Texte du jour

Vendredi de la 1ère semaine du Temps de l’Avent



Isaïe 19, 16-25

La conversion des Egyptiens

Eusèbe de Césarée

Démonstration évangélique, Livre 1, chapitre 6

        Il y aura un autel pour le Seigneur dans le pays d’Egypte. En rappelant cette prophétie, ne semblons-nous pas proclamer un véritable changement de la Loi de Moïse ? Moïse prescrit en effet dans sa législation que l’autel et les sacrifices ne seront établis nulle part ailleurs que dans la seule Judée, et même dans une ville unique de ce pays. Or, la prophétie déclare qu’un autel sera élevé au Seigneur en terre d’Egypte, et que les Egyptiens eux-mêmes offriront des sacrifices au Seigneur des prophètes, et non plus aux divinités de leurs pères. En outre, ce n’est pas Moïse qui leur transmettra la connaissance de Dieu, ni quelque autre prophète, mais un homme nouveau qu’on ne connaîtra pas, envoyé de Dieu.

        Or, si l’autel est transféré contrairement aux décrets de Moïse, il est absolument nécessaire de modifier aussi la Loi de Moïse. Et d’autre part, si les Egyptiens doivent offrir des sacrifices au Dieu souverain, il faudra, je suppose, qu’ils reçoivent le sacerdoce. Mais assurément, pour les Egyptiens qui seront consacrés, les ordonnances de Moïse concernant les lévites et les descendants d’Aaron ne seront d’aucune utilité. L’heure sera donc nécessairement venue d’établir une législation nouvelle pour remplacer les prescriptions tombées en désuétude.

        Quoi donc ? Ces propos ont-ils été avancés à la légère ? Ce discours a-t-il un sens ? Examine donc si aujourd’hui, je parle du temps où nous sommes, nous ne voyons pas de nos yeux, non seulement les Egyptiens, mais aussi tout le genre humain, autrefois adorateur d’idoles, car c’est bien le genre humain que le prophète désigne sous le nom d’Egyptiens, invoquer le Dieu des prophètes, après avoir rejeté l’erreur du polythéisme et du culte des démons. Ils n’adressent plus leurs vœux à de multiples divinités, mais au seul et unique Seigneur, conformément à l’oracle sacré. Par tout l’univers habité, est élevé au Seigneur un autel, où sont offerts des sacrifices non sanglants, mais spirituels, comme le demandent les mystères nouveaux de la Nouvelle Alliance.

        Et si tu recherches le temps où ces événements ont eu leur commencement, tu n’en trouveras pas d’autre que celui de la manifestation du Sauveur. C’était donc lui que la prophétie avait en vue lorsqu’elle disait que le Dieu et Seigneur de l’univers enverrait aux Egyptiens un homme pour les sauver. C’est lui qui désignait aussi l’oracle de Moïse, disant : De cette race sortira un homme ; il sera le Seigneur de peuples nombreux.

Jeudi de la 1ère semaine du Temps de l’Avent



Isaïe 16,1-5 + 17, 4-8

Envoie l’Agneau, Seigneur, de la pierre du désert !

Bienheureux Guerric d’Igny

Sermon 2 pour l’Annonciation, n° 1-2

 

Maudite par l’œuvre d’Adam le transgresseur, la terre, même quand elle est travaillée, fait germer épines et ronces pour les héritiers de la malédiction. Maintenant, au contraire, bénie par l’œuvre du Rédempteur, elle produit pour tous la rémission des péchés et le fruit de la vie ; elle efface pour les fils d’Adam la condamnation de la malédiction originelle. Oui, elle est vraiment bénie cette terre absolument vierge qui, sans avoir été bêchée ni ensemencée, fait germer le Sauveur de la seul rosée du ciel et donne aux mortels le pain des anges qui nourrit en eux la vie éternelle.

