Texte du jour

Jeudi de la 7ème semaine du Temps Pascal



Actes 27, 21-44

L’esprit de piété, don de l’Esprit-Saint

Saint Bernard

Sermon sur les sept dons du Saint-Esprit, OC 7, p. 98s

Le deuxième don de l’Esprit-Saint est l’esprit de piété, semblable à la seconde Béatitude de l’évangile : Heureux les doux, ils possèderont la terre. Dieu a dit, dans Isaïe, de ceux qui sont animés de cet esprit : L’Esprit du Seigneur est sur moi, ils m’ont envoyé prêcher à ceux qui sont doux. Moïse aussi était le plus doux des hommes qui vivaient sur la terre. C’est de ces hommes que Job dit : Le Seigneur élève les humbles, il relève ceux qui sont affligés en leur accordant la sûreté. Aussi est-il dit du même Seigneur : Il sauvera ceux qui sont humbles d’esprit. Au contraire, au sujet des orgueilleux, il est dit : Dieu résiste aux superbes. Le cœur s’exalte avant la ruine. L’orgueil précipite de haut en bas, l’humilité élève de bas et haut. Enflé de superbe dans les cieux, l’ange tomba dans les enfers ; en s’humiliant sur la terre, l’homme monte vers les cieux. Plus on est élevé, plus on doit être humble. Aussi est-il écrit : Plus vous êtes grand, plus il faut vous humilier, et vous trouverez grâce devant Dieu. De là vient que le Seigneur lui-même dit à ses disciples : Celui qui voudra être le premier parmi vous, sera votre serviteur. Et encore : Lorsque vous aurez accompli tout ce qui vous aura été commandé, dites : nous sommes des serviteurs inutiles. Le Seigneur dit encore : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Sans l’humilité, toutes les autres vertus ne peuvent servir de rien. Aussi le bienheureux pape Grégoire dit-il : « L’homme qui rassemble des vertus sur l’humilité est comme celui qui porte de la poussière en plein vent ». Car de même  qu’un vent violent disperse la poussière et l’emporte, ainsi tout bien sans l’humilité est emporté par le vent de la vaine gloire. Un pécheur humble est, de beaucoup, préférable au juste arrogant. C’est ce que le Seigneur nous montre évidemment dans le passage où il cite l’exemple du Pharisien et du publicain; c’est le jugement  qu’a porté un certain sage qui a dit : « Mieux vaut une humble confession dans le mal qu’on a fait, qu’une exaltation superbe dans le bien qu’on a opéré ».

Mercredi de la 7ème semaine du Temps Pascal



Actes 27, 1-20

La crainte du Seigneur, don de l’Esprit-Saint

Saint Bernard

Sermon sur les sept dons du Saint-Esprit, OC 7, p. 97s

           La première grâce de l’Esprit-Saint est la crainte du Seigneur. Qui la possède déteste toute iniquité, selon cette parole du psalmiste : J’ai eu leur péché en horreur et je l’ai exécré. Car il est écrit dans les Proverbes : La crainte du Seigneur hait le mal. Job est appelé un homme craignant Dieu et s’éloignant du mal. Sans cette grâce, la première des grâces et le principe de toute la religion, aucun bien ne peut se produire ou se développer. De même, en effet, que la sécurité ou la paresse sont la cause et la source de tous les manquements, de même la crainte du Seigneur est la racine et la gardienne de tous les biens. Aussi l’Ecriture dit-elle : Si vous ne vous maintenez constamment dans la crainte du Seigneur, votre maison sera promptement renversée. Tout l’édifice des vertus, s’il vient à perdre le soutien de ce don, tombe de suite en ruine. Aussi Salomon s’écrie-t-il : Vivez chaque jour dans la crainte du Seigneur, parce que vous aurez l’espérance au dernier jour et votre attente ne sera pas enlevée. De là, vient que l’apôtre s’écrie : Opérez votre salut avec crainte et tremblement. Pourquoi multiplier les citations ? Religion et crainte sont choses corrélatives, et l’une ne peut demeurer sans l’autre. Ainsi dans les Actes des Apôtres, il est dit de Corneille qu’il était un homme religieux et craignant Dieu, et, de Siméon, Luc nous dit dans son évangile qu’il était juste et pieux. Aussi Salomon donne cette leçon : Craignez le Seigneur et gardez ses commandements.

