Texte du jour

Mardi de la 19ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de sainte Claire



Zacharie 9,1 – 10,2

Dernières consignes de sainte Claire

Sainte Claire

Testament, Ecrits, Vies, Documents, p. 185s

J’avertis et j’exhorte, dans le Seigneur Jésus-Christ, toutes mes sœurs, présentes et à venir, à toujours s’appliquer à suivre la voie de la sainte simplicité, de l’humilité, de la pauvreté et aussi l’honnêteté d’une sainte conduite, comme, dès le commencement de notre conversion, nous l’ont enseigné le Christ et notre très bienheureux père, le bienheureux François. Par suite, non par nos mérites, mais par la seule miséricorde et la grâce de Celui qui nous comble de largesses, le Pères des miséricordes lui-même répandit une odeur de bonne renommée, tant pour ceux qui sont loin que pour ceux qui sont près. Et vous aimant les uns les autres de la charité du Christ, l’amour que vous avez au-dedans, montrez-le au-dehors par des œuvres, afin que, provoquées par cet exemple, les sœurs croissent toujours dans l’amour de Dieu et la charité mutuelle.

Que les sœurs sujettes se rappellent que, pour Dieu, elles ont renoncé à leurs volontés propres. Je veux donc qu’elles obéissent à leur mère comme elles l’ont promis au Seigneur de leur volonté spontanée, afin que leur mère, voyant la charité, l’humilité et l’unité qu’elles ont entre elles, porte plus légèrement tout le fardeau qu’elle supporte du fait de son office, et que ce qui est pesant et amer, lui soit changé en douceur en raison de leur sainte conduite.

            Et parce que resserrés sont la voie et le sentier, et qu’étroite est la porte par laquelle on va et on entre dans la vie, peu nombreux sont aussi ceux qui marchent et entrent par elle. Et s’il y en a quelques-uns qui, pour un temps, y marchent, très peu sont ceux qui y persévèrent. Mais bienheureux ceux à qui il est donné d’y marcher et d’y persévérer jusqu’à la fin.

            Prenons donc garde, si nous sommes entrées dans la voie du Seigneur, de nullement nous en écarter en quelque temps, par notre faute et par ignorance, afin de ne pas faire injure à un si grand Seigneur, à la Vierge sa Mère, à saint François, à l’Eglise triomphante et aussi militante. Car il est écrit : Maudits ceux qui  s’écartent de tes commandements. Pour cette raison, je fléchis les genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus Christ, afin que, par l’intercession des mérites de la bienheureuse Vierge sainte Marie, sa Mère, de notre très bienheureux saint François, et de tous les saints, le Seigneur lui-même, qui a donné un bon commencement, donne le progrès et donne aussi la persévérance finale. Amen.

3° lecture Fête de saint Laurent



Jean 12, 24-26

« Si le grain ne tombe en terre… »

Dom Augustin Guillerand

Ecrits Spirituels, Tome II, p. 38s

          L’union à son Père, la manifestation de cette union, la manifestation du mouvement d’amour, du souffle divin, de l’Esprit qui l’anime, le soulève, et l’emporte à son Père, voilà la raison d’être et le caractère vrai de la Passion : c’est une ascension qui le reconduit, le fait remonter, le fait entrer chez lui. Il souffre pour que l’on voie cela, afin que le monde sache, pour que ce souffle se manifeste, soit connu, pour qu’il puisse se communiquer à ceux qui comprendront et verront. Aussi, quand il parle à l’avance de sa Passion, quand il l’annonce, il l’appelle toujours une exaltation, une ascension : De même, dit-il à Nicodème, que Moïse a élevé le serpent d’airain dans le désert, ainsi le Fils de l’homme doit être élevé, exalté, et tous ceux qui dans cette exaltation sauront voir la vie éternelle du Père et du Fils, participeront à cette union et entreront dans cette vie. Il reprend la même formule devant les Juifs à son dernier séjour à Jérusalem : Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. Et le même jour, dans une image peut-être encore plus expressive : Si le grain de froment ne tombe pas en terre, il reste inerte et stérile ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruits.

          La Passion et la mort ne sont que des réalités passagères, superficielles ; on pourrait presque dire des apparences : la réalité profonde, c’est la vie qui se renouvelle, la plante nouvelle qui naît, c’est son ascension féconde dans l’air radieux qui est sa patrie, c’est-à-dire le lieu paternel. Et pourquoi cette fécondité et cette vie qui se renouvelle ?

