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Texte du jour

fete de sainte Catherine de Sienne, 3° lecture



 

sur Luc 10, 38-42

Servir et écouter le Seigneur

Saint Augustin

Sermons 179, OC 18, p. 2s

 

Frères, si nous nous contentons d’écouter, nous goûtons une joie sans altération. Cette joie était connue de l’ami de l’époux : L’ami de l’époux se tient debout et l’écoute. Il se tient debout parce qu’il écoute. Tant qu’il écouta Dieu, le premier homme resta debout ; il ne tomba que lorsqu’il eut prêté l’oreille au serpent. L’ami de l’époux l’écoute, il se réjouit d’une grande joie à cause de la voix de l’époux.

C’est l’occupation dont Marie avait fait le choix : tandis que sa sœur Marthe était tout entière aux soins multiples du service, assise aux pieds du Seigneur, Marie écoutait sa parole dans un pieux repos. L’ami de l’époux se tenait debout, Marie était assise, mais elle n’en était pas moins debout intérieurement, de même que l’ami de l’époux était assis par son humilité : se tenir debout signifie la persévérance, être assis est un symbole de l’humilité ; le psalmiste ne dit-il pas : Levez-vous après que vous vous serez assis, vous qui mangez d’un pain de douleur. Que signifie ces paroles : Levez-vous après que vous vous serez assis ? Celui qui abaisse sera élevé.

Or, le Seigneur lui-même rend témoignage à l’excellence de l’occupation de Marie qui était assise aux pieds du Seigneur pour écouter sa parole. Marthe, absorbée tout entière par les soins du service, se plaint au Seigneur de n’être pas secondée par sa sœur ; le Seigneur lui répond : Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et te trouble de beaucoup de choses ; une seule est nécessaire, Marie a choisi part, elle ne lui sera pas ôtée. Est-ce que Marthe faisait des choses mauvaises ? Qui de nous pourra suffisamment exprimer l’excellence du devoir d’hospitalité envers les saints ? Si c’est une œuvre excellente à l’égard des saints en général, combien plus à l’égard du chef des saints et de ses principaux membres, Jésus-Christ et ses apôtres ? Est-ce que chacun de vous, qui aimez cette vertu de l’hospitalité, vous ne dites point en vous-mêmes, lorsque vous entendez le récit de ce que faisait Marthe : Ô femme heureuse, ô femme fortunée qui a mérité de recevoir le Seigneur dans sa maison, d’avoir pour hôtes les apôtres ! Ne vous laissez pas aller au découragement de ce que vous ne pouvez, comme Marthe, recevoir dans votre demeure Jésus-Christ et ses apôtres. Le Sauveur lui-même vous rassure : Ce que vous avez fait pour l’un des moindres de vos frères, c’est pour moi que vous l’avez fait. Et cependant Marie a choisi la meilleure part, parce qu’en face de cette sollicitude, de cet empressement, de ces préoccupations de tout genre où elle voyait sa sœur, elle se tenait en repos, assise aux pieds de Jésus pour l’écouter.

fete de sainte Catherine de Sienne, 2° lecture



Sur Siracide 39,1_10, ou Romains 12,1-21, ou Colossiens 3,1-17
Ô notre Résurrection