          Nous devons avoir en nous ce sentiment de la même manière dont le bienheureux Job assure qu’il l’éprouve : Il craignit toujours Dieu comme des flots qui se précipitent sur lui. Sous l’empire de cette crainte de Dieu, nous abandonnons tout, nous renonçons au monde, et, ainsi que le Seigneur l’a dit, nous nous séparons même de nous : Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renonce lui-même. Cette crainte divine rend, soumis à la pauvreté, celui qu’elle pénètre parfaitement, et elle l’éloigne du mal. Elle est au premier rang parmi les grâces comme la pauvreté dans la série des Béatitudes : c’est de cette pauvreté que le Seigneur a dit, en la plaçant comme le fondement des autres vertus : Heureux les pauvres, le Royaume des cieux leur appartient.

Mardi de la 7ème semaine du Temps Pascal – Mémoire de saint Philippe Néri



Actes 26, 1-32

« Vivifiés par l’Esprit »

Saint Athanase d’Alexandrie

Lettres à Sérapion sur la divinité du Saint-Esprit, SC 15, p. 261s

           Le Père est dit dans l’Ecriture source et lumière : Ils m’ont délaissée, moi la source d’eau vive, et encore, par la bouche du prophète Baruch : D’où vient, Israël, que tu es dans le pays de tes ennemis ? Tu as abandonné la source de la sagesse, et selon saint Jean notre Dieu est lumière. Or, le Fils, en relation avec la source, est appelé fleuve, car le fleuve de Dieu, selon le psaume, est rempli d’eau, et, en relation avec la lumière, il est appelé resplendissement. Selon Paul, en effet, il est le resplendissement de sa gloire, l’effigie de sa substance. Le Père est donc lumière, le Fils resplendissement, et c’est par l’Esprit que nous sommes illuminés. Puisse Dieu vous donner, dit Paul, un Esprit de sagesse et de révélation qui vous le fasse vraiment connaître, puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur. Mais quand nous sommes illuminés, c’est le Christ qui est notre lumière, car il était la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde. De même, le Père étant source, et le Fils fleuve, on dit que nous buvons l’Esprit : Tous, nous avons été abreuvés d’un seul Esprit, mais, abreuvés de l’Esprit, nous buvons le Christ, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher c’était le Christ.

Le Christ est le vrai Fils, et recevant l’Esprit nous devenons fils, car ce n’est pas un esprit d’esclavage que vous avez reçu pour retomber dans la crainte, mais un esprit d’adoption. Faits fils par l’Esprit, il est clair que c’est dans le Christ que nous sommes appelés enfants de Dieu, car à ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Le Père étant le seul sage, et le Fils sa sagesse, car le Christ est la force et la sagesse de Dieu, c’est en recevant l’Esprit de sagesse que nous possédons le Fils et acquérons la sagesse, et l’Esprit nous étant donné, Dieu est en nous. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous. Nous reconnaissons que nous demeurons en lui et qu’il demeure en nous à ce qu’il nous a donné de son Esprit. Et Dieu, le Père, étant en nous, le Fils aussi est en nous puisqu’il nous dit : Nous viendrons, le Père et moi, et notre ferons en lui notre demeure.

Le Fils est la vie ; il a dit : Je suis la vie. Nous sommes vivifiés par l’Esprit, car celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts vivifiera aussi nos corps mortels par son Esprit qui habite en nous. Quand nous sommes vivifiés par l’Esprit, c’est le Christ qui est notre vie : Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi.

Lundi de la 7ème semaine du Temps Pascal – Mémoire de saint Bède le Vénérable



Actes 25, 1-27

Comment l’eau symbolise l’Esprit et agit en l’âme

Saint Cyrille de Jérusalem

16ème catéchèse baptismale 12 et 16, Pères dans la foi 53-54, p. 261s

           Pour quelle raison le Sauveur a-t-il appelé eau la grâce de l’Esprit ? Parce que l’eau donne à tous les corps leur subsistance, parce que l’eau produit l’herbe et fait la vie, parce que l’eau des pluies descend des cieux, parce que descendant d’une manière unique, elle accomplit des œuvres diverses. Une source coule, en effet, et arrose le paradis. C’est la même pluie qui descend des cieux, elle devient blanche dans le lys, rouge dans la rose, elle est autre dans le palmier, autre dans la vigne et toute en tous. Elle s’adapte à ceux qui la reçoivent et elle fait pour chacun ce qui convient. Ainsi l’Esprit-Saint : il est unique, simple, indivisible, et, pourtant, il répartit la grâce comme il le veut. De même que le bois sec, si on l’arrose, produit des rejetons, de même une vie dans le péché, que la pénitence rend digne de l’Esprit, produit des grappes de justice.

