Texte du jour

Mardi de la 30ème semaine du Temps Ordinaire



Sagesse 3, 1-19

« Les âmes des justes sont dans la main de Dieu »

Saint Augustin

23ème discours sur le psaume 118, tome 2, p. 842s

 

Mon âme est toujours entre tes mains. On lit dans plusieurs exemplaires entre mes mains ; mais dans le plus grand nombre entre tes mains, et le sens est clair : les âmes des justes, en effet, sont entre les mains de Dieu, et nous-mêmes sommes entre ces mains, ainsi que nos paroles. Et je n’ai point oublié ta Loi, dit le prophète, comme si ces mains de Dieu entre lesquelles se trouve son âme aidaient sa mémoire à ne point oublier la Loi de Dieu. Mais je ne sais en quel sens il faudrait dire : Mon âme est entre mes mains. Ce langage n’est point celui de l’injuste, mais du juste qui retourne à son Père, et non qui s’en éloigne. On pourrait dire que le prodigue de la parabole évangélique voulait avoir son âme entre ses propres mains, quand il disait à son Père : Donne-moi la portion de biens qui doit m’échoir. Et telle fut la cause de sa mort, la cause de sa perdition. On bien cette expression : Mon âme est entre mes mains, signifierait-elle que le Prophète offre son âme à Dieu afin qu’elle soit vivifiée ? Elle reviendrait alors à cette autre : J’ai levé mon âme vers toi. Car le Prophète a dit plus haut : Vivifie-moi.

Les pécheurs, poursuit-il, m’ont tendu un piège, et je n’ai point déviée de tes préceptes. D’où vient cette fidélité, sinon que mon âme est entre les mains de Dieu, ou qu’il offre de ses mains sa fidélité à Dieu afin qu’il la vivifie.

J’ai incliné mon cœur, dit-il ensuite, afin d’accomplir éternellement tes préceptes, en vue de la récompense. Notre âme étant entre les mains de Dieu, il nous est plus facile d’incliner notre cœur vers lui, telle est l’œuvre de Dieu et de notre volonté tout ensemble. Mais devons-nous accomplir éternellement les préceptes du Seigneur ? Les œuvres par lesquelles nous soulageons le prochain ne sauraient être éternelles ; si nous agissons par charité, comme la charité est éternelle, une récompense éternelle nous est réservée. C’est en vue de cette récompense éternelle qu’il a incliné son cœur entre les mains de Dieu pour accomplir les préceptes divins, afin qu’en l’aimant éternellement, il mérite de posséder éternellement l’objet de son amour.

 

Lundi de la 30ème semaine du Temps Ordinaire



Sagesse 1,16 – 2,24

La vie selon les impies

Père Divo Barsotti

Le livre de la Sagesse, p. 41s

 

Nous venons de l’entendre à la fin de la lecture, les impies veulent persécuter le juste et lui donner la mort pour défier Dieu d’intervenir : Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera. L’impiété n’est pas en parallèle avec la sainteté du juste, mais avec sa foi, la foi en un Dieu qui n’est pas lointain, en un Dieu qui vit dans le cœur de l’homme, avec qui l’homme peut vivre en une communion d’amour.

Le vrai miracle de l’histoire du monde, c’est cela : tous les autres miracles sont bien peu de choses, même la résurrection d’un mort. Mais que je puisse croire que Dieu m’aime, que je puisse croire possible pour moi une vie de rapport avec lui, voilà le miracle. Or, toute la vie dépend de ce miracle, de croire qu’il y a un œil attentif à me suivre sur le chemin, une oreille qui écoute ma parole, un cœur qui s’ouvre à ma souffrance. La vie de l’âme est tout entière dans cette foi.

Dans le livre de la Sagesse, l’impiété n’est pas négation de Dieu ; mais qu’il y ait un Dieu, ou qu’il n’y en ait pas, c’est un tout : avec ou sans Dieu, l’homme reste seul, voilà ce que pense l’impie. Que Dieu existe ou non, la condition humaine demeure ce qu’elle est : une courte vie, puis c’est fini. Avec ou sans Dieu, l’homme doit se suffire à lui-même et créer son propre destin. La meilleure chose à faire, étant donné que l’homme vit un matin et un soir, c’est de cueillir toutes les fleurs du jardin, en jouissant de tous les plaisirs que le monde peut offrir.

