Texte du jour

Mercredi de la 32ème semaine du Temps Ordinaire



Ezéchiel 10,18-22 + 11,14-25

La vision de Dieu

Saint Bernard

Sermons sur le Cantique des cantiques, sermon 31ème, SC 431, p. 429s

        La vision bienheureuse n’est pas pour la vie présente, elle est réservée aux derniers temps, du moins pour ceux qui peuvent dire : Nous savons que, lorsqu’il apparaîtra, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est. Maintenant aussi il apparaît à qui il veut, mais comme il veut, non pas comme il est. Il n’est pas de sage, de saint, de prophète qui puisse, ou qui ait pu, en ce corps mortel, le voir tel qu’il est ; mais celui-là le pourra, en son corps immortel, qui en sera jugé digne. On le voit donc aussi ici-bas, mais tel qu’il lui plaît de se faire voir, non tel qu’il est. Car même ce grand astre que tu vois tous les jours, je veux parler de notre soleil, tu ne l’as jamais vu tel qu’il est, mais seulement tel qu’il illumine, par exemple l’air, une montagne, un mur. Même cela, tu ne le pourrais pas si la lumière de ton corps, par sa pureté et sa transparence innées, n’était pas en quelque mesure semblable à la lumière céleste. Aucun autre membre du corps n’est capable de percevoir la lumière à cause de sa dissemblance trop grande. L’œil lui-même, lorsqu’il est trouble, n’est plus sensible à la lumière parce qu’il a perdu sa ressemblance avec elle. Donc, l’œil trouble ne voit point la clarté du soleil à cause de sa dissemblance, tandis que l’œil clair la voit, dans une certaine mesure grâce à sa ressemblance partielle. Certes, si l’œil était doué d’une égale limpidité, il verrait le soleil tel qu’il est, sans que son regard ne rencontre aucun obstacle, parce que leur ressemblance serait parfaite. Il est en de même du Soleil de Justice qui illumine tout homme venant en ce monde ; si tu es illuminé, tu peux le voir en ce monde, tel qu’il éclaire, car tu lui es déjà en partie semblable. Mais tel qu’il est, tu ne peux nullement le voir, car la ressemblance n’est pas encore parfaite. C’est pourquoi le psalmiste dit : Approchez-vous de lui, et vous serez illuminés ; vos visages ne seront pas couverts de confusion. C’est bien vrai, mais à condition d’être assez illuminés pour que, contemplant à visage découvert la gloire de Dieu, nous soyons transformés en cette même image, de clarté en clarté, comme par l’Esprit du Seigneur.

Mardi de la 32ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Josaphat



Ezéchiel 8,1-6+16-9,11

Voies et moyens de la sainteté

Vatican II

Lumen Gentium, chapitre 5, n° 42, p. 84s

        Dieu est charité et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. Sa charité, Dieu l’a répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. La charité, qui nous fait aimer Dieu par-dessus tout et le prochain à cause de lui, est par conséquent le don premier et le plus nécessaire. Mais, pour que la charité, comme un bon grain, croisse dans l’âme et fructifie, chaque fidèle doit s’ouvrir volontiers à la Parole de Dieu, et, avec l’aide de sa grâce, mettre en œuvre sa volonté, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie et aux actions liturgiques, s’appliquer avec persévérance à la prière, à l’abnégation de soi-même, au service actif de ses frères, et à l’exercice de toutes les vertus. La charité en effet étant le lien de la perfection et la plénitude de la Loi, dirige tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme, et les conduit à leur fin. C’est donc la charité envers Dieu et envers le prochain qui marque le véritable disciple du Christ.

       Jésus, le Fils de Dieu, ayant manifesté sa charité en donnant sa vie pour nous, personne ne peut aimer davantage qu’en donnant sa vie pour lui et pour ses frères. A rendre ce témoignage suprême d’amour devant tous, et surtout devant les persécuteurs, quelques-uns parmi les chrétiens ont été appelés depuis la première heure, d’autres y seront sans cesse appelés. C’est pourquoi le martyre dans lequel le disciple est assimilé à son Maître, acceptant librement la mort pour le salut du monde, et dans lequel il devient semblable à lui dans l’effusion de son sang, est considéré par l’Eglise comme une grâce éminente, et la preuve suprême de la charité. Que, si cela n’est donné qu’à un petit nombre, tous cependant doivent être prêts à confesser le Christ devant les hommes et à le suivre sur le chemin de la croix, au milieu des persécutions qui ne manquent jamais à l’Eglise.

