Texte du jour

3° lecture Dimanche de la 2ème semaine du Temps Ordinaire – C



Jean 2, 1-11

« Ils n’ont plus de vin »

Isaac de l’Etoile

Sermon 10, SC 130, p. 223s

       C’est par la folie de la prédication et par la faiblesse de la souffrance qu’il a plu au Seigneur lui-même de sauver ceux qui croient, d’enivrer ainsi ceux qui boivent aux noces. Car la folie même et la faiblesse sont peut-être l’eau, cette eau qu’il change en vin, c’est-à-dire en sagesse et en force, car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse se révèle plus fort. Le monde, est-il dit, n’a pu connaître Dieu par la sagesse, car il n’avait pas de vin ; aussi a-t-il plu à Dieu d’employer la folie, c’est-à-dire d’abreuver les convives avec de l’eau, non sans l’avoir d’abord changée en vin, c’est-à-dire transformée en sagesse.

       Il est d’abord parlé et en toute vérité d’un vin excellent. C’est par comparaison avec lui et sa valeur que l’on critique le vin servi d’abord, c’est-à-dire la sagesse de ce siècle dont la sagesse de Dieu a fait une folie, cette sagesse des philosophes, eux qui se sont heurtés à la pierre qui est le Christ. Où est le sage, où est le scribe, où est le raisonneur de ce siècle ? Les sages ont été pris à leur propre astuce : ils se sont troublés, ils ont chancelé comme l’ivrogne, toute leur sagesse a été renversée, ils ont bu et le vin a manqué.

       Il est bon aussi pour toi, frère, il est utile que ton propre vin te manque ; que Jésus fasse d’abord remplir tes vases avec de l’eau et qu’ensuite il la change en vin. Ecoute le Docteur des nations, écoute un des serviteurs qui savent d’où vient et comment a été produit le bon vin. Si parmi vous, dit-il, quelqu’un paraît sage, c’est-à-dire a du vin, qu’il le vide soigneusement pour être rempli de vin excellent, c’est-à-dire qu’il devienne fou pour être sage, qu’il se vide de l’orgueil, car celui qui s’imagine savoir quelque chose ignore encore comment il faut savoir. Et même malheur à ceux qui sont sages à leurs propres yeux, car, se déclarant sages, ils sont devenus fous. Qu’ils se remplissent d’eau, c’est-à-dire qu’ils prennent conscience de leur sottise et de leur faiblesse. Qu’ainsi ils s’apparaissent à eux-mêmes tels qu’ils sont, pour devenir bien vite ce qu’ils ne sont pas encore. Qu’ils soient fous pour devenir sages. Qu’ils acceptent l’eau pour boire le vin, qu’ils renoncent à eux-mêmes, c’est-à-dire à leur propre sens et à leur propre volonté, pour progresser en sagesse et en charité par la vertu d’obéissance. Telle est selon nous la signification de cette parole : Vous leur ôterez l’esprit, ils tomberont et retournerons dans la poussière, car ici poussière a le même sens que l’eau, ici l’Esprit de Dieu a le même sens que le vin du Christ. Envoyez votre Esprit, est-il dit, comme si on disait : « Donnez votre vin, et ils seront créés en un homme nouveau, ils seront pour ainsi dire enivrés.

 

2° lecture Dimanche de la 2ème semaine du Temps Ordinaire



Romains 4, 1-25

Abraham crut, cela lui fut compté

Père Marie-Josèphe Lagrange

Epître aux Romains, p. 81s

       Il faut toujours répéter que le génie de saint Paul, les lumières qu’il reçut de Dieu ne parurent jamais mieux que dans l’accord qu’il perçut entre les deux Testaments. Si préoccupé qu’il soit de montrer l’originalité du christianisme, il ne le détache jamais complètement des anciens desseins de Dieu, ou plutôt les desseins de Dieu, toujours les mêmes, sont seulement aujourd’hui mieux connus et réalisés par l’œuvre de Jésus-Christ. Aussi a-t-il eu soin de maintenir la prérogative des Ecritures, et, en révélant la nouvelle justice, il a eu soin de dire qu’elle avait été attestée par la Loi et les Prophètes. C’était s’obliger à la retrouver dans l’Ecriture, non point à l’état de chose réalisée, mais à l’état de chose promise, obtenant déjà ses effets par la foi. Abraham, le père des croyants, était tout indiqué comme objet de cette démonstration. Il n’y est point traité directement de la manière dont Abraham reçut la justice, ni du changement qui dut se produire alors dans l’âme d’Abraham. L’essentiel est qu’Abraham, dont personne ne conteste qu’il eût été juste, a été reconnu par l’Ecriture à cause de sa foi. Il n’est donc pas arrivé à la justice par les œuvres. Sur quoi Paul, comparant la formule dont la Genèse se sert pour Abraham, et celle dont s’est servi David dans les psaumes à propos du pécheur pardonné, montre qu’elles excluent les œuvres et supposent que la justice vient de Dieu. Mais il ne s’arrête pas à a considération du comment qui n’est qu’en marge de son sujet principal. La justice d’Abraham, qui ne vient pas d’œuvres personnelles, serait-elle le fruit de la circoncision ? Non, car il la possédait avant l’institution de la circoncision, qui n’en est que le signe, de telle sorte qu’Abraham est le père des croyants, même des incirconcis, pourvu qu’ils participent à sa foi.

