Texte du jour

Jeudi des Cendres



Exode 1, 1-22

Le peuple de l’Exode

Père Claude Jean-Nesmy

Exode, commentaire, p. 202s

        Quand Joseph, en larmes, fut emmené en Egypte comme esclave, ses frères ne soupçonnaient pas que, de leur jalousie, Dieu tirerait le moyen d’assurer leur survie à la prochaine famine ! Et par un terrible retour des choses, quand Joseph, par la suite, fit venir la famille patriarcale de Jacob en Egypte, il ne se doutait pas que leurs descendants seraient réduits en esclavage. Tels sont les aléas de nos projets humains, toujours à courte-vue : d’un mal sort parfois un bien, tandis que parfois aussi ce que nous prévoyons bon s’avère ensuite mauvais.

        Quoi qu’il en soit, de tout Dieu sait tirer parti : Quand vint la famine sur la terre, Dieu avait envoyé devant eux un homme, Joseph fut vendu comme esclave… jusqu’à l’Heure où… De même le sort funeste fait à la descendance d’Abraham ne prend pas Dieu au dépourvu : il va s’en servir et doublement, pour se révéler à Israël comme Sauveur, et pour parer à la tentation si naturelle que son peuple s’établisse en Egypte sans chercher plus loin. La Genèse en avertissait déjà Abraham : Sache bien que tes descendants seront des étrangers dans un pays qui ne sera pas le leur : ils y seront esclaves ! La persécution même empêchera que les descendants d’Abraham tiennent l’Egypte pour leur patrie. Du même coup, le Dieu d’Abraham, qui est aussi le Dieu de tout le monde, pourra donner une leçon à l’orgueil de Pharaon, et laisser aux Cananéens un temps et une dernière chance de se repentir. Si bien que l’établissement d’Israël en Egypte, qui pouvait paraître une embardée par rapport à son destin à venir, s’avère finalement une étape décisive dans sa prise de conscience de ce qui sera désormais la condition juive, image elle-même de la condition humaine et chrétienne de pèlerins sur la terre.

        Mais si le destin du peuple élu préfigure et prépare celui de tous les hommes, l’Egypte aussi prend valeur symbolique de l’existence trop naturelle ou servile dont il faut sortir pour vivre avec Dieu. Abraham lui-même, qui avait dû sortir de Harân, sera lui aussi un revenant d’Egypte après son équipée dans ce pays. Plus tard, le nouveau retour de l’exil assyrien sera annoncé par les prophètes sur le modèle de l’Exode : Comme Dieu a asséché le golfe de la mer d’Egypte, il étendra sa main sur le fleuve et, par la violence de son souffle, le divisera. C’est dans cette même ligne que Jésus, qui aurait à nous tirer de l’esclavage d’Egypte et de notre oubli de la Terre Promise éternelle, dut fuir l’Egypte et en revenir, suivant la prophétie d’Osée que saint Matthieu lui applique : D’Egypte, l’ai rappelé mon fils.

3° lecture Mercredi des Cendres



Matthieu 6, 1-18

La miséricorde divine

Saint Césaire d’Arles

Sermons au peuple, SC 243, p. 85

        Il y a dans le ciel une miséricorde à laquelle on parvient par l’exercice des miséricordes sur terre. C’est pourquoi, frères, hâtons-nous de prendre dans ce monde la miséricorde divine comme protectrice : efforçons-nous de tout notre pouvoir de l’aimer et de lui rendre toujours dignement honneur. Quelle soit notre avocate, notre protectrice, qu’elle daigne plaider notre cause devant le tribunal du Juge éternel, qu’elle daigne intercéder pour nous, et nous présenter elle-même au Juge éternel. Si elle nous y accompagne, elle nous défendra de l’accusation du diable et nous introduira dans la béatitude éternelle.

