Texte du jour

3° Lecture Fête de saint Barthélemy



Jean 1, 45-51

Prière de Nathanaël sous le figuierPaul VI

 

Roland Cailleux

La Religion du cœur, p. 39s

 

        Seigneur, pour Te prier différemment, pour Te prier mieux, Te prier vraiment, l’ai voulu changer de lieu, Te parler ici seul à seul, en plein air, sous ce figuier.

        Je n’ai jamais vraiment su m’adresser à Toi comme il faudrait. Je n’arrive pas à traduire ce que je veux Te dire dans ma prière. Je n’ai jamais vraiment appris à le faire. Souvent à la synagogue, quand on n’en finit pas de commenter la Loi, mes oreilles se ferment d’elles-mêmes. J’emporte avec moi le passage tel quel, et Ta parole toute vive, j’essaie, seul, de T’écouter mieux.

        Comment être naturels ? A qui se référer ? Tous nos accents paraissent insolites. C’est pourquoi, Seigneur, je Te parle seul, à voix basse, sans crainte du ridicule, certain que Tu rétabliras l’authentique intonation.

        Tout le monde répète qu’il attend ton Messie. Et personne ne vit sous Ta Loi. On réclame un capitaine, mais on le réclame mollement, sans l’attendre. Si tu l’envoyais enfin, combien te reprocheraient de ne pas les avoir prévenus à temps ! Sous prétexte de le recevoir dignement ; plus que de vêtements, c’est de mœurs qu’il faudrait changer.

        Pourtant, Seigneur, de ce chef, de ton héros, nous avons tous besoin. C’est comme si la Loi s’éloignait dans le temps à toute vitesse. Comme si les Tables de la Loi étaient tombées de haut et s‘étaient émiettées en une poussière de menus fragments.

        Seigneur, je ne sais pas Te flatter pour obtenir ce que je désire. Ni chanter, ni danser devant l’Arche. Excuse-moi de n’y pas savoir mettre des formes. Je Te le dis sans ambages : il faut que Tu viennes, et vite, nous avons trop besoin de Toi.

Il y a si longtemps que nous ne cherchons pas à vraiment entendre Ta parole. Nous ne doutons pas que Tu sois là, mais il nous arrive de T’oublier ! Toi absent, nous sommes comme en exil dans la Terre promise. Envoie ton Messie, notre roi, et que toute nation s’abaisse devant Lui.

Seigneur, on ne peut pas vivre toujours d’espérance. A force d’avoir soif au désert, on crève de sécheresse. Si j’osais, je Te demanderais, non un miracle, mais une grâce particulière, la grâce d’un signe, sans valeur pour les autres, mais nullement insignifiant pour moi. Si je suis incapable plus tard de me découvrir encore devant Toi, comme un livre ouvert, rappelle-Toi, Seigneur, ce que je t’ai confié sous ce figuier.

2° Lecture Fête de saint Barthélemy



1 Corinthiens 1,18-2,5 ou Ephésiens 4,1-16

« C’est l’amour que je veux… »Paul VI

 

Saint Jean Chrysostome

Sermon 46 sur saint Matthieu, OC 12, p. 283s passim

 

        Imitons les apôtres dans leurs vertus et nous ne leur serons inférieurs en rien. Ce ne sont pas, en effet, leurs miracles qui les firent apôtres, mais la pureté de leur vie. C’est à cela qu’on connaît une figure vraiment apostolique, la physionomie d’un disciple du Christ. Cette marque, le Seigneur lui-même nous l’a clairement donnée. En effet, lorsqu’il voulut tracer le portrait de ses disciples et révéler le signe qui distinguerait ses apôtres, ayant commencé en ces termes : Voici à quoi les hommes reconnaîtront en vous mes disciples, comment poursuit-il donc ? Serait-ce aux prodiges qu’ils opéreraient ? Aux morts qu’ils ressusciteraient ? Point du tout. Mais à quoi donc ? Voilà en quoi les hommes reconnaissaient en vous mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. Or, l’amour n’est pas affaire de miracles, mais simplement de vertu : l’amour accomplit la Loi.

        Ainsi, vous voilà au fait de ce qui distingue les disciples, de ce qui révèle les apôtres, de leur physionomie propre, de leur vraie figure. Pourquoi chercher plus loin ? Le Seigneur lui-même peint ses disciples d’un seul trait, et ce trait, c’est l’amour. Ayez l’amour, vous serez parmi les apôtres, voire au premier rang parmi eux. Voulez-vous une autre preuve de cette doctrine ? Voyez comment le Christ s’adresse à Pierre : Pierre, lui dit-il, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? Nous le savons, rien n’a tant d’efficacité pour nous ouvrir le Royaume des Cieux que de témoigner au Christ l’amour qu’il mérite.