          Parce qu’en tombant dans le sol, la plus petite graine rentre en contact avec les éléments nourriciers dont elle est formée ; le sol où elle tombe est sa patrie. Remarquez le mot : il veut dire le lieu paternel, le sein du Père. La passion et la mort, c’est le retour en ce sein. Ce qui tombe et meurt n’était qu’une écorce, une enveloppe, une protection pour le temps de formation et de croissance. La formation achevée, l’enveloppe doit disparaître, éclater, livrer passage à la vie ; c’est une pierre tombale, l’Esprit la soulève.

2° lecture Fête de saint Laurent



Actes 6,1-6 + 8,1-8

Quelle est la source de leur constance ?

Saint Bernard

Sermons sur le Cantique, sermon 61, 7-8, SC 472, p. 257s

          Si le prophète nous dit que la colombe se tient dans les trous du rocher, c’est qu’elle se tient dans les blessures du Christ avec toute sa ferveur et y demeure par une méditation  continuelle. De là vient au martyr son endurance, de là sa grande confiance dans le Très-Haut. Le martyr n’a pas à craindre de lever son visage exsangue et meurtri vers celui dont les meurtrissures l’ont guéri. Qu’aurait-il à craindre puisque le Seigneur même lui dit : Montre-moi ton visage ?

          Oui, tandis qu’il contemplera les blessures du Seigneur, le martyr ne sentira pas les siennes. Il se tient debout, exultant et triomphant, bien que tout son corps soit déchiré ; tandis que le fer lui ouvre les flancs, il regarde avec courage, et même avec allégresse le sang sacré jaillir de sa chair. Où est alors l’âme du martyr ? Sans aucun doute elle est en sureté ; comme la colombe, elle est dans le rocher, elle est dans les entrailles de Jésus, car ses blessures s’ouvrent toutes grandes pour la laisser entrer. Si elle était dans ses propres entrailles, elle sentirait certes le fer qui la pénètre, elle ne supporterait pas la douleur, elle fléchirait et renierait sa foi ; mais puisqu’elle demeure dans le rocher, le rocher qui est le Christ, pourquoi s’étonner si elle a pris la dureté du rocher ?

Ce n’est pas étonnant non plus que, exilée de son corps, l’âme ne sente pas les douleurs du corps. Ce n’est pas un effet de l’engourdissement, mais de l’amour. Les sens sont maîtrisés, non pas perdus. La douleur n’est pas absente, mais elle est dédaignée. C’est du rocher, du Christ, que vient la fermeté du martyr ; c’est de là qu’il tire la force de boire le calice du Seigneur.

Qu’il est glorieux, ce calice enivrant ! Glorieux, dis-je, et agréable aussi bien pour le chef qui regarde que pour le soldat qui triomphe. Car c’est la joie du Seigneur que notre fermeté. Comment ne se réjouirait-il pas à la voix d’une si courageuse confession de foi ? Il la demande même avec désir, en disant : Que ta voix résonne à mes oreilles. Il ne tardera pas à lui rendre la pareille selon sa promesse : Celui qui se sera déclaré pour lui devant les hommes, il se déclarera pour lui devant son Père.

3° lecture Dimanche de la 19ème semaine du Temps Ordinaire – A



Matthieu 14, 22-33

« C’est moi, n’ayez pas peur ! »

Origène

Commentaire sur l’évangile de Matthieu, SC 162, p. 297s

          Si un jour, nous sommes aux prises avec des tentations inévitables, souvenons-nous que Jésus nous a obligés à nous embarquer et qu’il veut que nous le précédions sur l’autre rive. Car il est impossible, pour qui n’a pas supporté l’épreuve des vagues et du vent contraire, de parvenir sur ce rivage-là. Aussi, lorsque nous nous verrons entourés par des difficultés multiples et pénibles, fatigués de naviguer au milieu d’elles avec la pauvreté de nos moyens, imaginons que notre barque est alors au milieu de la mer, secouée par les vagues qui voudraient nous voir faire naufrage dans la foi ou en quelque autre vertu. Et si nous voyons le souffle du mauvais s’acharner contre nous, songeons qu’alors le vent nous est contraire.