        C’est la miséricorde céleste qui dira au jour du jugement : Venez les bénis de mon Père, prenez possession du Royaume, car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… Quelle est cette miséricorde céleste ? La vraie miséricorde céleste, c’est le Christ, notre Seigneur. Quelle est douce et bonne la miséricorde qui d’elle-même est descendue du ciel et s’est humilié pour nous relever ! Le Seigneur a été frappé pour guérir nos blessures, il est mort pour nous libérer de la mort perpétuelle, il est descendu aux enfers pour nous ramener au ciel, il est monté aux cieux pour ériger notre espoir dans le ciel. Qui pourrait, en effet, louer dignement une si grande miséricorde ? Qui pourrait exalter avec de dignes louanges une si grande bonté ?

        Il ne lui suffit pas d’être descendu pour nous, d’avoir goûté la mort et d’être ressuscité. Il a promis qu’il serait avec nous jusqu’à la fin des temps, comme il le dit lui-même dans l’Evangile : Voici, je suis avec vous chaque jour jusqu’à la consommation des siècles. Voyez, frères la bonté du Seigneur : il siège désormais à la droite du Père dans le ciel, et cependant il daigne encore peiner avec nous dans le monde. Il ne dédaigne pas d’avoir faim avec nous, d’avoir soif avec nous, d’avoir froid avec nous, d’être étranger avec nous et même d’être jeté en prison avec nous et de mourir comme nous : J’ai eu faim, nous dit le Seigneur, j’ai eu soif, j’ai été étranger, j’ai été malade, j’ai été en prison et vous m’avez visité.

        Voyez, frères par quel amour pour nous il est poussé, pour daigner subir tout cela pour nous par une ineffable charité. Car cette véritable et céleste miséricorde, c’est-à-dire le Christ notre Seigneur, nous a créés alors que nous n’existions pas, il nous a cherchés alors que nous étions perdus, il nous a rachetés alors que nous étions vendus cruellement. Aussi, frères, nous qui avons été cherchés et trouvés, cherchons celui qui nous a tant aimés qu’il a bien voulu accepter pour nous même la mort sur la Croix.

2° lecture Mercredi des Cendres



Isaïe 58, 1-14

« Pitié pour moi, Seigneur, en ta bonté »

Saint André de Crète

Du Grand Canon de Carême, tropaires et odes

        Par où commencerai-je à déplorer les actions de ma vie, et quels seront, ô Christ, les premiers accents de ce chant de peine ? Accorde-moi, dans ta miséricorde, le pardon de mes péchés. Emule du premier Adam dans les voies de la transgression, je me suis vu dépouillé de mon Dieu, privé du Royaume éternel et de sa joie par mon péché. Si Adam, pour avoir violé un seul de tes commandements, a été en toute justice chassé du jardin d’Eden, que dois-je subir, ô Sauveur, moi qui transgresse constamment tes paroles de vie ?

        Tel le potier qui façonne l’argile, tu m’as dispensé, ô Créateur, une chair et des os, et tu m’as animé d’un souffle de vie. Aujourd’hui, ô Rédempteur, ne repousse pas ma pénitence. J’ai péché plus que tous les autres hommes ; contre toi, toi seul, j’ai péché. Cependant toi, mon Sauveur, prends en pitié l’œuvre de tes mains.

        J’ai mis en pièces le premier vêtement que tu m’avais tissé, ô Créateur, et depuis me voilà gisant dans ma nudité. J’ai essayé de me couvrir d’un vêtement déchiré, œuvre du serpent qui m’a séduit, et me voilà couvert de honte. J’ai perdu ma beauté première ; le péché a cousu pour moi des tuniques de peu après m’avoir dépouillé de la robe tissée par Dieu lui-même. J’ai enfoui dans l’abîme de mes passions la beauté de mon image primitive. Ô mon Dieu, cherche-moi et retrouve-moi, telle la drachme perdue.

        En Toi, vainqueur de la mort, est la source de vie et vers toi je crie du fond du cœur : j’ai péché, sois propice à moi, et sauve-moi. Mon corps est souillé, mon esprit enténébré, je suis couvert d’ulcères ; mais toi, ô Christ médecin, guéris-moi par la pénitence ; lave-moi, ô Sauveur, je serai blanc plus que neige.

