Texte du jour

Samedi de la 15ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Elie



2 Samuel 12, 1-25

Solitude dePaul VI l’esprit, un des fruits du silence

Sœur Eliane Poirot

Elie, archétype du moine, p. 59s

         Toutes les sévérités du désert ne sont là que pour amener l’âme à ce silence qui est la condition de la rencontre avec Dieu, à la « vie philosophique », telle que la définit Grégoire de Nazianze. Pour son ami Grégoire de Nysse, « le désert symbolise l’âme desséchée et dépouillée » qui peut recevoir la « gloire du Carmel, c’est-à-dire la grâce de l’Esprit ».

        Ephrem chante le désert qui garde le prophète de ses ennemis et qui lui permet de vivre dans la prière continuelle : Elie se plaisait dans la vallée, car il était sans anxiété.

        Sévère d’Antioche décrit le Carmel comme le lieu où Elie le Thischbite habitait et demeurait sans relations, et dans le silence vivait et s’entretenait avec Dieu seul. La solitude n’est pas une fin en soi, elle favorise la prière. Aphraate associe la virginité d’Elie et d’Elisée à leur séjour au désert, sur les montagnes et dans les grottes.

        La solitude d’Elie n’est pas seulement physique, mais ontologique : C’est dans la solitude qu’était assis Elie, alors que l’ange et les corbeaux lui portaient de quoi vivre, seul non seulement en tant qu’éloigné de la foule, mais en tant qu’ayant un mérite peu commun.

        Aphraate soulève une contradiction. Le Seigneur a dit : Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là parmi eux. Comment alors justifier la prière solitaire ? Si quelqu’un se rassemble au nom du Messie, le Messie demeure en lui, et Dieu demeure dans le Messie. Aphraate illustre cette exégèse à l’aide faits vétérotestamentaires, dont celui de la prière d’Elie, et montre ainsi l’efficacité d’une prière qui jaillit du silence : Elie était seul sur la montagne et sa prière fit preuve de forces étonnantes. Elie, bien que seul, fit excellemment entendu. Par sa vie au désert, Elie a vraiment été un ange dans la chair, comme le dit la liturgie byzantine.

Les Pères insistent sur la vision de Dieu, fruit de cette vie de labeur spirituel dans le désert ; pour eux, le désert et le silence dans la solitude, choisis en vue d’un plus grand amour favorisent la recherche de la pureté du cœur et de l’union à Dieu. A travers l’interprétation patristique du vécu d’Elie au désert, il ressort que le silence est à la fois chemin de guérison, lieu de dépouillement et de manifestations divines. Mais il n’est pas un but en soi. La rencontre de Dieu à l’Horeb ne s’arrête pas à une jouissance théophanique : Elie est envoyé oindre les rois et le prophète Elisée. Se mettre à l’écoute de Dieu renvoie vers les frères.

 

Vendredi de la 15ème semaine du Temps Ordinaire



2 Samuel 11, 1-17 + 26-27

La faute de DavidPaul VI

Abbé Jean Steinmann

David, roi d’Israël, p. 110s

 

         La faute de David, cette histoire n’est que trop commune ! Il ne s’agit pas d’excuser David, ni de le traiter de monstre de perversité ; David n’était pas un saint chrétien. Après sa faute, il fit l’impossible pour ne pas provoquer un drame, et n’en vint au crime que par suite de circonstances fatales.

        Entre la mort d’Urie et la naissance du fils adultérin de Bethsabée, la guerre contre les Ammonites eut une issue victorieuse. C’est probablement dans cette atmosphère de triomphe que Bethsabée mit au monde le fils de son adultère avec David. Cet enfant tomba malade et mourut. L’historien voit dans cette mort une punition divine ; comme Dieu agit directement, le récit, que nous a laissé cet historien de la mort du petit prince, est rendu plus émouvant par l’espoir que David garde jusqu’u dernier moment de fléchir Dieu par sa pénitence.

        Bethsabée donna naissance à un second fils ; Dieu l’aima, nous dit le texte, et le fit savoir par le prophète Nathan. Cet enfant, Salomon, allait être promis à une glorieuse destinée. Alors que de nombreux fils de David avait déjà atteint l’âge d’homme à la naissance de Salomon, c’est ce benjamin qui, une vingtaine d’années plus tard, devra succéder à son père.