       Cette paternité universelle d’Abraham rappelle à Paul la promesse faite au père des croyants, et à sa postérité, d’être l’héritier du monde. Pour saint Paul, la promesse ne peut dépendre de la Loi, ni de l’observation de la Loi, sans cela elle n’aurait jamais été réalisée. La promesse est complètement gratuite ; elle est l’objet de la foi, par conséquent antérieure à la foi, mais la foi y adhère, et elle est par là utile à ceux qui croient. Paul s’étend alors avec admiration sur cette foi d’Abraham, si parfaite, qui amena l’expression satisfaite de l’Ecriture, que cela lui fut compté. Mais tandis qu’Abraham croyait en la promesse, nous croyons, nous, en Jésus livré pour nous.

 

Samedi de la 1ère semaine du Temps Ordinaire



Romains 3, 21-31

Vers la justification de l’homme croyant

Saint Augustin

Lettre aux Romains, OC 11, p. 3s

        Distinguons quatre degrés pour l’homme : avant la Loi, sous la Loi, sous la grâce, dans la paix. Avant la Loi, nous suivons la concupiscence de la chair ; sous la Loi, nous sommes entraînés par cette concupiscence ; sous la Loi, nous ne suivons pas  la concupiscence  et elle ne nous entraîne pas ; dans la paix, la concupiscence de la chair n’existe pas. Avant la Loi, donc, nous ne combattons pas, car non seulement nous convoitons et péchons, mais nous approuvons même le péché ; sous la Loi, nous combattons, mais nous sommes vaincus, car nous avouons que ce que nous faisons est mal, et nous ne voulons pas le faire, mais comme la grâce  n’est pas encore là, sauf exceptions pour les justes, les Juifs ou les païens, nous sommes vaincus. En ce degré, il nous est montré comment nous gisons, nous voulons nous relever, nous retombons, et nous sommes encore plus abattus. La Loi n’enlève pas le péché, car il n’est enlevé que par la grâce. Donc la Loi est bonne, puisqu’elle interdit ce qui doit être interdit et prescrit ce qui doit l’être ; mais quand quelqu’un croit pouvoir l’accomplir par ses propres forces, et non par la grâce de son Libérateur, cette présomption ne sert de rien.

       Donc, quand quelqu’un constate qu’il n’est pas capable de se relever lui-même, il doit implorer le secours du Libérateur : alors, la grâce vient pour pardonner les péchés passés et aider l’homme qui s’efforce de se relever, lui attribuer la charité de la justice, et lui enlever la crainte. Alors, même si certains désirs de la chair combattent contre notre esprit pour le conduire au péché pendant que nous sommes dans cette vie, l’esprit ne consent pas à ces désirs, parce qu’il est fixé dans la grâce et charité de Dieu. Il cesse de pécher, car c’est dans le consentement que nous péchons. Il y a donc des désirs auxquels il suffit de ne pas obéir pour ne pas laisser le péché régner en nous. Mais parce ces désirs naissent de la mortalité de la chair que nous tenons au péché du premier homme, ils ne finiront pas ; si ce n’est quand nous atteindrons ce changement merveilleux qui nous est promis à la résurrection des corps : alors la paix sera parfaite, rien ne nous résistera plus, parce que nous-mêmes ne résisterons plus à Dieu.