          Quoique simple, l’Esprit produit, par ordre de Dieu et au nom du Christ, les nombreux charismes. Il se sert de la langue de l’un pour la sagesse, il éclaire l’esprit de l’autre pour la prophétie, à un autre il donne le pouvoir de chasser les démons, à un autre d’interpréter les Ecritures. Il fortifie la chasteté de l’un, il apprend à l’autre l’art d’aider les pauvres, à un autre le jeûne et l’ascèse, à un autre le mépris de ses intérêts matériels, il prépare un autre au martyre. Différent chez les différents hommes, il est toujours le même, ainsi qu’il est écrit : A chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien commun. Il y a certes diversités de dons spirituels, mais c’est le même Esprit.

          L’Esprit n’agit que pour le bien et le salut. D’abord douce est sa présence et paisible la conscience qu’on en a. Des rayons de lumière et de science annoncent sa brillante venue. Il vient avec le cœur d’un tuteur légitime. Car il vient sauver, guérir, enseigner, conseiller, fortifier, éclairer l’esprit de celui qui le reçoit, et ceux des autres, par lui. Comme notre œil, s’il passe de l’obscurité à la lumière, et voit distinctement ce qu’il ne voyait pas encore ; ainsi, celui  qui a été gratifié de la visite du Saint-Esprit, a l’esprit rempli de lumière et voit, au-delà des possibilités humaines, ce qu’il ne savait pas. Ce rien qu’est l’homme voit ainsi le commencement du monde, la fin du monde, le milieu des temps, car il jouit de la présence de celui qui introduit à la vraie lumière. L’homme est à l’intérieur de ses murs, mais ce qu’il sait alors s’étend au loin…

          On ne se lasserait pas de parler de l’Esprit-Saint.

3° lecture Dimanche de la 7ème semaine du Temps Pascal – A



Jean 17, 1-11

Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie

Saint Irénée de Lyon

Contre les hérésies, IV, 14, 1, p. 445s

           Au commencement, ce ne fut pas parce qu’il avait besoin de l’homme que Dieu modela Adam, mais pour avoir quelqu’un en qui déposer ses bienfaits. Car non seulement avant Adam, mais avant toute création, le Verbe glorifiait le Père tout en demeurant en lui, et il était glorifié par le Père, comme il le dit lui-même : Père, glorifie-moi de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût. Ce ne fut pas davantage parce qu’il avait besoin de notre service qu’il nous commanda de le suivre, mais pour nous procurer à nous-mêmes le salut. Car suivre le Sauveur c’est avoir part au salut, comme suivre la lumière c’est avoir part à la lumière. Lorsque des hommes sont dans la lumière, ce ne sont pas eux qui illuminent la lumière et la font resplendir, mais ils sont illuminés et rendus resplendissants par elle : loin de lui apporter quoi que ce soit, ils bénéficient de la lumière et en sont illuminés. Ainsi en va-t-il du service envers Dieu : à Dieu, ils n’apportent rien, car Dieu n’a pas besoin du service des hommes ; mais à ceux qui le servent et qui le suivent, Dieu procure la vie, l’incorruptibilité et la gloire éternelle. Il accorde ses bienfaits à ceux qui le servent, parce qu’ils le servent, et à ceux qui le suivent, parce qu’ils le suivent ; mais il ne reçoit d’eux nul bienfait, car il est parfait et sans besoin. Si Dieu sollicite le service des hommes, c’est pour pouvoir, lui qui est bon et miséricordieux, accorder ses bienfaits à ceux qui persévèrent dans son service. Car, de même que Dieu n’a besoin de rien, de même l’homme a besoin de la communion de Dieu. Car la gloire de l’homme, c’est de persévérer dans le service de Dieu. C’est pourquoi le Seigneur disait à ses disciples : Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis, indiquant par-là que ce n’était pas eux qui le glorifiaient en le suivant, mais que, du fait qu’ils suivaient le Fils de Dieu, ils étaient glorifiés par lui. Et encore : Je veux que, là où je suis, ceux-là soient aussi, afin qu’ils voient ma gloire. Nulle vantardise en cela, mais volonté de faire partager sa gloire à ses disciples.