        Par suite de cette naissance, l’adultère de David et la mort d’Urie auront de lourdes conséquences sur la politique ultérieure du royaume. Mais, sur le moment, le prestige du roi était tel que l’indignation de Nathan n’avait pas dépassé les bornes d’une semonce privée. David avait reconnu ses torts ; son caractère, dans cette affaire, se révèle passionné et emporté, mais, droit et généreux, sans rien de la duplicité, de l’hypocrisie et de l’absence de scrupules des grands rapaces de la politique. Jusqu’à son extrême vieillesse, David aima Bethsabée, de même qu’il aimera trop ses enfants. Et c’est justement dans cette affection profonde, trop indulgente et trop faible, qu’il sera le plus durement frappé.

Jeudi de la 15ème semaine du Temps Ordinaire



2 Samuel 7, 1-25

La prophétie de NathanPaul VI

 

Père Yves Congar

Le mystère du Temple, p. 45s

        Quand Dieu écarte l’idée que David lui bâtisse un temple, il motive son quasi-refus par le fait qu’il n’a jamais habité de maison depuis le jour où il a fait monter d’Egypte les Israélites, mais était en camp volant sous une tente ou un abri. Peu importait à Dieu qu’il fût ici ou là, il voulait être avec son peuple. C’est pourquoi, le peuple étant errant comme les nomades, il habitait avec eux sous une tente.

        Le sens profond de la tente du désert et de cette présence de Dieu, c’est que Dieu est Dieu unique et souverain, et que, par conséquent, il n’est pas comme les faux dieux et les idoles lié à un lieu particulier. Il est toujours Dieu-qui-a-fait-monter-Israël-du-pays-d’Egypte ; il est donc bien le Dieu vivant qui est avec son peuple, si celui-ci est vraiment son peuple. Dieu est et sera toujours celui qui, à l’endroit décisif du Sinaï, source de la constitution d’Israël en peuple de Dieu, s’est révélé comme : Je serai qui je serai.

        Ce n’est donc pas aux hommes à bâtir un temple à Dieu : Dieu se fait lui-même son temple en habitant, d’une présence qui ne peut être que souverainement active, au milieu de son peuple. Dès lors, quand  Dieu répond à David : Ce n’est pas toi qui me bâtiras une maison, c’est moi qui t’en ferai une, il annonce implicitement, en désignant la descendance de David comme le lieu suprême où sa générosité souveraine s’exercera, que le temple qu’il se fera sera cette maison de David où sa générosité se manifestera si grandement. Le sens messianique du texte se trouve naturellement au terme de son explication la plus obvie : il vise le règne de Dieu lui-même, tel qu’il se réalisera en Jésus Christ. Mais il ne pourrait se dévoiler nettement que progressivement.

        L’annonce faite à David était donc toute tournée vers l’avenir : l’avenir historique de la monarchie en Israël et l’avenir messianique. Elle avait pour âme profonde cette idée que l’habitation de Dieu est essentiellement avec son peuple, dans son peuple. C’est la ligne de vie de tout le propos de Dieu ; sa réalisation s’appellera Jésus-Christ, le Fils de l’homme. Tout ici annonce l’Incarnation par laquelle toute la plénitude de la divinité habitera en Jésus Christ corporellement, l’Eglise n’étant autre que le Corps du Christ.

Mercredi de la 15ème semaine du Temps Ordinaire



2 Samuel 6, 1-23

David devant l’ArchePaul VI

Daniel Sibony

Lectures bibliques, p. 273s

        La danse est un symbole majeur et rare du rapport au divin. Il y a une scène où m’amour de l’être est vécu dans la joie et la danse : David ramène à Jérusalem l’Arche de la Loi qui était chez les Philistins. Il danse sur tout le trajet, tout le déplacement de cet Objet du « témoignage », jusqu’à la ville. Il danse seul, entouré par la foule, en musique, avec des bonds et des tourbillons. Sa femme Mikhal, restée chez elle, le reçoit quand la fête est finie, et lui dit : Tu t’es montré nu devant ces femmes du peuple, tu n’as pas respecté ta place de roi, ta dignité. Elle est jalouse, révoltée, mortifiée. Mikhal est la fille du roi précédent, Saül, qui est mort de jalousie. David lui répond : Oui, je me suis réjoui et déchaîné devant l’être-divin, en présence de femmes du peuple, et je le ferai encore. Te texte conclut : Et Mikhal, fille de Saül, n’eut pas d’enfant, de toute sa vie. Elle est donc restée stérile, captive de sa jalousie. N’ont-ils plus fait l’amour depuis ce jour où elle a médit de la danse comme éclatement de joie, élan royal du corps devant les autres et devant la Loi ? Or, l’amour du corps et de sa Loi appelle ce jet physique, cette énergie corporelle. Celle femme n’a pu mettre au monde de la vie. Si pour elle le refus de l’amour s’exprime en refus de la danse, c’est que le « oui » à la danse, improvisée sur le trajet de la Loi, s’inscrit comme un appel d’amour. Amour de l’être, amour de la vie charnelle et des autres présences vives.