3° lecture Fête de saint Martin



Matthieu 25, 31-40

Le jugement divin

Saint Jean Chrysostome

Homélie 79, OC 13, p. 95s

 

Il séparera les hommes les uns des autres, comme un berger sépare ses brebis. Dans ce monde, la séparation n’existe pas, tous sont mêlés ; mais alors se fera la séparation la plus rigoureuse, et déjà les hommes seront distingués par la place même qu’ils occuperont ; les noms par lesquels ils les désignent ensuite nous disent la différence de leurs mœurs, puisqu’ils les appellent les uns des boucs, les autres des brebis. La premier de ces noms caractérise la stérilité, puisque les boucs ne donnent aucune espèce de bénéfice ; tandis que le second est un gage de fécondité, puisque les brebis donnent la laine, le lait, les agneaux, toutes choses qu’elles seules peuvent fournir. Observons que les animaux présentent cette différence en vertu de leur nature même ; tandis que chez les hommes, c’est un effet de la volonté : d’où vient que ceux-là reçoivent le châtiment, et ceux-ci la couronne ? Du reste, la sentence n’est portée contre les méchants que lorsque leur cause est contradictoirement instruite ; aussi le Juge énonce-t-il leurs griefs après leur avoir assigné leur place. Ils répondent certes avec modestie, mais cela ne leur sert désormais de rien. Et c’est juste puisqu’ils ont précisément laissé de côté ce à quoi le Sauveur ajoutait le plus d’importance. Les prophètes eux-mêmes le disent partout et toujours : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. Le législateur des Hébreux pousse au même but par tous les moyens, par les paroles et par les Actes. C’est une leçon qui nous est donnée par la nature.

Or, les accusés l’ont méconnue, non sur un point ou deux, mais dans tout son ensemble. Ils n’ont pas nourri le Christ quand il avait faim, ils ne l’ont pas couvert quand il était nu, ils ne l’ont pas même visité quand il était malade, négligeant envers lui le devoir le plus facile. Et voyez quel ménagement il met dans les ordres qu’il donne ! Il ne dit pas : j’étais en prison, et vous m’avez délivré, j’étais infirme et vous m’avez relevé, mais il dit simplement : Vous m’avez visité, vous êtes venus à moi. Il n’exige même rien d’onéreux pour soulager sa faim, seulement l’aliment nécessaire à la vie qu’il implore. Toutes les fois que vous n’avez pas secouru l’un des plus petits de mes frères, c’est moi que vous n’avez pas secouru. Ceux qu’il honore du nom de frères, ce sont ceux que le monde méconnaît et dédaigne.

 

2° lecture Fête de saint Martin



Tite 1,7-11+2,7-8 ou Actes 20,17-36

Martin, moine et évêque

Luce Piétri

Histoire des saints et de la sainteté chrétienne, tome 3, p. 214s

        En 360, ayant appris qu’Hilaire revenait d’exil, Martin retourna à Poitiers. Avec l’accord de l’évêque, il put enfin satisfaire sa vocation longtemps contrariée ou déçue, en s’installant dans un ermitage à 8 kilomètres de la ville, à Ligugé. Des  disciples vinrent bientôt le rejoindre, formant ainsi sous sa direction la première communauté monastique attestée en Gaule. Martin, durant les quinze années qu’il vécut dans cette retraite approfondit sa connaissance de l’Ecriture et commença son œuvre d’apostolat dans les campagnes. C’est là qu’il accomplit ses deux premiers miracles, ressuscitant un catéchumène qui s’était joint à la petite communauté, puis un jeune esclave appartenant à la domesticité d’un domaine voisin : Celui que tous tenaient déjà pour saint fut aussi tenu pour un homme puissant et vraiment digne des Apôtres, écrit saint Grégoire de Tours.

        Son renom parvint ainsi dans la ville de Tours où l’évêque Litorius venait de mourir ; les Tourangeaux souhaitèrent lui donner Martin pour successeur. Sachant son goût pour la solitude, ils usèrent de la ruse et de la force pour parvenir à leurs fins : l’un d’entre eux vint solliciter Martin de venir au chevet de sa femme, malade, disait-il. L’ascète, compatissant, le suivit et, sur la route, il fut enlevé par une troupe apostée qui le conduisit sous bonne garde à Tours. Là, les électeurs réunis, fidèles et clercs, l’acclamèrent évêque sans se soucier d’obtenir son consentement.