Au fond, l’impiété est la prétention de chercher la félicité dans le monde présent, par les moyens que la nature offre à l’homme, sans compter sur Dieu, sans que Dieu entre en ligne de compte, parce que Dieu est trop grand et laisse l’homme vivre sa vie sans lui. Dans ce jugement pratique naît l’impiété de l’homme. Dans le livre de la Sagesse, il n’est pas question de rébellion contre Dieu : l’impie ne blâme pas, n’offense pas Dieu directement ; il veut seulement jouir de la vie. La vie est trop brève, donc il faut savoir la cueillir ; le chemin de l’homme est comme celui de l’oiseau dans les airs, comme un passage sur l’eau dont la trace disparaît en un instant. Ce n’est pas exactement renier Dieu, c’est refuser d’avoir foi en l’Alliance, d’avoir foi en un rapport et une communion de l’homme avec Dieu. Enlevez Dieu de l’horizon de l’homme, sa vie n’est plus qu’une vie d’un jour. Le cœur de l’impie se dérobe, se soustrait totalement à l’action du gouvernement divin.

 

3° lecture Dimanche de la 30ème semaine du Temps Ordinaire – A



Matthieu 22, 34-40

Le plus grand commandement

Saint Hilaire de Poitiers

Sur Matthieu, tome 2, SC 258, p. 159s

 

Aux Saducéens qui le mettaient à l’épreuve succèdent les Pharisiens. Les premiers du moins avaient reçu une réponse satisfaisante au sujet de la Résurrection pour se convaincre que la Loi même d’où ils étaient partis contenait la foi dans l’espérance de la Résurrection. Les Pharisiens eux se glorifiaient d’avoir la science de la Loi qui, en anticipant l’avenir, contenait l’image de la vérité qui viendrait ensuite. Or ils demandent quel est le commandement privilégié dans la Loi, sans voir que le projet de la Loi a été accompli dans le Christ. Et, d’ailleurs, à l’arrogance de ces arrogants, il a été répondu par les mots mêmes de la Loi, et cette réponse a embrassé en elle tout l’enseignement de la vérité, car c’est la mission propre à notre Seigneur Jésus-Christ d’apporter la connaissance de Dieu. C’est comme envoyé qu’il était venu et, procédant de l’éternité, il accomplissait les volontés de Dieu. Aussi leur répondit-il que le premier commandement était : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Il ne réalisait pas autre chose que ce que la Loi contenait, parce que les commandements de la Loi offraient en eux l’image de ce qu’il allait lui-même accomplir. Il leur rappelle donc une notion qu’ils se glorifiaient de posséder dans la Loi, l’obligation d’aimer Dieu tout-puissant de toute l’affection de son esprit, de son cœur, de son âme, en sorte que son rappel trouvait une confirmation dans les prescriptions de la Loi données au préalable.

Ensuite, il ajouta : C’est là le grand et le premier commandement. Le suivant lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais « commandement suivant et semblable » veut dire que, dans les deux cas, le devoir et le mérite sont les mêmes. Car l’amour de Dieu ne peut être efficace sans le Christ, ni l’amour du Christ sans Dieu. L’un sans l’autre n’est d’aucun profit pour notre salut. Et si dans ces deux commandements tiennent toute la Loi et les prophètes, c’est parce que la Loi et la prophétie tout entières étaient portées au compte de l’avènement du Christ, et que, leur donnant leur pleine mesure, son avènement procurait l‘intelligence de la connaissance de Dieu. Car, au sujet du prochain, nous avons souvent fait remarquer qu’il ne fallait l’entendre de nul autre que du Christ. Puisque nous sommes empêchés de préférer, un père, une mère, des fils à l’amour de Dieu, comment y a-t-il similitude entre le commandement de l’amour du prochain et celui de l’amour de Dieu, si la similitude du commandement n’exigeait pas l’égalité de l’amour égal pour le Père et pour le Fils ?