        A moins qu’elle n’ait été stérile, comme d’autres femmes dont parle la Bible, mais qui, un jour ou l’autre, connaissent l’ouverture matricielle, le rappel d’être. Comme Anne, la femme aimée et stérile, connue pour sa prière victorieuse quand elle tombe enceinte de Samuel : elle exalte Dieu comme le lieu des renversements : Par lui, l’arc des forts est brisé, ceux qui vivaient dans l’abondance se font mercenaires, et ceux qui souffraient de faim sont délivrés. Il fait mourir et il fait vivre, il fait monter les pauvres de l’abjection et les place auprès des grands. Car ce n’est pas par la force que l’homme triomphe. Le même retournement s’exprime ailleurs : La pierre rejetée par les maçons est devenue la pierre d’angle. Dieu est donc un mouvement incessant : ceux qui, partant d’en bas, sont portés par lui vers le haut, risquent aussi de redescendre, et leurs descendants peut-être de remonter… Dieu se rythme au fil des générations, mais son rythme n’est pas connu. Ce n’est pourtant pas la roue qui tourne…, c’est de l’être qu’il s’agit.

Mardi de la 15ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire du Mont Carmel



2 Samuel 4,2 – 5,7

Bienheureuse Vierge Marie du CarmelPaul VI

Benoît XVI

La sainteté ne passe pas, p. 146s

        Le Carmel, haut promontoire qui s’élève le long de la côte orientale de la mer Méditerranée, précisément à la hauteur de la Galilée, possède sur ses pentes de nombreuses grottes naturelles, appréciées des ermites. Le plus célèbre de ces hommes de Dieu fut le grand prophète Elie qui, au IXème siècle avant Jésus Christ, défendit inlassablement de la contamination, par le culte des idoles, la pureté de la foi dans le Dieu unique et véritable. Précisément, en s’inspirant de la figure d’Elie, est né l’Ordre contemplatif des « Carmes », famille religieuse qui compte parmi ses membres de grands saints comme Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Thérèse de l’Enfant-Jésus de Lisieux, Thérèse Bénédicte de la Croix, dans le siècle Edith Stein. Les Carmes ont diffusé, dans le peuple chrétien, la dévotion à la Bienheureuse Vierge du Mont Carmel, l’indiquant comme modèle de prière, modèle de contemplation et modèle de dévotion à Dieu.

        En effet, Marie fut la première qui, de façon incomparable, a cru et fait l’expérience que Jésus, Verbe incarné, est le sommet, le point culminant de la rencontre de l’homme avec Dieu. En accueillant pleinement la Parole, elle est « arrivée heureuse à la Sainte Montagne », et vit pour toujours, corps et âme, avec le Seigneur. Dans nos prières, confions, en ce jour, à la reine du Mont Carmel toutes les communautés de vie contemplative présentes dans le monde, et de façon plus particulière celles de l’Ordre des Carmes ; n’oubliez pas les monastères proches de chacun et de chacune d’entre vous, monastères qui prient pour vous et pour le monde. Que Marie aide chaque chrétien à rencontrer Dieu dans le silence de la prière.

 

Lundi de la 15ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Bonaventure



2 Samuel 2,1-11 + 3,1-5

L’accès à la sagessePaul VI

Saint Bonaventure

Le Christ Maître, p. 47s

        Dans quel ordre parvient-on à la Sagesse ? L’on commence par la solidité de la foi, puis l’on progresse par la sérénité de la raison, pour parvenir ensuite à la suavité de la contemplation. C’est ce que le Christ a indiqué quand il a dit : Je suis la Voie, la Vérité et la vie. C’est ainsi que s’accomplit cette déclaration des Proverbes (4,18) : Le sentier des justes s’avance comme une lumière et croît jusqu’au jour parfait.