        Les prélats du voisinage, convoqués pour lui conférer l’ordination épiscopale, notamment l’évêque d’Angers, Défensor, montraient une certaine réticence à s’adjoindre pour collègue un homme à la mine pitoyable, aux vêtements sales, aux cheveux en désordre. Cependant, la cérémonie avait commencée, et, en l’absence du lecteur, empêché par la foule de parvenir jusqu’à l’autel, un des assistants se saisit du psautier et lut le premier verset venu : Par la bouche des enfants et des nourrissons, tu t’es rendu gloire à cause de tes ennemis, pour détruire l’ennemi et le défenseur, confondant par ce psaume l’adversaire le plus acharné de Martin. A partir de ce moment, en 371, Martin remplit les fonctions épiscopales, plein d’autorité et de prestige, sans déserter pour autant sa profession, ni ses vertus monastiques. Il s’installa un ermitage dans la solitude, à 3 kilomètres hors les murs de la ville. Dans cette retraite où il est bientôt rejoint par de nombreux disciples, s’établit un monastère, Marmoutier, dont il est l’Abbé, et où il impose à lui-même comme aux frères une règle de pauvreté, de mortifications et de prière. C’est là que s’épanouit sa vie spirituelle, dans l’humble cabane de bois qui lui sert de cellule, et où, repoussant les apparitions diaboliques, il converse familièrement avec les saints et les anges.

3° lecture Dimanche de la 32ème semaine du Temps Ordinaire – C



Luc 20, 27-38

La résurrection des morts Paul VI

Origène

 Homélie sur saint Luc, Homélie 39, SC 87, p. 451s

        Pour prendre en défaut l’enseignement du Sauveur, les Sadducéens soulevèrent le problème d’une femme qui avait eu sept maris : A la résurrection des morts, qui des sept frères doit la réclamer pour femme ?

        Le Sauveur leur répond en disant : Vous êtes dans l’erreur, vous ne comprenez ni les Ecritures, ni la puissance de Dieu. Car, à la résurrection des morts, on ne prendra ni femme, ni mari, car on sera comme les anges dans les cieux. Ceux qui seront comme des anges seront certainement des anges. Et il faut savoir que les anges ne se marient pas. Ici-bas, à cause de la mort, il faut des mariages et des enfants, mais où règne l’immortalité, point n’est besoin de mariage, ni de fils. Je vais me poser une question  bien ennuyeuse et qui n’est pas résolue facilement au dire de ceux qui, très versés dans l’étude de l’Ecriture, méditent jour et nuit la Loi du Seigneur. Où, disent-ils, est-il écrit : On ne prendra ni femme, ni mari ? En repassant en mémoire et en pensée, aussi bien l’Ancient que le Nouveau Testament, je ne me souviens pas y avoir trouvé quelque part un passage semblable.

        Toute l’erreur des Sadducéens vient de ce qu’ils ne comprennent pas les textes prophétiques. Quand ils lisent dans Isaïe : Mes élus n’auront pas d’enfants destinés à leur perte, et dans le Deutéronome, au chapitre des bénédictions : Bénis soient les fils de ton sein, ils pensent que cela s’accomplira lors de la résurrection, sans comprendre qu’il s’agit de prophétie concernant des bénédictions spirituelles. Paul, qui savait que toutes les bénédictions citées dans la Loi ne sont pas à entendre au sens charnel, les interprétait d’une façon spirituelle ; aussi dit-il aux Ephésiens : Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles. Toutes ces bénédictions seront donc des bénédictions spirituelles quand, à la résurrection des morts, nous obtiendrons la béatitude éternelle. C’est donc aux Sadducéens, une fraction du peuple juif, qui comprenaient tout selon le sens charnel, que d’adresse le Sauveur, quand il dit : Vous ne comprenez ni les Ecritures, ni la puissance de Dieu. Voilà ce qu’il faut dire, en peu de mots, sur la question que les Sadducéens posèrent au Seigneur.

