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Texte du jour

Vendredi de la 32ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de sainte Gertrude



1 Maccabées 2, 15-28+42-50+65,70

Unie avec le Christ

Sainte Gertrude

Révélations, p. 62, Le Héraut, p. 76

        Ô inaccessible hauteur de de la merveilleuse Toute-Puissance ! Ô profondeur effrayante de l’insondable richesse ! Ô largeur sans mesure de la Charité désirable ! Avec quelle abondance se sont enflés les torrents de nectar de votre Divinité, douce comme le miel ! Pour avoir débordé avec une telle exubérance sur moi, misérable ver de terre, qui ne fais que ramper sur le sable de mes défauts et de mes négligences, pour que je puisse, que je veuille même, dans l’exil de mon pèlerinage, essayer dans la mesure de ma faible capacité les préludes de ces délices si douce, de ces douceurs si délicieuses, qui de l’âme attachée à Dieu ne font plus qu’un même esprit avec lui. Et voilà que cette béatitude, ne se contenant plus, se répand sur moi, petit grain de poussière, et me donne la hardiesse de happer encore quelques gouttes de cette félicité, en la manière qui suit. C’était en cette nuit sacrée où la tendre rosée de votre divinité descendit des cieux sur le monde, en s’y résolvant en une pluie de douceur. Mon âme, telle qu’une toison exposée dans l’aire de la charité toute humide de cette rosée, voulut, en méditant, s’ingérer et tenter, dans un exercice de dévotion, de prêter son ministère à ce divin enfantement, où, tel que l’astre émet le rayon, la Vierge produisit un fils, vrai Dieu et vrai homme. Il me sembla tout à coup qu’on me présentait et que je recevais, comme en mon cœur, un tendre enfant, né à l’heure même, qui certes contenait en lui le don de la suprême perfection, le don par excellence. Et comme mon âme le retenait  en elle-même, il lui sembla tout à coup qu’elle était changée tout entière en une même couleur avec lui, si toutefois se peut appeler couleur ce qui ne peut être comparé à nul objet visible.

De là, mon âme perçut une intelligence ineffable de ces paroles pleines de douceur : Dieu sera tout en tout, alors qu’elle se sentait contenir son bien-aimé descendu dans son sein, et qu’elle se réjouissait de voir qu’elle n’était point privée de la douce présence de l’Epoux. Elle entendit les paroles suivantes : Comme je suis la figure de la substance de Dieu le Père en la divinité, ainsi tu seras la figure de ma substance en l’humanité ; et tu recevras dans ton âme déifiée les émissions de ma divinité, comme l’air reçoit les rayons du soleil. Pénétrée alors jusqu’aux moelles de ce rayon qui doit nous unir, tu deviendras capable d’une union plus familière avec moi.

 

Jeudi de la 32ème semaine du Temps Ordinaire



2 Maccabées 7, 20-41

L’exhortation d’une mère

Saint Augustin

Sermon 300, chapitres 6 et 7, OC 18, p. 592

       Que nul, frères, n’hésite à imiter les Maccabées, parce qu’il croirait, en les imitant, ne pas imiter des chrétiens. Que les hommes apprennent à mourir pour la vérité. Que les femmes viennent se former à l’exemple de cette mère qui, par sa patience héroïque et son ineffable courage, a su conserver ses enfants. Elle sut vraiment les posséder parce qu’elle ne craignit pas de les perdre. Chacun de ses enfants a souffert le supplice, leur mère a souffert tous les tourments qu’elle leur voyait souffrir. Mère de sept martyrs, elle a été sept fois martyre. Témoin du supplice de ses enfants, elle n’en fut pas séparée, et elle les rejoignit en souffrant la mort après eux. Elle les voyait tous, elle les aimait tous d’un amour égal, la vue de leurs tourments lui faisait ressentir ce qu’ils souffraient dans leur corps, et, loin d’en être effrayée, elle les encourageait.