 

Vendredi de la 1ère semaine du Temps Ordinaire



Romains 3, 1-20

La grâce par la foi

Saint Jean Chrysostome

Homélies sur la lettre aux Romains, OC 15, p. 507s

        Paul fait le procès aux Juifs comme aux païens ; il est conséquent avec lui-même en parlant maintenant de la justice, de la justice qui vient par la foi. Du moment où la loi naturelle, ni d’ailleurs la loi écrite, n’a pas sauvé l’homme, du moment surtout où l’une et l’autre, par l’abus qu’on en a fait, avaient aggravé la situation et le châtiment de ceux qui les ont méconnues, il était nécessaire que le salut fût opéré par la grâce.

       Parle donc, Paul, montre-nous ce salut : il n’ose pas encore, se défiant du caractère impétueux des Juifs. Il en revient donc à les accuser, en s’appuyant sur l’autorité de David et d’Isaïe, le premier développant ses accusations, le second les résumant en peu de mots ; il veut par là donner un frein à ses auditeurs et les enchaîner en quelque sorte par les sentences des prophètes, afin de les obliger à l’entendre quand il leur découvre les vérités de la foi. Le prophète fait peser sur eux une triple accusation, en déclarant que tous commettent le mal, qu’ils n’y mêlent aucun bien, et que cette perversité pure est par eux pleinement consentie. Puis, pour qu’on ne dise pas que de tels reproches s’adressent à d’autres, il ajoute : Nous savons que tout ce que dit la Loi, elle le dit à ceux qui sont sous la Loi. Aussi commence-t-il par Isaïe dont l’intention ne peut pas être mise en doute, et fait-il ensuite comparaître David, de telle sorte que la connexité soit évidente.

       Et quel besoin aurait eu le prophète, semble-t-il dire ici, de parler aux autres quand il était envoyé pour prouver votre amendement ? La Loi n’avait été donnée qu’à vous seuls. Mais pour quelle raison Paul s’exprime-t-il ainsi : Tout ce qui est renfermé dans la Loi, au lieu de dire : Tout ce qui se trouve dans le prophète ? Parce que Paul a coutume de désigner l’Ancien Testament tout entier sous la Loi. N’a-t-il pas écrit ailleurs : N’avez-vous pas lu dans la Loi qu’Abraham eut deux fils ? Il donne de même aux psaumes la dénomination de Loi. Nous savons que tout ce que la Loi renferme s’adresse à ceux qui vivent sous la Loi. Il nous fait voir ensuite que ce langage n’est pas simplement une accusation ; il nous montre de plus dans la Loi une préparation à l’Evangile. Il existe un tel accord entre l’Ancien et le Nouveau Testament, que les accusations et les reproches avaient constamment pour objet d’ouvrir une large porte à l’établissement de la foi. Ce qui conduisait surtout les Juifs à leur perte, c’était leur orgueil ; c’est ce que dit Paul : Méconnaissant la justice de Dieu, et cherchant à faire prévaloir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu. Ce n’est que lorsqu’ils reconnaîtront leurs péchés, qu’ils pourront accourir avec ardeur à celui qui peut effacer leurs iniquités, et qu’ils recevront alors la grâce par la foi.

 

Jeudi de la 1ère semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Antoine



Romains 2, 17-29

Antoine le Grand, Théodidacte

Ysabel de Andia

Mystiques d’Orient et d’Occident, p. 41s

        Il y a une scène centrale dans la Vie d’Antoine où le destin d’Antoine se noue : c’est le moment de sa décision de partir au désert. Le texte se présente comme un récit de vocation.

       Délibération : Se voyant dérangé par la foule, empêché de vivre dans la retraite à son idée et à son gré, redoutant de s’enorgueillir des œuvres que le Seigneur faisait par lui ou de devenir l’objet de commentaires, Antoine délibéra et décida de partir pour la Haute Thébaïde où nul ne le connaissait. Muni de pains apportés par des frères, il s’assit au bord du fleuve, surveillant les bateaux qui passaient pour s’embarquer sur l’un d’eux.

       Dialogue : Alors il entendit une voix d’en-haut : « Où vas-tu, Antoine et pourquoi ? » Il écouta sans se troubler, habitué à être ainsi souvent interpellé, et répondit : « On ne me laisse pas vivre en ermite : je veux aller en Haute Thébaïde pour éviter les fréquents dérangements, d’autant plus qu’on me demande des choses qui dépassent mes pouvoirs ».

       La voix lui dit : « Irais-tu en Thébaïde, comme tu y penses ? Même parmi les bœufs, tu auras à subir plus grand et même double labeur. Si tu veux vraiment être ermite, va dans le désert intérieur ».      Antoine reprit : « Qui me montrera la route ? Je ne la connais pas ». Aussitôt la voix lui indiqua des Sarrasins prêts à ce voyage.

