Texte du jour

Mercredi de la 25ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Pio de Petrelcina



Tobie 3, 7-17

La glorification dans la croix

Saint Jean-Paul II, le 16 juin 2002

Homélie lors de la canonisation de Padre Pio, DC 2002, p. 601s

          Pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus-Christ reste mon seul orgueil. N’est-ce pas précisément la glorification dans la croix qui resplendit le plus chez Padre Pio ? Comme la spiritualité de la croix vécue par l’humble capucin de Pietrelcina est actuelle ! Notre époque a besoin d’en redécouvrir la valeur pour ouvrir son cœur à l’espérance.

          Tout au long de sa vie, Padre Pio a cherché à se conformer davantage au Crucifié, en ayant clairement conscience d’avoir été appelé à collaborer de façon particulière à l’œuvre de la Rédemption. Sans cette référence constante à la Croix, on ne peut pas comprendre sa sainteté.

          Dans le dessein de Dieu, la Croix constitue le véritable instrument de salut pour l’humanité tout entière et la voie explicitement proposée par le Seigneur à ceux qui veulent le suivre. Le saint Frère du Gargano l’avait bien compris, lui qui écrivait lors de la fête de l’Assomption, en 1914 : « Pour arriver à atteindre notre objectif ultime, il faut suivre le divin chef, qui ne désire conduire l’âme élue par d’autre voie que celle qu’il a parcourue, qui est celle, je le dis, de l’abnégation et de la Croix.

          Je suis Dieu qui exerce la bonté, proclame le prophète Jérémie. Padre Pio a été le généreux dispensateur de la miséricorde divine, étant disponible pour tous à travers l’accueil, la direction spirituelle, et, en particulier, le sacrement de Pénitence. J’ai eu moi-même le privilège, pendant la jeunesse, de profiter de sa disponibilité envers les pénitents. Le ministère du confessionnal, qui constitue l’un des traits caractéristiques de son apostolat, attirait des foules innombrables de fidèles au couvent de San Giovanni Rotondo. Même lorsque ce singulier confesseur traitait les pèlerins avec une dureté apparente, ceux-ci, ayant pris conscience de la gravité de leur péché, et sincèrement repentis, revenaient presque toujours en arrière, afin de recevoir le geste de paix du pardon sacramentel !

          Puisse son exemple inciter les prêtres à accomplir avec joie et assiduité ce ministère, si important aujourd’hui.

Mardi de la 25ème semaine du Temps Ordinaire



Tobie 3, 7-17

« Amour sera-t-il plus fort que la mort ? »

Père Jacques Goettmann

Tobie, Livre des fiancés et des pèlerins, p. 48s

          Sara surmonte la tentation du suicide grâce à des raisons familiales et sociales. Comme Tobie, le vieil aveugle, Sara s’avance pourtant vers la mort, elle s’y avance sous le regard de Dieu. Sa prière se joint admirablement à celle de Tobie. La Vulgate remplace la tentation du suicide par des notations plus mystiques : « Sara monta dans la plus haute chambre de la maison et fut trois jours et trois nuits sans boire et sans manger. Ainsi demeurant, elle faisait avec larmes prières à Dieu pour qu’il la délivrât de cet outrage ». Les trois jours de jeûne et de veille ouvrent, en cette chambre haute, l’œuvre de purification et d’union qui s’achèvera, dans la chambre nuptiale, par un triduum semblable, noté par la Vulgate. Saint Jérôme s’est sans doute souvenu de ce mot de Jésus : Cette espèce de démon ne peut sortir que par la prière et par le jeûne.

          La prière de Sara ressemble à celle de Tobie. Ses premières paroles sont pour bénir le Seigneur. Elle le contemple dans sa miséricorde et la sainteté de son Nom. Avant de parler de son propre malheur, Sara entre dans cette voie d’amour où la sainteté et la miséricorde divines purifieront sa misère. Pour elle, le mot miséricorde prend tout son sens. Le cœur de Dieu enveloppe de sa forte tendresse sa misère de jeune veuve, de juive exilée et ensorcelée, de maîtresse outragée par ses servantes.

          La prière se poursuit par le regard de Sara vers son Seigneur et le regard du Seigneur vers Sara. Ces deux regards accompagnent la même plainte : La mort plutôt que l’outrage ! Sara expose à Dieu son malheur, puis elle s’abandonne à Celui qui est le Maître de la mort et de la vie.