       Le persécuteur Antiochus pensait trouver en elle une mère semblable aux mères ordinaires. Conseillez à votre fils, lui dit-il, d’éviter la mort qui le menace. Oui, répondit-elle, je conseillerai à mon fils de sauver sa vie en l’exhortant à la mort, tandis que toi, en paraissant l’épargner, tu veux lui persuader de se perdre sans retour. Et quelles paroles admirables elle lui adressa ! Quelle tendresse ! Quel amour maternel où l’on retrouve un heureux mélange des sentiments les plus élevés de la nature et de la foi ! Mon fils, lui dit-elle, aie pitié de moi, aie pitié moi qui t’ai porté neuf mois en mon sein, qui t’ai allaité trois ans, qui t’ai nourri et amené jusqu’à cet âge, aie pitié de moi. Tous s’attendaient qu’elle allait ajouter : Fais ce que demande Antiochus, et n’abandonne point ta mère. Mais, bien loin de là, elle lui dit : Obéis à Dieu, et garde toi de te séparer de tes frères. En paraissant me quitter, c’est alors que tu ne te sépares pas de moi, car je te possèderai dans un séjour où je ne craindrai plus de te perdre ; tu seras conservé à mon amour par le Christ, dans un lieu d’où Antiochus ne pourra t’arracher. Le jeune homme craignit Dieu, il suivit les conseils de sa mère, répondit au roi et attira sa mère avec lui.

       Quel grand spectacle a été offert aujourd’hui aux yeux de notre foi ! Nous avons entendu, nous avons vu, des yeux du cœur, une mère faisant des vœux pour que ses enfants mourussent avant elle, vœux bien différents de ceux qu’inspire ordinairement la nature. Elle savait qu’elle ne perdrait pas ses enfants, mais qu’elle les envoyait devant elle, et elle considérait non pas la vie qu’ils sacrifiaient, mais celle qu’ils allaient commencer. Ils cessaient de vivre, ils commençaient à vivre de cette vie qui ne devait pas finir.

 

2° lecture Mercredi de la 32ème semaine du Temps Ordinaire – Défunts de la Communauté



1 Corinthiens 15, 35-57

Les corps des ressuscités

Origène

Traité des Principes, III, 6, 5-6, SC 268, p. 245s

       Le dernier ennemi, la mort, sera détruit, de sorte qu’il n’y aura plus rien de funeste puisque la mort ne sera plus, ni rien de différent puisqu’il n’y aura plus d’ennemi. Il faut comprendre cette destruction du dernier ennemi, non en ce sens que sa substance faite par Dieu périra, mais en celui que son propos et sa volonté d’inimitié, qui proviennent non de Dieu mais de lui-même, disparaîtront. Il est donc détruit, non pour qu’il n’existe plus, mais pour qu’il ne soit plus ennemi et mort. Rien en effet n’est impossible au Tout-Puissant, rien n’est inguérissable pour son créateur : il a fait toutes choses pour qu’elles existent, et tout ce qui a été fait pour exister ne peut pas cesser d’exister. C’est pourquoi, si elles subissent des changements et des diversités, c’est pour qu’elles se trouvent dans un état meilleur ou pire conformément à leurs mérites. Mais les êtres qui ont été faits par Dieu pour exister et durer ne peuvent recevoir une mort qui les atteigne dans leur substance. En effet, si l’opinion du vulgaire pense que les êtres ont péri, il ne s’ensuit pas que la règle de la foi et de la vérité accepte qu’ils aient péri. Enfin si notre chair périt après la mort, au jugement des ignorants et des incroyants, de telle sorte que rien ne reste de sa substance selon ce qu’ils croient, nous, qui croyons à la résurrection, nous comprenons que c’est seulement un changement qui sera opéré par la mort, mais que la substance du corps demeure, et que, suivant la volonté du Créateur, ce corps reviendra à la vie, et qu’un nouveau changement se fera de sorte que le corps terrestre fait de terre, puis dissous par la mort et retourné en poussière et en terre, car tu es terre, dit l’Ecriture, et tu iras dans la terre, se relèvera de la terre et atteindra à la gloire d’un corps spirituel.