 

2° lecture Dimanche de la 30ème semaine du Temps Ordinaire



Sagesse 1, 1-15

« La sagesse aime les hommes »

Saint Augustin

Extraits de la Règle des Clercs, OC 4, p. 118s

 

Il a plu à nous tous qui habitons, au nom de Jésus-Christ, un monastère, de n’avoir, pour nous confirmer dans la tradition apostolique, qu’un seul sentiment dans le Seigneur, et de posséder tout en commun, ainsi qu’il est écrit dans le livre de la Sagesse : Ayez dans le Seigneur un seul sentiment. Que personne ne réclame quelque chose comme lui appartenant en propre, mais qu’on se conforme à ce qui est écrit dans les Actes de Apôtres : Ils avaient tout en commun, et personne ne se serait permis de se dire le possesseur de quoique ce fût. Vivons donc avec le Seigneur par les liens de l’observance, et persévérons-y jusqu’à la fin. Que celui qui désire entrer dans un monastère étudie le genre de vie et l’exemple des frères, et qu’il soit examiné dans toutes ses actions par celui qui préside, qu’ensuite il soit admis, avec le consentement de tous, et cela pour se conformer au conseil et au précepte.

Si quelqu’un entend une doctrine qui ne soit pas la même que celle qu’il a apprise dans le monastère, qu’il la reçoive et en fasse part à celui qui enseigne, parce qu’il est écrit : Tout ce qui est révélé est lumière. Si cette doctrine est bonne, elle sera louée ; si, au contraire, elle est mauvaise, elle sera rejetée.

Si, parmi les frères qui demeurent dans l’unité, il en est un qui tout à coup ait quelque altercation, il faut le supplier de revenir, non seulement une fois, mais deux et trois fois, ainsi que nous le recommande le Seigneur dans l’évangile de saint Matthieu. S’il ne veut pas s’amender, celui qui a reçu l’injure, après une première et même une seconde correction, en supposant qu’elle n’aient point produit d’effet, instruira la communauté de peur que, par son silence, il ne se mette en péril de périr en même temps que son frère, car Salomon a dit : Celui qui cache une inimitié, prépare et ourdit une trahison.

          Que les frères observent tout ce qui est écrit dans ce livre, et que ceux qui veulent bien vivre ensemble y souscrivent.

 

Samedi de la 29ème semaine du Temps Ordinaire



Siracide 51, 1-12

Je te rendrai grâces, je te louerai, je bénirai le nom du Seigneur à jamais

Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 1042s

 

A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes règneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé : Alors l’Eglise sera consommée dans la gloire céleste. Cette rénovation mystérieuse, qui transformera l’humanité et le monde, la Sainte Ecriture l’appelle les cieux nouveaux et la terre nouvelle. Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres. Dans cet univers nouveau, la Jérusalem céleste, Dieu aura sa demeure parmi les hommes.

Pour l’homme, cette consommation sera la réalisation ultime de l’unité du genre humain, voulue par Dieu dès la création, et dont l’Eglise pérégrinante était comme le sacrement. La vision béatifique, dans laquelle Dieu s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix et de communion mutuelle.

Quant au cosmos, la révélation affirme la profonde communauté de destin du monde matériel et de l’homme : La création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu. L’univers visible est donc destiné, lui aussi, à être transformé, afin que le monde lui-même, restauré dans son premier état, soit, sans plus aucun obstacle au service des justes, participant à leur glorification en Jésus-Christ ressuscité.

Nous ignorons le temps de l’achèvement de la terre et de l’humanité, nous ne connaissons pas le mode de transformation du cosmos. Elle passe, certes, la figure de ce monde, déformé par le péché ; mais, nous l’avons appris, Dieu nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où règnera la justice et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent au cœur de l’homme.

Mais l’attente de la terre nouvelle, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller ; car tous les fruits excellents de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur cette terre, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés, lorsque le Christ remettra à son Père le royaume éternel et universel : Dieu sera alors tout en tous, dans la vie éternelle.