        Prétendra-t-on que les apôtres ont été aidés par leurs miracles à devenir tels ? Non, dis-je, les miracles n’y sont pour rien ; leur seul mérite était dans leur vertu, et c’est elle seule qui leur a donné tant d’éclat. C’est encore le Seigneur qui l’affirme : Que votre lumière brille aux yeux des hommes, de sorte que les hommes puissent voir, non pas vos miracles, mais votre conduite irréprochable et en rendent gloire à votre Père des cieux.

Vendredi de la 20ème semaine du Temps Ordinaire



Ephésiens 3, 14-21

«  Je fléchis les genoux « Paul VI

Jean Tauler

Sermon 63 pour le 16ème dimanche après la Trinité, p. 512s

 

        Saint Paul écrit aux Ephésiens qu’il fléchit les genoux devant le Père de Notre Seigneur Jésus le Christ. C’est des genoux intérieurs qu’il parle, et non pas des extérieurs ; car l’intérieur a cent fois plus d’étendue, de largeur, de profondeur et de longueur que l’extérieur. Les jambes sont nos soutiens extérieurs. L’homme doit donc incliner devant Dieu tout son pouvoir. Il dit incliner pleinement tout ce qu’il est, tout ce qu’il peut, sous la main puissante et sous la force de Dieu, et reconnaître à fond son néant de nature et son néant d’inclination au péché, car cette inclination nous mène au néant. Cette génuflexion nous enseigne à pratiquer une vraie soumission et un parfait abandon, une attitude passive et le détachement sous l’action de Dieu, et à ne nous en rien attribuer. Ces trois dispositions sont vraiment comme trois sœurs vêtues d’une même robe, qui est la véritable humilité. L’homme doit se tenir en parfaite égalité d’humeur dans la joie comme dans la souffrance, dans la gloire comme dans la privation, dans la contrariété comme dans l’agrément, en recevant chaque chose de Dieu et non pas des créatures.

        L’homme est pour ainsi dire composé de trois hommes : le premier homme est l’homme extérieur ; celui-là, on doit le contraindre tant qu’on peut à s’abandonner et à le tirer plus avant dans le second homme qui est intérieur. Ce second homme est l’homme de raison ; cela veut dire que l’homme extérieur ne doit pas agir et opérer au-dehors, si ce n’est d’après les indications de l’homme de raison et non pas d’après les instincts de la vie animale. Une fois que le second homme, l’homme de raison, est arrivé au parfait et passif abandon et ne s’attribue plus ses œuvres, qu’il se tient en son pur néant, qu’il laisse Dieu être maître et seigneur, alors le troisième homme, se trouvant ainsi en parfaite disposition, se dresse de toute sa hauteur, et, n’étant plus empêché par aucun obstacle, il peut revenir à son origine et à l’état d’incréé, dans lequel il a été de toute éternité ; et il se tient là sans le secours d’images et de formes particulières, dans une parfaite passivité. Là, Dieu lui donne selon la richesse de sa gloire. Et c’est de cette façon que l’homme est fortifié avec les vertus, quant à l’homme intérieur, et qu’il vous donne de voir le Christ habiter en vos cœurs.

Jeudi de la 20ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de Marie Reine



Ephésiens 3, 1-13

L’Eglise, la Vierge Marie, le croyantPaul VI

 

Isaac de l’Etoile

Premier sermon pour le jour de l’Assomption, SC 339, p. 201s

 

        La Vierge Marie, après le Fruit de ses entrailles, occupe à bon droit la première place dans la génération des justes, elle qui a engendré véritablement le premier d’entre eux tous. Oui, il est le premier d’une multitude de frères, lui qui, unique par nature, s’est associé par sa grâce un grand nombre de frères pour qu’ils ne soient qu’un avec lui. Car, à ceux qu’il accueille, il a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu. Ceux-ci en eux-mêmes, par leur naissance selon la chair, sont nombreux ; par leur seconde naissance, la naissance divine, ils ne sont, avec lui, qu’un seul. Le seul Christ, unique et total, c’est la tête et le corps.

