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Texte du jour

4° dimanche de careme, 3° lecture



Sur Jean 9, 1-41

« Tu t’es lavé, tu es venu à l’autel »

Saint Ambroise de Milan

Des Sacrements, des Mystères, traité 3, 11-15, SC 25, p. 75s

 

Que se passe-t-il dans le baptême après avoir reçu le Saint Chrême ? Tu peux approcher de l’autel. Dès que tu y es arrivé, tu peux voir ce que tu ne voyais pas avant. C’est le mystère que tu as lu dans l’Evangile. Si cependant tu ne l’as pas lu, tu l’as au moins entendu lire. Un aveugle se présenta au Seigneur pour être guéri. Le Seigneur avait guéri d’autres aveugles par sa parole et son discours, et rendu ainsi la lumière des yeux par son commandement. Mais dans le livre de l’Evangile selon Jean, celui qui plus que les autres vit de grands mystères, les présenta et les expliqua, le Seigneur voulut préfigurer en cet homme le mystère du baptême.

Sans doute, tous les évangélistes sont saints. Pourtant, saint Jean qui écrivit le dernier évangile, comme un familier, recherché et choisi par le Christ, fit entendre les mystères éternels avec une voix plus puissante. Les autres ont dit qu’un aveugle a été guéri, Matthieu l’a dit, Luc l’a dit, Marc l’a dit. Qu’est-ce que Jean est le seul à dire ? Il prit de la boue, l’étendit sur ses yeux et lui dit : Va à Siloé ! Il se leva, s’en alla, se lava et revint voyant clair.

Considère tout aussi les yeux de ton cœur. Tu voyais ce qui était corporel avec les yeux de ton corps. Mais ce qui concerne les mystères, tu ne pouvais encore le voir avec les yeux de ton cœur. Quand donc tu t’es fait inscrire pour être baptisé, il a pris de la boue et l’a étendue sur tes yeux. Qu’est-ce que cela signifie ? Que tu avais à reconnaître ton péché, à examiner ta conscience, à faire pénitence de tes fautes, car, bien que celui qui vient au baptême ne confesse pas de péché, cependant il fait par là-même la confession de tous ses péchés, parce qu’il demande le baptême pour être justifié, c’est-à-dire pour passer de la faute à la grâce. Ainsi donc, il t’a mis de la boue à toi aussi, c’est-à-dire la crainte respectueuse, la prudence, la conscience de ta faiblesse, et il t’a dit : Va à Siloé. Qu’est-ce que Siloé ? Cela se traduit, dit saint Jean, par envoyé. C’est-à-dire : Va à la fontaine où l’on prêche la croix du Seigneur, à cette fontaine où le Christ a racheté les erreurs de tous.

Tu y es allé, tu t’es lavé, tu es venu à l’autel, tu as commencé à voir ce que tu ne voyais pas avant, c’est-à-dire que par la fontaine de la prédication de la Passion du Seigneur, tes yeux se sont ouverts. Toi qui semblais avoir le cœur aveuglé, tu as commencé à voir la lumière des mystères, la lumière des sacrements.

4° dimanche de careme, 2° lecture



Sur Hébreux 7, 1-11

L’offrande du pain et du vin

Saint Cyprien

Correspondance, Lettre 63 à Caecilius, IV, 1-3, p. 201s

 

Nous trouvons dans l’histoire du prêtre Melchisédek une figure prophétique du mystère du sacrifice du Seigneur. L’Ecriture dit : Et Melchisédek, roi de Salem, offrit le pain et le vin. Or il était prêtre du Très-haut, et il bénit Abraham. Que Melchisédek fût une figure du Christ, c’est ce que révèle, dans les Psaumes, l’Esprit-Saint parlant au nom du Père et disant au Fils : Je t’ai engendré avant l’étoile du matin. Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédek. Cet ordre se réfère à ce sacrifice, et il a son point de départ dans ce fait que Melchisédek fut prêtre du Très-haut, qu’il offrit le pain et le vin, qu’il bénit Abraham. Qui en effet fut plus prêtre du Très-haut que Notre Seigneur Jésus le Christ qui offrit un sacrifice à Dieu son père, le même que Melchisédek avait offert, à savoir le pain et le vin, c’est-à-dire son corps et son sang ?