        Cet ordre, les saints l’ont suivi, attentifs à ce mot d’Isaïe (7,9), selon la traduction des Septante  : Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. Cet ordre, les philosophes l’ont ignoré ; négligeant la foi et prenant exclusivement appui sur la raison, ils n’ont nullement pu parvenir à la contemplation. Car, comme le dit saint Augustin : Le regard infirme de l’esprit humain ne peut se fixer sur une Lumière aussi intense, à moins qu’il ne soit purifié par la justice de la foi.

        L’évidence se fait aussi sur la personne de l’agent et du docteur : c’est le Christ qui est le guide, l’aide de notre intelligence, non seulement de manière générale comme en toutes actions naturelles, ni de manière aussi spéciale que dans les actions de grâce et du pouvoir méritoire, mais d’une certaine manière intermédiaire.

        Pour comprendre ce point, il faut noter qu’on trouve dans les créatures trois sortes de conformité à Dieu. Certaines se conforment à Dieu comme des vestiges, certaines comme des images, certaines comme des similitudes.

        Le vestige, en effet, exprime un rapport à Dieu comme au principe causatif ; l’image, elle, se rapporte à Dieu, non seulement comme au principe, mais aussi comme à l’objet moteur ; en effet, l’âme est image de Dieu, comme le dit saint Augustin dans son traité sur la Trinité (14, 8, 11), en tant qu’elle est capable de lui et qu’elle peut être participante, à savoir par la connaissance et l’amour. Quant à la similitude, elle a rapport à Dieu, non seulement comme au principe et à l’objet, mais aussi par le mode de don infus.

 

3° lecture Dimanche de la 15ème semaine du Temps Ordinaire – C



Luc 10, 25-37

Le Samaritain miséricordieuxPaul VI

Saint Nicolas Vélimirovitch

Homélies sur les évangiles des Dimanches et Jours de fête, p. 612s

        Un Samaritain arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Qui est ce Samaritain ? C’est le Seigneur Jésus Christ Lui-même. Pourquoi le Seigneur se donne-t-il le nom de Samaritain ? Parce que les Juifs méprisaient les Samaritains en tant qu’idolâtres impurs. Ils ne les fréquentaient pas, ni ne parlaient avec eux. C’est pourquoi la Samaritaine avait dit au Seigneur, au puits de Jacob : Comment, toi qui es Juif, tu me demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine ? C’est ainsi que les Samaritains considéraient le Christ comme un Juif, alors que le Juifs L’appelaient Samaritain : N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu es un démon ? En rapportant ce récit au légiste juif, le Seigneur se présente sous l’aspect d’un Samaritain, par humilité  infinie, afin de nous enseigner à nous aussi que, même sous le nom et l’identité les plus méprisés, nous pouvons faire beaucoup de bien, et souvent même plus que des gens portant un nom et une identité imposants et célèbres. Le Seigneur prend aussi l’identité d’un Samaritain par amour pour les pécheurs. Le nom de Samaritain était en effet synonyme de pécheur. Quand les Juifs L’ont appelé Samaritain, le Seigneur n’a pas protesté. Il entrait sous le toit des pécheurs, mangeait et buvait avec eux ; Il a même affirmé clairement que c’est à cause des pécheurs qu’Il est venu dans ce monde, à cause des pécheurs et non des justes ! Mais pouvait-il y avoir un seul juste en sa présence ? Tous les hommes n’étaient-ils pas recouverts par le péché comme un nuage noir ? Et toutes les âmes n’étaient-elles pas meurtries et déformées par les esprits maléfiques ? Le Seigneur se donne le nom de Samaritain pour nous apprendre à ne pas attendre que la force de Dieu se manifeste seulement dans les grandes figures de ce monde, mais à faire attention, avec respect et prévenance, à ce que disent et pensent les petites gens méprisés dans ce monde. Car Dieu se sert souvent des roseaux pour briser des murs de fer et de pécheurs pour faire honte aux rois, comme de ce qui est le plus intime pour rabaisser ce qui est considéré comme le plus important aux yeux des hommes. En se donnant le nom de Samaritain, le Seigneur veut montrer que c’est en vain que le monde attend son salut du puissant empire romain ; le salut du monde, le Seigneur l’a établi au sein du peuple le plus méprisé de l’empire romain, le peuple juif, et parmi les gens les plus méprisés par les Juifs, des pêcheurs de Galilée, qui étaient aussi méprisés par les scribes prétentieux que par les Samaritains idolâtres. L’Esprit de Dieu est libre, le vent souffle où il veut, sans tenir compte des positions sociales, ni de leur considération. Ce qui est considéré comme éminent par les hommes est nul devant Dieu, et ce qui est nul pour les hommes est éminent devant Dieu.