       Intermède : récit du voyage : Par une disposition de la Providence, ils l’acceptèrent de bon cœur. Trois jours et trois nuits, il fit route avec eux et parvint à une très haute montagne. Au pied, coulait une eau limpide, douce et fraîche. Plus loin, s’étendait un plateau où poussaient quelques palmiers sauvages.

       Reconnaissance de la vocation : comme par motion divine, Antoine aima cet endroit : il reconnaissait celui qu’au bord du fleuve la voix lui avait indiqué. D’abord fourni de pains par ses compagnons, il resta seul, absolument seul sur la montagne.

       Ce récit est pris dans une inclusion : « Dérangé par la foule,…il demeura seul », ce qui indique le sens du texte : le passage de la multitude à la solitude, rendu possible par l’intervention de la voix d’en-haut.

       Or il est dit qu’Antoine écouta sans se troubler, habitué à être ainsi souvent interpellé. Il est donc arrivé à un état de perfection où il n’est plus instruit par les hommes, mais directement par une voix divine. Il devient, comme le dit la Vie d’Antoine, théodidacte. Soulignons ce titre d’Antoine ; à quelle étape de sa vie apparaît-il ? Quels exercices ascétiques ou quelle initiation mystérique il suppose, mais surtout que signifie cet enseignement divin face à l’enseignement des lettres par les grecs, auxquels la Vie d’Antoine s’adresse tout autant qu’aux moines.

 

Mercredi de la 1ère semaine du Temps Ordinaire



Romains 2, 1-16

Dignité de la conscience morale

Vatican II

Gaudium et Spes, 16-17, p. 227s

       Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer, d’accomplir le bien et de d’éviter le mal, résonne, au moment opportun, dans l’intimité de son cœur. C’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. C’est d’une manière admirable que se découvre à la conscience cette loi qui s’accomplit dans l’amour de Dieu et du prochain. Par fidélité à la conscience, les chrétiens, unis aux autres hommes, doivent chercher ensemble la vérité et la solution juste de tant de problèmes moraux que soulèvent aussi bien la vie privée que la vie sociale. Plus la conscience droite l’emporte, plus les personnes et les groupes s’éloignent d’une décision aveugle et tendent à se conformer aux normes objectives de la moralité. Toutefois, il arrive souvent que la conscience s’égare, par suite d’une ignorance invincible, sans perdre pour autant sa dignité. Ce que l’on ne peut dire lorsque l’homme se soucie peu de rechercher le vrai et le bien, et lorsque l’habitude du péché rend peu à peu sa conscience presque aveugle.

       Mais c’est toujours librement que l’homme se tourne vers le bien. Cette liberté, nos contemporains l’estiment grandement, et ils la poursuivent avec ardeur. Et ils ont raison. Souvent, cependant, ils la chérissent d’une manière qui n’est pas droite. La vraie liberté est en l’homme un signe privilégié de l’image divine : Dieu a voulu laisser l’homme à son propre conseil pour qu’il puisse de lui-même chercher son Créateur, et, en adhérant librement à lui, s’achever ainsi dans une bienheureuse plénitude. La dignité de l’homme exige donc de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et  non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. L’homme parvient à cette dignité lorsque, se délivrant de toute servitude des passions, par le choix libre du bien, il marche vers sa destinée et prend soin de s’en procurer réellement les moyens. Ce n’est toutefois que par le secours de la grâce divine que la liberté humaine, blessée par le péché, peut s’ordonner à Dieu d’une manière effective et intégrale.

 

Mardi de la 1ère semaine du Temps Ordinaire – Mémoire des saints Maur et Placide



Romains 1, 18-32

La vie en communauté

Saint Basile

Dans la tradition basilienne, Les constitutions ascétiques 18, p. 175s

       La plupart des ascètes vivent dans des communautés où ils excellent mutuellement leurs esprits à la vertu, et, en rivalisant de belles actions, s’entraînent les uns les autres à progresser dans le bien. Ils doivent d’abord connaître l’importance et la grandeur du bien auquel ils ont part.

       Ils reviennent d’abord au bien conforme à la nature, en embrassant la vie communautaire dans une même société. J’appelle parfaite une communauté d’où se trouve bannie toute propriété, chassée toute opposition de sentiments, éloignée toute sorte de trouble, de rivalité, de querelles. Par contre, tout, absolument tout, y est commun : les âmes, les sentiments, tout ce qui nourrit les corps et les entretient ; Dieu leur est commun, commun le commerce de la piété, commune la recherche du salut, communs les combats, communs les labeurs, communes les couronnes ; la multitude n’est qu’une seule et l’individu n’est pas isolé, mais il se retrouve en tous les autres.