Et dans la personne d’Abraham, cette bénédiction regardait notre peuple. Car si Abraham crut à Dieu, ce qui lui fut imputé à justice, quiconque croit en Dieu et vit de la foi est trouvé juste ; longtemps d’avance, il est béni et justifié dans le fidèle Abraham, comme le montre la parole de Paul aux Romains (4,3) : Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. Vous voyez donc que ceux qui sont de la foi sont les fils d’Abraham. L’Ecriture, prévoyant que Dieu justifierait les nations par la foi, annonça à Abraham que toutes les nations seraient bénies en lui. Donc ceux qui sont de la foi ont été bénis avec le fidèle Abraham. Aussi trouvons-nous dans l’Evangile que des enfants d’Abraham naissent des pierres, c’est-à-dire sont tirés des nations. De même, en louant Zachée, le Seigneur dit : Le salut est venu aujourd’hui à cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d’Abraham. Ainsi donc pour que le grand-prêtre Melchisédek, dans la Genèse, pût régulièrement bénir Abraham, il y eut d’abord l’image du sacrifice consistant dans l’oblation du pain et du vin. Et le Seigneur, achevant et consommant le sacrifice symbolique, offrit le pain et le vin, et celui qui est la plénitude de toutes choses a réalisé ce que cette figure annonçait.

solennite de l’Annonciation, 3° lecture



Sur Luc 1, 26-38
Le dessein rédempteur de Dieu

Saint Léon le Grand
Sermons, SC 22, 2ème sermon pour la Nativité du Seigneur, p. 77

Notre Dieu tout-puissant et clément, dont la nature est bonté, dont la volonté est puissance, dont l’activité est miséricorde, aussitôt que la malice du démon nous eût, par le poison de sa jalousie, donné la mort dès le commencement du monde, détermina les remèdes préparés dans son amour pour la rénovation de l’humanité. Il annonça au serpent la descendance future de la femme qui écraserait un jour sa tête altière et malfaisante : le Christ, l’Homme-Dieu, qui devait s’incarner d’une vierge, condamnerait, par sa naissance sans tache, celui qui avait osé violer l’intégrité du genre humain. Le démon se glorifiait d’avoir trompé l’homme par sa ruse, de l’avoir privé des dons divins, de l’avoir dépouillé de l’immortalité pour lui faire subir le dur châtiment de la mort : il trouvait une sorte de soulagement à ses maux que d’avoir ainsi un complice dans sa condition de prévaricateur. Et le démon se réjouissait parce que Dieu, suivant les exigences d’une juste sévérité, avait dû modifier ses dispositions premières à l’égard de l’homme.
Il a donc fallu, frères, par une décision secrète, que le Dieu immuable, dont la volonté va toujours de pair avec la bienveillance, achevât le premier dessein de son amour par un mystère plus caché encore, et que l’homme, poussé au péché par la fourberie du démon, ne pérît quand même pas, ce qui eût rendu vain le dessein de Dieu.
Aussi, au temps prévu pour la rédemption des hommes, Jésus-Christ, Fils de Dieu, descendit de son trône divin, sans quitter la gloire de son Père, et cela par une naissance inouïe ! Disposition sans précédent, car, invisible en lui-même, il se rend visible en notre nature ; insaisissable, il veut être saisi ; lui qui était avant le temps, il commence à exister dans le temps ; Seigneur de l’univers, il prend la condition de serviteur, voilant ainsi l’éclat de sa majesté. Dieu impassible, il ne dédaigne pas de devenir l’homme des douleurs, Dieu immortel, il vient se soumettre aux lois de la mort. Naissance inouïe : conçu par une vierge, né d’une vierge sans l’intervention d’un homme, telle était la naissance qui convenait au futur Sauveur de l’humanité, à celui qui possèderait toute la nature de l’homme en ignorant les souillures de la chair. Le Père de ce Dieu qui naît dans la chair, c’est Dieu, suivant le témoignage de l’archange à la bienheureuse Vierge Marie : L’Esprit Saint viendra sur toi, la puissance du Très-haut te couvrira de son ombre ; aussi l’être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.