 

2° lecture Dimanche de la 15ème semaine du Temps Ordinaire



1 Samuel 31,1-4 + 2 Samuel 1,1-16

La fin de SaülPaul VI

Père René Beaupère

Donne-nous un roi, p. 74s

        A l‘aube, la bataille de Gelboé s’engage. Elle tourne mal pour les Israélites dont les troupes se débandent. Les Philistins talonnent Saül et ses trois fils. Ces derniers, Jonathan, Abinadab et Malkishua sont tués l’un après l’autre. Le poids du combat se porte sur Saül ; alors il dit à son écuyer : Tire ton épée et transperce-moi. Mais son écuyer ne bougea pas : il était rempli d’effroi. Saül prit son épée et se jeta sur elle ; son dernier geste fut de la sorte plus le geste d’un homme de guerre que celui d’un héros de la foi.

        Voilà terminée la tragique existence de Saül. Qu’en penser ? Dans le texte biblique, il n’y a pas de condamnation personnelle de Saül par Dieu. C’est le lecteur moderne, soucieux du destin personnel des êtres, et c’est peut-être déjà Samuel qui va dans ce sens. L’Ecriture ne se préoccupe pas du destin personnel de Saül, qui reste connu de Dieu seul. La Bible s’intéresse à la place de Saül dans l’histoire de son peuple, en d’autres termes à sa mission. Elle constate et souligne l’échec de cette mission, échec providentiel puisqu’il ouvre le passage à David, le roi selon le cœur de Dieu.

        Il y a dans le cas de Saül un véritable mystère. Où se situe la responsabilité ? Elle n’est à chercher ni dans l’acceptation de la mission que lui confia Samuel, ni, à proprement parler, dans l’échec de cette mission, mais sans doute dans le fait que Saül s’est cramponné à sa royauté, alors même que le jugement de Dieu lui était clairement signifié, et par la parole du prophète Samuel, et par la venue de David.

        Le destin de Saül nous place devant les choix gratuits de Dieu. De même que Jacob a été préféré à Esaü, et Israël aux autres peuples, de même David a été référé à Saül. Mais, si Dieu n’est pas resté fidèle à Saül, c’est parce que Saül, le premier, n’était pas demeuré fidèle à Dieu, car le maintien de la grâce dépend de la fidélité de l’élu. Saül a préféré écouter la parole du peuple qui l’acclamait et lui dictait sa conduite, plutôt que la parole de Dieu qui lui était signifiée par son prophète. Saül le demandé, Saül le souhaité, Saül le désiré (c’est ce que signifie son nom), est devenu Saül le rejeté, Saül le réprouvé. C’est à la justice et à la miséricorde de Dieu, qui seul sonde les reins et les cœurs, qu’il faut le remettre.

 

Samedi de la 14ème semaine du Temps Ordinaire



1 Samuel 28, 3-25

La fin misérable de SaülPaul VI

Bienheureux cardinal John-Henry Newman

Sermon universitaire : l’attachement au sens propre fut le péché de Saül

        En résistant volontairement à la volonté divine, Saül ouvrit la voie aux passions mauvaises qui jusqu’alors avaient fait de lui tout au plus un homme peu sympathique, mais non un pécheur. Sa réserve, son mystère, lorsqu’ils étaient subordonnés à sa magnanimité, avaient même pour effet d’accroître son influence comme chef de son peuple, mais ils finirent par lui déranger l’esprit lorsqu’il leur laissa libre cours en rejetant les vrais principes religieux, et quand l’Esprit de Dieu se retira de lui. La folie suivit la désobéissance. Etant un principe de désordre, la volonté perverse qui avait d’abord résisté à Dieu se tourna contre lui-même : ses sautes d’humeur, ses remords et ses rechutes, était-ce autre chose que les convulsions d’un esprit qui avait perdu la maîtrise de soi ? A la fin, ce cœur fier, qui trouvait dur d’obéir à son Créateur, s’en vint chercher un réconfort dans la caverne d’une pythonisse : essayant, par un moyen, qu’il avait autrefois blâmé, d’obtenir le conseil d’un mort, de ce prophète qu’il avait indignement traité de son vivant.