            Quand donc, au milieu de ces difficultés, nous aurons tenu bon durant les longues heures de la nuit obscure qui règne dans les moments de tentation, quand nous aurons lutté de notre mieux en prenant garde afin d’éviter le naufrage de la foi, soyons sûrs que quand la nuit sera avancée et qu’approchera le jour, le Fils de Dieu viendra près de nous, marchant sur les flots pour nous rendre la mer bienveillante.

            Lorsque nous verrons le Verbe apparaître, nous serons saisis d’effroi jusqu’au moment où nous comprendrons clairement que c’est le Sauveur qui vient à nous. Croyant encore voir un fantôme, remplis de crainte, nous crierons, mais lui nous dira : Ayez confiance, c’est moi, n’ayez pas peur !

            A ces mots rassurants, peut-être trouvera-t-on parmi nous, animé d’une plus grande ardeur, un Pierre, en marche vers la perfection, sans y être encore parvenu, qui descendra de la barque, sachant qu’il a échappé à l’épreuve qui le secouait. Son désir d’aller au-devant de Jésus le fera tout d’abord marcher sur les eaux, mais sa foi étant encore insuffisante, lui-même encore dans le doute, il remarquera la force du vent, il prendra peur et commencera à s’enfoncer dans les eaux. Pourtant, il échappera à ce malheur, car il appellera Jésus à grands cris : Seigneur, sauve-moi ! A peine, cet autre Pierre aura-t-il fini de pousser ce cri que le Verbe étendra sa main, lui portera secours et le saisira au moment où il commencera à couler, lui reprochant son peu de foi et ses doutes.

            Là-dessus, Jésus et Pierre remonteront dans la barque, le vent se clamera, et les passagers, comprenant à quels dangers ils ont échappé, adoreront Jésus, disant : Vraiment, tu es le Fils de Dieu.

2° lecture Dimanche de la 19ème semaine du Temps Ordinaire



Jonas 1,1 – 2,1+11

Jonas se lève…

Carla A. Keller

  1. Jacob, C.A. Keller, S. Amsler, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, p. 270s

          La Parole ayant trouvé Jonas en l’envoyant ailleurs, Jonas ne saurait rester tranquille. Il doit partir, mais s’il part effectivement, ce n’est que pour s’enfuir. Il tente l’impossible : se débarrasser de la Parole, se débarrasser de Dieu lui-même. Les motifs de cette fuite, nous ne les apprendrons que beaucoup plus tard. Le narrateur nous présente un homme taciturne, un homme qui craint le dialogue. Jérémie, lui, avait protesté, Moïse, Gédéon, voire Elisée avaient discuté avec Dieu, avec l’ange qui les envoyait. Quant à Jonas, il ne dit rien, il s’en va en hâte sans ouvrir la bouche. Il a peur des aléas du ministère prophétique. Prophète, il sera obligé de parler, on lui posera des questions, il devra s’expliquer. Par-dessus tout, il sait qu’il risquera d’être désavoué par son Maître qui pourrait revenir sur sa décision de punir Ninive. Il ne veut pas être la risée des gens de Ninive comme Jérémie a été celle de ses contemporains. Jonas n’a pas le contact facile, et il déteste de s’exposer inutilement. Si sa fuite est un acte de bravoure, c’est surtout le geste d’un désespéré. Le ministère du prophète est toujours un calvaire, qu’on pense à Elie persécuté par Jézabel, à Michée incarcéré par Achab, à Amos chassé de Béthel, à Osée obligé d’épouser des femmes de mauvaise vie, à Jérémie maltraité pendant toute sa vie, à d’autres encore ; Jonas connaît leur histoire, et il ne se sent pas la force d’affronter des épreuves semblables.

            Il s’enfuit. S’il désire échapper à l’emprise de la Parole, il doit aller très loin, loin de la présence de Dieu, là où le Dieu des Juifs et sa Parole n’ont jamais encore manifesté leur pouvoir. Or, la Palestine est l’héritage de Dieu : Jonas quittera ce pays. L’Egypte, la Mésopotamie, Ninive n’entrent pas en ligne de compte : Dieu y a maintes fois démontré sa souveraineté. Il ne lui reste que Tarsis, localité mystérieuse et lointaine qu’il n’est plus possible d’identifier, où le bras de Dieu ne s’est jamais encore révélé. Jonas descend à Japho, le port le plus proche de Jérusalem. Le choix de cette voie de sortie semble indiquer que la vocation a eu lieu à Jérusalem. Au début, tout va bien. Jonas découvre un bateau prenant la haute mer, capable s’assurer la liaison entre le Syrie et Tarsis. Il l’affrète sans sourciller : cet homme dispose de ressources matérielles qui le rendent indépendant, indépendant même de la Parole de Dieu. Il s’embarque, non en réfugié ou en fugitif, mais en grand seigneur. Entouré de ses hommes et protégé par eux, il se met à traverser l’océan qui le sépare du pays de la liberté, loin de la présence de Dieu.