solennite de l’Annonciation, 2° lecture



 

sur 1 Chroniques 17, 1-15

Le descendant promis à David par Nathan, c’est Jésus le Christ

Eusèbe de Césarée

Démonstration évangélique, Livre VII, chap. 3

 

La promesse faite par le Seigneur à Nathan, par l’intermédiaire du prophète Nathan, se retrouve au psaume 88 (27-29 et 4-5), aussi bien en ce qui concerne son descendant que pour David lui-même : Il m’invoquera : Tu es mon Père, mon Dieu, l’auteur de mon salut. Et moi, j’en ferai mon fils ainé, le plus grand des rois de la terre. Sans fin je lui garderai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle. Et encore : J’ai juré à David, mon serviteur : j’établirai ta descendance pour toujours, je te bâtirai un trône pour la suite des âges.

Salomon, étant le fils de David, fut son successeur sur le trône, et c’est lui qui, le premier, construisit à Jérusalem un temple pour le Seigneur. Mais, si l’on recherche avec soin la durée du règne de Salomon, on trouvera qu’il ne s’est pas maintenu sur le trône plus de quarante ans. Et si l’on réunissait ceux qui lui ont succédé, on trouverait que, tous ensemble, ils n’ont pas régné cinq cents ans. Admettons qu’ils aient tenu jusqu’au dernier siège de la nation juive par les Romains, qu’est-ce que cela en comparaison de la prophétie parlant de pour toujours, et prédisant que son trône subsisterait comme le soleil et comme les jours du ciel ?

Quant à la promesse, Je serai pour lui un Père et il sera pour moi un fils, comment l’appliquer à Salomon ? Son histoire montre assez que sa conduite fut absolument contraire à l’adoption divine et indigne d’elle. Ecoute donc ce que laisse entendre l’accusation portée contre lui : Solomon aimait les femmes et prit beaucoup de femmes étrangères. Son cœur n’était pas droit avec le Seigneur son Dieu. Salomon fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur. Celui qui est accusé de si grands et si nombreux forfaits, comment admettre raisonnablement qu’il ait osé s’attribuer Dieu pour Père et que le Dieu souverain l’ait appelé son fils premier-né ?

Il faut donc chercher quel est cet autre descendant de David qui doit se lever un jour. Comme l’histoire l’atteste, aucun autre descendant de David n’a existé qui accomplit ces oracles, sinon notre Sauveur et Seigneur Jésus le Christ de Dieu. Seul, parmi tous les rois issus de David, il est appelé par toute la terre Fils de David, et cela, selon sa naissance dans la chair comme tous le confessent. Son Royaume demeure maintenant et il subsistera pour toute la durée des siècles infinis.

La prophétie faite à David, le livre de l’Evangile la confirme de son sceau, lorsque Gabriel apparaît à la Vierge sainte et lui dit au sujet de son Sauveur : Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-haut ; le Seigneur lui donnera le trône de David, son père ; il règnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin.

vendredi de la 3° semaine de careme



sur Hébreux 5,11 – 6,8
Aparté avec les destinataires

Père Paul-Dominique Dognin
La foi de Jésus, Une lecture de la Lettre aux Hébreux, p. 61s