 

Vendredi de la 29ème semaine du Temps Ordinaire



Siracide 42,15-25 + 43,27-33

« L’ouvrage de ses mains, le firmament l’annonce »

Saint Augustin

Discours sur le psaume 18, Discours sur les psaumes, tome I, p. 165s

 

Et le firmament publie l’ouvrage de ses mains. Quels sont les ouvrages de ses mains ? N’allons pas croire avec plusieurs que Dieu a tout fait de sa parole, mais que l’homme, créature supérieure aux autres, c’est l’ouvrage de ses mains. Loin de nous cette pensée qui est basse et peu exacte, car Dieu a tout fait par son Verbe. Bien que l’Ecriture nous expose les œuvres si diverses du Créateur, et nous dise qu’il fit l’homme à son image. Tout, néanmoins, a été fait par son Verbe, et sans lui rien n’a été fait. Quant aux mains de Dieu, il est dit encore : Les cieux sont l’œuvre de ses mains, et pour que vous ne confondiez pas ces cieux avec les saints, le prophète ajoute : Pour eux, ils périront, mais vous, Seigneur, vous demeurez. Donc, non seulement les hommes, mais aussi les cieux qui doivent périr, sont l’ouvrage des mains de Dieu, à qui il est dit : Les cieux sont l’œuvre de vos mains. C’est encore ce qui est dit de la terre : La mer est à lui puisqu’elle est son ouvrage, et ses mains ont fait une base à la terre. Donc s’il a fait le ciel de ses mains, la terre de ses mains, l’homme n’est pas seul l’œuvre de ses mains ; mais s’il a fait le ciel par son Verbe, la terre par son Verbe, il a fait aussi l’homme par son Verbe. L’œuvre du Verbe est l’œuvre de sa main, comme l’œuvre de sa main est celle de son Verbe. Dieu n’a point comme nous des membres qui dessinent sa force, puisqu’il est tout entier en tout lieu, et n’a point de limite. L’œuvre de son Verbe est l’œuvre de sa sagesse, et l’œuvre de sa main celle de sa puissance. Or, le Christ est la puissance de Dieu comme la sagesse de Dieu, nous dit saint Paul ; et c’est par lui que tout a été fait, et rien n’a été fait sans lui, poursuit saint Jean. Les cieux ont donc raconté la gloire de Dieu, la redisent encore, et la rediront toujours. Oui, ils chanteront la gloire de Dieu ces cieux, ou plutôt ces saints qui sont élevés au-dessus de la terre, qui portent le Seigneur, qui font retentir ses préceptes et briller sa sagesse ; ils raconteront cette gloire du Seigneur qui nous a sauvés malgré notre indignité.

 

Jeudi de la 29ème semaine du Temps Ordinaire



Siracide 38,24 – 39,11

Travail et dignité de la personne

Saint Jean-Paul II

Sur le travail humain, Laborem exercens, DC 4 octobre 1984, p. 841s

 

L’intention fondamentale et primordiale de Dieu, par rapport à l’homme qu’il créa à sa ressemblance et à son image, n’a pas été rétractée ni effacée, même pas lorsque l’homme, après avoir rompu l’alliance originelle avec Dieu, entendit les paroles : A la sueur de ton front, tu mangeras ton pain. Ces paroles se réfèrent à la fatigue parfois pesante qui depuis lors accompagne le travail humain ; elles ne changent pas pour autant le fait que celui-ci est la voie conduisant l’homme à réaliser la domination qui lui est propre sur le monde visible en soumettant la terre. Cette fatigue est un fait universellement connu, parce qu’universellement expérimenté. Ils le savent bien tous les travailleurs, et puisque le travail est vraiment une vocation universelle, tous les hommes.

Et pourtant avec toute cette fatigue, si ce bien porte la marque d’un bien ardu, selon la terminologie de saint Thomas, cela n’empêche pas que comme tel, il est un bien de l’homme. Il n’est pas seulement un bien utile, mais il est un bien digne, c’est-à-dire qu’il correspond à la dignité de l’homme, un bien qui exprime cette dignité et qui l’accroît. Et voulant mieux préciser le sens éthique du travail, il faut avant tout prendre en considération cette vérité. Le travail est un bien de l’homme, car, par le travail, non seulement l’homme transforme la nature en l’adaptant à ses propres besoins, mais encore il se réalise lui-même comme homme, et même en un certain sens il devient plus homme.