 

2° lecture Dimanche de la 7ème semaine du Temps Pascal



Actes 24, 1-27

Plaidoirie de Paul devant le gouverneur Félix

Saint Jean Chrysostome

Homélie 50 sur les Actes des Apôtres, OC 15, p. 352s

           Le gouverneur Félix, lui ayant fait signe de parler, Paul répondit : Je n’ignore pas avec quelle justice, depuis plusieurs années, tu administres cette province, je parlerai donc avec confiance en vue de me justifier. Tu peux savoir qu’il n’y a pas plus de douze jours que je montai à Jérusalem pour adorer Dieu. Personne ne m’a trouvé dans le Temple disputant, rassemblant le peuple ; personne ne peut prouver les accusations dirigées contre moi. Dire à un juge qu’il administre selon la justice, ce n’est pas le langage de l’adulation ; le langage de l’adulateur, le voici : « C’est à toi, excellent Félix, que nous devons la paix profonde dans laquelle nous vivons ! » Alors, pourquoi ces séditions continuelles par tous ces excités ? Ainsi les uns poussaient le gouverneur à une condamnation injuste, l’autre ne demandait que justice ! De là, ces paroles de Paul : Je parlerai avec confiance en vue de me justifier. Pour se justifier, il s’appuie sur le temps depuis lequel Félix gouvernait le pays : Je n’ignore pas avec quelle justice depuis plusieurs années tu administres cette province. Qu’importe ce point à la justification de l’apôtre ? Il importe beaucoup : c’est une preuve que Félix sait par lui-même que Paul n’a commis aucun des crimes dont on l’accuse. Si Paul eut soulevé quelque séditions, le gouverneur ne l’ignorerait pas, un fait d’une telle importance ne serait point passé inaperçu. L’accusateur n’ayant pu rien établir pour Jérusalem, il n’hésite pas à parler des Juifs répandus dans le monde entier, entassant ainsi mensonge sur mensonge. A cette assertion, l’apôtre répond par ces mots : Je montai à Jérusalem pour adorer Dieu, tant j’étais éloigné de penser à soulever des séditions. Il ne pousse pas plus loin cet argument d’une solidité d’ailleurs incontestable. Ils ne m’ont pas trouvé dans le Temple ni disputant, ni rassemblant le peuple dans les synagogues ou dans la ville. C’est l’exacte vérité. Tandis que son accusateur le qualifie de chef, comme s’il y eût des combats livrés ou des divisions intestines provoquées, écoutez avec quelle douceur Paul répond : Je confesse devant toi, Félix, que, suivant la religion qu’ils appellent secte, je sers le Dieu de mes pères, croyant tout ce qui est écrit dans la Loi et chez les Prophètes, ayant en Dieu l’espérance qu’ils ont eux-mêmes en la résurrection future des bons et des méchants.

Samedi de la 6ème semaine du Temps Pascal



Actes 23,12-35  Jean 16,23-28

La victoire sur le monde

Père Paul-Marie de la Croix

L’Evangile de Jean et son témoignage spirituel, p. 469s

           Pour les hommes qui ne sont pas seulement dans le monde, mais qui lui appartiennent, le monde est la seule réalité dont ils aient conscience et à laquelle ils se sentent accordés. Il en va autrement pour Jésus, et aussi pour les siens. Le Christ n’est pas dans ce monde qu’en passant, et comme en exil. Il est venu dans le monde, envoyé par son Père, et il y a accompli ce pour quoi il a été envoyé ; mais son œuvre achevée, il le quitte pour retourner au Père : Je suis sorti du Père et venu dans le monde. Maintenant, je quitte le monde et je vais au Père.