Sainte Catherine de Sienne
Jésus Christ, notre Résurrection, p. 133s

Ô notre Résurrection ! Incompréhensible et éternelle Trinité ! Ouvrez mon âme de force, ô Rédempteur ! Ô notre Résurrection !
Trinité éternelle ! Feu inextinguible, feu dont la flamme ne peut baisser même si le monde entier participait à ce feu ! Ô Lumière qui communique la lumière pour nous faire voir dans Ta lumière !
C’est en cette Lumière que je vois : sans elle, je suis aveugle, car Tu es Celui qui est : je suis celle qui n’est pas. C’est dans Ta lumière que je connais mon indigence, les besoins de l’Eglise et ceux du monde entier. Et parce que je vois ainsi dans Ta lumière, je Te demande d’écarter mon âme pour le salut du monde : sans doute de moi-même, je ne peux produire aucun fruit, mais je le peux par la vertu de Ta charité, principe de tout bien. Comme mon âme peut travailler à son salut et à l’utilité du prochain dans l’abîme de Ta charité, ainsi Ta divinité, incompréhensible et éternelle Trinité, a opéré notre salut dans l’humanité qu’elle s’était unie et qui était son instrument. Par les œuvres finies de cette humanité, elle nous a rendu des services infinis, en vertu non de l’humanité, mais de la Divinité. C’est aussi par cette vertu, Ô Trinité éternelle, que fut créé tout ce qui participe à l’être, et c’est de Toi également que proviennent toutes les ressources spirituelles et temporelles que l’homme porte en lui, mais Tu as voulu que l’homme les mît en valeur, avec son libre arbitre.
Ô Trinité éternelle ! Trinité éternelle ! Par Ta lumière, nous connaissons que Tu es ce jardin immense et éternel qui enferme en lui les fleurs et les fruits. Tu es à Toi-même une fleur de gloire, Tu portes un fruit pour Toi-même. Cette gloire et ce fruit, Tu ne peux les recevoir d’aucun autre que de Toi-même ; car s’il en était autrement, Tu ne serais plus le Dieu éternel et tout-puissant, et celui qui Te donnerait ainsi ne procèderait pas de Toi. Mais, comme je l’ai dit, Tu es à Toi-même Ta gloire, et Ton fruit, et les fruits que t’offre la créature viennent de Toi avec la faculté de les produire.

vendredi de la 2° semaine du temps pascal



Sur Apocalypse 4, 1-11
Quatre figures, quatre évangélistes

Saint Irénée de Lyon
Contre les Hérésies, SC 211, Livre III, chapitre 11, 8, p. 161s

Puisqu’il existe quatre régions dans notre monde et quatre vents principaux, puisque l’Eglise est répandue sur toute la terre et qu’elle a pour colonne et pour soutenir l’Evangile ainsi que l’Esprit de vie, il est naturel qu’elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l’incorruptibilité et rendent la vie aux hommes. C’est pourquoi le Verbe, Artisan de l’univers, lequel siège sur les Chérubins et maintient toutes choses, lorsqu’il s’est manifesté aux hommes, nous a donné un Evangile à quadruple forme, encore que maintenu par un unique Esprit. Les Chérubins ont une quadruple figure et leurs figures sont les images de l’activité du Fils de Dieu. Le premier de ces vivants est semblable à un lion, ce qui caractérise la puissance, la prééminence et la royauté du Fils de Dieu ; le second est semblable à un jeune taureau, ce qui manifeste sa fonction de sacrificateur et de prêtre ; le troisième a un visage pareil à celui d’un homme, ce qui évoque clairement sa venue humaine ; le quatrième est semblable à un aigle qui vole, ce qui indique le don de l’Esprit volant sur l’Eglise. Les Evangiles sont donc en accord avec ces vivants sur lesquels siège le Christ Jésus. Ainsi l’Evangile selon Jean raconte sa génération prééminente, puissante et glorieuse, qu’il tient du Père, en disant : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu, et Toutes choses sont été faites par son entremise, et sans lui rien n’a été fait. C’est pourquoi cet Evangile est rempli de toute espèce de hardiesse. L’Evangile selon Luc, étant de caractère sacerdotal, commence par le prêtre Zacharie offrant à Dieu le sacrifice de l’encens, car déjà était préparé le Veau gras qui serait immolé pour le recouvrement du fils cadet. Quant à Matthieu, il raconte sa génération humaine en disant : Livre de la génération de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham. Cet Evangile est donc à forme humaine, et c’est pourquoi, tout au long de celui-ci, le Seigneur demeure un homme d’humilité et de douceur. Marc enfin commence par l’Esprit prophétique survenant d’en haut ; il montre ainsi une image ailée de l’Evangile, et c’est pourquoi il annonce son message en raccourci et par touches rapides, car tel est le caractère prophétique. En somme, quadruple forme des vivants, quadruple forme de l’Evangile, quadruple forme de l’activité du Seigneur. C’est pourquoi quatre alliances furent données à l’humanité : la première, avant le Déluge au temps d’Adam ; la seconde après le Déluge au temps de Noé ; la troisième qui est le don de la Loi au temps de Moïse ; la quatrième enfin qui renouvelle et récapitule tout en elle, celle qui, par l’Evangile, élève tous les hommes et leur fait prendre leur envol vers le Royaume céleste.