       Il faut penser que toute notre substance corporelle que voici sera menée à cet état, lorsque tout sera restauré pour être un et lorsque Dieu sera tout en tous. Il ne faut pas comprendre que tout cela s’accomplira d’un seul coup, mais peu à peu et par parties, à travers une succession de siècles sans fin et sans mesure, lorsque insensiblement et point par point l’amendement et la correction seront accomplis : les uns viendront en tête et tendront vers la perfection dans une course plus rapide, d’autres les suivront à courte distance, d’autres enfin seront beaucoup plus loin. Ainsi à travers quantité de degrés innombrables constitués par ceux qui progressent et se réconcilient avec Dieu, d’ennemis qu’ils étaient auparavant, on parvient au dernier ennemi appelé la mort et à sa destruction pour qu’il ne soit plus ennemi.

 

Mardi de la 32ème semaine du Temps Ordinaire



2 Maccabées 6, 18-31

Le martyr d’Eléazéar

Origène

Exhortation au martyre, 22-23

       Il est utile de se souvenir des paroles de Salomon : J’ai jugé les morts plus dignes de louange que tous ceux qui vivent encore aujourd’hui. Mais, parmi les morts, en est-il un seul qui mérite plus d’éloges que celui qui s’est précipité au-devant du trépas librement et volontairement par la foi ? Tel fut Eléazar, qui, préférant une mort glorieuse à une vie déshonorée marchait volontairement au supplice. Il considérait avec calme et fermeté ce qu’exigeait de lui l’autorité de sa longue vieillesse, l’honneur dû à ses cheveux blancs, quatre-vingt-dix années d’une vie innocente et sans tache depuis son enfance, et surtout la loi sainte établie par Dieu. A mon âge, disait-il, feindre serait indigne de moi : je ferais croire à une multitude de jeunes gens qu’Eléazar, à quatre-vingt-dix ans, a embrassé la vie des Gentils : ils seraient trompés par cette ruse, et pour un faible reste de cette vie corruptible j’attirerais sur ma vieillesse la honte et l’exécration. Et quand j’échapperais maintenant aux supplices des hommes, ni durant ma vie, ni après ma mort, je ne pourrais fuir la main du Tout-Puissant : mais en mourant avec courage, je me montrerai digne de ma vieillesse. Je laisserai aux jeunes gens un exemple de fermeté qui leur apprendra à subir comme un devoir, avec ardeur, avec intrépidité, une mort glorieuse pour nos justes et saintes lois. Je vous en conjure, quand vous toucherez aux portes de la mort, ou plutôt de la liberté, surtout si l’on vous prépare des tortures, dites au Seigneur qui possède la science infaillible : Vous savez que j’aurais pu éviter le supplice, et que je souffre dans mon corps de cruelles douleurs ; mais mon âme les endure avec joie pour votre crainte. Telle fut la mort  d’Eléazar qui laissa non seulement aux jeunes gens, mais à toute la nation, un grand exemple de vertu et de fermeté dans le souvenir de sa mort.

       Ses frères, au nombre de sept, dont les livres des Maccabées nous ont conservé la mémoire, et qui persévérèrent dans la religion, malgré tous les genres de tortures que leur fit subir Antiochus, pourront nous offrir un illustre exemple du plus courageux martyr, si nous voulons demander à nous-mêmes : Montrerai-je plus de faiblesse que ces enfants, dont chacun, non seulement dans ses propres tourments, mais encore à la vue des supplices de ses frères, fit preuve de tant de courage et d’intrépidité ?

 

Lundi de la 32ème semaine du Temps Ordinaire



1 Maccabées 1, 41-61

L’abolition du Judaïsme

Père Henri Lesêtre

Article Temple, DB tome 5ème, deuxième partie, col. 2048s

       Quand Alexandre le Grand fit la conquête de l’empire perse, le grand-prêtre Jaddus provoqua la colère du roi grec par son loyalisme envers la Perse, mais, en approchant de Jérusalem en 332, il se calma. Il suivit jusque dans le Temple le grand-prêtre venu à sa rencontre, et y fit offrir des sacrifices. Par la suite, des travaux furent exécutés dans le Temple pour le réparer et y ajouter des constructions destinées à le mettre à l’abri d’une agression. La précaution n’était pas inutile.