Samedi de la 18ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Dominique



Malachie 3, 1-21

Portrait de saint Dominique par des témoins de sa vie et de son œuvre

Père Jean-René Bouchet

Lectionnaire Dominicain pour les dimanches et fêtes, p. 465s

          Frère Dominique parlait peu, à moins que ce ne fût avec Dieu, pour prier, ou pour parler de Dieu. Il engageait les frères à faire de même. Devant les hommes, le témoin l’a toujours vu joyeux, mais, dans ses oraisons, il pleurait fréquemment. Le frère le sait, car il l’a vu et entendu pleurer.

          C’était pour frère Dominique une habitude très courante de passer la nuit en prière. La porte close, il priait son Père. Au cours et à la fin de ses oraisons, il avait accoutumé de proférer des cris et des paroles dans le gémissement de son cœur ; il ne pouvait se contenir, et ces cris, sortant avec impétuosité, s’entendaient nettement d’en haut. Une de ses demandes fréquentes et singulières à Dieu était qu’il lui donnât une charité véritable et efficace pour procurer et cultiver le salut des hommes : car il pensait qu’il ne serait jamais vraiment membre du Christ que le jour où il pourrait se donner tout entier, avec toutes ses forces, à gagner des âmes, comme le Seigneur Jésus, Sauveur de tous les hommes, se consacra tout entier à notre salut.

          Frère Dominique était plein de compassion pour le prochain et désirait très ardemment son salut. Il prêchait lui-même fréquemment et, par tous les moyens en son pouvoir, il exhortait les frères à prêcher et les envoyait en prédication. Il les avertissait alors et les conjurait d’être pleins de sollicitude pour le salut des âmes. Très confiant en Dieu, il envoyait prêcher même les moins habiles en leur disant : « Allez avec assurance, parce que le Seigneur vous donnera le don de la parole divine. Il sera avec vous et rien ne vous manquera ». Ils s’en allaient et il leur arrivait comme il leur avait dit.

          Il désirait le salut de toutes les âmes, aussi bien des Sarrasins que des chrétiens et spécialement des Cumans et autres peuples païens. Le témoin n’a jamais vu personne qui eût plus de zèle pour les âmes. Il aimait beaucoup la pauvreté et il s’appliquait avec un grand zèle à la faire aimer de ses frères. Il était joyeux, affable, patient, miséricordieux, bienveillant et consolateur de ses frères.

Vendredi de la 18ème semaine du Temps Ordinaire



Malachie 1,1-14 +2,13-16

Le message du prophète Malachie

René vuilleumier

Agée, Zacharie, Malachie, p. 255s

          Malachie, prophète mineur, est particulièrement intéressé par les questions d’ordre rituel, et s’en occupe très fortement. Le Temple reconstruit est au centre de son message ; le ministère du prêtre est reconnu dans toute sa valeur ; Malachie n’en rejette que les infidélités. Un soin particulier est voué à l’offrande des sacrifices et à la remise régulière et scrupuleuse de la dîme. Malachie est au courant des rites de malédiction, de deuil et de lamentations, mais aussi des cérémonies de bénédiction. Incontestablement, le culte occupe une place importante dans ce livre

            Cela suffit-il pour qualifier cette prophétie de décadente, comme certains le disent ? Ce serait le cas si Malachie attachait une importance au culte à l’exclusion de l’existence quotidienne et normale de son peuple : il n’en est rien. Comme ses prédécesseurs, il s’attaque également à des manquements d’ordre social, au relâchement dans les affaires conjugales, à l’idolâtrie. Vie cultuelle et vie morale sont intimement liées. Le relâchement dans l’observance des exigences cultuelles a des répercussions défavorables sur la vie communautaires du peuple, et le manque de charité et d’amour dans l’existence quotidienne ne peut qu’entraîner une lassitude néfaste dans la relation cultuelle avec Dieu.