Sans cette considération, on ne peut comprendre le sens de la vertu de l’ardeur au travail, plus précisément on ne peut comprendre pourquoi l’ardeur au travail devrait être une vertu ; en effet, la vertu comme disposition morale est ce qui permet à l’homme de devenir bon en tant qu’homme. Ce fait ne change en rien notre préoccupation d’éviter que dans le travail l’homme lui-même ne subisse une diminution de sa propre dignité, encore qu’il permet à la matière d’être ennoblie. On sait aussi, que, de bien des façons, il est possible de se servir du travail contre l’homme, qu’on peut punir l’homme par le système du travail forcé dans les camps de concentration, qu’on peut faire du travail un moyen d’oppression de l’homme, qu’enfin on peut, de différentes façons, exploiter le travail humain, c’est-à-dire le travailleur. Tout ceci plaide pour l’obligation morale d’unir l’ardeur au travail comme vertu à un ordre social du travail qui permette à l’homme de devenir plus homme dans le travail, et lui évite de s’y dégrader en usant ses forces physiques, et surtout en entamant la dignité et la subjectivité qui lui sont propres.

 

Mercredi de la 29ème semaine du Temps Ordinaire



Siracide 35, 1-18

Justice de Dieu, justice de l’homme

Père Pierre-Marie Galopin

De la justice ancienne à la sainteté nouvelle, AS 59, p. 47s

 

Au temps de l’Ancien Testament, le Seigneur Dieu est rectitude et justice. Loin de connaître l’iniquité, il a fondé la droiture, le jugement et la justice. Il fait taire tous les impies du pays, rendant à chacun selon ses œuvres. Juste juge, il châtie les nations qui ont commis des infractions à la loi naturelle, ou au droit des gens, mais son jugement atteint aussi Israël qui n’a pas respecté les lois de l’Alliance.

De plus, Dieu fait don de sa justice aux hommes. Il l’a accordée à son peuple en cadeau de fiançailles, en a enveloppé son épouse comme d’un manteau et la rend toujours après les innombrables fautes en couvrant le péché, par la purification du cœur qu’il recrée entièrement.

Pour Dieu, c’est justice, car en conformité avec sa nature. Ne se manifeste-t-il pas à la fois juste et sauveur ? Le jugement de sa justice apparaît comme une forme de son amour.

Pour l’homme, l’idéal de justice est de mener une vie conforme à ce que le Dieu juste attend de lui. Cet idéal n’a cessé d’accompagner Israël tout au long de son histoire.

Les plus anciens textes le mettent en valeur à propos d’un événement particulier, et en montre la réalisation concrète en divers personnages ; Abraham restera pour toute la tradition le parfait modèle du juste vivant de la foi.

Certains proverbes en donnent une expression pleine de saveur et d’expérience. De leur côté, les psaumes louent Dieu de ce don de la justice fait aux hommes ; ils expriment ainsi le désir d’être guidé en ses voies, ou le regret de l’avoir perdue. Par besoin de justice, ils réclament un châtiment pour ceux qui ne la pratiquent pas.

Les prophètes ne cessent d’affiner cet idéal en fonction de l’Alliance future. Ezéchiel, en particulier, s’en fait le vigoureux prédicateur. Mais à partir de ce moment, la pratique de la justice sous ses divers aspects se confond avec une observance irréprochable des commandements de la Loi. A l’orée du Nouveau Testament, Josep, l’époux de Marie, se voit qualifié de juste, et tout est dit par là.

 

Mardi de la 29ème semaine du Temps Ordinaire



Siracide 29,1-13 + 31,1-4

Sur les aumônes

Saint Augustin

Sermon 310, OC 20, p. 619s

 