Ainsi cette terre qui, demeurée inculte, semblait une friche abandonnée, était en réalité porteuse d’un fruit excellent ; elle paraissait un désert de solitude, mais c’était un paradis de délices, le paradis des délices de Dieu, dont les plaines ont produit un germe odoriférant ; c’était réellement une solitude comblée, puisque c’est d’elle que le Père envoya l’Agneau qui dominerait la terre.

Envoie l’Agneau, Seigneur, de la pierre du désert !, demande Isaïe. Autrement dit : Détache la pierre de la pierre ! Que la virginité sainte et inviolée produise le Saint et l’Inviolable. On trouve ici une harmonie très heureuse entre le lever du Christ et son coucher, entre sa conception et sa sépulture. C’est de la pierre du désert qu’est envoyé l’Agneau qui doit être déposé dans la pierre du tombeau. C’est dans la pierre qu’un tombeau devait être taillé pour son corps, c’est de la pierre aussi que, dès de sa conception, il se taille un corps, et dans la pierre qu’il se prépare une place pour son corps. Ce faisant, il n’a pas amoindri l’intégrité de la pierre dont il se détacha pour être envoyé, tout comme il n’ouvrit pas le sceau de la pierre lorsqu’il en sortit.

C’est donc bien la mère du Christ qui est désignée ici sous le nom de pierre. N’est-il pas juste qu’elle soit appelée pierre, celle qui, par amour, demeurait ferme dans son propos de virginité et immuable dans ses sentiments, et qui même, face à l’attrait du péché, demeurait au fond de son être totalement insensible et comme de la pierre ?

 

Mercredi de la 1ère semaine du Temps de l’Avent



Isaïe 5, 1-7

Le chant de la vigne

Saint Jean Chrysostome

Sur Isaïe, chapitre 5, n° 1, p. 236

        Après avoir inspiré des sentiments de crainte par ses menaces, puis de joie par ses promesses, Isaïe paraît donner à ses propos un nouvel exorde, semblable au début de sa prophétie. Il avait, en effet, commencé par rappeler aux fils d’Israël les multiples bienfaits de Dieu à leur égard ; il leur avait représenté ensuite les transgressions qu’ils n’avaient pas craint de commettre. Maintenant, avec des expressions différentes, Isaïe leur expose les mêmes observations.

        Mais, puisqu’il va encore leur faire des reproches, pourquoi appeler ce réquisitoire un cantique ? Moïse, pour sa part, avec Marie, sa sœur, avait employé à juste titre ce terme de cantique : au moment d’entonner un chant triomphal, il avait raison de commencer ainsi : Chantons un cantique pour le Seigneur ! Il a fait éclater sa gloire ! Il a jeté dans la mer cheval et cavalier !

        Mais Isaïe, lui, va lancer des reproches ; il cherche des paroles fortes, susceptibles, non d’apaiser l’âme, mais de l’exciter. Et il nous annonce qu’il va chanter ! Comment peut-il appeler cantique son acte d’accusation ? Observons qu’il n’est pas le seul : ce grand Moïse, qui avait chanté son hymne triomphal, compose, lui aussi, quand il veut accuser les Juifs, un long cantique de ses griefs : Est-ce là ce que tu rends au Seigneur, peuple stupide et sans sagesse ? Et ce tissu de reproches, il leur prescrit de le chanter eux-mêmes ! Et nous aussi, nous le chantons encore aujourd’hui !

        Pourquoi donc ont-ils fait de leurs accusations un cantique ? C’est une sagesse toute spirituelle qui les inspirait pour le grand profit des âmes de leurs auditeurs. Si rien n’est plus avantageux que le souvenir constant de ses péchés, rien, par ailleurs, ne rend la mémoire plus sûre qu’une formule musicale. Aussi, le prophète a-t-il composé ce cantique pour que les pécheurs ne se lassent pas devant la gravité des reproches reçus et ne fuient pas le souvenir répété de leurs fautes. Par la mélodie du poème, Isaïe dissimule la honte que pourrait leur causer le rappel de leurs péchés, et il combat un insoutenable découragement. De la sorte, entraînés par l’amour de la musique à chanter continuellement les mêmes paroles, ils pourront apprendre sans cesse la vertu par la mémoire constante de leurs fautes.