        Ce corps unique est le Fils d’un seul Dieu dans le ciel, et d’une seule Mère dans le ciel. Comme la tête et les membres sont un seul Fils et plusieurs fils, Marie et l’Eglise sont une seule mère et plusieurs, une seule Vierge et plusieurs. L’une et l’autre est mère, l’une et l’autre vierge. L’une et l’autre, sans trouble charnel, conçoit du même Esprit-Saint ; l’une et l’autre, sans péché, donne une progéniture à Dieu le Père. L’une, hors de tout péché, a mis au monde la tête de ce corps ; l’autre, dans la rémission de tous les péchés, a donné le jour au corps de cette tête. L’une et l’autre est mère du Christ, mais aucune des deux ne l’enfante tout entier sans l’autre.

Aussi, c’est à bon droit que, dans les Ecritures divinement inspirées, ce qui est dit universellement de l’Eglise, Vierge-mère, est compris singulièrement de Marie, Vierge-mère ; et ce qui est dit spécialement de Marie, Vierge-mère, est compris généralement de l’Eglise, Vierge-mère. Quand un texte parle de l’une ou de l’autre, son contenu s’applique presque sans distinction à l’une et à l’autre. Chaque âme fidèle, également, peut être reconnue, à sa manière propre, comme épouse du Verbe de Dieu, comme mère, fille et sœur du Christ, comme vierge et féconde.

C’est donc à la fois l’Eglise universellement, Marie spécialement, et encore l’âme fidèle singulièrement que vise la Sagesse même de Dieu qui est le Verbe du Père en disant : J’ai cherché en tous le repos. Partout et en tous est la Sagesse divine ; elle s’étend d’une extrémité à l’autre, du commencement absolu jusqu’à la consommation suprême, et imprime partout ses traces qui permettent de la dépister et de la découvrir. Cependant, c’est seulement dans les âmes portant son image et sa ressemblance qu’elle trouve repos et joie, ou au contraire difficulté et désagrément.

Mercredi de la 20ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Pie X



Ephésiens 2, 11-22

Tout restaurer dans le ChristPaul VI

Xavier Lecœur

Petite vie de Pie X, p. 81s

 

        Deux mois seulement après son élection, Pie X rappelait, dans sa première encyclique, Avec quelles larmes et quelles ardentes pensées, il avait cherché à se dérober au fardeau. Conscient de sa petitesse, ému de succéder à Léon XIII qui avait gouverné l’Eglise avec une sagesse consommée, le nouveau souverain pontife évoquait aussi une autre raison pour expliquer ses atermoiements lors du conclave. Nous éprouvions une sorte de terreur à considérer les conditions funestes de l’humanité à l’heure présente.

        Que voulait donc dire Pie X ? Que pressentait-il ? A son arrivée, en août 1903, sur le trône de saint Pierre, le monde connaissait pourtant une certaine accalmie, aucun conflit majeur n’était à déplorer. L’Europe elle-même était en paix depuis 1871. Beaucoup étaient persuadés que les progrès de la science, de la technique et de la médecine allaient conduire l’humanité à un âge d’or et que le siècle nouveau serait un siècle radieux.

        Mais Pie X, qualifié par les observateurs de pape religieux par opposition à Léon XIII pape politique, avait décelé une maladie si profonde et si grave qui travaille en ce moment, bien plus que par le passé, la société humaine, et qui, s’aggravant de jour en jour et la rongeant jusqu’aux moelles, l’entraîne à la ruine. Cette maladie, c’est cette guerre impie qui a été soulevée et qui va se poursuivre presque partout contre Dieu, c’est cette audace et cette rage avec lesquelles on se rue partout à l’attaque de la religion ; on bat en brèche les dogmes de la foi, on tend d’un effort obstiné à anéantir tout rapport de l’homme avec la Divinité.

        Pie X se fixait donc la mission d’y porter remède et de se donner un objectif unique, global, ambitieux : Tout restaurer dans le Christ. Il voulait ainsi annoncer qu’il allait s’attacher, d’une façon inébranlable, à replacer le Christ et la foi chrétienne au cœur de la vie personnelle et sociale de ses contemporains : dans les familles, à l’école, au travail, dans les villages comme dans les grandes villes. Il s’agit de ramener toutes les sociétés humaines égarées loin de la sagesse du Christ à l’obéissance de l’Eglise ; l’Eglise, à son tour, les soumettra au Christ, et le Christ à Dieu.