       Antiochus III, qui avait intérêt à ménager les Juifs, voulut contribuer aux dépenses des sacrifices et autorisa les travaux à entreprendre ou à achever dans le Temple, entre autres un nouveau portique. Il interdit également à tout étranger de pénétrer dans le parvis du Temple, réservé aux Juifs en état de pureté.

       Peu après, eut lieu un attentat commis contre le Temple : le prévôt du Temple, en désaccord avec le grand-prêtre, organisa, avec l’accord du gouverneur grec, le pillage du trésor du Temple, composé principalement des dépôts des veuves et des orphelins, ainsi que ceux de certains riches personnages, les Juifs comptant sur l’inviolabilité du Temple pour la sauvegarde de ces biens. Miraculeusement cette manœuvre échoua : ceux qui avaient forcé les portes du Temple et avaient pu s’approcher jusqu’auprès du trésor furent arrêter par une force divine.

       Le règne d’Antiochus IV Epiphane fut néfaste pour le Temple. Afin d’obtenir le souverain pontificat et de payer les sommes promises au roi en retour de cette faveur, un certain Ménélas enleva quelques vases d’or du Temple. Il s’en suivit une révolte des Juifs ; pour la châtier, Antiochus vint à Jérusalem, pénétra dans le Temple sous la conduite de Ménélas, et pilla lui-même les objets sacrés et le trésor : Emportant le tout, il s’en alla dans son pays, après avoir versé beaucoup de sang et proféré des paroles d’une extrême insolence. Parmi les objets ainsi enlevés, le premier livre des Maccabées mentionne l’autel d’or, le chandelier, la tables des pains, des coupes d’or, le rideau, des couronnes et des ornements d’or qui décoraient la façade, et tout le placage d’or, sans parler des trésors cachés qu’il put découvrir. Il fit de la cité de David une forteresse dressée contre le sanctuaire ; ce dernier fut souillé par le sang des meurtres et resta désolé comme un désert. Ses entreprises sacrilèges ne s’arrêtèrent pas là : Antiochus envoya à Jérusalem un prêtre d’Athènes avec mission d’y installer le culte : le Temple fut consacré à Jupiter Olympien. La désolation fut complète, mais elle devint le signal de l’insurrection religieuse et patriotique des Maccabées.

 

3° lecture Dimanche de la 32ème semaine du Temps Ordinaire – B



Marc 12, 38-44

« Prenez garde aux scribes qui tiennent à déambuler en grandes robes »

Saint Jean Climaque

L’Echelle Sainte, Spiritualité orientale 24, 21ème degré, p. 194s

       Tout ami de l’ostentation est vaniteux. Sois attentif : tu remarqueras que, jusqu’à la tombe, la vaine gloire foisonne, que ce soit dans les vêtements, les parfums, l’escorte de serviteurs, les aromates et dans d’autres choses. La vaine gloire rend orgueilleux ceux qui sont honorés, et rancuniers ceux qui sont dédaignés.

       Un esprit élevé supporte courageusement et joyeusement l’injure. Mais il faut être un saint et un bienheureux pour passer sans dommage à travers les louanges. Dieu cache souvent à nos yeux les vertus que nous avons acquises. Mais celui qui nous loue, ou plutôt nous trompe, ouvre nos yeux par ses louanges, et, quand nos yeux souvent ouverts, notre trésor se dissipe.

       Ne te fie pas au tentateur qui te suggère de faire étalage de tes vertus pour l’édification du prochain. Rien n’édifie autant les autres que des manières humbles et sincères et des paroles vraies ; car cela les aide à jamais ne s’enorgueillir. Ce n’est pas celui qui se déprécie qui fait preuve d’humilité, mais celui qui, offensé par un autre, ne laisse pas s’amoindrir son amour pour lui.

       Quand nos flatteurs, ou plutôt nos séducteurs, commencent à  nous louer, remettons-nous brièvement en mémoire la multitude de nos péchés, et nous nous reconnaîtrons indignes de ce qui se dit ou se fait en notre honneur.

