Texte du jour

Vendredi de la 34ème semaine du Temps Ordinaire



Daniel 10,1 – 11,1

La grande vision finale

 

Père Pierre Grelot

Le Livre de Daniel, CE 79, p. 44s

 

La situation de détresse où se trouvait le peuple a conduit Daniel à jeûner pendant trois semaines. Ce trait peut faire allusion à l’interruption de la joie pascale pendant la cessation du culte, sous la persécution d’Antiochus. On sait que les agneaux de la Pâque ne pouvaient être immolés que dans le Temple de Jérusalem, qui était alors profané. La vision a lieu le 24ème jour du mois. Si on fait le compte avec l’ancien calendrier sacerdotal, dont les mois ont 30 jours et dont l’année commence un mercredi, le 24 du 2ème mois est un début de semaine après le sabbat qui suit la semaine des Azymes, jour de l’offrande de la première gerbe.

Daniel se rend au bord du grand fleuve, qui est ici le Tigre. La description de l’ange qui apparaît au voyant s’inspire d’Ezéchiel, mais son costume a une allure sacerdotale, avec sa tunique de lin et sa ceinture d’or. La vision met en fuite les compagnons de Daniel, et le terrifie au point qu’il tombe en léthargie. Mais Daniel, homme des prédilections, est remis debout par l’apparition mystérieuse, car il sera chargé d’une commission importante pour son peuple.

Ici commence la présentation des artisans du combat céleste qui accompagne celui des royaumes terrestres ; chacun d’eux a, là-haut, un « prince » angélique qui le représente et l’accompagne. Michel, « un des princes de premier rang », assiste le peuple de Dieu. Mais il y a aussi un « prince de Perse » et un « prince de Grèce ». Le « prince » qui apparaît à Daniel va lui expliquer la vision compliquée qui suivra.

Le début du dialogue est destiné à réconforter le voyant que l’angoisse a saisi. Quelqu’un qui a « une apparence d’homme » lui touche la bouche et l’invite au courage. Pour finir, le texte met en scène les patrons célestes des pouvoirs terrestres dont l’histoire va être évoquée : le prince de Perse, le prince de Grèce, et « Michel, votre Prince », défenseur du peuple de Dieu. L’ange révélateur avait donc joué ce rôle auprès de Darius le Mède, au moment où s’est réalisée la libération de l’exil. Toute cette chronologie est évidement factice, puisque l’histoire va être racontée après coup !

 

Jeudi de la 34ème semaine du Temps Ordinaire



Daniel 9,1-4+18-27

La prophétie chez le prophète Daniel

Père Jean de Menasce

Bible de Jérusalem, fascicule « Daniel », Introduction, p. 15s

 

Ce qui fait l’intérêt particulier du Livre de Daniel parmi ceux de l’Ancien Testament, c’est qu’il représente, dans sa perfection, le genre apocalyptique et eschatologique préparé par les prophéties d’Isaïe, d’Ezéchiel et de Zacharie. La prophétie est un genre de connaissance surnaturelle plus vaste et plus complexe que la simple prédiction de l’avenir. Elle porte sur tout secret de Dieu, la connaissance des futurs contingents  n’en étant qu’un cas particulier, le plus véritable, celui qui a, au maximum, valeur de signe et d’argument. Mais le passé ou le présent qu’un homme est capable de connaître, directement ou par témoignage purement humain, peuvent être également matière de connaissance prophétique : Dieu lui donne alors de saisir et de juger ces choses selon une lumière plus haute que l’humaine, sans d’ailleurs que ce soit en proportion de sa sainteté personnelle, mais principalement pour l’illumination  et la direction de l’Eglise. Ce savoir, nouveau non par sa teneur, mais par sa modalité et son origine, manifeste celle-ci d’une façon beaucoup moins frappante que dans le cas de la prévision de l’avenir ; il ne saurait donc être question de démontrer empiriquement la présence de ce charisme.