jeudi de la 2° semaine du temps pascal



Sur Apocalypse 3, 1-22
Jésus ouvre à ceux qui frappent

Saint Augustin
Exposition de l’Apocalypse de saint Jean, Homélie III, OC 11, p. 507s

Nous venons d’entendre l’apôtre Jean adresser de terribles reproches à l’homme pécheur, considérons donc avec un profond sentiment de crainte et d’effroi ce qu’il dit : Je sais qu’elles sont tes œuvres, tu portes le nom de vivant et tu es mort. Or, la mort n’atteint que celui qui a commis un péché mortel, selon ces paroles du prophète Ezéchiel (18,20) : L’âme qui aura péché, mourra. Ce qu’il y a de plus affreux, c’est qu’un grand nombre portent des âmes mortes dans des corps vivants. Soyez vigilant, et confirmez le reste qui est près de mourir ; voici ce que dit le saint et véritable qui a les clés de David, c’est-à-dire la puissance royale : Qui ouvre et personne ne ferme ; qui ferme et personne n’ouvre. Il est évident que Jésus Christ ouvre à ceux qui frappent et qu’il ferme la porte de la vie aux hypocrites, c’est-à-dire à ceux qui usent de feinte et de dissimulation. Je t’ai ouvert une porte : notre Seigneur s’exprime ainsi, afin qu’on ne puisse dire que quelqu’un peut fermer même en partie la porte que Dieu ouvre à son Eglise dans le monde entier. Parce que tu as peu de forces, c’est pour Dieu un titre de gloire d’ouvrir la porte à l’Eglise qui a encore une foi faible. Et j’écrirai sur lui le nom de mon Dieu, celui qu’on imprime sur nous qui sommes chrétiens. Et le nom de la ville de mon Dieu, de la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel : cette nouvelle Jérusalem qui descend du ciel, c’est l’Eglise à qui le Seigneur donne naissance ; il l’appelle nouvelle à cause du nom chrétien qui est nouveau, et parce que nous devenons nouveaux d’anciens que nous étions : Tu n’es ni froid, ni chaud, c’est-à-dire tu es inutile ! On peut appliquer ces paroles aux riches stériles qui possèdent les biens de ce monde et ne font aucune œuvre de miséricorde ; ils ne sont point pauvres, puisqu’ils ont les richesses en partage ; ils ne sont point riches, puisqu’ils ne font point le bien avec leurs richesses. Je te donne le conseil d’acheter de moi de l’or, c’est-à-dire de faire des aumônes, de t’appliquer aux bonnes œuvres, et de devenir toi-même comme l’or, c’est-à-dire de recevoir de Dieu l’intelligence et de mériter par une vie sainte la grâce du martyre.

mercredi de la 2° semaine du temps pascal



Sur Apocalypse 2, 12-29

Des  Eglises bien réelles

Père Augustin George

Un appel à la fidélité, Les Lettres aux 7 églises d’Asie, BVC 15, p. 81s

 

Les sept Eglises de nos lettres ne sont-elles pas des symboles ? Non, l’Apocalypse est claire : les sept églises sont bien réelles ; leurs noms se placent sans difficulté sur la carte, dans la province d’Asie, l’actuelle Turquie. Sans doute, cette province possède d’autres églises chrétiennes sous le règne de Domitien. Quelques décades plus tôt, Paul passait une semaine dans la communauté de Troas, il écrivait à celle de Colosses et de Hiérapolis. Quelques décades plus tard, l’évêque Ignace d’Antioche adressera ses épîtres fameuses aux églises d’Ephèse, de Smyrne, de Philadelphie que nomme l’Apocalypse ; il écrira aussi aux églises de Magnésie et de Tralles, toutes proches. Nul doute que le symbolisme du nombre sept, si cher à l’Apocalypse (il y paraît 54 fois), n’ait joué ici : sept, c’est la plénitude ; sept églises, la totalité des chrétientés asiates.