        Vous le savez bien, aujourd’hui encore, très nombreux sont les fidèles qui ne connaissent même pas le titre des autres livres de la Bible, tandis que tous ont sur les lèvres le livre des psaumes et les autres cantiques. L’expérience montre donc le profit qu’on tire du chant. Voilà pourquoi Isaïe déclare : Je chanterai à mon bien-aimé le cantique de mon bien-aimé pour sa vigne.

Mardi de la 1ère semaine du Temps de l’Avent – Mémoire de saint François-Xavier



Isaïe 2,6-22 + 4,2-6

Prières

Saint François-Xavier

Correspondance 1535-1552, Lettres et Documents, p. 236

        O mon Dieu puissant et miséricordieux de mon âme, Créateur de toutes les choses du monde, je crois fermement et sans pouvoir douter, de par vous, mon Dieu et Seigneur, car vous êtes tout mon bien, que je serai sauvé par les mérites infinis de la mort et de la passion de mon Seigneur Jésus-Christ, quoique les péchés par moi commis, quand j’étais petit, soient très grands, en plus de tous ceux que j’ai commis ensuite. Vous, Seigneur, vous m’avez créé et vous m’avez donné une âme et un corps, ainsi que tout ce que j’ai ; c’est vous, mon Dieu, qui m’avez fait à votre ressemblance, et non pas les fausses pagodes qui sont les dieux des gentils avec leurs figures de bêtes et d’animaux du diable. O gentils ! Quel grand aveuglement et quel grand péché que le vôtre, car vous faites de Dieu une bête ou un animal, puisque vous l’adorez sous leurs figures ! O chrétiens ! Rendons grâce à Dieu trine et un, et louons-le, lui qui nous a fait connaître la Foi et la Loi véritables de son Fils Jésus-Christ !

        O Dame sainte Marie, espérance des chrétiens, Reine des Anges et de tous les saints, de toutes les saintes, qui se trouvent avec Dieu au ciel, je me recommande à vous, Dame, et à tous les saints, maintenant et à l’heure de ma mort, pour que vous me gardiez du monde, de la chair et du diable, car ce sont mes ennemis, désireux d’emporter mon âme en enfer.

        O Croix bienheureuse, toi qui fus consacrée avec le corps de mon Seigneur Jésus-Christ, et qui fus embellie par son précieux sang ! Seigneur Jésus-Christ, miséricordieux, je te demande, par la vertu de ta mort, et par la passion que tu as endurées sur cette croix très sacrée, de bien vouloir me pardonner mes péchés, ainsi que tu as pardonné au larron quand tu y étais crucifié, doux Seigneur, et de me donner la victoire sur mes ennemis, de vouloir amener mes ennemis à la connaissance véritable, en sorte qu’ils se repentent. Amen, Jésus.

 

Lundi de la 1ère semaine du Temps de l’Avent



Isaïe 1, 21-27 + 2, 1-5

L’appel des nations païennes

Saint Jean Chrysostome

Sur Isaïe, chapitre 2, n° 1-3

        Vision d’Isaïe, fils d’Amos, au sujet de Juda et de Jérusalem. Cette introduction montre avec évidence que les prophètes n’ont pas proclamé tous leurs oracles en une seule fois ; ils énonçaient leur messages par intervalles, et ces prédictions, plus tard réunies, formaient le corps entier du livre. Mais ce n’est pas l’unique raison : le sujet qu’Isaïe va traiter maintenant est très éloigné de ce qui a précédé et est beaucoup plus élevé ; il va nous parler de l’appel des païens, de la prédication évangélique, de la connaissance de Dieu se répandant par toute la terre des hommes, et de la paix recouvrant l’univers. Et si, sur le point d’aborder de si grandes vérités, il mentionne Juda et Jérusalem, il ne faut pas en être surpris : cet oracle est une prophétie et Isaïe la cache sous ces noms-là, en attendant qu’elle se réalise.