Les grâces spéciales par lesquelles Dieu illumine l’homme se diversifient selon ses facultés : son sentiment obscur, son imagination, ses sens externes, l’intuition et le jugement de son intelligence, sont tous susceptibles de recevoir des messages diversement profonds et diversement explicites. Or les prophéties du livre de Daniel permettent d’illustrer au mieux la diversité du charisme prophétique, ainsi que les théologiens se sont plus à le démontrer : visions purement imaginative, à l’état de sommeil ou de veille, auditions de paroles mystérieuses, apparitions visibles à plusieurs sujets, intelligence des visions et locutions ; enfin, et  c’est l’espèce la plus haute, « jugement », c’est-à-dire vue synthétique à la lumière des raisons divines, soit de réalités transcendantes (ainsi la révélation du mystère de la Résurrection, pur objet de foi surnaturelle), soit même de faits contingents dont le « sens » est donné (ainsi la perspective historique  sur les guerres entre la Syrie et l’Egypte au chapitre11).

 

Mercredi de la 34ème semaine du Temps Ordinaire



Daniel 8, 1-26

La vision et son explication

Père Jean Steinmann

Le livre de Daniel, p. 121s

 

Les anges eux-mêmes, les saints membres de l’Armée céleste sont inquiets de la victoire du monstre : Jusques à quand le sacrifice perpétuel sera-t-il aboli ? Ils s’interrogent sur la durée de cette terrible épreuve. Daniel les entend répondre.

La vision du jugement assignait une durée de trois ans et demi au règne de la Bête. Cette durée va probablement de la profanation du Temple pour aboutir à la mort d’Antiochus, soit trois ans et quarante jours. Or la durée réelle de l’interruption fut de trois ans. Les quarante jours supplémentaires ne feraient-ils pas allusion à l’Exode, au temps de pénitence qui doit s’écouler depuis le nouveau sacrifice de la Dédicace jusqu’à la reprise des relations normales entre Dieu et son peuple ?

Daniel reste perplexe devant les détails de la vision. Sur une injonction divine, un interprète angélique va venir l’instruire. La forme humaine que voit Daniel n’est pas celle du Fils d’homme de la vision précédente. C’est un ange dont il ne sait pas le nom. Alors retentit une voix, celle de Dieu lui-même, qui nomme Gabriel et lui donne l’ordre d’interpréter la vision. Gabriel va jouer auprès de Daniel le rôle que Daniel jouait auprès de Nabuchodonosor et de Balthazar.

Gabriel tenait une grande place dans la foi juive au IIème siècle avant Jésus-Christ. Le morceau de l’Apocalypse de Noé, inséré dans le récit de la chute des anges du Livre d’Enoch, nomme Gabriel avec Michel, Uriel et Raphaël.

A l’approche de Gabriel, Daniel se prosterne. Le messager lui annonce que la vision est relative au jugement eschatologique. L’idée de cette manifestation transcendante du pouvoir de Dieu terrorise tellement le voyant qu’il s’évanouit. Il est alors éveillé par l’ange. Tout le passage s’inspire du récit de la vocation d’Ezéchiel.

En clair, Gabriel explique le sens de la vision. Javan est le nom biblique de la Grèce. Le roi de Javan est Alexandre le Grand. Quand il en vient à l’explication de la signification de la petite corne qui grandit, Gabriel cesse aussitôt de s’exprimer en prose, pour se mettre à proférer un oracle à la manière des anciens prophètes. Ce poème est une satire violente du roi Antiochus. Il ressemble à un énoncé de motifs de sa condamnation devant le tribunal de Dieu. Le règne d’Antiochus est regardé comme un effet et une punition des péchés des hommes. Ce roi retors, rusé, criminel, persécuteur sans scrupules, vainc l’Egypte, mais s’enfle d’orgueil au point de s’attaquer à Dieu : alors il est brisé.

 

Mardi de la 34ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire des Martyrs du Vietnam



Daniel 6, 5-28

Martyrs du grand amour

Saint Nicolas de Jitcha

Prières sur le lac, p. 94s

 

Martyrs du grand amour, priez Dieu pour nous ! Vous qui avez connu l’amour plus fort que la mort, priez l’Amour pour nous !

Vous qui avez, d’une manière honorable, échappé dans la vie d’ici-bas au filet de l’amour éphémère qui est comme un peu de couleurs sur le rocher, que la pluie délave ; vous qui avez prêché que l’amour est plus mystérieux que le corps et plus éternel que les astres dans le ciel ; vous qui avez, à travers l’amour, compris l’arbre, la pierre, les bêtes dans la forêt et le poisson dans l’eau, parce que l’amour brise les sceaux de tout mystère.