          A ces considérations, saint Jérôme substitue son commentaire moral et mystique : Seigneur, tu sais que je n’ai jamais convoité d’homme. Jamais je ne me suis mêlée avec ceux qui s’amusent ; j’ai consenti à prendre mari selon la crainte, non selon mon désir. Ou bien je n’ai pas été digne d’eux, ou bien ils n’ont pas été dignes de moi, ou bien tu me réserves à un autre mari. Ton dessein n’est pas à la mesure de l’homme, mais celui qui  t’adore est certain que sa vie, à travers l’épreuve, sera couronnée, à travers l’angoisse, sera délivrée, à travers la correction, viendra à ta miséricorde. Par un certain rythme pascal, ces versets font écho au leit-motiv du cantique final de Tobie et aux paradoxes chrétiens décrits par saint Paul dans sa seconde lettre aux Corinthiens.

3° lecture Fête de saint Matthieu



Matthieu 9, 9-13

L’appel de Matthieu

Saint Jean Chrysostome

Homélie 30, 1-2 du commentaire sur saint Matthieu, OC 12, p. 87s

          Pourquoi Jésus n’a-t-il pas appelé Matthieu en même temps que Pierre, Jean et les autres ? De même qu’il est venu sur terre quand il a senti les hommes disposés à lui obéir, de même il a appelé Matthieu quand il a su qu’il le suivrait. Si Matthieu n’a pas été appelé au commencement, c’est qu’il avait encore le cœur trop dur ; mais après les nombreux miracles, quand la renommée de Jésus eut grandi, il était plus disposé à écouter le Maître, et Jésus le savait.

          Il convient aussi d’admirer la vertu de l’apôtre qui ne dissimule pas sa vie passée. Pourquoi Matthieu dit-il qu’il était assis au bureau de la douane ? C’est pour montrer la puissance de Celui qui l’a appelé, sachant vaincre sa résistance, l’arrachant à sa méchanceté, et se l’attachant. Son métier était honteux, sans conscience ; les profits qu’il en tirait n’avaient aucune excuse. Malgré tout cela, Jésus l’a appelé. Et pourquoi dire qu’il ne rougit pas d’appeler un publicain, puisqu’il n’a pas rougi de parler à une prostituée et lui a même permis de baiser ses pieds et de les arroser de ses larmes ? Car s’il est venu, ce n’est pas seulement pour soigner les corps, mais encore pour guérir les âmes. C’est ce qu’il a fait pour le paralytique ; après avoir clairement montré qu’il a la puissance de pardonner les péchés, il vient vers Matthieu, afin que les gens ne soient plus étonnés de le voir choisir un publicain comme disciple.

          Après l’avoir appelé, Jésus lui fit le grand honneur de partager aussitôt sa table ; il voulait aussi l’encourager pour l’avenir et augmenter sa confiance. Il n’est pas long à guérir son âme pécheresse ; puis il s’assied avec lui, et beaucoup d’autres publicains. Et pourtant on risque de l’accuser de fréquenter des pécheurs ! Ses ennemis ne se cachent pas ; ils surveillent tous ses actes. Les publicains viennent donc chez Matthieu, comme chez l’un des leurs, car Matthieu tout heureux de la venue du Christ chez lui, les a tous invités. Voilà le publicain tout changé et devenu meilleur.

2° lecture Fête de saint Matthieu



Ephésiens 4, 1-16

Matthieu, le publicain

Père Claude Flipo

Hommes et femmes du Nouveau Testament, p. 53s

          La Caravage, peintre italien du XVIIème siècle, a magistralement fait le portrait de Matthieu, le publicain, fils d’Alphée, saisi sur le vif au moment où il est appelé par Jésus. Ce chef d’œuvre se trouve dans l’église Saint-Louis-des-Français, à Rome. Le tableau, réalisé en 1600, mesure 340 centimètres sur 322. Le Caravage a représenté l’événement de la vocation de Matthieu comme la rencontre intense et silencieuse de deux regards. Lévi, tel est son nom avant qu’il ne devienne l’apôtre Matthieu, est assis à son bureau de douane, entouré de quatre auxiliaires occupés à compter la recette du jour. Son visage, vivement éclairé, est levé vers celui de Jésus, debout dans l’encadrement lumineux de la porte. Leurs yeux se croisent. Le Christ est entré, avec Simon-Pierre dans l’ombre, et d’un mouvement de la main droite, puissant et décisif, il appelle Lévi. Celui-ci, ébloui par la lumière soudaine et comme stupéfait, amorce un geste de recul et, de sa main gauche retournée vers sa poitrine, semble dire : Moi ?, alors que sa main droite agrippe encore la pièce de monnaie qu’il vient de compter. Le doigt de Jésus, dont la majesté traverse en quelque sorte l’espace du tableau, évoque irrésistiblement le doigt de Dieu appelant l’homme à l’existence, dans La Création d’Adam de Michel-Ange, à la chapelle Sixtine. Et le doigt de Pierre, sous le sien, semble acquiescer à l’appel du Christ et adopter Lévi comme compagnon.