Les premiers versets que nous venons de lire rappellent ce que Paul écrivait aux Corinthiens (3,1-3) : Je n’ai pas pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des petits enfants dans le Christ. C’est du lait que je vous ai donné à boire, non une nourriture solide, vous ne pouviez pas encore la supporter. La nourriture solide, mentionnée dans la lettre aux Hébreux, est évidemment la parole de justice ; or, quand on interprète ces mots à la lumière de ce que Paul dit des parfaits et de la sagesse de Dieu, on découvre que la parole de justice est très probablement synonyme de parole de la croix, où beaucoup de traducteurs mettent souvent langage de la croix.
On devient parfait par une pratique « exerçante ». Cette pratique ne diffère probablement pas de ce que l’auteur appelle l’éducation par l’endurance. En effet, il sera dit plus loin, de cette éducation, qu’elle rapporte à ceux qu’elle a exercés un fruit de paix : la justice. Cela pourrait signifier qu’elle les rend capables de goûter une parole de justice, la parole de la croix. S’ils en sont encore incapables, c’est donc, ou bien qu’ils sont trop jeunes et manquant de pratique, ils n’ont pas encore été éduqués, ou bien parce que leur pratique n’a pas encore donné de fruits pour la bonne raison que, devenus nonchalants et refusant l’endurance, ils n’ont pas vécu leurs épreuves comme une invitation à développer leur foi.
Pour mieux comprendre ce que sont le bien et le mal dont l’auteur parle ici, il faut se rappeler ce qu’il a dit du péché précédemment : le péché radical consiste à se détacher du Dieu vivant en cessant d’être participants du Christ ; ce qui, en bref, est le refus de la foi. Il en va probablement de même ici : le bien, c’est la foi, le mal, c’est le refus de la foi. Et le discernement consiste à écarter de la vie quotidienne tout ce qui pourrait impliquer un refus plus ou moins explicite de cette foi.
L’enseignement supérieur dont il est parlé ensuite aura évidemment pour objet la parole de la croix et la résurrection. Il est notable qu’ici on se détourne des œuvres mortes pour aller vers Dieu par la foi, alors que, plus loin, on se détournera des œuvres mortes pour aller vers Dieu par le culte. Cela dénote une grande parenté entre la foi et le culte.

jeudi de la 3° semaine de careme



Sur Hébreux 4, 14 – 5,10

Le Christ, seul prêtre authentique

Père Pierre Grelot

Une lecture de l’épître aux Hébreux, p. 43s

 

La lecture que nous venons d’entendre nous présente le Christ sous sa fonction de « grand-prêtre ». Qu’est-ce que cela veut dire ? De fait, ce titre ne lui est donné dans aucun autre livre du Nouveau Testament. Pourquoi l’auteur de l’épître aux Hébreux le choisit-il ? Parce qu’il s’adresse à des Juifs qui ont cru au Christ, mais que le culte de l’Eglise risque de décevoir. La beauté des anciens rites n’existent plus. L’auteur songe à la fête du « Jour des Pardons » où le grand prêtre, entouré de tout le sacerdoce, entrait dans le « Saint des Saints » et célébrait les rites qui demandaient à Dieu son pardon pour tous les péchés du peuple.

Ce qui importe à l’auteur de l’épître, c’est d’évoquer le « sens de sa fonction ». Il est « pris d’entre les hommes » pour exercer une médiation entre les hommes et Dieu grâce aux rites qu’il réalise. Comme les péchés constituent un obstacle entre les hommes et Dieu, les rites de la Fête des Pardons avaient pour finalité d’obtenir le pardon de Dieu.

Il y a un préalable pour justifier le fait que le Christ Jésus ne s’est pas donné à lui-même la gloire du sacerdoce suprême. Deux textes sont invoqués à l’appui de cette affirmation, deux textes royaux déjà interprétés comme relatifs au Messie dans le judaïsme contemporain. Le psaume 2,7 montre, en son sens plénier, le Christ comme le Fils et l’Engendré de Dieu. Cet Engendré de Dieu se voit adresser la parole recueillie dans le psaume 110,4 : Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédek.