Devant vous, nous nous prosternons et vous prions : priez Dieu pour nous. Que nous nous purifions aussi de l’amour illusoire qui s’achève par la haine ! Que nous couronnions notre foi et notre espoir d’une couronne au regard de laquelle les soleils représentent peu de valeur ! Que nous nous réjouissions, ouvrions les yeux, et reconnaissions la joie dont seuls les anges peuvent se réjouir ! Que notre vie devienne aussi un rayonnement aux trois soleils, semblable à celui de qui provient tout rayonnement non mêlé aux ténèbres !

Martyrs du grand amour, seul votre martyre est moindre que votre amour. Tout amour terrestre apporte le martyre, plus grand que cet amour. Et vous, vous êtes épris de ce qui est plus long que le temps et plus vaste que l’espace.

Ayant entendu parler de vos souffrances, vos frères mortels les considèrent comme incroyables, insupportables, cela parce qu’ils peuvent, il est vrai, se transporter dans vos souffrances, mais pas dans votre amour, ni dans le sens de vos souffrances. Oh ! Si seulement ils pouvaient se transporter aussi dans votre amour ! Toutes vos souffrances ne seraient pour eux qu’un jouet comme pour vous elles le furent !

Contre celui qui a un but plus grand que le monde, le monde ne peut rien. Celui qui se hâte vers sa maison qui est plus vaste que l’espace, l’espace ne peut le retenir. Celui qui a l’amour qui est plus précieux que les créations temporelles, le temps ne peut ni l’empêcher, ni le piétiner.

Au travers toutes les défaites, de toutes les tempêtes, l’Amour conduit Ses bien-aimés et les attire vers Lui : Martyrs du grand amour, priez Dieu pour nous.

 

Lundi de la 34ème semaine du Temps Ordinaire



Daniel 5,1-17+23 – 6,1

Les trois genres de vision

Saint Augustin

Les douze livres de la Genèse au sens littéral, livre 12, 11, OC 7, p. 348s

 

Considérons les trois genres de vision, la corporelle, la spirituelle, l’intellectuelle, de manière à ce que la raison s’élève des choses inférieures aux supérieures. Prenons une phrase où les trois genres de vision se trouvent réunis. Vous aimerez votre prochain comme vous-même : les lettres sont l’objet d’une vision corporelle, le prochain d’une vision spirituelle, la charité d’une vision intellectuelle. On peut se représenter en esprit les lettres si elles n’étaient point présentes, et le prochain, s’il était présent, pourrait être l’objet d’une vision spirituelle ; mais quant à la charité, elle ne peut être ni vue des yeux du corps, ni conçue par l’esprit sous une image semblable à un corps ; elle n’est cognoscible et perceptible que pour l’âme, c’est-à-dire l’intellect. La vision corporelle ne préside à aucun des deux autres, mais ce qui est perçu par elle est transmis à la vision spirituelle comme la précédente.

Le roi Balthasar vit les doigts d’une main écrivant sur la muraille, et, à l’instant même, l’image d’une chose corporelle est transmise, par le moyen du sens corporel de la vue, à son esprit, et demeure dans sa pensée, même après que ce qu’il avait vu eut disparu. Il le voyait en esprit, mais il n’en comprenait pas encore le sens ; le signe n’était point compris par lui en même temps qu’il se faisait, et était transmis aux yeux de son corps ; cependant déjà, il comprenait que c’était le signe de quelque chose, et il le comprenait par le moyen de son esprit. Tandis qu’il en cherchait la signification, c’était son âme qui faisait cette recherche. C’est en voyant cela que Daniel s’approcha de lui, et, l’âme éclairée des lumières de l’esprit des prophètes, découvrit, à son âme troublée par ce signe, ce qu’il voulait dire, étant lui-même, par ce genre de vision qui est propre à l’âme, bien plus prophète que celui qui avait vu des yeux du corps le signe corporel fait devant ses yeux, et en voyait depuis qu’il était effacé, l’image, dans son esprit, mais sans pouvoir, par son intelligence, autre chose que savoir que c’était un signe et en chercher le sens.

 

3° lecture Dimanche de la 34ème semaine du Temps Ordinaire – Fête du Christ Roi de l’Univers



Jésus, Plénitude de l’Univers

Père Pierre Teilhard de Chardin

Hymne de l’Univers, p. 158s

 

Tu es, Jésus, le résumé et le faîte de toute personne humaine et de tout l’Univers. Pas un trait de beauté, pas un charme de bonté, pas un élément de force, qui ne trouve en Toi son expression épurée et son couronnement… Quand je Te possède, je tiens vraiment ramassé en un seul objet la réunion idéale de tout ce que l’Univers peut donner et faire rêver. La saveur unique de ton Etre admirable, a si bien extrait et synthétisé les goûts les plus exquis que la Terre contienne et suggère, que nous pouvons maintenant, suivant nos désirs, les trouver l’un après l’autre, indéfiniment en Toi, ô Pain qui renferme toute délectation !