Mardi de la 20ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Bernard



Ephésiens 2, 1-10

« J’aime parce que j’aime, j’aime pour aimer »Paul VI

Saint Bernard

Sermon 83 sur le Cantique des cantiques, SC 511, p. 347s

 

        L’Epoux divin n’est pas seulement aimant : il est l’Amour. J’ai lu dans une lettre de saint Jean que Dieu est Amour. S’il est aussi l’Epoux, où est l’amour qui lui est dû ? Dieu exige donc d’être aimé. Qu’est-ce qui a le plus de prix sur tout aux yeux de Dieu, l’Amour bien sûr. L’amour se suffit à lui-même, il plaît par lui-même et pour lui-même. Il est à lui-même son mérite, à lui-même sa récompense. L’amour ne cherche hors de lui-même ni sa cause, ni son fruit ; en jouir, voilà son fruit. J’aime parce que j’aime ; j’aime pour aimer. Voilà bien une grande chose que l’amour, si du moins il remonte à son principe, s’il retourne à son origine, s’il reflue vers sa source pour y puiser sans cesse son jaillissement éternel. De tous les mouvements de l’âme, de ses sentiments et de ses affections, l’amour est le seul qui permette à la créature de répondre au Créateur, sinon d’égal à égal, du moins dans une réciprocité de ressemblance. Par exemple, si Dieu se met en colère contre moi, riposterai-je par une colère semblable ? Non, certes, mais je craindrai, je tremblerai, j’implorerai le pardon. De même, s’il m’accuse, il ne sera pas réfuté par moi, mais plutôt justifié. Et s’il me juge, je ne vais pas le juger, mais l’adorer. En me sauvant, il ne me demande pas de le sauver à mon tour ; et il n’a besoin d’être en retour libéré par personne, lui qui libère tout le monde. S’il règne, il me faut le servir ; s’il commande, il me faut lui obéir, et non exiger à mon tour du Seigneur service et obéissance. Maintenant, vois comme il en va autrement de l’amour. Quand Dieu aime, il ne veut rien d’autre que d’être aimé. Car il n’aime que pour être aimé, sachant que ceux qui l’aimeront seront bienheureux par cet amour même.

        Quelqu’un peut objecter que Dieu aime le premier et qu’il aime davantage. Bien sûr, en amour nous sommes devancés et même dépassés par Dieu ! Heureux celui qui a mérité d’être devancé dans la bénédiction d’une si grande douceur. Heureux celui à qui il a été donné d’expérimenter cette étreinte d’une telle suavité ! Ce n’est là rien d’autre que l’amour saint et chaste, l’amour suave et doux, l’amour aussi serein que sincère, l’amour mutuel, intime et fort qui unit en un seul esprit selon la parole de Paul : Celui qui s’attache à Dieu est avec lui un seul esprit.

Lundi de la 20ème semaine du Temps Ordinaire



Ephésiens 1, 15-23

« Il L’a ressuscité des morts »Paul VI

Saint Cyrille d’Alexandrie

Deux dialogues christologiques, SC 97, p. 477s

 

        Paul déclare : Vous voulez une preuve que le Christ parle en moi, lui qui n’est pas faible, mais exerce en vous sa puissance ? Sans doute a-t-il été crucifié en raison de sa faiblesse, mais il est vivant de par la puissance de Dieu. Alors comment du Verbe lui-même peut-on dire qu’il a été faible et qu’il est vivant de la puissance de Dieu ?

        Celui qui a été faible dans la chair, selon sa manifestation humaine, celui-là est vivant de par la puissance de Dieu, non par puissance étrangère, mais inhérente en lui, car il était Dieu dans la chair. Et pourtant, on dit que le Père l’a ressuscité ; il est écrit en effet : Selon cette puissance souveraine qu’il a déployée dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et fait siéger à sa droite dans les cieux, bien au-dessus de toute Principauté, Domination, Seigneurie, et de quelque nom que l’on ne puisse nommer.

        Eh bien, disons qu’il est lui-même cette puissance vivifiante du Père et qu’il resplendit en vertu de sa nature des dignités de Celui qui l’a engendré, même une fois devenu chair. Il témoignera pour lui-même, lui qui dit : De même que le Père fait vivre qui il veut, de même le Fils fait vivre qui il veut. Et accomplir cela ne lui donne aucun mal, il le dit à la foule juive : Démolissez ce Temple, et en trois jours je le rebâtirai. Par ailleurs, le Ressuscité s’est assis à la droite du Père au plus haut des cieux, au-dessus de toute Principauté, Puissance, Seigneurie, et de quelque nom que l’on ne peut nommer. Est-ce donc comme un autre fils, à côté du Verbe issu du Père, un fils honoré pour une simple conjonction recevant le nom de la Divinité à titre de grâce ? Ou plutôt en qualité de Fils véritable par nature, devenu semblable aux hommes et offrant les dehors d’un homme à raison de l’économie ? Le Père lui a préparé un corps, le Fils vint, doté de ce corps, pour faire la volonté du Père ; cette volonté, c’est la rédemption par la précieuse Croix et la récapitulation de l’univers parfaitement accomplie par lui et en lui. Ressuscité désormais, il a vaincu le mal, et il siège à la droite de Dieu au plus haut des cieux. 