       Le soleil brille pour tous également, et la vaine gloire trouve à se réjouir dans toutes nos activités. Par exemple, je tire vanité de mon jeûne, puis, quand je le suspends pour ne pas être remarqué, je me glorifie de ma prudence. Quand je porte de beaux vêtements, je suis vaincu par la vaine gloire, et quand j’en prends des pauvres, j’en tire encore vanité. Quand je parle, je suis vaincu per elle, et quand je garde le silence, elle me domine encore. Il en est d’elle comme de ces pièces à trois pointes : de quelque façon que tu la jettes, elle tient toujours dressée l’une de ses pointes.

       Le vaniteux est un croyant idolâtre : il semble honorer Dieu, mais il cherche à plaire aux hommes, non à Dieu. Il est sûr que les vaniteux adressent parfois à Dieu des prières qui méritent d’être exaucées. Mais le Seigneur a coutume de prévenir leurs prières et leurs demandes, de peur qu’en voyant leurs prières exaucées, ils n’ajoutent encore à leur orgueil. Le Seigneur ramène souvent les vaniteux à l’absence de vaine gloire au moyen de quelque humiliation qui leur arrive.

 

2° lecture Dimanche de la 32ème semaine du Temps Ordinaire



1 Maccabées 1, 1-25

Les livres des Maccabées

Marie-Françoise Baslez

La rédaction de la Bible à l’époque perse, Le Monde de la Bible 137, p. 30

 

       On possède deux histoires de la guerre des Maccabées. La plus ancienne fut composée dans la diaspora d’Egypte par Jason de Cyrène, un Juif hellénisé, et on en fit un abrégé avent 125. La plus récente date de l’apogée des grands-prêtres hasmonéens, vers 100, et l’auteur, un scribe du Temple, s’attache à l’histoire glorieuse de cette famille qui mena la guerre de libération avant de mettre en place un  Etat juif indépendant. Celui-ci écrit une histoire politique, alors que Jason s’attache davantage aux enjeux  théologiques et culturels. Tous deux font réellement œuvre d’historien et citent intégralement un grand nombre de documents. Leur lecture des événements est différente, puisque le scribe du Temple attribue la responsabilité du conflit au seul roi séleucide et à l’oppression impérialiste ; au contraire, Jason met en cause certains Juifs de Jérusalem, en relevant les tensions entre traditionnalistes et Juifs hellénisés. Ainsi la Bible n’exprime pas une pensée unique, mais reflète le point de vue de différentes communautés. Les deux livres des Maccabées ne se complètent, ni ne se juxtaposent. Ce sont bien plus que de simples chroniques. Ils ont fourni des modèles et des références identitaires durables, ils ont même créé une tradition littéraire puisque les Juifs d’Alexandrie composèrent par la suite un troisième, puis un  quatrième livre des Maccabées pour rendre compte des persécutions locales.

       C’est aussi le deuxième livre des Maccabées, et le livre de Daniel qui ont fondé la première théologie du martyre, particulièrement développée dans les versions grecques. A ce titre, les deux livres des Maccabées ont leur place dans les Bibles chrétiennes, alors que le canon hébraïque n’a conservé de cette période que le livre de Daniel et celui d’Esther. Produits de la révolte contre les rois grecs, le livre de Daniel et le deuxième livre des Maccabées manifestent un sens nouveau de l’histoire. L’histoire universelle, à travers la succession des empires, est perçue comme une décadence continue, qui culmine à l’époque grecque, sous le règne d’Antiochos IV, le profanateur du Temple, le pire des rois. Les grandes visions apocalyptiques du livre de Daniel inaugurent une conception nouvelle de l’histoire : embrassant le passé, le présent et l’avenir dans une perspective continue dont elle relève la fin ultime ; c’est une histoire linéaire, différente de celle des grecs qui était conçue comme un perpétuel recommencement. Elle s’inscrit dans le plan de Dieu, qui est pensé comme le combat entre le bien et le mal. Pour la première fois, le temps est totalement maîtrisé et un terme est posé à l’histoire des hommes.