Plénitude Toi-même de l’être créé, Tu es aussi, Jésus, la plénitude de mon être personnel, et celle de tous les vivants qui acceptent ta domination. En Toi et en Toi seul, comme dans un abîme sans bornes, nos puissances peuvent se lancer et se détendre, donner leur pleine mesure, sans se heurter à aucune limite ; plonger dans l’amour et dans l’abandon, avec la certitude de ne trouver dans tes profondeurs l’écueil d’aucun défaut, le fond d’aucune petitesse, le courant d’aucune perversion.

Par Toi et par Toi seul, Objet total et approprié de nos affections, Energie créatrice qui sonde le secret de nos cœurs et le mystère de nos accroissements, notre âme est éveillée, sensibilisée, agrandie, jusqu’à la limite extrême de ses latences.

Sous ton influence, et ton influence seule enfin, l’enveloppe d’isolement organique et d’égoïsme volontaire qui sépare les monades, au fond, éclate, et la foule des âmes se précipite vers l’union nécessaire à la maturité de Monde.

Ainsi, une troisième plénitude s’ajoutant aux deux autres, Tu es, Jésus, en un sens très vrai, l’ensemble de tous les êtres qui s’abritent, et qui se retrouvent, à jamais unis, dans les liens mystiques de ton organisme. En ton sein, mon Dieu, mieux que dans aucune étreinte, je possède tous ceux que j’aime, illuminés de ta beauté, et t’illuminant à leur tour des rayons, si actifs sur nos cœurs, qu’ils ont reçus de Toi et qu’ils Te renvoient. La multitude décourageante des êtres, sur qui je voudrais agir pour les éclairer et les conduire, elle est là, groupée en Toi, Seigneur. Par ton intermédiaire, je puis toucher à l’intime de chaque être, et faire passer en lui ce que je désire, si je sais Te prier, et si Tu le permets.

 

2° lecture Dimanche de la 34ème semaine du Temps Ordinaire – Fête du Christ Roi de l’Univers



La royauté du Christ aujourd’hui et à la fin des temps

Père Yves-Marie Congar

David et Salomon, types du Christ en ses évènements, VS 1954, p. 325s

 

Dès que le Verbe de Dieu prend chair humaine dans le sein de Marie pour être le Sauveur du monde, il possède dans son humanité la plénitude et l’efficacité des énergies par lesquelles Dieu veut restaurer toutes choses et les amener à sa communion. La réalité plénière de cette communion et de cette restauration est ce Royaume qu’il doit instaurer, puis offrir en hommage au Père. C’est ce Royaume qui est annoncé par les prophètes, et qui faisait l’objet de l’espérance et de l’attente des Juifs, y compris des apôtres avant la Pentecôte. Les prophètes annonçaient, et les Juifs espéraient une restauration dont Israël serait le premier bénéficiaire et qui atteindrait l’ordre extérieur des choses.

Quand Jean-Baptiste et Jésus commencent leur ministère, ils proclament que le Royaume de Dieu est proche, et qu’il est arrivé. En un sens, ce que les prophètes annonçaient est advenu par Jésus-Christ : les signes messianiques sont posés, les aveugles voient, les boiteux marchent, pour tous est proclamé un temps d’élargissement. Et pourtant, les hommes souffrent toujours et continuent de se faire la guerre comme si le Royaume de Dieu n’était pas descendu sur terre ; apparemment, rien n’est changé dans le monde.