3° lecture Dimanche de la 20ème semaine du Temps Ordinaire



Luc 12, 49-53

« Je suis venu apporter Paul VIun feu sur la terre »

Saint Bernard

Sermon 57 sur le Cantique des cantiques, SC 472, p. 165s

 

        Ce n’est pas nous qui l’avons aimé, c’est Lui qui nous a aimé le premier. Même si tu sens sa parole comme un feu qui brûle ta conscience au souvenir de ton péché, souviens-toi alors de celui dont l’Ecriture dit : Le feu s’avancera devant lui ; et ne doute pas qu’il soit tout proche. Car le Seigneur est tout près de ceux qui ont le cœur affligé.

        Si, à l’écoute de cette parole, non seulement tu regrettes ton péché, mais encore tu te convertis tout entier au Seigneur, jurant, et décidant de garder les décrets de sa justice, sache que déjà il est présent, surtout si tu te sens brûler d’amour pour lui. Tu lis à son sujet que le feu s’avance devant lui, et que pourtant lui-même est le feu. Moïse, en effet, dit de lui qu’il est un feu consumant. Il y a néanmoins cette différence : le feu qui est envoyé à l’avance est ardent, mais sans amour ; il chauffe, mais ne dévore pas ; il met en mouvement, mais ne fait pas progresser : il est envoyé à l’avance seulement pour réveiller et préparer, comme aussi pour t’avertir de ce que tu es par toi-même, afin qu’ensuite tu savoures avec plus de plaisir ce que tu seras de par Dieu. En revanche, le feu qui est Dieu même consume, certes, mais ne fait pas souffrir ; il brûle avec suavité, il ravage avec délice. C’est vraiment une braise qui ravage, mais qui exerce la violence du feu sur les vices de telle sorte qu’elle se répand dans l’âme comme une onction. Ainsi dans la force qui te transforme et dans l’amour qui t’enflamme, reconnais la présence du Seigneur. Car c’est la droite du Seigneur qui a agi avec force. Et cette transformation, œuvre de la droite de Dieu, ne se produira que dans la ferveur de l’esprit, et dans une charité sans feinte. Ainsi celui qui est en cet état peut dire : Mon cœur s’est échauffé en moi-même, et dans ma méditation le feu va s’allumer.

Toute tache du péché, toute rouille des vices étant consumées par ce feu, la conscience désormais purifiée et rassérénée, il s’ensuit une soudaine et inhabituelle dilatation de l’esprit et le don d’une lumière qui illumine l’intelligence soit pour la science des Ecritures, soit pour la connaissance des mystères.

2° lecture Dimanche de la 20ème semaine du Temps Ordinaire



Ephésiens 1, 1-14

Le Dieu de « toute bénédiction »Paul VI

Père Jean-Louis Ska

Etranges visages de Dieu, p. 204s

 

        L’hymne qui introduit la lettre de saint Paul aux Ephésiens est une bénédiction, une forme de prière commune dans l’Ancien Testament et dans la tradition juive, spécialement la liturgie. Il existe une différence entre bénédiction et action de grâce : on rend grâce pour une faveur ou un don reçus ; on bénit quelqu’un pour ce qu’il a fait.

        Si nous bénissons Dieu, c’est parce que Dieu le premier nous a bénis. La bénédiction divine est en relation avec la force de la vie, la victoire contre les ennemis et la capacité de donner la vie. Bénédiction est synonyme de fécondité, de fertilité et de victoire contre les forces du mal et de la mort.

        Bénir Dieu veut dire reconnaître que la vie qui abonde dans notre monde prend sa source en Dieu. Dit simplement, cela signifie voir le donateur du don de la vie. La bénédiction qui introduit la lettre aux Ephésiens se remet dans cette dynamique lorsqu’elle montre que l’abondance de grâce qui nous a été accordée dans le Christ a son origine en Dieu.