Mais la vie terrestre de Jésus est évoquée ensuite, quand l’auteur l’examine aux jours de sa chair. L’événement auquel il est fait allusion concerne clairement l’agonie de Jésus au jardin de Gethsémani ; c’est là qu’il a présenté à Dieu des implorations et des supplications avec une violente clameur et des larmes, car Dieu pouvait le sauver de la mort. Le fait que sa prière fut exaucée ne signifie pas qu’il ait été préservé de la mort : au contraire, l’auteur insiste sur le fait qu’il apprit de ce qu’il souffrit, l’obéissance.  L’allusion à la seconde partie de la prière de Jésus à Gethsémani paraît certaine : Non pas ma volonté, mais la tienne, dit-il au Père. Obéissance paradoxale, puisqu’il était le Fils ! Mais c’est ainsi qu’il atteignit la perfection de sa fonction rédemptrice, car il devint pour tous ceux qui lui obéissent un principe de salut éternel.

mercredi de la 3° semaine de careme



sur Hébreux 4, 1-13

Elle est vivante la Parole de Dieu

 

Cardinal Albert Vanhoye

La Parole qui juge, AS 59, p. 16s

 

Pour prémunir ses auditeurs contre la tentation de ne pas prendre au sérieux la Parole de Dieu, l’auteur souligne d’emblée que cette Parole n’est pas une chose inerte : Elle est vivante la Parole de Dieu. D’une chose inerte, on peut se désintéresser sans grand risque, elle ne courra pas après vous pour se rappeler à votre attention ! Mais un être vivant est plus redoutable, on ne s’en débarrasse pas à si bon compte : si on ne l’a pas traité comme il convient, il est capable de réagir avec une vigueur imprévisible ; il importe de lui donner son dû.

A l’instant où on la prononce, toute parole est vivante, car elle jaillit de la vie de celui qui parle. Elle exprime le mouvement de sa pensée, elle communique la chaleur de ses sentiments, elle transmet l’énergie de sa volonté. Mais les paroles humaines n’ont qu’une vie limitée, beaucoup s’évanouissent à peine dites. D’autres, conservées par écrit, se maintiennent plus ou moins bien dans l’existence, mais en se figeant et en devenant inertes. Leurs auteurs ne sont plus là pour les vivifier. La Parole de Dieu, elle, au contraire, est toujours vivante, car Dieu ne meurt pas et il ne cesse jamais de communiquer à sa Parole une vie toujours nouvelle.

La vie se manifeste normalement par l’activité. Vivante, la Parole de Dieu est également active, énergique même. Isaïe notait déjà qu’elle ne reste pas sans efficacité, mais réalise les projets de Dieu. Dans son activité, on peut distinguer diverses formes. L’Evangile compare la Parole à une semence capable de produire beaucoup de fruit, et saint Pierre y voit une puissance de vie qui nous a ré-engendrés. Dans le même sens positif, saint Paul définit l’Evangile comme une force pour le Salut. Notre auteur ne s’oriente pas de ce côté ; son intention est de mettre en garde contre une possible négligence ; c’est pourquoi il évoque l’autre aspect des choses : le côté terribles des interventions de la Parole. Il la compare successivement à une épée qui tranche, à un juge qui se prononce, à un enquêteur à qui rien n’échappe. De la situation générale de l’homme n face de la Parole de Dieu, l’homme se voit contraint de passer à sa situation personnelle : Nous aurons à lui rendre des comptes. La description de la Parole, on le voit, ne reste pas au niveau des théories abstraites, elle fait partie intégrante d’un acte de prédication et constitue ainsi un exemple vivant de ce qu’elle affirme : Elle est vivante la Parole de Dieu et énergique.

fete du dies natalis de saint Benoit, 2° lecture



 

sur Genèse 28, 10-22

Le repos en Dieu

Dom André Borias

En relisant saint Benoît, p. 395s

 

Le jour où le fils retrouve son Père pour ne plus le quitter, ni en être jamais séparé, le moine a achevé son pèlerinage terrestre dans sa rencontre définitive avec le Seigneur. S’il a marché, s’il a couru avec tant de fougue et de hâte, ce n’est que dans le ferme espoir de parvenir un jour à son Créateur et de se reposer en Dieu.

Car le repos n’est pas pour ici-bas. Même s’il est des rares moments d’une paix toujours précaire, ce n’est pas sur cette terre que le moine atteint la perfection. Les étapes qu’il peut connaître en ce monde ne sont qu’une invite de plus à reprendre et à poursuivre sa route jusqu’à son terme.