            Malachie est-il donc réellement loin des grands prophètes du passé ? Comme eux, il s’appuie sur les antiques traditions de son peuple, ainsi la tradition de Jacob et d’Esaü. Pour être moins explicite qu’ailleurs, le rappel de l’Exode, mémorial mosaïque, n’est pas totalement absent grâce aux passages sur Lévi, aïeul de Moïse, et à une réminiscence du Décalogue. La tradition jérusalémite se retrouve dans l’évocation centrale du Temple. L’alliance de Dieu avec son peuple est fortement soulignée. Son prolongement pratique est l’obéissance de ce peuple aux exigences du droit ; la désobéissance peut compromettre cette alliance, mais Dieu reste le maître souverain et fidèle.

            Cette fidélité de Dieu engendre l’espérance. Certes Dieu ne laissera pas la désobéissance impunie. Un jugement viendra, terrible. Les puissances hostiles à Dieu seront anéanties. Pour les vrais fidèles, pour les craignantDieu véritables, une certitude est proclamée. Dans la masse du peuple, il y a ceux qui se disent craignantDieu, mais qui ne le sont que de nom. Dieu seul connaît les vrais craignantDieu. Il les fait marcher vers un accomplissement glorieux. Ils sont la semence de l’Israël nouveau qui sera réédifié. Ils peuvent s’appuyer sur une espérance sûre puisqu’elle vient de Dieu.

3° lecture Fête de la Transfiguration du Seigneur



Matthieu 17, 1-9

L’engourdissement des Apôtres

Elisée l’Arménien

Joie de la Transfiguration d’après les Pères d’Orient, p. 114s

          Lors de la Transfiguration, le Père dit d’en haut : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qui m’a plu de choisir. Ecoutez-le ! Les serviteurs terrestres étaient apparemment gardiens de leur maître. Or les trois apôtres tombèrent la face contre terre, saisis d’une grande crainte. La souveraineté céleste garde tous les êtres par sa puissance. NE vous fatiguez donc pas à planter des tentes ! Si vous avez trop chaud, on vous offre l’ombre de la nuée ; à l’ombre de cette nuée, vous trouverez de la fraîcheur Lorsque cette voix leur vint des cieux, ils regardèrent et virent Jésus seul. Alors ils comprirent qu’ils avaient été engourdis par la crainte. Si l’Ecriture, en Marc et Luc, les appelle engourdis, comment ont-ils reconnu Moïse et Elie ? Manifestement, ils étaient égarés, engourdis, mais non dans la vision ni la perception : ce qu’ils avaient vu était vrai, et ce qu’ils avaient entendu des oreilles l’était tout autant ; mais, parce que le moment était extrêmement impressionnant, la nature humaine n’a pas pu saisir la nature céleste. Aussi se fourvoyaient-ils çà et là, et personne ne pouvait leur en faire grief.

          Si, en effet, le grand Abraham a vu les puissances d’en haut totalement incarnées, il ne pouvait pas, heurté intérieurement, acquérir de certitude, et remuait çà et là son esprit. ils voyait trois personnages et ne songeait qu’à un seul, il ne songeait qu’à un seul et parlait avec trois ! des hommes apparaissaient, lui pensait à Dieu. Qui, du reste, parmi les natures terrestres, pourrait acquérir une certitude et comprendre cette grandeur infinie ? Non seulement l‘homme corporel, mais même les natures pures des cieux en sont incapables. Aussi est-ce à bon droit que l’Ecriture les appelle engourdis au spectacle de Celui par la puissance duquel les montagnes se fondent et les abîmes se dessèchent, et toutes les terres fertiles s’ébranlent, remuées depuis leur fondement.

2° lecture Fête de la Transfiguration du Seigneur



2 Corinthiens 3,7 – 4,6

Le resplendissement du soleil : le visage

Ysabel de Andia

Mystiques d’Orient et d’Occident, p. 124s

          La Transfiguration est avant tout une irradiation de la gloire à travers la chair avant d’être une illumination de la lettre par l’Esprit. C’est un mystère qui touche la chair du Verbe fait chair, car c’est dans la chair du Verbe que nous avons vu sa gloire, selon les paroles du Prologue de saint Jean. Certains inscrivent la transfiguration, absente de l’Evangile de Jean, au cœur du Prologue, comme la théophanie de la gloire du Verbe fait chair.