        Pour nous, tu as immolé, ô Verbe, sur la croix ton corps et ton sang, ton corps pour me renouveler, ton sang pour me purifier. Tu as donné ton Esprit pour me rapprocher de ton Père.         Tu as opéré le salut au milieu de la terre, ô Créateur, afin que nous soyons sauvés. Tu fus cloué à l’arbre de douleur et l’Eden aussitôt se rouvrit. C’est pourquoi le ciel et la terre, et toute la création, et la foule des nations rachetées t’adorent.

        Que le sang et l’eau de ton côté soient pour moi la piscine du baptême et le breuvage qui absout les péchés afin que, d’un cœur pur, je puise dans ta Parole vivifiante l’onction sainte et que j’étanche ma soif. L’Eglise possède comme coupe ton côté qui fut percé et d’où jaillit pour nous la double source de la rémission et de la connaissance, image de l’Ancien et du Nouveau Testament réunis, toi le Sauveur.

        En toi, je vois le port de ton Salut, Seigneur Jésus ; aussi du haut de ton sanctuaire tire-moi de l’abîme de mon péché.

Mardi de la 7ème semaine du Temps Ordinaire



2 Corinthiens 2,12 – 3,6

L’assurance de Paul vient de Dieu

Père Paul de Surgy

Le ministère apostolique de la nouvelle Alliance, AS 39, p. 41s

        C’est en envoyés de Dieu que, devant Dieu, nous parlons dans le Christ, disait Paul. Il parle maintenant de l’assurance qu’il a devant Dieu, grâce au Christ. Cette assurance, faite de confiance, ne se fonde pas sur lui-même et ne vient pas de lui : elle vient de sa qualité d’envoyé du Dieu vivant, qui, par son ministère, répand parmi les hommes la bonne odeur du Christ. Et si la communauté de Corinthe peut lui tenir lieu de lettre de recommandation, c’est comme signe de sa qualité d’envoyé de Dieu.

        L’assurance qu’il possède devant Dieu, l’apôtre la tient de Jésus-Christ. Il la manifeste par la liberté tranquille avec laquelle il annonce le message et par la fidélité à son témoignage. Dans l’ordre du ministère apostolique et de son exercice, les apôtres ne peuvent s’attribuer en propre aucune qualification : leur compétence, leur capacité, vient de Dieu ; c’est de lui, et de lui seul, qu’ils tiennent leur mission et leur aptitude à la remplir.

        La qualification reçue de Dieu fait des apôtres les ministres d’une Alliance nouvelle. Chacun des termes mérite attention. Ils sont ministres, c’est-à-dire serviteurs. Dans la première lettre aux Corinthiens, Paul écrivait : Qu’est-ce donc qu’Apollos ? Et qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez embrassé la foi. Et dans la seconde lettre, il redit : Ce n’est pas nous qui prêchons, mais le Christ Jésus, notre Seigneur : nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, pour l’amour de Jésus.

        Ils sont donc ministres de l’Alliance entre Dieu et les hommes, de ce don d’amour bienveillant et gratuit par lequel le Dieu vivant appelle les hommes à devenir son Peuple,  leur donne, par le Christ, d’entrer avec Lui dans une vie nouvelle, celle des enfants de Dieu. Ils sont ministres de l’Alliance nouvelle, Alliance annoncée par les prophètes. La nouveauté implique un changement radical : elle exprime l’idée de renouvellement fondamental, d’accomplissement en même temps que de rupture, de perfection, de réalisation définitive, le tout étant lié à l’intervention de l’Esprit-Saint. Le contenu des oracles prophétiques sur la nouvelle Alliance et l’accomplissement que leur a donné Jésus entourent comme d’un halo cette expression d’Alliance nouvelle.

Lundi de la 7ème semaine du Temps Ordinaire



2 Corinthiens 1,15 – 2,11

« Nous coopérons à votre joie »

Lev Gillet, un moine de l’Eglise d’Orient

Au cœur de la fournaise, p. 127s

        La joie ! D’abord, elle est un don. La joie ne s’acquiert pas, elle se reçoit. Nous ne pouvons pas décider : je serai joyeux. Pour éprouver la joie, nous devons la demander à Dieu ; c’est lui-même qui nous la donne.