2° lecture Dimanche de la 32ème semaine du Temps Ordinaire



Ezéchiel 2,8 – 3,11+16-21

Vision du livre Paul VI

Père Paul Auvray

La vocation d’Ezéchiel, BVC 43, p. 23s

Lors de la vocation d’Isaïe, un séraphin va chercher sur l’autel une braise, et, s’approchant du prophète, lui touche les lèvres : le contact du feu les purifie. Pour Jérémie, une main apparaît, touche la bouche du prophète : le message divin est mis dans sa bouche ; désormais, la parole du prophète sera la parole même de Dieu, mais reçue encore de façon extérieure.

        Avec Ezéchiel, il y a progrès : depuis l’époque d’Isaïe, Israël est entré plus avant dans une époque de civilisation écrite : la doctrine se présente maintenant tout naturellement sous la forme d’un livre.

        Isaïe sait bien que le prophète est le messager du Seigneur, que ses paroles sont des oracles de Dieu, mais cela ne découle pas de sa vision de vocation. : le Seigneur se contente de lui purifier les lèvres. Jérémie, lui, reçoit vraiment les paroles que Dieu met sur sa bouche. Ezéchiel se nourrit des paroles divines, il les assimile, donc il les transforme en sa propre substance : ce qu’il dira sera vraiment parole de Dieu, tout en demeurant parole du prophète. Par ce symbolisme étrange se trouve déjà exprimé, de façon frappante, le mystère de la collaboration, dans l’expression prophétique, de Dieu et de l’homme.

        Les détails de la vision nous donnent plusieurs précisions sur la parole de Dieu donnée à Ezéchiel. Le rouleau du livre qui est présenté au prophète est écrit au recto et au verso, ce qui, d’après le contexte et les données archéologiques, apparaît comme une anomalie : c’est l’expression de la densité, de la richesse de la parole de Dieu. Et le prophète peut en lire le contenu, ou du moins le titre qui lui indique : lamentations, gémissements, plainte. Uniquement des prophéties de malheur, ce qui correspond à la première partie du livre d’Ezéchiel. Comme pour Jérémie, avant de bâtir et de planter, il faut d’abord arracher et renverser, exterminer et démolir. La tâche première des anciens prophètes est toujours une tâche austère.

        Enfin, sur l’ordre de Dieu, réitéré avec insistance (littéralement : que ton ventre mange et que tu emplisses tes entrailles), Ezéchiel dévore le volume, et constate un résultat inattendu : ce rouleau, plein de révélations amères, est cependant, pour le prophète, doux comme du miel. Mystère de l’obéissance, bonté du Seigneur qui, tout en chargeant le prophète de messages pénibles, lui réserve cependant des consolations immédiates ! Le goût du miel, c’est la saveur véritable de la parole de Dieu, même lorsqu’elle paraît sévère. Dans l’Apocalypse, saint Jean emprunte à Ezéchiel cette image, mais en la transformant puisqu’il semble opposer au goût immédiat, agréable, du livre sa saveur profonde et durable toute d’amertume.

3° lecture Fête de la Dédicace de la Basilique du Latran



Jean 2, 13-22

« Le zèle de ta maison me dévore » Paul VI

Saint John-Henry Newman

Sermons paroissiaux, tome 2 : L’Année chrétienne, p. 323s

        Le zèle est l’une des qualités fondamentales du chrétien, inhérente à la notion de l’homme religieux. Un homme ne saurait prétendre être sincère en religion, s’il n’exaltait son Dieu et Sauveur ; si son cœur n’est pas à ce point rempli de la sainteté et de la gloire de ce Dieu merveilleux, qu’il soit constamment enclin à la louange et à l’adoration joyeuse ; au point d’être peiné et chagriné par tout affront qui serait causé à son nom, et d’avoir un seul désir, celui de le venger. En un mot, posséder un tempérament religieux, c’est avant tout faire preuve d’une indéfectible loyauté envers Dieu, grâce à son expérience des choses de la vie courante. Etre loyal, ce n’est pas seulement obéir, mais c’est obéir avec promptitude, avec un sens énergique du devoir, une dévotion désintéressée, sans s’inquiéter des conséquences. Tel est le zèle, avec en outre ce sentiment de respect qui est dû par toute créature pécheresse à son Créateur, et à lui seul. C’est le principe fondamental de tout service religieux que d’aimer Dieu plus que toutes choses ; or, le zèle, c’est de l’aimer plus que tous les hommes, plus que ses amis les plus chers et les plus intimes.