 

Samedi de la 31ème semaine du Temps Ordinaire – Mémoire de saint Léon le Grand



Sagesse 18,1-15 + 19,4-9

Toujours prêt à répondre

Saint Léon le Grand

Règle Pastorale, SC 381, tome I, chapitre II, p.253s

 

       Inspiré d’en-haut par l’esprit de crainte et d’amour, le pasteur médite soigneusement chaque jour les enseignements de la Parole divine. Le zèle et la vigilante préoccupation de la vie céleste ne cessent de perdre de leur vigueur dans une habituelle fréquentation des hommes ; il fait donc que les leçons divines la renouvellent. Il faut que l’amour de la patrie d’en-haut soit sans cesse rajeuni par une componction qui soupire vers elle. Oui, le cœur se laisse beaucoup aller dans la bousculade des occupations extérieures. Il faut donc un continuel effort pour le relever par l’application à l’étude. Voilà pourquoi Paul donne cet avis au disciple qu’il avait mis à la tête d’un troupeau : En attendant ma venue, adonne-toi à la lecture. Voilà pourquoi David a ce mot : Combien j’ai aimé ta loi, Seigneur, tout le jour je la médite.

       Voilà pourquoi le Seigneur donne de nombreuses consignes à Moïse pour le transport de l’Arche. Que figure l’Arche, sinon la sainte Eglise ? Ordre est donné d’assujettir quatre anneaux d’or à ses quatre coins : s’étendant largement à travers les quatre parties du monde, l’Eglise y est prêchée, munie bien sûr des quatre livres du saint évangile. Les barres sont faites de bois d’acacia, engagées dans les anneaux, pour le transport : il faut chercher, tels des bois imputrescibles, des docteurs courageux et persévérants qui, toujours attachés à l’enseignement des livres saints, proclament l’unité de la sainte Eglise et portent l’Arche. Car porter l’Arche avec des barres, c’est avec de bons docteurs amener la sainte Eglise, par la prédication, à la portée des âmes qui ignorent tout de la foi.

       Il est ordonné de recouvrir d’or ces barres : s’ils font entendre aux autres leurs voix, il faut que les docteurs resplendissent eux-mêmes par l’éclat de leur vie. Il est indispensable que ceux qui veillent au service de la prédication n’abandonnent pas leur étude des livres saints.

       Que les barres restent prises dans les anneaux, en sorte que, méditant toujours, dans leur cœur, les textes sacrés, les docteurs élèvent sans retard l’arche du testament, donnant sur-le-champ l’enseignement dont on a besoin. Tel est l’avis donné par le premier pasteur de l’Eglise aux autres pasteurs : Toujours prêts à répondre à quiconque vous demandera raison de l’espérance qui est en vous.

 

Fête de la Dédicace de la Basilique saint Jean de Latran



Jean 2, 13-22

Détruisez, moi je rebâtirai

Isaac de l’Etoile

Sermons, tome III, SC 339, sermon 40, 14-18, p.21s

 