        Il arrivera dans les derniers jours, dit Isaïe, que la montagne de Sion sera placée au sommet des montagnes, et toutes les nations s’élanceront vers elle. On ne peut appliquer ces paroles au Temple de Jérusalem : il était défendu, rigoureusement interdit aux étrangers d’y entrer. Alors pourquoi parler de l’entrée des païens dans le Temple quand la Loi défendait aux Juifs avec les plus terribles menaces de se mêler aux gentils et qu’elle leur en demandait compte avec une extrême sévérité.

        Il n’en est plus ainsi de nos jours : l’Eglise s’ouvre largement sans aucune peur, elle tend des mains suppliantes pour accueillir chaque jour tous les peuples de l’univers. Tel est le commandement que les premiers maîtres de notre foi ont reçu du Fils unique, lorsqu’ils l’ont entendu, de sa propre bouche, leur dire : Allez, enseignez toutes les nations.

Je remarque encore que le prophète, ici, ne fait pas seulement allusion à l’appel des païens, il mentionne l’empressement de leur réponse. Il ne dit pas : Les nations seront amenées, mais bien, Elles s’élanceront. Il leur suffit d’entendre une simple parole pour accourir toutes ensemble. C’est ce que David fait pressentir quand il dit : Un peuple d’inconnus s’est mis à me servir ; et admirant l’empressement de leur réponse, il ajoute : Au premier mot, ils m’obéissent.

Des peuples nombreux s’y rendront et diront : Venez, montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Regardez-les marcher en formant des chœurs de danse : ils s’encouragent les uns les autres, ils s’instruisent mutuellement ! Ce n’est pas un, ou deux, ou trois nations, c’est la foule des peuples qu’on voit accourir de concert.

3° lecture Dimanche de la 1ère semaine du Temps de l’Avent A



Matthieu 24, 37-44

« Veillez, car vous ne savez ni le jour, ni l‘heure »

Bienheureux Guerric d’Igny

Troisième sermon pour l’Avent, SC 166, p. 119s

        Israël, sois prêt à aller à la rencontre du Seigneur, car il vient. Et vous aussi, frères, soyez prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne pensez pas.  Rien de plus sûr que sa venue, mais rien de plus incertain que le moment de cette venue. Il nous appartient si peu en effet de connaître les temps ou les moments que le Père, en sa puissance, a choisi. Notre dernier jour viendra, c’est chose certaine ; mais quand, où et comment, cela nous est très incertain. Nous savons seulement, comme cela a déjà été dit par d’autres, que, vis-à-vis des vieillards, ce jour se tient sur le seuil, tandis que vis-à-vis des jeunes gens il se tient à l’affût. Ah, si tout au moins, ils veillaient sur eux-mêmes, ceux qui voient la mort toute prête à entrer ! En effet, n’est-elle pas déjà entrée en partie, quand certaines parties du corps sont déjà mortes ?  Et tandis que, pour les jeunes gens, ce jour se tient à l’affût, on doit le redouter d’autant plus qu’on ne peut ni le voir, ni s’en garder. La seule sécurité, c’est donc de ne jamais s’estimer en sécurité. Que la crainte, demeurant en éveil, nous rende toujours prêts, jusqu’à ce que la sécurité succède à la crainte, et non la crainte à la sécurité. Je serai vigilant, dit le sage, à me préserver de mon iniquité, ne pouvant me préserver de la mort.