L’Evangile et les écrits apostoliques nous montrent que le plan de Dieu, connu par la Révélation, est à deux étapes. Il nous donne d’abord la cause de salut et la restauration de toutes choses, mais il réserve l’entier déploiement de sa puissance et la plénitude de ses effets pour un temps final, encore à venir, la Parousie (le retour du Christ) ou l’eschatologie (le temps et l’ordre de la fin). Certes Jésus-Christ est venu, et avec lui le renouvellement total, mais il doit revenir encore et, comme le dit saint Pierre au lendemain de la Pentecôte, le ciel doit le recevoir jusqu’au jour du rétablissement de toutes choses, jour dont Dieu a parlé anciennement par la bouche de ses anciens prophètes. Nous voudrions voir venir un ordre de choses : c’est une personne qui est venue ; nous voudrions tenir le Royaume, et nous n’en recevons que le Roi ! Certes, ce Roi est puissant, et dès lors nous chantons de lui qu’il porte l’Empire sur ses épaules ; mais il ne déploie pas dès l’abord toute sa puissance, devant être Sauveur par la croix et ne voulant pas, avant le temps, forcer nos libertés sous l’évidence de son irrésistible autorité.

 

Samedi de la 33ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de la Présentation de la Vierge Marie



Daniel 3, 8-30

La Vierge Marie est une montagne

Aelred de Rievaulx

Sermon 84, Sermons pour l’année 5, Pain de Cîteaux 24, série 3, p. 257s

 

Frères, montons sur la montagne. Tous les saints sont des montagnes ; Mais qui, parmi les montagnes, est comparable à celle dont nous célébrons aujourd’hui la nativité ? C’est elle, la montagne de laquelle s’est détachée une pierre sans l’intervention des mains de ceux qui taillent la pierre, puisque le Christ est né de la Bienheureuse Marie sans l’intervention des mains de ceux qui s’étreignent, c’est-à-dire sans l’opération de la chair. C’est sur cette montagne qui se trouve le modèle selon lequel nous devons  construire en nous la Tente du Seigneur. Dans la Tente que fit Moïse, il y avait deux parties : une partie intérieure et une partie extérieure. Dans la partie extérieure, comme le dit l’apôtre, il y avait le chandelier, la table, l’exposition des pains ; dans la partie intérieure, il y avait un autel des parfums en or, et l’Arche de l’Alliance entièrement recouverte d’or, dans laquelle se trouvait une urne d’or contenant la manne, le rameau d’Aaron qui avait fleuri, et les tables de l’Alliance. Et au-dessus du propitiatoire, il y avait deux chérubins, c’est-à-dire deux représentations d’anges ayant leur visage sur le propitiatoire.

Faisons donc, nous aussi, une Tente pour le Seigneur, selon le modèle qui nous a été montré sur la montagne. Voyons d’abord, en cette Tente de Dieu les deux parties, intérieure et extérieure. De fait, elle fut vraiment une Tente de Dieu et un Temple de Dieu, constituée d’une partie extérieure et d’une partie intérieure. La partie extérieure, c’est le comportement de l’homme extérieur ; la partie intérieure, c’est le comportement de l’homme intérieur. Dans la partie extérieure, il y avait un chandelier. Le chandelier qui porte la lumière symbolise les œuvres bonnes qui se font au grand jour, comme les travaux, les veilles, les jeûnes et autres choses semblables. De là vient que le Seigneur dit dans l’évangile : Que votre lumière brille aux yeux des hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres. Car le Seigneur dit pareillement : Personne n’allume une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le chandelier, afin qu’elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Voyez, frères, comme cette lumière qu’est Notre Dame brille pour tous ceux qui sont dans la maison de Dieu, c’est-à-dire dans la sainte Eglise ! Quelle est cette maison de Dieu ? La maison de Dieu, c’est le monde entier ; la maison de Dieu, c’est l’Eglise catholique ; la maison de Dieu, c’est chaque âme fidèle. Mais autre est la façon dont Dieu habite dans le monde, dans l’Eglise, en chaque âme fidèle.

 

3° lecture Fête de la Dédicace de Notre-Dame de la Sède



Matthieu 16, 13-19

« Tu es Pierre… »

Isabelle Graesslé

Prier 7 jours avec la Bible, L’Evangile de Matthieu, p. 107s

 

A nouveau, les pharisiens, alliés cette fois aux sadducéens, demandent un signe qui vienne du ciel. Le Seigneur leur répond qu’en fait de signe, il ne leur en sera pas donné d’autre que le signe de Jonas.