          Ces constantes références à son Père, comme à son origine, à sa qualité d’envoyé, à une mission qu’il est venu accomplir, et qui, une fois terminée, lui permet de retourner là d’où il est venu, créent chez les apôtres, et doivent créer en tout chrétien une vision où réalités du temps et réalités d’éternité sont en communication et en liaison intime ; les réalités du temps ayant leur retentissement dans l‘éternité ; celles de l’éternité pénétrant et transformant celles du temps.

          Cependant, passer des unes aux autres n’est possible qu’au prix d’une lutte, d’un combat, d’une tension, car il n’est pas naturel en l’homme d’être dans le monde et de n’être pas du monde.

          Tout l’évangile johannique est marqué par cette opposition entre ceux qui sont du monde, de ce monde dont Satan est le chef, et ceux qui sont de Dieu, et qui, nés de Dieu, sont enfants de Dieu. Opposition qui s’exprime dès le Prologue en termes de lumière et de ténèbres, et qui ne cessera plus de s’affirmer tout au long du texte évangélique.

          Cette tension ne cesse pas, bien au contraire, avec le départ du Christ, car l’objet de notre foi, son auteur et celui qui le mène à la perfection, n’est plus ici-bas, mais il est retourné à son Père.

          Parvenu sur l’autre rive, il nous attire, nous appelle, et il semble que nous entendions la voix du premier-né d’entre les morts, dans les mots de l’apôtre Paul : Recherchez les choses d’en-haut, là où se trouve le christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en-haut, non à celles de la terre, car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu.

Vendredi de la 6ème semaine du Temps Pascal



Actes 22,22 – 23,11 – Jean 16,16-23

Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus,

encore un peu de temps, et vous me verrez encore

Saint Augustin

Traité 101, 6 sur l’évangile de Jean, OC 10, p. 335s

          Mes bien-aimés, nous dit saint Jean, nous sommes maintenant les enfants de Dieu ; mais ce que nous serons un jour ne parait pas encore. Mais nous savons que, quand il viendra dans sa gloire, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est. Cette vision n’est point le partage de la vie actuelle, mais de la vie future. Quand verrons-nous et vivrons-nous cette vie future ? Encore un peu de temps, dit le Seigneur, et vous ne me verrez plus ; encore un peu de temps et vous me reverrez.

          Ce peu, c’est tout l’espace de temps que traverse le siècle présent, et dont saint Jean dit dans une de ses lettres : Nous sommes à la dernière heure. Comme le remarque les apôtres, le Seigneur n’a pas dit qu’il serait soustrait à leurs regards entre sa mort et sa résurrection seulement, mais qu’il allait au Père ; et c’est ce qu’il fît après qu’il fût ressuscité, et s’être montré proche d’eux pendant quarante jours. Ce n’est qu’alors qu’il monta au ciel. Quant à ce qu’il ajoute, Encore un peu de temps et vous me verrez encore, c’est ce qu’il promet à toute l’Eglise, de même qu’il promet à toute l’Eglise : Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles.

          Le Seigneur n’est pas lent à réaliser sa promesse : Un peu de temps, et nous le verrons ! Là où nous ne demanderons plus rien, là où ne poserons plus de questions, parce qu’il ne restera rien à désirer, rien à souhaiter. Ce peu de temps nous semble long, parce qu’il dure encore ; quand il aura pris fin, alors nous verrons combien il était court !

          Que notre joie ne ressemble donc pas à celle du monde, dont il est dit : Le monde, lui, se réjouira. Et cependant, tristes comme nous sommes pendant l’enfantement de ce que nous désirons, ne soyons pourtant pas sans joie ; mais, comme le dit l’apôtre : Soyons joyeux dans l’espérance, patients dans la tribulation. Car la femme qui enfante, c’est à elle que le Seigneur nous compare : elle se réjouit de la naissance prochaine, plus qu’elle n’est triste de la présente douleur.