        La joie n’est donc pas une sorte de pacte entre Dieu et nous. Ce n’est pas comme si Dieu nous disait : « Si tu observes mes commandements, je te rendrai joyeux. » Non, nous sommes liés à Dieu par une alliance unilatérale. Dans notre alliance avec Dieu, c’est Dieu qui est fidèle, et pas nous. Et la fidélité de Dieu ne dépend pas de notre propre fidélité. L’amour de Dieu est un don absolument gratuit ; c’est le don de Dieu lui-même. La joie, c’est, en allant au plus profond de nous, reconnaître l’action et la présence de Dieu en nous, de Dieu en tant qu’amour en nous.

        Il n’est pas possible de recevoir cette joie sans amour, ni d’avoir l’amour au sens divin sans la joie. Cet amour, mystère fondamental de l’univers, est comme un climat ; il nous emporte comme un vent violent. Si nous avons de la joie, c’est que nous aimons ; et si nous aimons, nous avons la joie. Nous ne pouvons pas créer la joie en nous, mais nous pouvons prendre conscience de notre joie, l’éprouver d’une manière sensible dans la mesure où nous aimons. C’est là le secret de notre joie. L’essence cachée de notre joie, c’est l’amour.

        Dans le mystère de la joie, il y a une dimension encore plus profonde, plus élevée que la joie en nous-mêmes et la joie de la rencontre avec autrui : la joie de Dieu lui-même, la joie qui est en Dieu. Cherchons à entrer dans la fournaise, dans le brasier de la joie divine ; car, à la source de tout ce qui concerne la joie, il y a un feu dévorant : le buisson ardent.

        Entre dans la joie de ton Seigneur, dit l’évangéliste Matthieu. Trop souvent on méconnaît la joie qui est dans le Seigneur parce qu’on fait de Dieu un juge, un vengeur, quelqu’un qui punit ou rétribue : là, effectivement il n’y a pas de place pour la joie. On oublie que Dieu est un cœur, un cœur qui bat pour nous à chaque instant. Ce Dieu est le Seigneur de la joie dont parle Matthieu, la source première et le maître de la joie, de toute joie. Est-ce que la joie qui est dans le Seigneur est la même que la nôtre ? Fondamentalement oui, la seule différence est de l’ordre de l’intensité. La joie du Seigneur et ma joie ont leur propre coloration, mais elles sont toutes deux animées par le même mouvement vers l’objet désiré. Dieu nous a désirés, il a trouvé de la joie en nous rendant capables de répondre à ce désir. Nous touchons là à la clef du mystère de la création : l’amour qui ouvre à la joie lorsque l’union avec l’objet désiré et aimé s’accomplit.

3° lecture Dimanche la 7ème semaine du Temps Ordinaire – A



Matthieu 5, 38-48

Quelqu’un doit faire le premier pas

Cardinal Christoph Schönborn

Pensées sur l’évangile de Matthieu, p. 49s

        Dans le sermon sur la montagne, Jésus montre le chemin d’un agir juste, droit et bon, qui ne respecte pas seulement des règles extérieures, mais naît d’un cœur bon et prend sa source dans une intention droite.

        Que se passera-t-il si j’adopte cette attitude, mais que les autres n’en fassent pas autant ? C’est précisément cette crainte qui nous occupe en entendant le sermon sur la montagne : tout cela est bien beau, en théorie, mais dans la pratique, c’est bien différent ! Qui est capable de ne jamais se fâcher, ni être méchant et de maîtriser ses yeux de façon à ce que son regard ne soit jamais concupiscent ?

        L’évangile de ce dimanche semble encore renforcer cette crainte. Jésus ne demande-t-il pas, purement et simplement, ce qui est impossible à l’homme : tendre l’autre joue quand on reçoit un soufflet ? N’est-ce pas trop demander ? Et puis, Jésus a-t-il fait lui-même ce qu’il nous demande ? Lorsque le garde lui a frappé le visage, Jésus ne lui a pas présenté l’autre joue, mais lui a rétorqué : Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? Jésus a-t-il donc résisté à celui qui lui faisait du mal, contrairement à ses propres exigences pour nous ?