        Ô toi, véritable Israël, sois prêt à aller à la rencontre du Seigneur ! Non seulement sois prêt à lui ouvrir lorsqu’il sera là et frappera à la porte, mais encore va-t’en allégrement et joyeusement à sa rencontre, tandis qu’il est encore loin, et, ayant pour ainsi dire pleine confiance pour le jour du jugement, prie de tout ton cœur pour que son règne vienne. Si donc tu veux alors être trouvé prêt, prépare-toi avant le jugement une justice, comme le conseille le Sage. Sois donc prêt à accomplir toute bonne œuvre, afin que ta bouche puisse chanter, sans que ton cœur ne le démente : Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt !

Et Toi, Seigneur, viens à ma rencontre, moi qui vais au-devant de Toi ! Car malgré tous mes efforts, je ne pourrai m’élever jusqu’à ta hauteur que si, en te penchant, tu tends la droite à l’œuvre de tes mains. Viens donc à ma rencontre, et vois s’il n’y a pas en moi un chemin d’iniquité ; et si tu trouves en moi un chemin d’iniquité que j’ignore, écarte-le de moi, et, par la loi, prends-moi en pitié, conduis-moi sur la voie éternelle, c’est-à-dire le Christ, car il est la voie où l’on marche et l’éternité à laquelle on parvient, voie immaculée et demeure bienheureuse.

2° lecture Dimanche de la 1ère semaine du Temps de l’Avent



Isaïe 1 , 1-18

« Je suis Celui que vous attendez »

Saint Nicolas Vélimirovitch

Prières sur le lac, p. 125s

        N’es-tu pas Celui qui doit venir ?, demandent les fils de la terre à Celui qui est né de la Vierge. Et Celui qui est né de la Vierge resplendit de la lumière matinale parmi les fils de la terre qui sont obscurs comme les jours éteints.

        Les Séraphins ardents luisent dans Ses yeux, les Chérubins très sages sont assis sur ses lèvres, de majestueux trônes reçoivent Sa stature. Le voyant ainsi, guide sans armée terrestre, tout homme sensé peut penser qu’il pourrait s’agir du guide de l’armée des forces invisibles, terribles et sans nombre.

        Et voici que, entouré d’anges, ton guide, ô mon âme, ouvre la bouche et répond : En vérité, je suis Celui que vous attendez ; n’en espérez pas un autre. Si vous cherchez le chemin, moi, je suis le Chemin.

        Tous les prophètes ont montré le chemin qui mène vers moi. En moi s’achèvent et se perdent tous les chemins prophétiques. Désormais, je suis le seul chemin, et  en dehors de moi il n’y a que des chemins sans issue. Comme les nombreux ruisseaux qui se déversent dans un seul fleuve et ainsi perdent leur chemin, ainsi se sont déversés en moi tous les prophètes, et désormais je détermine le cours de la vie. Celui qui persiste sur les chemins des prophètes, qui va sur des chemins inexistants, s’anéantira. Les prophètes sont venus pour montrer leurs chemins ; moi, je suis venu pour être le Chemin.

        Qui veut me suivre ne peut le faire seulement avec ses jambes, mais avec toute son âme, tout son cœur, tout son esprit. Long est mon Chemin, et celui qui ne compte que sur ses jambes s’écroulera de fatigue. Qui veut aller à mes côtés doit abandonner ses jambes, et son âme, et son cœur, et son esprit. Celui qui abandonnera tout cela, je le prendrai sur mes jambes, dans mon âme, dans mon cœur, dans mon esprit. Et il ne sera pas lourd pour moi, comme je ne le serai pas pour lui. Celui qui n’abandonnera pas tout, ne pourra en chemin ni me suivre, ni me retenir.

        Le suis le Chemin, et celui qui emprunte mon chemin ne va pas seul, mais avec moi. Les prophètes ont montré des chemins par ici, par-là, ou par là-bas, car eux-mêmes n’étaient pas le chemin. Personne des miens ne peut aller sans moi : qui veut prendre mon Chemin, celui-là je le porterai sur moi.