        De plus, le zèle est la consécration des ministres de Dieu pour leur office. C’est ainsi que, c’est par deux actes de zèle que notre Sauveur, le grand prêtre unique, l’archétype de tous les prêtres qui sont venus avant lui, et le chef suprême de tous ceux qui viennent après lui, accomplit la première manifestation de sa nature et de son ministère. C’est à l’âge de douze ans qu’il nous donna la preuve solennelle de la sainteté de sa mission, lorsqu’il resta dans le Temple tandis que son père et sa mère le cherchait dans l’angoisse ; et lorsqu’ils l’eurent trouvé, il leur répondit : Ne savez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? Une autre fois, tout au début de son ministère public, il entra dans le Temple, et il fit un fouet de cordes, il chassa du Temple tous les marchands avec les brebis et les bœufs ; il répandit aussi la monnaie des changeurs et renversa leurs tables, qui le profanait, accomplissant ainsi la prophétie : Le zèle pour ta maison me dévore.

2° lecture Fête de la Dédicace de la Basilique du Latran



Actes 28, 16-31 ou 1 Pierre 2, 1-17 ou Apocalypse 21, 9-27

Construire l’Eglise Paul VI

Benoît XVI

Angélus du 9 novembre 2008, w2.vatican.va/fr/angelus/2008

Le temple de pierres est le symbole de l’Eglise vivante, de la communauté chrétienne que, déjà, les apôtres Pierre et Paul considéraient, dans leurs lettres, comme un édifice spirituel, construit par Dieu avec les pierres vivantes que sont les chrétiens, sur le fondement unique qu’est Jésus-Christ, comparé à son tour à une pierre angulaire. Vous êtes, frères, le temple de Dieu : le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. La beauté et l’harmonie des églises, destinées à rendre louange à Dieu, nous invitent nous aussi, limités et pécheurs que nous sommes, à nous convertir pour former une construction bien ordonnée, en étroite communion avec Jésus qui est le vrai Saint des Saints. Cela culmine dans la célébration eucharistique dans laquelle l’Ecclésia, c’est-à-dire la communion des baptisés, se trouve unie pour écouter la parole de Dieu et pour se nourrir du Corps et du Sang du Christ. Autour de cette double table, l’Eglise de pierres vivantes s’édifie dans la vérité et dans la charité, et elle est transformée intérieurement par l’Esprit-Saint : elle se transforme en ce qu’elle reçoit, et elle se conforme toujours davantage à son Seigneur Jésus-Christ. Elle-même, si elle vit dans une unité sincère et fraternelle, devient ainsi un sacrifice spirituel agréable à Dieu.

La fête d’aujourd’hui, la Dédicace de la basilique du Latran, appelée Mère et tête de toutes les Eglises de la Ville de Rome et du monde, concerna d’abord uniquement la ville de Rome ; par la suite, elle s’étendit à toutes les Eglises de rite romain. Ainsi, en honorant l’édifice sacré, on entend exprimer amour et vénération pour l’Eglise romaine qui, comme l’affirme saint Ignace d’Antioche, préside à la charité de toute la communion catholique. Cette fête célèbre aussi un mystère toujours actuel : Dieu veut édifier dans le monde un temple spirituel, une communauté qui l’adore en esprit et vérité. Mais cette fête nous rappelle aussi l’importance des édifices matériels, dans lesquels les communautés se rassemblent pour célébrer les louanges de Dieu. Chaque communauté a donc le devoir de garder avec soin ses édifices sacrés, qui constituent un précieux patrimoine religieux et historique.

Vendredi de la 31ème semaine du Temps Ordinaire



Jérémie 42,1-16 + 43,4-7

L’écoute de la Parole Paul VI

Ysabel de Andia

La Voie et le Voyageur, p. 527s

        Le peuple n’a pas écouté la voix de Dieu, aussi a-t-il été déporté en Egypte, vient de nous dire le prophète Jérémie.

        Dieu parle, l’homme doit écouter : Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est Un. Le juif pieux répète chaque jour le Shema Israël pour se mettre à l’écoute de son Dieu. Ecoutez !, crie les prophètes, écoutez au nom de Dieu : Tiens-toi à la porte du Temple, dis le Seigneur, proclames-y cette parole, et dis : Vous tous, écoutez la Parole du Seigneur.