Saint Benoît l’indique nettement dès les premiers mots du Prologue de sa Règle. Quelle est en effet, au cours de leur dialogue, l’unique question que le moine pose au Seigneur, à la suite du psalmiste ? Seigneur, qui habitera sous ta tente, qui donc reposera sur ta sainte montagne ? Habiter sous la tente de Dieu, reposer sur sa sainte montagne, tel est le but vers lequel le moine a tendu de toutes ses forces. C’est cette espérance qui l’a soutenu au cours de son existence. C’est là où il trouve enfin le bonheur auquel il aspire et qu’il a tant recherché. Le dynamisme de la Règle n’a de sens que par ce repos auprès de Dieu et en Dieu, dans l’éternité.

Ce repos est, en effet, la récompense des efforts fournis sur terre. Le moine l’a mérité par son travail personnel dans l’atelier spirituel qu’est le monastère. Dieu paie alors le salaire promis à ce bon ouvrier qui a achevé l’ouvrage commandé : il lui accorde en retour cette récompense qui est sans aucune mesure avec l’œuvre accomplie. Telle est la magnificence de Dieu. Saint Benoît n’a garde d’oublier que cette récompense elle-même est don de Dieu, qu’elle est liée à la charité, qu’elle est l’héritage que le Père a préparé d’avance et qu’il a réservé à ses fils.

Parvenu donc au terme de son pèlerinage terrestre, le moine entre dans la patrie céleste, dans ce ciel où Dieu réside. Là, il habite sous la tente du Roi, il a part au Règne du Christ, il participe à la gloire de la vie éternelle, à la gloire même de Dieu, celle que celui-ci veut faire partager à ses enfants. Habitant avec Dieu, il le voit dans son Règne. Bien plus, il vit avec lui : Dieu communique sa propre vie, cette vie heureuse que le moine a recherchée sur terre, cette vie qui le met en possession de la gloire éternelle. C’est la vie éternelle, la vraie vie, la vie qui dure toujours. Le repos du ciel est donc le plein épanouissement de cette vie avec Dieu, en Dieu, commencée sur terre. A la recherche ardente du Seigneur a succédé la rencontre définitive  et bienheureuse, dans l’union, la paix et la joie. Tel est le but si désirable que saint Benoît propose à ses moines, et qu’il les aide de toute son ardeur à atteindre généreusement.

fete du dies natalis de saint Benoit, 3° lecture



 

sur Matthieu 19, 27-29

Les trois journées de marche du moine

Saint Aelred de Riévaulx

Sermons pour l’année, Pain de Cîteaux, 11, série 3, p. 113s

 

Frères, comme le dit Moïse à son peuple, il nous faut aller dans le désert à trois jours de marche, pour pouvoir offrir un sacrifice au Seigneur notre Dieu (Exode 8,22-23). Quels sont ces trois jours de marche ? Le premier jour de marche, c’est de quitter le monde ; le second, c’est de quitter ses vices et ses péchés, d’améliorer sa conduite ; le troisième, c’est de quitter sa volonté propre.

Voyez, frères, beaucoup abandonnent les richesses et les honneurs du monde ; ils s’éloignent de celui-ci à une distance qui est comme celle d’une journée de marche. Mais ils ne veulent pas encore quitter leur conduite mauvaise : ils sont tout aussi orgueilleux qu’avant, tout aussi débauchés qu’avant, tout aussi avares qu’avant. Ils n’ont jamais accomplis la deuxième journée de marche : ils sont donc incapables d’offrir un sacrifice à Dieu. Il en est d’autres qui parcourent les deux premières étapes : ils quittent les richesses et les honneurs, et ils se tiennent à l’écart de leurs anciennes fautes. Mais c’est de leur propre chef qu’ils se retirent dans un lieu où ils mangent quand ils veulent, ils jeûnent quand ils veulent, ils veillent quand ils veulent, ils travaillent quand ils veulent : ils n’ont certainement pas accomplis la troisième journée de marche. Mais même ceux qui sont en communauté et qui paraissent avoir quitté leur volonté propre, s’ils recherchent encore certaines libertés afin de pouvoir sortir du monastère quand ils veulent, parler quand ils veulent, travailler quand ils veulent, faire leur lecture quand ils veulent, s’ils accaparent pour leur volonté propre tout ce qu’ils peuvent et autant qu’ils le peuvent, ils n’ont pas non plus accompli la troisième journée de marche.