Tout le mystère de la vocation divine s’exprime en cet instant décisif, que le récit évangélique narre en quelques mots rapides : En passant, il vit Lévi, le fils d’Alphée, assis au bureau de la douane, et lui dit : Suis-moi. Et se levant, il le suivit. Evidence de l’appel, chez un homme qui semble à mille lieux de s’y attendre, lui, le publicain, le fonctionnaire d’Hérode Antipas, réputé faire un métier de « pécheur public ».

3° lecture Dimanche de la 25ème semaine du Temps Ordinaire – A



Matthieu 20, 1-16

« Allez, vous aussi, à ma vigne »

Saint Jean Chrysostome

Homélie 64 sur saint Matthieu, OC 12, p. 515s

          Quelle est la portée de la parabole des ouvriers de la onzième heure ? il s’agit ici d’une parabole. Or, il ne faut pas vouloir tout expliquer à la lettre dans une parabole ; une fois le but de la parabole déterminé, il faut s’en tenir là et ne pas aller plus loin.

A quel propos alors cette parabole est ainsi présentée, et quel en était la portée ? Le divin Maître veut encourager le zèle des hommes qui se convertissent à un âge avancé, et qui deviennent meilleurs.

          Pour quelle raison le Maître n’a-t-il pas embauché tous les ouvriers en même temps ? Il l’a fait autant qu’il dépendait de lui : si tous ne l’ont pas écouté, il faut s’en prendre à la différence de leurs dispositions et de leur volonté. C’est pourquoi, Dieu vient les appeler en particulier, les uns de grand matin, les autres à la troisième heure, d’autres encore à la sixième heure, puis à la neuvième, enfin les derniers à la onzième heure. En somme, le Maître les appelait lorsqu’il savait que les ouvriers se rendraient et qu’ils obéiraient à sa voix. C’est ce que remarque clairement l’apôtre Paul à son sujet : Quand il a plu à Dieu, il m’a séparé dans le ventre de ma mère. Quand est-ce que cela a plu à Dieu ? Quand il a vu que Paul se rendrait à son appel. Dieu a voulu certes l’appeler dès le commencement de sa vie ; mais parce que Paul ne se fût pas rendu à sa voix, Dieu a pris le parti de ne l’appeler que lorsqu’il a vu qu’il lui obéirait et répondrait à son appel. C’est ainsi que Dieu n’a appelé le bon larron qu’à la dernière heure, bien qu’il l’eût pu faire plus tôt s’il avait pensé que cet homme se fût rendu à sa voix.

          Que ces ouvriers disent que personne ne les a embauchés, il faut se souvenir de la patience de Dieu, ce sont les ouvriers qui l’affirment, non le Maître qui ne veut pas les troubler dans leur travail. Lui, il montre assez qu’il a fait tout ce qu’il a pu de son côté, afin que tous puissent venir dès la première heure du jour : Il est sorti le matin pour les embaucher. Ainsi la parabole de Jésus nous fait voir que les hommes se donnent à Dieu à des âges très différents. Mais Dieu veut à tout prix empêcher les premiers appelés de mépriser les derniers.