        J’ai certes le droit de me défendre par des moyens légitimes contre un tort qui m’est fait. Mais la question de Jésus vise notre cœur : réclames-tu ton droit avec des sentiments de vengeance, à cause de ton amour propre blessé, à cause de ton désir de vouloir toujours avoir raison à tout prix ?

        L’apôtre Paul nous dit de quoi il est question : Veillez à ce que personne ne rende le mal pour le mal, mais poursuivez toujours le bien, soit entre vous, soit envers tous. De même il en est question dans le plus difficile de tous les commandements de Jésus : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs. Jésus ne nous demande pas d’avoir des sentiments d’affection ou de sympathie pour nos ennemis, ce serait à l’encontre de la nature humaine. Ce que Jésus attend, c’est que nous ne souhaitions pas à l’ennemi le mal qu’il nous a fait. Nous devons arrêter l’engrenage du mal, rompre la spirale de la violence : Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien, nous dit saint Paul.

        Aimer là où nous rencontrons l’amour, cela n’a rien d’extraordinaire. Cela nous est facile. Mais conserver la bienveillance envers celui qui nous veut du mal, cela nous rend semblables à Dieu qui est bon envers tous, qu’on lui en soit reconnaissant ou non. L’histoire et l’expérience personnelle le montrent bien : la vengeance n’a jamais engendré la paix. Quelqu’un doit oser faire le premier pas vers l’autre. Et Jésus veut que ce quelqu’un ce soit moi.

2° lecture Dimanche la 7ème semaine du Temps Ordinaire



2 Corinthiens 1, 1-14

A vous, grâce et paix

Saint Jean Chrysostome

Homélie 1 sur les deux lettres aux Corinthiens, OC 16, p. 313s

        Que la grâce et paix vous soient données par Dieu le Père et Jésus-Christ notre Seigneur. Oui, frères, grâce et paix à vous, sanctifiés et appelés, qui demeurez à Corinthe, mais encore à tous ceux qui, en quelque lieu que ce soit, invoquent le nom de Jésus-Christ, leur Seigneur comme le nôtre.

        Si la paix vient de la grâce, pourquoi vous enorgueillir ? Doit-on avoir de si superbes pensées quand on est sauvé par grâce ? Si vous êtes en paix avec Dieu, pourquoi vous donnez-vous à d’autres ? C’est toujours se séparer. De quel avantage vous sera l’accord avec tel ou tel homme, et sa faveur ? Ce que je désire, c’est que ce soit Dieu qui vous accorde ces deux choses, et qu’elles se rapportent à lui comme elles en viennent. Elles ne se maintiendront même pas sans le secours d’en-haut ; si ce n’est pas pour Dieu qu’elles existent, elles seront sans utilité pour nous. De quoi vous servira d’avoir la paix avec tout le monde si nous sommes en guerre avec Dieu ? Et quel mal avons-nous à craindre de la guerre que tout le monde nous ferait si nous sommes en paix avec Dieu ? Mais aussi, tous les hommes auraient beau nous donner des louanges, que nous n’y gagnerions rien si nous avions encouru la disgrâce du Seigneur ; ils auraient également beau nous avoir tous en aversion et nous poursuivre de leur haine, que nous n’aurions à courir aucun danger si Dieu nous approuve et nous aime : la grâce et la paix véritables ne viennent que de Dieu. Celui qui possède une telle grâce ne craint personne, quelques maux qu’il ait à souffrir ;  non seulement il ne craint pas l’homme, mais il ne craint pas le diable lui-même. Quand on offense Dieu, c’est tout le contraire, on est en défiance vis-à-vis de tous, quelque sécurité qu’on puisse avoir. La nature humaine est variable et changeante ; ce n’est pas seulement les amis et les frères qui changent ainsi, les parents eux-mêmes, souvent pour un bien léger motif, se sont mis à détester ceux auxquels ils avaient donné le jour, leur ont fait une guerre implacable, les enfants à leur tour ont repoussé leur parents.

