus nets dans la conscience du prophète, on en discerne un second, dominé par la personne du Messie : le Reste y est identifié à l’Israël nouveau. Etabli en Terre promise, il y forme une communauté sainte qui vit dans l’amour et la crainte de Dieu, et recueille ses bénédictions. Ce n’est pas tout, car on devine un plan plus lointain et plus vaste encore : il se déploie à l’horizon des temps, lorsque le Reste, non seulement l’Israël nouveau, mais encore l’Israël spirituel, ayant recueilli à la fois tous les dispersés du peuple et tous les convertis des nations, subsistera seul devant Dieu dans l’anéantissement définitif des méchants.