2° lecture Dimanche de la 25ème semaine du Temps Ordinaire



Tobie 1, 1-22

« La lumière s’est levée pour le juste »

Saint Augustin

Discours sur le psaume 96, 18, tome II, p. 324s

          La lumière s’est levée pour le juste, et la joie pour les cœurs droits. Quelle est cette lumière qui se lève sur le juste ? Celle qui ne se lève point pour l’injuste, non point cette lumière que Dieu fait lever sur les bons comme sur les méchants. Il est une autre lumière qui se lève pour le juste, lumière qui ne se lève point sur les hommes d’iniquité, et que leur fera dire au dernier jour : Nous avons errés loin du sentier de la vérité : la lumière de la justice ne s’est point levée pour nous, son soleil n’a point paru à nos yeux. Ils sont aimé ce soleil terrestre et sont tombés dans les ténèbres du cœur. Que leur sert d’avoir vu l’un des yeux du corps, quand ils ne verront point l’autre des yeux de l’esprit ? Tobie était aveugle, et il enseignait à son fils la voie de Dieu. Vous savez qu’il lui donnait des conseils et lui disait : Mon fils, fais l’aumône, parce que l’aumône ne te fera pot aller dans les ténèbres. Il était plongé lui-même dans les ténèbres en parlant de la sorte. Voyez-vous dès lors qu’il y a une autre lumière qui s’élève pour le juste, une autre joie pour ceux qui ont le cœur droit ? Il était aveugle, et pourtant il disait à son fils : Fais l’aumône, parce que l’aumône ne te laissera point aller dans les ténèbres. Il ne craignait point que son fils lui dît en son cœur : Toi donc, n’as-tu pas fait souvent l’aumône ? Pourquoi parler ainsi quand on est aveugle ? Voilà que tes aumônes t’ont fait devenir aveugle, et comment me dis-tu que les aumônes m’empêcheront de tomber dans l’aveuglement ? Pourquoi le Père parlait-il avec confiance, sinon parce qu’il voyait une autre lumière ? Le fils tendait la main au père pour diriger sa marche, mais le père montrait à son fils le chemin de la vie. Il est donc une autre lumière qui se lève pour le juste. La lumière se lève pour le juste, et la joie pour ceux qui ont le cœur droit. Veux-tu la connaître ? Aie le cœur droit. Qu’est-ce à dire : aie le cœur droit ? Prends garde d’aller à Dieu avec cœur replié, en résistant à sa volonté, et en cherchant à la courber vers toi au lieu de te redresser sur elle ; alors tu ressentiras la joie, la joie d ceux qui ont le cœur droit. La lumière s’est levée pour le juste, et la joie pour ceux qui ont le cœur droit.

Samedi de la 24ème semaine du Temps Ordinaire



Baruch 3,9-15 + 3,24-4,4

« La sagesse, source de la lumière »

Saint Augustin

Quinze livres sur la Trinité, Livre VII, chapitre 3, OC 27, p. 326s

          D’où vient donc que dans les Ecritures il n’est presque jamais parlé de la sagesse que pour la montrer engendrée ou créée par Dieu ? Engendrée, quand il est question de celle par qui tout a été fait, créée au faite, par exemple dans les hommes, lorsqu’ils se convertissent et s’éclairent à la sagesse qui n’est ni créée ni faite, mais qui a été engendrée, attendu que dans ces hommes, elle devient quelque chose que l’on appelle la sagesse. Ou bien encore, quand les Saintes Ecritures déclarent et racontent que : Le Verbe s’est fait chair, et qu’il a habité parmi nous. C’est en effet ainsi que le Christ s’est fait sagesse, c’est en se faisant homme. Serait-ce que la sagesse ne parle point en ces livres, ou n’en est-il rien dit, que pour montrer qu’elle est née de Dieu, ou qu’elle a été faite par lui, bien que le Père lui-même soit aussi sagesse, et parce que nous devons avoir l’œil sur elle et l’imiter, attendu que c’est par son imitation que nous sommes formés ? Car le Père la parle afin que son Verbe, non pas de la même manière qu’est proférée par la bouche une parole qui retentit dans l’air, ou qui est dans la pensée avant d’être parlée ; car cette parole, ce verbe s’accomplit dans des espaces de temps, tandis que l’autre Verbe est éternel, et c’est en nous éclairant qu’il nous dit sur lui et sur le Père ce qu’il faut dire aux hommes. Aussi est-ce pour cela qu’il parle ainsi : Personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils a bien voulu le révéler, attendu que c’est par le Fils, son Fils, que le Père fait ses révélations. Car si la parole, le verbe temporel et transitoire que nous proférons, se manifeste elle-même d’abord, et manifeste ensuite ce dont nous parlons, à combien plus forte raison en est-il du Verbe de Dieu, par qui tout a été fait ? Or, le Verbe montre de la même manière le Père, comme il est le Père, attendu que le Verbe lui-même est ainsi, et est ce qu’est le Père en tant que la sagesse est essence. Car en tant que Verbe, il n’est point ce qu’est le Père, puisque le Verbe n’est point le Père, et que le Verbe est relatif, comme Fils, ce qui n’est point le Père. Voilà pourquoi le Christ est la vertu et la sagesse de Dieu.