        Je vous le dis : je suis le Demain désiré et le Chemin vers le Demain. Sans moi vous ne pouvez ni trouver le Chemin vers votre Demain désiré, ni le recevoir.

3° lecture Fête de saint André, apôtre



Matthieu 4, 18-22

Avec André et Pierre, à la suite du Christ

Saint Grégoire le Grand

Homélie 5 sur Matthieu, PL 76, col. 1093

        Vous avez entendu, frères, qu’au premier appel Pierre et André laissèrent leurs filets et suivirent le Rédempteur. Or ils ne lui avaient encore vu faire aucun miracle, il ne leur avait rien dit de la récompense éternelle ; et cependant, sur un seul ordre du Seigneur, ils oublièrent tout ce qu’ils paraissaient posséder. Et nous, combien avons-nous vu de miracles, combien avons-nous éprouvés de fléaux, que de menaces nous effraient !, et nous dédaignons de suivre Celui qui nous appelle.

        Mais peut-être l’un ou l’autre d’entre vous se dit-il en lui-même : Qu’ont-ils laissé, à la voix du Seigneur, ces deux pêcheurs qui n’avaient presque rien ? En cette affaire, frères, nous devons peser plutôt l’amour que l’argent. Il a beaucoup laissé, celui qui n’a rien gardé pour lui ! Il a beaucoup laissé, celui qui a abandonné tout le peu qu’il avait ! Quant à nous, non seulement nous gardons avec soin ce que nous possédons, mais nous poursuivons avec convoitise ce que nous n’avons pas. Pierre et André ont beaucoup laissé, quand ils ont abandonné, l’un et l’autre, jusqu’au désir d’avoir.

        Pour les choses qui nous sont extérieures, le Seigneur se contente de peu. Il pèse le cœur, non l’argent. Il examine non pas combien on lui offre en sacrifice, mais de quel cœur on le fait. Si nous ne regardons que la valeur marchande, ces célestes spéculateurs ont acheté, pour une barque et des filets, une vie éternelle semblable à celle des anges. Il n’est pas question de fixer un prix, mais le Royaume vaut tout ce que tu as. A Pierre et André, il a coûté une barque et des filets, à la veuve deux petites pièces, à tel autre un verre d’eau fraîche.

        Allons, frères, puisque nous célébrons la fête de saint André, il nous faut imiter ce que nous honorons. La vraie fête est celle qui consiste dans un changement de l’âme ; elle prouve la sincérité de notre fête extérieure. Méprisons les choses de la terre, abandonnons ce qui passe, achetons de l’éternel. Si nous ne pouvons encore abandonner ce qui nous appartient, du moins, ne convoitons pas les biens des autres ! Si notre âme n’est pas encore embrasée du feu de l’amour, que du moins le frein de la crainte la retienne dans son ambition : elle fera des progrès et deviendra forte. Pour aujourd’hui, elle se retient seulement de désirer le bien d’autrui, mais un jour elle méprisera même ce qui est à elle, par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, avec le Père et l’Esprit-Saint, vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.

Fête de saint André, apôtre



1 Corinthiens 1,18 – 2,5

Saint André, apôtre

Saint Basile de Séleucie

Homélie sur saint André, PG 28, col. 1101-1114

         Le grand apôtre André est l’occasion de cette fête, mais l’honneur en rejaillit sur tout le chœur des apôtres. Ceux que la grâce a unis, rien ne pourrait les séparer. Qui veut louer une couronne sertie de pierres précieuses, quelle que soit la pierre qu’il admire plus particulièrement, l’admire sur cette couronne et loue ainsi le joyau tout entier. De même, un sermon sur l’un des apôtres les concerne tous, selon la parole de Paul : Si un membre se réjouit, tous les membres se réjouissent avec lui. Et quels sont les membres que la nature a unis avec autant de force que la grâce du Saint-Esprit l’a fait pour les apôtres ? Chantons-les donc tous ensemble et chacun. Unique en vérité est la grâce qui a rassemblé les apôtres au service du Seigneur.