        Comment obtiendrons-nous de plaire à Dieu ? Et de quelle autre façon que par l’humilité ? Dieu résiste aux superbes, est-il écrit, et donne sa grâce aux humbles. Un esprit brisé par la componction est un sacrifice à Dieu, Dieu ne rejettera pas un cœur humilié. Si l’humilité plaît tant aux hommes, combien plus ne plaira-t-elle pas à Dieu ? L’humble est aimé de tout le monde. Il vit toujours en paix, ayant supprimé toute occasion de guerre. L’accableriez-vous d’insultes et d’affronts, qu’il garderait le silence et le supporterait avec douceur ; quoi qu’on lui dise, il est d’un calme que rien ne saurait exprimer, si bien qu’il reste en paix avec tous, et surtout avec Dieu.

3° lecture Fête de la Chaire de saint Pierre



Matthieu 16, 13-19

Le Seigneur sauve quand nous crions vers lui

Saint Augustin

Sermon 192, OC 20, p. 315s

        Vous n’ignorez pas, frères, que le bienheureux saint Pierre mit à profit ses propres erreurs dans la Passion divine, et qu’après avoir renié le Seigneur, il fut jugé le plus excellent auprès de lui. Il devint plus fidèle quand il eut pleuré sur la foi qu’il avait trahie ; ainsi recueillit-il des grâces plus abondantes que celles qu’il avait perdues. Dieu lui confia son troupeau pour le conduire en bon pasteur ; lui, qui avait été la faiblesse même, devait être désormais soutien de tous ; après avoir succombé devant une seule question, il fallait qu’il établît les autres sur le fondement inébranlable de la foi. Aussi est-il appelé la pierre fondamentale de la piété des fidèles, selon cette parole du divin Maître : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Ce nom lui fut donné parce que, le premier, il posa les fondements de la foi parmi les nations, parce qu’il est le rocher indestructible sur lequel reposent les assises et l’ensemble de l’édifice de Jésus-Christ. C’est pour sa piété que le prince des apôtres est comparé à la pierre, tandis que notre Seigneur doit ce nom à sa puissance, selon ce que dit saint Paul : Ils buvaient de l’eau de la pierre mystérieuse qui les suivait, et cette pierre était Jésus le Christ. Il méritait de partager le même nom avec le Seigneur, l’apôtre Pierre qui avait été jugé digne d’être le principal coopérateur à son œuvre. Ils ont construit ensemble le même édifice, et c’est Pierre qui bâtit le fondement. C’est Pierre qui plante, c’est le Seigneur qui donne l’accroissement, et qui procure ceux qui doivent arroser. Pierre mit donc à profit les tentations qui l’éprouvèrent ; ses larmes furent la source de sa joie ; il grandit dans les périls.

        Pourquoi donc, frères, avez-vous si peu de foi pour arriver au but en vous appuyant sur elle ? Sachez-le, seule cette foi peut vous soutenir sur les flots où le doute peut vous perdre. Regardez saint Pierre : un instant il doute, il s’enfonce, il va périr, mais il se sauve en invoquant le Seigneur, et nous montre qu’il peut arriver à Jésus-Christ même à travers les périls. Or, ce monde est une mer dont le démon soulève les flots, où les tentations multiplient les naufrages ; nous ne pouvons nous sauver qu’en criant vers le Sauveur, qui étendra la main pour nous prendre. Invoquons-le sans cesse, il ne nous refusera pas le secours accoutumé, ce Dieu bon, Jésus-Christ, qui vit et règne avec le Père et l’Esprit-Saint dans les siècles des siècles. Amen.