Vendredi de la 24ème semaine du Temps Ordinaire



Baruch 1,14-2,5 + 3,1-8

« Nous avons péché devant le Seigneur »

Saint Augustin

Sermon 244, OC 18, p. 540s

          Adam n’a pas été le premier pécheur. Voulez-vous savoir quel a été le premier pécheur ? Considérez le démon. L’apôtre Paul, voulant nous montrer toute la masse du genre humain infectée de ce péché d’origine, nomme ici, non pas celui que nous avons imité, mais celui dont nous sommes nés. On donne aussi le nom de père à celui qu’on imite. Mes enfants, dit l’apôtre, pour lesquels je souffre de nouveau les douleurs de l’enfantement. Il dit encore ailleurs : Soyez mes imitateurs. Et c’est parce qu’ils sont les imitateurs du démon que le Sauveur dit aux Juifs : Vous avez le démon pour père. Il serait tout à fait contraire à la foi catholique de dire que le démon a engendré ou créé notre nature ; il n’est ici le premier que parce qu’il nous a séduits, et l’homme ne vient après lui que parce qu’il l’imite. L’Ecriture dit bien, en parlant d’Adam : Dans lequel tous ont péché ; mais qu’on me montre un endroit où il soit dit que tous ont péché dans le démon. Autre chose est de pécher en suivant le démon qui nous séduit, autre chose est de pécher dans le démon. Nous étions tous, avant de naître, renfermés dans Adam, notre premier père, comme ses descendants selon la chair ; nous étions en lui, comme un arbre dans sa racine, et c’est cet arbre, dans lequel nous étions renfermés, qui fut infecté par le péché. Il est tellement vrai que le démon, c’est-à-dire le prince du péché, et, en réalité, le premier pécheur, n’est pas l’auteur de notre origine, mais le modèle que nous imitons, que l’Ecriture s’exprime ainsi en parlant de lui : C’est par l’envie du démon que la mort est entrée dans l’univers, et ceux qui l’imitent se rangent à son parti. C’est en l‘imitant qu’ils entrent dans son parti. L’Ecriture dit-elle : C’est en lui qu’ils ont péché ? A contraire, lorsqu’elle parle d’Adam, parce qu’il est la source de notre origine, parce que nous sommes sa postérité, ses descendants selon la chair, elle dit expressément : Dans lequel tous ont péché. Si Adam n’est considéré comme le premier auteur du péché que parce qu’il nous a donné le premier exemple du péché sans nous le communiquer avec la vie, pourquoi donc n’est-ce que si longtemps, après tant de siècles écoulés, que Jésus-Christ est venu réparer le mal fait par Adam ? Si tous les pécheurs se rattachent à Adam parce qu’il a été le premier des pécheurs, tous les justes doivent également se rattacher à Abel comme au premier de tous les justes. Pourquoi avons-nous besoin de Jésus-Christ ? Sortons de nos assoupissements : qu’avons-nous besoin de Jésus-Christ, sinon parce que notre naissance a été viciée dans Adam, et que nous cherchons à être régénérés en Jésus-Christ ?

Jeudi de la 24ème semaine du Temps Ordinaire



Esther 5, 1-14 + 7, 1-10

Voilà comment le Roi veut honorer cet homme

Paul Claudel

Le poète et la Bible, tome 1, Le livre d’Esther, p. 463s

          Que faut-il faire à cet homme que le roi désire combler d’honneurs, demande Aman à Assuérus, pensant bien qu’il s’agir de lui. Or cet homme, c’est Mardochée.

Mardochée, c’est lui le Pauvre par excellence, le Serviteur dont parle Isaïe, dépouillé de beauté et d’apparence, l’homme de rien, l’homme-ver, le Lazare à notre porte, rebuté, dont les chiens lèchent les pieds et qui ne se nourrit que des miettes de notre festin, de ces sous troués qui échappent à l’œil aigu de notre avarice.