        Dans un premier temps, l’hymne décrit les deux grandes bénédictions de Dieu : Dieu nous a prédestinés à devenir ses fils adoptifs. La révélation concerne le mystère de sa volonté, c’est-à-dire dans le langage paulinien, les aspects inouïs et inattendus de l’histoire du salut. Ce plan divin imprévisible était de récapituler dans le Christ tous les êtres, terrestres et célestes : Christ devient salut pour tous les êtres de l’univers. Dit simplement, Christ a un message de salut pour toute l’humanité et pour l’univers entier.

        Le deuxième mouvement précise quels sont les destinataires de ces bénédictions : nous et vous. Nous désigne les Juifs qui ont cru au Christ, vous les païens qui ont suivi leur exemple.

        Cette hymne fournit un bel exemple de méditation sur l’existence chrétienne. Le regard contemplatif part de l’expérience pour remonter vers Dieu, origine de la vie dans sa plénitude. Il lit l’histoire et y découvre un plan divin, plus ancien que la création du monde et qui se conclut avec la fin des temps. L’histoire, notre histoire quotidienne inclue, a un sens, et ce sens nous le découvrons en Jésus Christ et dans son évangile. Rien n’est absurde, banal ou indifférent dans notre vie. L’Evangile donne sens à tout.

Samedi de la 19ème semaine du Temps Ordinaire



2 Rois 13, 10-25

D’où vient la force du roi ?Paul VI

Pseudo-Ephrem

Commentaire sur les livres des Rois, Bellefontaine 59, p. 245s

 

        Quand le prophète Elisée arriva à une maladie mortelle, le roi Joas vint auprès de lui ; voyant sa fin proche, il se mit à pleurer devant lui, comme un fils privé de son père, disant : Mon père, mon père ! Chars d’Israël et son attelage ! C’est la parole que dit Elisée au moment de l’ascension d’Elie. Le roi appelle donc le prophète Chars et chevaux d’Israël !, parce que la paix du royaume et les victoires d’Israël dépendaient de sa prière. Le prophète rétribua aussitôt l’amour de ses larmes et lui dit : Prends un arc et mets des flèches. Et Elisée mit ses mains sur les mains du roi ; il lui ordonna d’ouvrir la fenêtre tournée vers l’est et de décocher une flèche ; Il décocha la flèche. Et Elisée dit : Flèche de salut pour le Seigneur ! Flèche de victoire contre Aram ! C’est que la fenêtre était tournée vers Aram. Et Elisée de poursuivre : Tu frapperas les Araméens à Apheq jusqu’à les exterminer.

        Proposons deux sens spirituels à ces paroles. Un, que Dieu a lié la victoire des fils d’Israël à ce signe, ce qui n’est pas nouveau : cela existait depuis bien longtemps en ce que, quelques siècles avant, le Seigneur fit dépendre de l’élévation du bâton de Moïse les plaies d’Egypte et la sortie du peuple, de l’élévation des mains de Moïse dans la prière pour la destruction d’Amalac, et de l’élévation de la lance de Josué la dévastation de la ville de Aï. Il convenait que l’affaire soit menée de cette façon, en sorte que le peuple reconnaisse clairement et avec certitude l’aide que Dieu avait envoyée, et qu’au moment du don, le souvenir de la grâce pénètre dans leur cœur.

        Mais seul Elisée connaissait clairement le mystère, il était caché au roi, sinon il n’aurait pas frappé la terre trois fois, mais dix. Et parce qu’il se retint et s’arrêta, Elisée le blâma : non qu’il eut commis quelque faute, mais parce que, par son erreur, il privait les fils de son peuple de la victoire et du grand profit qui résulterait pour eux de l’extermination des Araméens et du renversement de leur royaume qu’Elisée désirait vivement. Il s’attrista d’être empêché parce que le roi s’était arrêté et n’avait pas multiplié les coups prescrits.

        Que la flèche ait été tirée par la fenêtre orientale signifie que l’œuvre de notre salut a été achevée par l’ascension de notre Seigneur, en ce qu’il chevaucha plus haut que les cieux des cieux à l’Orient, et, par son ascension, éleva les portes éternelles et nous fit monter captifs aux cieux. La flèche fichée en terre et ôtée de terre, ou s’éloignant d’elle, figure la sépulture de notre Seigneur et sa résurrection d’entre les morts après qu’il descendit et resta au cœur du Shéol et dans la terre des morts. La flèche fut décochée trois fois et demeura en terre, mais il releva le peuple du Seigneur qui avait été jeté à terre, en ce que le Christ fut couché au tombeau, et donna espérance de résurrection aux corps des saints.