A nouveau, Jésus les renvoie au signe de Jonas : Jésus refuse d’entrer dans une demande primaire qui consisterait à faire apparaître, comme par merveille, une preuve visuelle.       Les signes sont déjà là, visibles, à portée de la frange du vêtement. Pour plagier Jésus, « que celui qui a des yeux pour voir, voie ! »

La question que tout ce jour a préparée retentit  enfin : Et vous, que dites-vous que je suis ? Précédée de peu d’une demande quant à l’opinion publique : Qui est le Fils d’humanité selon la rumeur ? Le catalogue des réponses s’ouvre, aussi vaste que la tribu des prophètes du Très-Haut. Mais ce qui importe, au fond, c’est ce que chaque disciple va répondre. Et vous ? Pierre, le rescapé des marches balbutiantes, s’avance : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.

Voilà. Jusqu’alors, nous avions entendu la voix claire du Père dans les cieux reconnaissant Jésus comme son Fils bien-aimé, au bord des eaux du baptême, et bientôt sur la montagne de la Transfiguration. Mais après le pain partagé, et la marche sur l’eau, l’un des grands tournants de l’Evangile, Pierre a vu les signes des temps. Il a reconnu le Fils du Dieu vivant, le Christ, l’envoyé, le Messie. L’attente si longue est achevée. L’accomplissement des Ecritures est parvenu à son terme, naissance d’un monde renouvelé.

Heureux est-il, ce Pierre en marche vers un bonheur pourtant si fugace, puisque à peine quelques lignes plus loin, Jésus le traitera de Satan ! Heureux est-il, ce Pierre reconnu en sa filiation spirituelle, celle de Jonas, comme lui à bout de souffle, puis annonceur des paroles de Dieu ; heureux est-il, ce Pierre, devenu socle d’Eglise, détenteur des clefs du Royaume des cieux, les clefs pour comprendre les signes des temps ; heureux est-il, ce Pierre sur lequel va se bâtir la communauté. Il instaure une lignée de marcheurs, oscillant entre crainte et témérité, entre inquiétude et foi. Car, on peut aussi le comprendre, c’est sur une telle roche, sur un tel matériau que Jésus bâtira son Eglise.

 

2° lecture Fête de la Dédicace de Notre-Dame de la Sède



1 Pierre 2,1-17 ou Apocalypse 21,9-27

La Dédicace d’une église

Saint Augustin

Sermon 336, OC 19, p. 103s

 

Notre assemblée est réunie : c’est la Dédicace d’une maison de prière. Cette maison est celle de nos prières ; la maison de Dieu, c’est nous-mêmes. Si nous sommes nous-mêmes la maison de Dieu, dans le temps présent nous sommes construits pour être consacrés à la fin des temps. L’édifice, et plus encore sa construction, donnent de la peine, sa consécration procure des transports de joie. Ce qui se passait, quand s’élevaient de terre les bâtiments, cela se passe toujours, maintenant que sont rassemblés ceux qui ont foi dans le Christ. Dans notre foi, nous sommes en effet comme les bois coupés dans les forêts et les pierres taillées dans les montagnes. Quand les gens sont catéchisés, baptisés, formés, c’est comme s’ils étaient travaillés, redressés, aplanis par la main des forgerons et des artisans. Ils ne construisent pourtant pas la maison de Dieu, sinon quand ils sont en plus mis en forme par l’amour. Si ces poutres et ces pierres ne se tenaient pas entre elles dans un ordre déterminé, si elles n’étaient pas liées ensemble dans la paix, si elles ne s’aimaient pas, pourrait-on dire, les unes les autres, en se fixant les unes aux autres, personne n’entrerait ici. Quand on voit dans une construction, les pierres et les poutres bien tenir ensemble, on entre en sûreté sans craindre que le bâtiment ne s’écroule.

Le Christ notre Seigneur, voulant entrer en nous et y habiter, disait comme pour nous conduire : Je vous donne le commandement nouveau de vous aimer les uns les autres, je vous donne un commandement nouveau. Vous étiez vieux en effet, vous ne m’aviez pas encore bâti de maison, vous gisiez dans la vôtre, en ruines. Aimez-vous donc les uns les autres, pour vous arracher à la vieillesse de votre maison en ruines. Que votre charité y prête attention, cette maison se construit toujours, maintenant, selon ce qui a été prédit et promis, sur la terre entière. Quand on construisait le Temple, en effet, on disait selon un psaume : Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur terre entière. Ce que le psaume appelle un chant nouveau, le Seigneur l’appelle commandement nouveau. Que contient en effet un chant nouveau, si ce n‘est un amour nouveau ? Chanter caractérise selon qui aime, la voix de celui qui chante, c’est l’ardeur d’un saint amour.