        Quand on considère cette misérable fin d’une histoire dont les débuts étaient pleins de promesses, il faut remarquer comment l’échec d’un dessein divin y est clairement attribuable à l’homme. Le Tout-Puissant avait choisi un instrument que tous ses dons extérieurs préparaient à remplir son dessein. Quand Dieu crée un agent libre, il se réserve pour lui-même le caractère, les dons, tout enfin, sauf ce qui, en somme, rend les hommes égaux, c’est-à-dire le vouloir. A tous ces égards, Saül était adapté à sa mission. Nul n’était mieux désigné par ses talents et sa conduite pour exercer le pouvoir politique dans son peuple que ce monarque réservé, mystérieux que Dieu lui avait donné ; nul n’était plus capable de frapper de terreur les nations voisines qu’un chef d’armée doué de sang-froid et de décision rapide dans l’action. Mais il trahit sa vocation par son incrédulité : il voulut jouer un rôle personnel, et non le rôle qui lui était assigné dans les décrets du Tout-Puissant.

 

Vendredi de la 14ème semaine du Temps Ordinaire



1 Samuel 26, 2-25

La générosité de DavidPaul VI

Saint Jean Chrysostome

Troisième homélie sur David et Saül, OC 8, p. 486s

        David est vraiment un homme admirable entre tous. Une telle générosité dans le pardon chez un homme qui vit sous l’ancienne Loi l’emporte de beaucoup sur un acte semblable posé aujourd’hui après la grâce de l’évangile. David n’avait pas entendu la parabole des dix mille talents et des cent deniers ; il n’avait pas entendu la prière du Seigneur et le Pardonnez aux hommes leurs manquements, comme votre Père de cieux le fait pour vous ; il n’avait pas vu le Christ suspendu à la croix ; ni son sang précieux répandu ; il n’avait pas écouté d’innombrables enseignements sur le comportement chrétien ; il n’avait pas participé au sacrifice du Seigneur, ni communié à son sang ; mais formé par des lois moins parfaites et moins exigeantes, il était parvenu d’avance au sommet de la sagesse évangélique.

        Et toi, si facilement irrité, tu gardes de la rancune pour les offenses passées. Toute autre est la conduite de David ; il a des craintes pour son avenir, il sait bien qu’en laissant la vie sauve à son ennemi, toute ville lui sera fermée et la vie très difficile. Cependant, il n’hésite pas à montrer sa sollicitude pour Saül, il fait tout pour protéger son persécuteur. Où trouver une plus grande longanimité dans le malheur ? Nous donc, ne cherchons pas à éviter de souffrir tout mal de nos ennemis, que de ne leur en causer aucun ; ainsi, même si nous avons à supporter des maux innombrables, le Mal ne nous atteindra pas.

        La vertu de David est mise en évidence par les paroles de Saül. S’il fait à David une réponse douce et paisible, attribuons-en la cause à celui qui sait transformer cet homme rude, l’apaiser, rétablir l’harmonie dans son cœur. Que répond donc Saül ? Est-ce bien ta voix, mon fils David ? Quel changement s’est produit subitement ! Il ne pouvait supporter de prononcer le seul nom de David, il détestait sa simple évocation, et voilà qu’il le regarde comme faisant partie de sa famille, il l’appelle son fils !

        Bienheureux David ! D’un homicide, il fait un père, d’un loup une brebis ; la fournaise de colère, il la remplit d’une abondante rosée ; il change la tempête en calme plat, il apaise tout excès de fureur. Au son de cette voix, le cœur de Saül s’est attendri. Y a-t-il plus grand bonheur que celui de David qui, en un instant, transforme ainsi son ennemi ? J’admire David d’avoir fait couler des torrents de larmes dans des yeux secs comme la pierre ! Celui-là triomphe de la nature, celui-ci a vaincu une volonté libre !