2° lecture Fête de la Chaire de saint Pierre



Actes des Apôtres 11, 1-18

La persévérance de Pierre

Aelred de Rievaulx

Sermon 18 pour la fête des apôtres Pierre et Paul, Pain Cîteaux 12, p. 42s

        Elle est bien faible cette colonne, je veux dire saint Pierre, quand la voix d’une simple servante le jeta par terre. Le Seigneur a ensuite affermi cette colonne quand il l’interrogea par trois fois : Pierre m’aimes-tu ? Et par trois fois il répondit : Je t’aime, Seigneur.  Par le fait qu’il l’avait renié trois fois, il a, pour ainsi dire, amoindri en lui l’amour pour notre Seigneur : cette colonne s’était donc effondrée et fracturée. De même, par le fait qu’il confessa trois fois son amour, la colonne qu’il était a été affermie. Il est à remarquer que lorsque Pierre répondit : Je t’aime, le Seigneur lui répondit aussitôt : Paix mes brebis. C’est comme s’il disait : L’amour que tu as pour moi, montre-le en faisant paître mes brebis. Ainsi, frères, c’est à tort qu’il prétend aimer Dieu celui qui ne veut pas faire paître ses brebis.

        Que dire de la persévérance de Pierre ? N’aurait-il rien enduré d’autre pour le Christ, il suffirait en tout cas qu’il ait été aujourd’hui crucifié pour Lui. Et ce qui est particulièrement digne d’éloges, c’est qu’il n’a pas voulu être crucifié comme notre Seigneur, mais il a voulu avoir les pieds en l’air et la tête en bas. Il savait bien où était Celui qu’il aimait, Celui qu’il désirait, Celui vers qui il soupirait. Où était-il sinon au ciel ? Pourquoi donc voulut-il avoir les pieds orientés vers le haut, sinon pour manifester clairement qu’il irait vers le ciel pour ce martyre ? Cette croix en était comme le chemin. Oui, frères, la croix du Christ est un chemin vers le ciel, et il n’y en a pas d’autre. Ayons donc devant les yeux, frères, la vie et la mort des saints, particulièrement en ce jour celles de l’apôtre saint Pierre, ainsi que leur récompense. Songeons à ceci : si nous imitons autant que possible leur martyr, nous irons sans aucun doute vivre en leur compagnie. Par leurs mérites, que notre Seigneur Jésus-Christ daigne nous l’accorder, lui qui vit et règne avec le Père et le Saint Esprit pour les siècles des siècles. Amen.

Vendredi de la 6ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Pierre Damien



2 Thessaloniciens 2, 1-17

Avant la venue du Seigneur

Père Lucien Cerfaux

Le Christ dans la théologie de saint Paul, p. 41s

        En attendant la fin, au temps de saint Paul comme au nôtre, le mystère de l’iniquité a déjà fait son œuvre. On pensera pour le premier siècle aux persécutions qui revêtent une couleur politique et religieuse, peut-être aussi aux faux prophètes dont parle l’évangile et que Paul a pu identifier à ceux qu’ils rencontraient sur sa route (philosophes, propagateurs de cultes païens, juifs ennemis de l’évangile, faux apôtres, etc…). Ni les persécuteurs juifs ou païens, ni les faux prophètes ne sont cependant l’Antéchrist. De celui-ci, il faut attendre une apocalypse ou une parousie, une révélation extraordinaire, selon l’activité de Satan, avec des miracles mensongers, on peut penser aux prestiges des magiciens, et même, les expressions de Paul sont reprises du prophète Daniel, à une intronisation, dans le Temple de Dieu, avec déification. Avec ce moment de l’Antéchrist, coïncidera la manifestation de la parousie du Seigneur dans le feu du jugement. Celui-ci viendra avec les anges de puissance, dans la gloire de sa force, et anéantira l’Antéchrist du souffle de sa bouche, enveloppant dans sa gloire ses saints et tous ceux qui ont cru, punissant ceux qui n’ont pas connu Dieu et n’obéissent pas à l’évangile de notre Seigneur Jésus.

       L’orientation de cette description est celle du jugement. Les hommes ont été appelés à connaître Dieu et à recevoir l’Evangile. L’opposition qui existe, depuis le commencement, arrive à son apogée dans la personne de l’homme d’iniquité ; chose qui ne s’était jamais vue, Satan a trouvé son instrument adéquat. Saint Paul assiste déjà à ce dénouement de l’histoire religieuse. L’évangile, de son côté, est l’apogée de la manifestation de l’appel de Dieu à l’humanité. La victoire du Christ à sa parousie sera celle de l’évangile et de la foi.