       Dans le Christ, qui subsiste comme homme par l’union d’une âme douée de raison et d’un corps humain, et qui subsiste comme Christ par l’union de Dieu et de l’homme, il y a comme un double lien et deux relations différentes. Une première relation existe en effet entre la divinité et l’humanité : elle maintient l’unité dans l’être du Christ selon qu’il est médiateur entre Dieu et les hommes ; elle est absolument indissoluble et ne laisse place ni à la mort, ni à la résurrection. L’humanité, une fois assumée par la divinité, n’a jamais subi de divorce, ni reçu d’acte de répudiation ; mais le mystère de ce bienheureux mariage, de ces noces vénérables, de ce lit nuptial immaculé est permanent dans sa grandeur et son éternité, ayant pour garantie et protection cette parole : Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! Quant à la relation entre la chair et l’âme, ce lien dans la seule humanité, elle n’a certes subi aucune rupture comme salaire d’un péché personnel. Mais pour nous délier des chaînes du péché, qui nous entouraient et dont il était libre ; pour nous relier à Dieu, de qui nous étions détachés et à qui il était lié, le Christ a, par un merveilleux mystère, affronté la mort et il est parvenu à la résurrection, fort de la promesse reçue de la miséricorde et de la patience divines : Détruisez ce temple et en trois jours je le rebâtirai. Détruisez, vous ; moi, je rebâtirai. Moi qui ai bâti le vôtre, je rebâtirai le mien. Vous qui avez mérité la destruction du vôtre, détruisez le mien. Détruisez-le, non comme conséquence d’un péché de ma part, ni par le pouvoir de votre autorité, mais par une disposition de ma volonté. Personne en effet ne peut m’enlever la vie, mais quand je veux, je la donne de moi-même, et quand je veux, je la reprends. Certes, il a pu se ressusciter lui-même, lui qui, mort seulement dans sa chair, vivait. C’est donc selon cette seule relation que le Christ a pu et a voulu mourir et ressusciter ; car en lui, nous le disions, l’humanité a adhéré indissolublement à la divinité par l’union personnelle, et son âme n’a pas abandonné un instant, pour aucun amour étranger, la joie et l’amour du Verbe. Aussi vivait-il dans sa mort, lui qui mourut en gardant sa vie, vivant et mort en un seul et même temps. Par la puissance, son humanité vivait avec la divinité ; par la charité, son âme raisonnable vivait avec le Verbe de Dieu. Seule la chair est morte par la séparation d’avec l’âme ; et seule elle est ressuscité  en la retrouvant.

 

Fête de la Dédicace de la Basilique saint Jean de Latran



Actes 28,16-31 ou 1 Pierre 2,1-17 ou Apocalypse 21,9-27

La basilique et la suite

Père François Cassingena-Trévedy

Les Pères de l’Eglise et la Liturgie, Chapitre IV : L’expérience, p.314s

 

       On chante les psaumes à la maison et on les emporte au marché, remarque Basile de Césarée. Et Sévère d’Antioche de recommander : Fais de ta maison une église. En pasteurs qu’ils sont à tous égards et, qui plus est, en raison de la haute tenue de leur vie spirituelle et des exigences qu’ils ont pour eux-mêmes, les Pères ne peuvent manquer d’envisager avec une sollicitude particulière et constante l’après-liturgie. Ce peuple qui est venu à la basilique, qu’ils ont eu quelques heures sous les yeux et qui les écoute ordinairement avec bien autre chose que la simple bonne grâce, ce peuple, ils le savent, est fragile comme il le sera toujours. Que va devenir chaque baptisé ? Que va-t-il faire autour de lui et en lui-même de ce qu’il a reçu ? Non pas tant des paroles de l’homélie, bien sûr, que de la Parole elle-même, quotidiennement entendue parfois, et du mystère, du sacramentum au sens le plus compréhensif dans lequel la liturgie l’a plongé ? Que va-t-il faire du Christ, en définitive, au-dehors comme au-dedans ?

       De l’aveu même de saint Léon le Grand, le plus grand péril qui guette la liturgie n’est pas tant l’absentéisme pur et simple que le manque de cohérence existentielle, autrement dit la faillite d’une communion authentique avec le Christ et son mystère pascal. C’est d’abord fondamentalement dans cet accord sacramentel, existentiel et mystique que consiste la participation des fidèles. Les actes sur lesquels débouchent la liturgie, ou plutôt qui en assurent la célébration perpétuelle, ne relèvent pas d’une sorte d’activisme extraverti, mais beaucoup plus radicalement, de l’actualité du Christ pascal dans le chrétien ; le premier passage à l’acte, le premier passage à la vie, après la liturgie, ou plutôt dans la logique de la liturgie, c’est le passage à la vie  en Christ, ou, ce qui revient au même, à la vie du Christ en chaque baptisé. La célébration débouche sur une suite du Christ et la postule. Il faut, écrit saint Grégoire le Grand dans ses Dialogues, quand nous célébrons, nous immoler à Dieu par la contrition du cœur, car nous qui célébrons les mystères de la Passion du Seigneur, nous devons imiter ce que nous faisons. Ce sera donc une véritable hostie offerte à Dieu pour nous, si elle fait de nous-mêmes une hostie.