Les blessures des péchés ont leur remède dans les aumônes ; l’aumône délivre de la mort, et ne laisse point tomber une âme dans les ténèbres, peut-on lire dans le livre de Tobie. Au jour du jugement, elle plaide en notre faveur et nous délivre de la crainte des flammes éternelles, comme le dit saint Jacques dans sa lettre : La miséricorde s’élève au-dessus du jugement, et Celui qui n’aura point fait miséricorde sera jugé sans miséricorde. Telle doit être cette miséricorde, frères, que Dieu l’accepte et ne la rejette pas ; elle efface les péchés au lieu d’accroître le fardeau de l’âme, on doit la faire du produit bon et juste de son travail, non pas du fruite de la rapine. Dieu qui veut que l’homme soit compatissant à toute heure, ne voit pas de bon œil celui qui est compatissant au moyen de la fraude, selon la parole prophétique de Salomon : Honorez le Seigneur en lui faisant part des biens qui proviennent de vos justes labeurs. Il est donc prescrit de faire l’aumône sur nos ressources légitimes, défendu d’y pourvoir par d’injustes rapines. Or, quand Dieu jugera le monde, ceux qui vivent de fraudes et qui sont miséricordieux aux dépens des malheureux qu’ils dépouillent, ne manqueront pas de dire : Seigneur, nous avons observé tes commandements, et nous avons fait l’aumône en ton nom, nourrissant les pauvres, vêtant ceux qui étaient nus, accueillant les étrangers sous notre toit. Et Dieu leur répondra : Vous parlez de vos dons, que ne parlez-vous de vos rapines ? Vous rappelez ceux que vous avez nourris ; pourquoi taire ceux que vous avez tués ? Ceux que vous avez vêtus s’en réjouissent, et ceux que vous avez dépouillés crient vengeance ! Vous avez bon souvenir de ceux que vous avez reçus ; oubliez-vous combien de malheureux vous avez chassés de leurs demeures ? J’ai fait, moi, un précepte de la miséricorde, je n’ai pas prescrit les fraudes et les rapines. Chrétiens, les demeures éternelles sont à vous, si vous donnez à manger à ceux qui ont faim. Si vous donnez, vous amassez pour l’avenir un trésor dans ces demeures, trésor non pour la satiété de la chair, mais pour la glorification de l’âme ; non pour la réplétion du ventre, mais pour l’extinction des flammes, puisqu’il est écrit : L’aumône délivre de la mort, et ne laisse point une âme tomber dans les ténèbres.

 

Lundi de la 29ème semaine du Temps Ordinaire



Siracide 27,22 – 28,7

L’optique de Sirac sur la rétribution

 

Père André Barucq

Du talion au pardon, AS 55, p. 6s

 

Le sage se situe au point de rencontre de deux modes de pensée : celui des théologies traditionnelles de l’Ancien Testament et celui des sages humanistes. Traditionnellement, ta rétribution n’appartient qu’à Dieu. Le Deutéronome la conçoit liée à la théologie de l’Alliance et revêtant, de ce fait, un aspect contractuel. Ce concept s’assouplira quand les prophètes prendront conscience de l’engagement des personnes : peu importe l’attitude des pères, les fils n’engagent qu’eux-mêmes. La rétribution n’en demeure pas moins une question de comptabilité entre Dieu et l’homme. Sirac, avec les autres sages, a souci de compter pour beaucoup l’attitude personnelle, mais au-delà des textes le précédant, il soupçonne que les relations de maître à serviteur existant entre Dieu et l’homme, dépendent aussi des relations interpersonnelles d’homme à homme. A la créance du pécheur, il place sa mansuétude envers qui l’a lui-même lésé. Attitude assez neuve dans l’Ancien Testament qui, toutefois, a toujours considéré comme un crédit ouvert auprès du Seigneur une autre forme de bonté : la bienveillance envers les pauvres.

Sirac va pousser plus loin sa réflexion en cette matière en y intégrant les sentiments intérieurs qui avaient peu retenu les moralistes israélites : ainsi la colère et la rancune. Il parle ensuite de l’attitude de Dieu envers l’homme pécheur. Il n’envisage d’ailleurs pas un péché en particulier, pas même ceux dont il vient de parler, mais le péché installé, l’état de péché dont l’homme se libère malaisément et qui le rend débiteur d’un Dieu qui se doit de lui demander compte. Or ce Dieu se montrera justement exigeant ou miséricordieux. Qui déterminera son attitude ? Le pécheur lui-même, pense Sirac, et sa propre nature envers son frère. L’évangile ne dira pas autre chose.

Certains éléments de ce texte peuvent choquer nos mentalités. Le sage nous présente un Dieu de majesté qui brandit la vengeance, tient une comptabilité rigoureuse des fautes. Mais, pense-t-il, il convient de ne pas sous-estimer les exigences mêmes de l’Alliance du Très-Haut, du Tout Autre, du Transcendant. On ne peut évacuer les commandements, pierre de touche de la fidélité de l’homme pour toute la pensée juive.