        La formule : Ainsi parle le Seigneur Sabaoth, indique bien que Dieu parle à Israël par les prophètes, en premier lieu par Moïse. Ecoutez !, répète le Sage au nom de la connaissance de la Loi : Ecoute, mon fils, l’instruction de ton père, ne méprise pas l’enseignement de ta mère : c’est une couronne de grâce pour ta tête, des colliers pour ton cou. L’enseignement sapientiel est un collier, terme du Cantique des cantiques.

        Ecoutez-moi tous, dit Jésus qui s’oppose à la tradition de certains pharisiens qui, pour honorer des vœux, se permettent d’interpréter largement le commandement : Honore ton père et ta mère. Tenons-nous en au sens littéral : Jésus se présente comme le Maître de la Parole, et de son interprétation.

        Ecoutez !, reprend Jésus dans la parabole du semeur : Ecoutez, voici que le semeur est sorti pour semer, et c’est la Parole qu’il sème. Le Christ est à la fois le semeur et la semence, en tant qu’Envoyé et Verbe. Ceux qui écoutent sa parole la reçoivent selon ce qu’ils sont ou selon la manière où ils sont disposés a la recevoir : terrain broussailleux, rocheux, ou bonne terre ?

        Ecoutez-le !, dit le Père en parlant de son Fils : Celui-ci est mon Fils, mon Bien-Aimé. La voix céleste ordonne d’écouter Jésus comme le nouveau Moïse à qui Dieu parle face à face ; le Seigneur ton Dieu suscitera pour toi, du milieu de toi, parmi tes frères, un prophète comme moi que vous écouterez.

Face à la Parole de Dieu, l’attitude du serviteur est celle de l’écoute. Dieu appelle Samuel, et cette révélation consacre Samuel comme prophète. Samuel croyait que c’était Eli qui l’appelait ; celui-ci comprit que c’était Dieu qui l’appelait, aussi il avertit Samuel de se tenir prêt. Le Seigneur vint et se tint présent. Il appela comme les autres fois : Samuel ! Samuel ! Et Samuel répondit : Parle, Seigneur ton serviteur écoute.

Jeudi de la 31ème semaine du Temps Ordinaire



Jérémie 31, 15-22+27-34

La Nouvelle Alliance Paul VI

Saint Augustin

De l’Esprit et de la Lettre, n° 33-46

        Voici l’Alliance que je conclurai avec la maison d’Israël : j’imprimerai ma loi dans leurs cœurs, je la graverai dans leurs esprits. D’après le témoignage même de Dieu, considérez attentivement la différence qui existe entre les deux Alliances, l’ancienne et la nouvelle.

        Quelle est donc cette loi de Dieu, écrite par Dieu lui-même dans les cœurs, si ce n’est la présence même du Saint Esprit qui est le doigt de Dieu ? Par le fait même de sa présence en nous, la charité est répandue dans nos cœurs, elle qui est la plénitude de la loi et la fin du précepte.

        Alors que l’Ancien Testament abondait en promesses temporelles et terrestres, ce qui nous est promis maintenant, c’est le bien du cœur, le bien de l’esprit, le bien de l’âme, c’est-à-dire le bien spirituel. Tel est le sens de ces paroles : J’imprimerai ma loi dans leurs esprits, je la graverai dans leurs cœurs. C’était prédire clairement qu’on n’aurait plus à craindre une loi terrifiant extérieurement par des menaces, mais qu’on aimerait la justice même de la loi, présente au fond du cœur.

        Vient ensuite la récompense : Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Qu’y a-t-il de plus heureux que de vivre pour Dieu, de vivre de Dieu en qui est la source de vie, et dans la lumière de qui nous voyons la lumière. C’est de cette vie que le Seigneur nous dit : La vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.

        Jérémie, lui aussi, déclare que c’est en Dieu que se trouve la récompense, la fin, la plénitude de notre bonheur, en lui l’essentiel de la vie bienheureuse et éternelle. Ainsi la loi de la foi écrite dans les cœurs, et sa récompense qui est la contemplation de Dieu, sont l’héritage de l’Israël spirituel délivré de ce monde et elles appartiennent à la Nouvelle Alliance.

        On appartient à la Nouvelle Alliance par cela même qu’on a la loi de Dieu écrite, non pas sur des tables de pierre, mais dans le cœur, c’est-à-dire si on embrasse la justice de la loi de toute l’ardeur de son âme, au fond de laquelle la foi opère par la charité.