3° Lecture Solennité de l’Ascension du Seigneur – A



Matthieu 28, 16-20

L’Ascension : réconciliation de toute la création

Saint Augustin

L’Ascension, triomphe du Christ, VS 72, 1945, p. 295s

          Les puissances de l’enfer sont vaincues, le salut du monde est achevé. Le vainqueur peut maintenant entrer en triomphe et siéger pour régner. La Résurrection et l’Ascension sont inséparables : les anciennes images représentaient la Résurrection du Christ comme une Ascension. L’Ascension, qui eut lieu quarante jours après Pâques, ne fut en quelque sorte que la manifestation publique, solennelle, officielle, de ce fait que le Christ était déjà rentré dans sa gloire et réellement monté au ciel. Mais le Christ ne monte pas seul. Il emmène avec lui tous les captifs délivrés : les Justes de l’Ancien Testament qui attendaient sa venue, et nous qu’il a ravis à l’empire de Satan.

            Ce cortège triomphal se déplace parmi les anges et se fraie un passage à travers les astres. Avec saint Paul, les Anciens admettaient que les puissances de l’air nous sont hostiles, et que le Christ a dû les vaincre, elles aussi, en leur manifestant, par son étonnante Ascension, sa divinité. Le triomphe du Christ à l’égard des anges revêt un double aspect : aux bons anges, il nous réunit ; les mauvais anges, il  les domine.

            Comme les esprits angéliques, les éléments du monde sont témoins du triomphe du Sauveur. Le Christ les a vaincus et surmontés : Il s’élève par-delà les cieux, chante la liturgie. Certains textes insinuent même que pour passer à travers les cieux et les astres, auxquels président les puissances de l’air, il rencontre et maîtrise une certaine résistance ; le Christ domine les éléments matériels et les met à son service : le nuage qui le dérobe aux yeux de ses apôtres lui fait comme un char impérial.

            Quel est le sens de toutes ces expressions ? Ce qu’elles contiennent de vérité, c’est cette réalité fondamentale : dans le Verbe Incarné s’inaugure et s’achève la réconciliation de toute la création : les anges et les hommes ne sont plus dissociés ; toutes les créatures spirituelles sont réunies entre elles, et, dans les sacrements, la matière elle-même est élevée à la dignité d’instrument du salut des hommes. Notre chant désormais, et notre liturgie s’insèrent dans un chœur où tous les êtres font leur partie, chacun rendant à la bonté et à la justice de Dieu le culte dont il est capable : Le ciel entonne des louanges, le monde exalte en jubilant, l’enfer hurle et gémit.

            Les apôtres regardent le ciel, les anges en descendent pour les consoler ; tous sont d’accord pour rendre grâces : la chair humaine à qui Dieu avait dit : Tu retourneras à la terre, la voici élevée dans la personne de Jésus au-dessus des archanges.

 

Solennité de l’Ascension du Seigneur – A



Ephésiens 4, 1-24

L’Ascension du Seigneur

De la liturgie syrienne

Qôlo de Safro du jour de l’Ascension, VI, 180

 

Au jour de ton Ascension, Ô Roi Christ, les anges et les hommes te crient : Tu es saint, Seigneur, car tu es descendu et tu as sauvé Adam,

l’homme fait de poussière, de l’abîme de la mort et du péché ;

par ton Ascension, Ô Fils de Dieu, les cieux et la terre ont été pacifiés.

Gloire à Celui qui t’a envoyé !

L’Eglise a vu son époux dans la gloire,

et elle a oublié les souffrances endurées au Golgotha ;

au lieu du faix de la croix qu’il portait,

c’est une nuée de lumière qui le porte.

 

Voici qu’il s’élève, vêtu de splendeur et de gloire ;

un grand prodige s’accomplit aujourd’hui au mont des Oliviers :

Qui est capable de le narrer ?

 

L’assemblée aimante s’y rassemble pour voir monter son Maître.

Il était descendu à la recherche d’Adam,

et après avoir retrouvé celui qui était perdu, il l’a porté sur ses épaules,

et, avec gloire, il l’a introduit au ciel avec lui.

Il est venu et il nous a montré qu’il était Dieu.

Il a revêtu un corps, et il a montré qu’il était homme.

Il est descendu aux enfers, et il a montré qu’il était mort.

Il est monté et a été exalté, et il a montré qu’il était grand.

Bénie soit son exaltation !

Au jour de sa naissance, Marie se réjouit,

Au jour de sa mort, la terre tremble,

Au jour de sa Résurrection, l’enfer s’afflige,

Au jour de son Ascension, le ciel exulte.

 

Bénie soit son Ascension !