Celui-là donc est parfaitement sorti d’Egypte, qui a accompli les trois journées de marche : il a d’abord quitté extérieurement, une fois pour toutes, les richesses du monde, et ils les rejettent loin de lui : sans cesse il présente au Seigneur un esprit libre de toute convoitise et de toute ambition, disant avec le bienheureux Pierre : Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. Celui-là rectifie sa vie, il mortifie complètement sa volonté propre et s’en remet au jugement des Anciens pour tout ce qu’il doit faire. Saint Moïse a certes fait connaître aux enfants d’Israël les trois jours de marche physique grâce auxquels ils parviendraient au lieu où ils auraient à offrir au Seigneur un sacrifice matériel. Mais vous, ce sont trois journées spirituelles que le bienheureux Benoît vous fait connaître, et il vous montre assez clairement le chemin sur lequel vous pourrez accomplir ces trois journées de marche. A mon avis, on accomplit la première journée de marche par le chemin de la crainte du Seigneur, la deuxième journée par le chemin de la mortification,  la troisième par le chemin de l’obéissance.

solennite de saint Joseph, 3° lecture



sur Matthieu 1, 16-24
Joseph assume la paternité légale de Jésus
Saint Augustin
Sermon 51, OC 16, chap. 20, p. 364s

Joseph était un homme juste. Il était un époux juste, Marie de son côté était une épouse juste, et l’Esprit-Saint, prenant ses délices dans la justice de l’un et de l’autre, leur donna à tous deux un fils. Mais en donnant à l’épouse d’enfanter, il voulut qu’elle enfantât pour son époux. Aussi l’ange invite-t-il l’un comme l’autre à donner le nom à l’enfant, ce qui était leur reconnaître à tous deux l’autorité dont jouissent les parents.
Zacharie était encore muet lorsque naquit son fils, et son épouse, Elisabeth, indiquait le nom que devait porter l’enfant ; ceux qui étaient là, présents, demandaient au père comment il voulait le nommer, et prenant des tablettes il écrivit le nom qu’avait déjà donné sa mère.
L’ange dit à Marie : Tu vas concevoir un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il dit de même à Joseph : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit-Saint. Elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. C’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Et l’évangéliste ajoute : Et elle lui enfanta un fils, ce qui prouve que la charité et non la chair l’avait rendu véritablement père. C’est donc ainsi qu’il est père, et il l’est réellement. Ainsi les Evangélistes ont raison de compter par lui, soit les générations descendantes, comme saint Matthieu qui va d’Abraham au Christ, soit les générations ascendantes, comme saint Luc qui s’élève par Abraham, du Christ jusqu’à Dieu. L’un compte en descendant, l’autre en montant, et tous deux comptent par Joseph. Pourquoi ? Parce qu’il est père. Pourquoi père ? Il l’est d’autant plus sûrement qu’il l’est avec plus de chasteté.
C’est dans un autre sens qu’on le croyait père de Notre Seigneur Jésus le Christ ; on estimait qu’il était père comme les pères ordinaires qui engendrent selon la chair et à qui la seule affection spirituelle ne suffit pas pour donner des enfants. Saint Luc a dit : On le croyait père de Jésus. Qu’est-ce à dire : on le croyait ? L’opinion humaine était portée à le confondre avec les pères ordinaires. Mais le Seigneur n’est point issu de Joseph, quoiqu’on ait eu cette idée, et cependant la piété, la charité de Joseph ont reçu de la Vierge Marie un fils qui est en même temps le Fils de Dieu.