       En effet, qu’y a-t-il d’égal à ce genre de vie ? Qu’y a-t-il de plus heureux ? Qu’y a-t-il de plus parfait que ce lien mutuel et cette unité ? Qu’y a-t-il de plus aimable que cette fusion des âmes ? Des hommes issus de nations et de pays différents se sont rejoints dans une identité si parfaite que l’on voit une seule âme en plusieurs corps, et que plusieurs corps apparaissent comme les instruments d’une seule pensée. Celui dont le corps est faible a bien des frères pour compatir à sa faiblesse ; celui dont l’âme est malade et déprimée a bien des frères pour le soigner et le relever, tous ensemble. Ils sont en toute égalité serviteurs les uns des autres, maîtres les uns des autres ; dans une liberté pacifique, ils se soumettent parfaitement les uns aux autres ; cette soumission n’est pas l’effet de la contrainte, ni d’une fâcheuse nécessité qui causerait une profonde tristesse à ses prisonniers ; elle crée au contraire, dans la joie, le libre choix de la volonté : la charité soumet les uns aux autres des hommes libres et garde libre leur volonté.

 

Lundi de la 1ère semaine du Temps Ordinaire



Romains 1, 1-17

L’évangile de Dieu

Saint Irénée

Contre les hérésies, III, 1, 1, p. 276s

       A ses apôtres, le Maître de toutes choses donna « pouvoir d’Evangile », et par eux nous avons connu la vérité qu’enseigne le Fils de Dieu. C’est aussi à eux que le Seigneur a dit : Qui vous écoute m’écoute, qui vous méprise me méprise et méprise Celui qui m’a envoyé. Cet Evangile, d’abord ils l’on prêché ; ensuite seulement, suivant la volonté de Dieu, ils l’ont transmis sous forme écrite pour qu’il devienne le fondement et la colonne où s’appuie notre foi. Il n’est pas permis de prétendre qu’ils ont prêché avant qu’ils aient reçu la parfaite connaissance. Revêtus de la force d’en-haut par l’effusion de l’Esprit Saint, rempli du don de science au sujet de tout, ils eurent parfaite connaissance, tous ensemble et chacun pour son compte, de l’Evangile de Dieu.

       Ainsi Matthieu publia-t-il chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Evangile, à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l’Eglise. Après la mort de ces derniers, Marc le disciple et l’interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l’Evangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui-aussi l’Evangile tandis qu’il séjournait à Ephèse, en Asie.

       Et tous ceux-là nous ont transmis l’enseignement suivant : un seul Dieu, Créateur du ciel et de la terre, qui fut prêché par la Loi et les Prophètes, et un seul Christ, Fils de Dieu. Si donc quelqu’un leur refuse son assentiment, il méprise ceux qui ont eu part au Seigneur, méprise aussi le Seigneur lui-même, méprise enfin le Père ; il se condamne lui-même, parce qu’il résiste et s’oppose à son salut, ce que font précisément tous les hérétiques.

 

3° lecture Fête du Baptême du Seigneur



Luc 3, 15-22

Le baptême de Jésus

Saint Pierre Chrysologue

Sermon 160

       Aujourd’hui, le Christ est entré dans le fleuve du Jourdain pour y laver le péché du monde. Jean lui-même atteste que c’est pour cela qu’il est venu : Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde. Aujourd’hui le Seigneur se met sous la coupe de son serviteur : Dieu se soumet à l’homme, le Christ à Jean, puisqu’il vient pour recevoir le pardon au lieu de le donner. Aujourd’hui, comme dit le prophète, la voix de Dieu est au-dessus des eaux. La voix ? Quelle voix ? Tu es mon Fils, mon Bien-Aimé, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. Aujourd’hui, la voix de Dieu est au-dessus des eaux pour que la foi dans l’Engendré soit scellée par Dieu : le Père Lui-même témoigne de son Fils. Il sert Lui-même de répondant : Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, parce ce qu’il n’y en avait pas d’autre capable de rendre ce témoignage. Personne n’était en mesure de le faire comme le Père : personne ne connaissait le secret du Père. La génération divine ne connaît aucun témoin. La divinité n’a rien à apprendre de l’extérieur, comme le Fils le dit : Personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils.