        André, ainsi nommé de la force apostolique, le premier s’est inscrit à l’école du Seigneur, principe du chœur des apôtres. Son regard sut découvrir la présence du Seigneur et il quitta l’enseignement de Jean pour se mettre à l’école du Christ. Il est le sceau des paroles du Baptiste. A l’éclat de cette lampe, il a cherché la vraie lumière. Poussé par les paroles de son maître, André court à celui qu’il annonçait, entraînant avec lui Jean l’évangéliste. Tous deux, ayant laissé la lampe, courent vers le soleil. André est le premier plan apostolique.

        Le premier, il a entendu Moïse honorer le Christ, puisque le premier il a compris celui que Moïse prédisait par ces mots : Le Seigneur suscitera parmi vos frères un prophète comme moi, écoutez-le. Il laissa la Loi pour obéir à la Loi. Il entend Moïse dire : Ecoutezle ; il entend Jean qui crie : Voici l’Agneau de Dieu.

        Quand le Sauveur, laissant les cités, traversait le désert, les foules le suivaient, ne supportant pas, même pour un peu de temps, d’être séparées de lui. Le lieu était désert, le pain manquait, on avait faim. Le Sauveur renouvelle alors le miracle du désert, et le désert est témoin des miracles d’autrefois. Ce fut André qui, montrant au Seigneur la pauvreté de ceux qui étaient là, lui donna sans le savoir l’occasion du miracle. Et la confession de la misère fut la cause de l’abondance des biens.

Vendredi de la 34ème semaine du Temps Ordinaire



Ezéchiel 40,1-4 + 43,1-12

« La nouvelle Présence de Dieu auprès de son peuple  »

Père Yves-Marie Congar

Le Mystère du Temple, p. 88s

         C’est au moment où Israël était sans Temple, exilé en Babylonie, loin de Sion, que les prophètes de l’exil disent et répètent : plus que jamais, Dieu est et sera avec son peuple.

        Ezéchiel, qui avait vu de façon si poignante la sainte Présence divine quitter le Temple, montre maintenant Dieu revenant à Sion. Il s’agit là de la restauration d’un temple et d’une Présence analogues à ceux dont Israël avait joui avant l’exil. Ce même prophète, par mission divine, décrit de façon détaillée, voire méticuleuse, le temple de la rénovation. Ezéchiel renforce la séparation du sacré et du profane, pour assurer au Temple et à l’autel une sainteté transcendante. Mais le Temple dont il décrit minutieusement les parties, n’est pas destiné à être réalisé dans la pierre. Ezéchiel sait trop bien que Dieu habite là où est son peuple, pour patronner l’idée d’une nouvelle sainteté mécaniquement attachée à un lieu et à des choses. Le Temple qu’il décrit esquisse bien les traits d’une réalité religieuse terrestre : il traduit en choses de l’ordre visible et corporel les exigences spirituelles d’une nouvelle présence de la Gloire de Dieu. Mais cette nouvelle présence n’est à séparer, ni de ce que le prophète dit de la mobilité de cette Gloire, ni de l’annonce qu’il fait du don d’un cœur nouveau, ni enfin du texte décisif et célèbre où il annonce la réunion et la restauration d’un Israël purifié, et purifié par Dieu lui-même, en des termes qui situent cette annonce dans une perspective messianique : Je ferai avec eux une alliance pacifique, ce sera entre eux et moi une alliance éternelle. Je m’établirai sur eux, et je serai leur Dieu.

        Le Temple dont Ezéchiel dessine le plan n’est pas un projet d’architecture : sa signification est prophétique. Il annonce la réalisation messianique d’un domaine de pureté, qui sera celui de l’habitation de Dieu, dépassant l’existence matérielle d’Israël et les institutions mosaïques. Il ouvre, prophétiquement, un chapitre nouveau du mystère du Temple qui ne s’achèvera que dans l’Apocalypse.