C’est cet homme qu’Aman doit revêtir des vêtements royaux, sans rien en omettre. Ces vêtements royaux dont est revêtu Mardochée, ce sont ceux dont parle le prophète Zacharie. C’est l’éphod, c’est l’aube qui va jusqu’aux pieds et dont le livre de la Sagesse nous dit que, dans la robe d’Aaron, dont, des pieds jusqu’à la tête, il était enveloppé, était tout le globe des terres. C’est l’éclat du lys immaculé qui dépasse celui de Salomon dans sa gloire. C’est le vêtement arrosé de sang rappelant la tunique de Joseph dont, après Isaïe, nous parle l’Apocalypse, et à quoi s’attache le nom Verbe de Dieu. C’est cet habit de l’adoption filiale, non pas fait de lin, mais de lumière, dont tout chrétien, à la suite de Paul, désire être revêtu par-dessus. C’est ce trousseau reconstitué du Fils de l’homme que les bourreaux ont tiré au sort sous la croix et qu’ils ont dispersé aux quatre coins du monde.

Le vêtement ne suffit pas, il y a la couronne, celle que l’Epoux promet à l’Epouse, dans le Cantique, de partager, celle qui ombrage le front du Grand-Prêtre et qui se compose d’une lame d’or pur sur laquelle sont gravés ineffaçablement les deux mots : Saint à Dieu. Ainsi donc tu es Roi ? dit Pilate à Jésus. Et le garrotté auguste répond : Je le suis.

          Revêtu de ce costume, l’homme que le Roi veut honorer sera conduit à cheval sur la grand’place en criant : Voyez comment l’on traite l’homme que le Roi veut honorer. Le cheval, ce quadrupède qui joue un si grand rôle dans l’Apocalypse, c’est le trône ambulant qui porte le Verbe aux quatre coins du monde et qui a un évangéliste à chaque bout.

Mercredi de la 24ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saints Corneille et Cyprien



Esther 14,1-19

S’affliger devant la mort est un manque de foi

Saint Cyprien de Carthage

Le chrétien devant la mort, PdF 14, p. 32s

          Nous ne devons pas nous affliger du rappel à Dieu de nos frères, puisque nous savons bien qu’ils ne sont pas perdus, mais qu’ils ne font que nous devancer : combien de fois ce précepte nous a-t-il été révélé, à nous les plus modestes et les plus humbles, et combien de fois Dieu m’a-t-il chargé ouvertement de vous le proclamer dans mes prédications ! Nous savons effectivement qu’ils ne nous quittent que pour nous précéder comme le font couramment les voyageurs ou les navigateurs ; que nous pouvons les regretter, sans pour autant pleurer leur perte ; qu’il est tout à fait inopportun de porter des vêtements noirs au moment où nos morts revêtent déjà une tenue éclatante ; qu’il faut enfin éviter de donner aux païens l’occasion, certes justifiée, de nous blâmer de pleurer ceux qui désormais vivent auprès de Dieu comme s’ils étaient anéantis, et par là-même de jeter un discrédit sur notre foi. En effet, ferions-nous autre chose en l’occurrence que démentir par notre réaction profonde la foi que nous proclamons dans nos discours ? Nous trahissons ainsi notre espérance et notre foi, et nos affirmations passent pour un simulacre, un mensonge, un artifice. A quoi sert-il de prôner la vertu en paroles et de se contredire dans les actes ?

            L’apôtre Paul invective tout homme qui éprouve de la tristesse à la mort des siens, il le blâme et l’accuse même : Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez ignorants au sujet des morts ; il ne faut pas que vous vous désoliez comme les autres qui n’ont pas d’espérance. Puisque nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, de même ceux qui se sont endormis en Jésus, Dieu les emmènera avec lui. Ce qui revient à dire que, ceux qui s’affligent de la mort des leurs, sont ceux, en fait, qui n’ont pas d’espérance. Or, nous qui vivons dans l’espoir, et qui croyons en Dieu, nous qui avons la conviction que le Christ a souffert pour nous et qu’il est ressuscité, pourquoi refusons-nous de quitter ce monde, alors que nous demeurons dans le Christ et que nous sommes régénérés par lui et en lui ? Pourquoi nous affligeons-nous tant du départ des nôtres comme s’ils étaient perdus à jamais ; le Christ n’a-t-il pas dit : Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Si nous croyons en Jésus-Christ, si nous avons confiance en ses paroles et ses promesses, nous ne mourons jamais. Allons alors vers lui et toute quiétude et dans la joie, lui avec qui nous vivrons et règnerons pour toujours.