       Aujourd’hui, l’Esprit-Saint plane sur les eaux sous la forme d’une colombe ; elle est semblable à la colombe de Noé qui avait annoncé que les eaux du déluge universel s’étaient retirées. Par ce signe, on apprend que le naufrage perpétuel du monde a pris fin. La colombe Saint-Esprit ne porte pas, comme l’autre colombe, un rameau de branche d’olivier, mais elle répand sur la tête du nouveau Père de l’humanité l’huile de la nouvelle onction, pour que se réalise ce que le Prophète avait prédit : C’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint, de préférence à tes compagnons, d’une huile d’allégresse. Aujourd’hui le Seigneur est au-dessus des eaux. On a raison de dire au-dessus des eaux plutôt que sous les eaux, parce que le Christ, dans son baptême, n’est pas soumis aux sacrements, mais leur commande. Aujourd’hui, le Dieu de Majesté a tonitrué : la voix du Père a retenti du haut du ciel. Et si le Père tonne du haut du ciel, si le Fils est dans les eaux du Jourdain, si le Saint-Esprit apparaît  corporellement dans le ciel, pourquoi le Jourdain qui a fui la présence de l’arche de la Loi ne redoute-t-il pas la présence de la Trinité ? Pourquoi ? Parce que celui qui rend témoignage en toute piété apprend à ne plus craindre. Ici la Trinité répand la totalité de sa grâce, dit tout l’amour qui existe entre les personnes. Au temps de Josué, l’arche a mis en déroute les éléments pour enrégimenter des serviteurs mus par la peur ; mais au milieu de ces prodiges, Jean resta là intrépide, impavide, parce qu’il ne peut pas craindre celui qui, comme en fait foi un témoignage angélique, n’est né que pour le seul amour de Dieu.

 

2° lecture Fête du Baptême du Seigneur



Isaïe 42,1-8 + 49,1-9

La descente de l’Esprit lors du baptême du Seigneur

Père Divo Barsotti

Vie mystique et mystère liturgique, p. 121s

       Lors du baptême de Jésus, la descente de l’Esprit-Saint sur le Christ est la promesse, plus encore qu’une libre promesse, le gage certain de l’effusion de ce même Esprit sur tous ceux qui, déjà virtuellement présents en lui dans son baptême, accepteront au cours des siècles sa Rédemption.

       Le baptême du Christ a son ultime achèvement dans le mystère de la Pentecôte.

       On peut dire plus : non seulement le Verbe assume la nature humaine en donnant à cette nature, qu’il assume en lui-même, la possession de l’Esprit-Saint, mais encore il l’assume par l’œuvre de l’Esprit-Saint. L’Incarnation est un acte d’amour. Le Père nous donne le Fils dans la spiration de l’Amour : Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique. Le Fils, d’autre part, ne nous assume qu’en nous donnant son Esprit, et c’est dans la possession de son Esprit que toute l’humanité devient un seul Christ, et chaque homme avec lui. C’est pourquoi la génération secrète du Verbe par le Père devient maintenant manifeste, visible ; et la voix du Père qui, dans un silence profond, indéfini, déclare : Tu es mon Fils : Aujourd’hui je t’ai engendré, se fait maintenant entendre du ciel sur le monde : Tu es mon Fils bien-aimé, tu as tout mon amour.

       La voix s’adresse à Jésus, le Père parle au Christ, non plus seulement au Verbe qui procède éternellement de lui, mais au Verbe fait chair, au Verbe qui dans son baptême assume l’humanité pécheresse. Dans l’instant où, par l’œuvre du Saint-Esprit, le Christ s’unit à l’Eglise et assume l’humanité, toute l’humanité est déjà purifiée, sanctifiée, déifiée dans le Verbe, toute l’humanité est devenue le Fils Unique de Dieu en qui le Père met tout son amour.

       Le Christ voit s’ouvrir et même se déchirer les cieux : ciel et terre ne sont plus qu’un unique royaume, parce que le Christ réunit en lui le ciel et la terre, et les contient. Incluse dans le Christ toute l’humanité est déjà sauvée : toute l’humanité et tout l’univers sont glorifiés en lui.

       En s’immergeant en lui, en se perdant en lui avec tout le poids de sa foi, de sa volonté, de son amour, chaque homme s’entendra adresser à lui-même la parole du Père : Tu es mon Fils, mon Bien-aimé, parce que le Père a déjà adressé cette parole à toute l’humanité que le Verbe a assumée en lui-même.