          Si la gloire du Verbe est la gloire qu’il avait comme Fils unique auprès du Père avant que le monde fut, elle est aussi la gloire dont le Père l’a glorifié à l’heure de la croix. Tout l’Evangile de Jean culmine dans cette élévation du Christ sur la croix qui est une exaltation en gloire où il attire à lui tous les hommes.

          Il y a une autre relation plus secrète entre la Transfiguration et Gethsémani que manifeste la présence des trois disciples à l’une et à l’autre scène chez les synoptiques.

          Jésus, qui s’est transfiguré devant eux sur une haute montagne, transpire des gouttes de sang au jardin de Gethsémani. Et son visage qui était plus resplendissant que le soleil est couvert de sueur de sang, comme les boucles du  Bien-Aimé du Cantique des Cantiques sont couvertes de gouttes de la nuit. C’est le même visage, la Très Sainte Face, qui est resplendissant comme le soleil au Thabor, et baigné de sueur de sang à Gethsémani. La Transfiguration est l’envers de l’agonie, et le soleil est inséparable du sang. Celui qui n’a pas vu ce visage glorieux et douloureux du Christ, n’a pas compris l’étroite relation entre la Transfiguration et Gethsémani, ne voit dans la Transfiguration qu’un jeu de lumière sur la surface du mystère, sans pénétrer dans la profondeur de la connaissance du Christ, vrai Dieu, lumière née de la lumière, et vrai homme, crucifié dont le cœur a été transpercé sur la croix.

          Et il en sortit du sang et de l’eau, la lumière et le sang.

Mercredi de la 18ème semaine du Temps Ordinaire



Joël 3,1 – 4,8

Le salut dans l’Eglise

Père P. Buis

Le don de l’Esprit-Saint et la prophétie de Joël, AS 52, 1965, p. 25s

           Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés. Cette phrase du prophète Joël est la seule qu’on trouve citée dans le Nouveau Testament en dehors du livre des Actes. Saint Paul en fait un élément important de son argumentation dans la lettre aux Romains : la foi au Christ, exprimée par l’invocation de son nom, est la cause du salut.

          Mais Joël insistait sur un autre aspect : seront sauvés ceux que Dieu appelle. Connu de saint Paul, ce thème ne figure pratiquement pas dans les Actes des Apôtres. Si Luc a cependant rapporté ce verset du prophète Joël, c’est par fidélité à ses sources : Pierre avait certainement cité et commenté ce texte le jour de la Pentecôte, car le thème de la vocation chrétienne tient une grande place dans sa première lettre.

          Le salut que promettait Joël n’avait qu’un sens matériel : être sauvé, c’était survivre au Jour de Yahvé. Dans les Actes, ce mot prend un sens beaucoup plus riche. Pour Luc, le salut consiste en trois faits : remise des péchés, entrée dans l’Eglise par le baptême, don de l’Esprit-Saint. Ces trois actes constituent la promesse offerte à tous ceux qui se convertissent au Christ. Le salut, c’est donc essentiellement l’entrée dans l’Eglise, les nouveaux convertis sont désignés par le terme de sauvés.

          Dans cette construction du salut, le rôle de l’Esprit-Saint est fondamental, Luc met spécialement en valeur sa relation au baptême. Les deux actes essentiels de l’initiation chrétienne se trouvent toujours étroitement associés, l’un devant compléter l’autre : normalement de don de l’Esprit-Saint suit le baptême, mais l’inverse est possible. Cette association intime, qui explique l’expression baptiser dans l’Esprit-Saint, apparaît d’autant plus remarquable qu’elle unit deux réalités appartenant à des ordres très différents : agrégation à l’Eglise visible et présence de l’Esprit-Saint.

          L’Esprit-Saint se trouve encore associé au salut par le fait que sa présence est le gage de toutes les promesses divines. Si la promesse essentielle, le don de l’Esprit, a été tenue, on peut être sûr des autres.

          Les thèmes qui chez Joël n’étaient que juxtaposés trouvent ainsi leur unité. Le don de l’Esprit introduit au salut dont il constitue l’élément essentiel, car le salut, c’est  l’entrée dans la communauté des sauvés, rassemblés par l’appel de Dieu.