Ce symbolisme n’enlève rien au réalisme de Jean. Il connaît à fond ces églises. Il les situe avec beaucoup de justesse dans leur cadre temporel. Pour chaque cité, il trouve des allusions à faire aux monuments, à l’histoire, à l’industrie locale. A Smyrne, Jean promet la couronne de vie ; comment ne pas songer à la « couronne de Smyrne », célébrée par les auteurs antiques, qui est l’ensemble magnifique des monuments qu’elle dresse au sommet de sa colline ? A Pergame, le trône de Satan a toutes chances d’être le temple d’Auguste, édifié en 29 avant notre ère, le premier sanctuaire en Asie du culte impérial. Thyatire possède une sibylle païenne qui a pu servir de modèle à la prophétesse hérétique décorée ici du nom symbolique de Jézabel. L’histoire de Sardes, deux fois enlevée par surprise, Cyrus en 545, Antiochus III en 213, donne tout son relief à la menace du Christ : Je viendrai comme un voleur.

Jean se préoccupe de la vie des communautés implantées en ces villes. Il en sait tous les épisodes et les difficultés locales : les démêlés avec les faux apôtres à Ephèse, l’activité des Nicolaïtes qui mêlent christianisme et paganisme à Pergame, à Thyatire, etc…

Ces églises ne sont donc pas des êtres irréels et symboliques. Elles sont bien vivantes sous le regard de Jean. Il en voit la situation avec réalisme. Son intention : il ne veut que transmettre à ces églises la parole du Seigneur. Car par la voix de Jean, c’est le Seigneur qui parle à ces églises. Pour chaque église, la lettre s’achève sur une promesse ; il ne s’agit pas par-là d’éveiller chez les fidèles quelques sordides convoitises, mais de proclamer l’espoir indéfectible de Jésus, la grâce toujours offerte : jusqu’au dernier moment, il est temps d’accueillir l’amour.

fete de saint Marc, 3° lecture



 

sur Marc 16, 15-20

Qui est missionnaire ?

 

Claire Patier

Avec saint Marc, p. 79s

 

On ne peut être témoin de la Résurrection sans être aussi envoyé : quiconque a vécu une authentique rencontre avec le Sauveur vivant devient missionnaire. L’immense allégresse de la Résurrection n’est pas faite pour demeurer cachée : c’en est fini des secrets, des paraboles, des paroles obscures. Le Christ est ressuscité, il faut l’annoncer. Le monde entier en effet est concerné par la Bonne Nouvelle de la Résurrection, selon la parole du prophète Jérémie (31,10-11) : Nations, écoutez la parole du Seigneur ! Annoncez-la dans les îles lointaines. Celui qui dispersa Israël le rassemble, il le garde comme un pasteur son troupeau. Car le Seigneur a racheté Jacob, il l’a délivré de la main d’un plus fort. Ou encore dans le psaume (64,6) : Tu nous réponds en prodiges de Justice, Dieu de notre salut, espoir des extrémités de la terre et des îles lointaines. Jésus envoie donc les disciples répandre l’Evangile, éveiller la foi et baptiser. Or, nous constatons que ceux que Jésus envoie à travers le monde sont les mêmes dont Jésus a reproché leur incrédulité de cœur (Marc 16,14). Jésus envoie des hommes incrédules et au cœur dur, appelés eux aussi à se convertir. Cela nous enseigne qu’il ne faut surtout pas attendre d’avoir une foi parfaite et un cœur totalement converti pour annoncer le Seigneur. Si c’était le cas, il n’y aurait pas beaucoup de missionnaires. Mais la pédagogie du Seigneur consiste justement à appeler des pécheurs pour leur demander d’accomplir Sa volonté ; quiconque se met à accomplir cette volonté se convertit peu à peu, et sa foi va grandir à mesure qu’il annonce le Seigneur ressuscité. Jésus s’adresse ici aux descendants d’un peuple à la nuque raide, à la foi fragile qui, cependant, avait répondu à l’appel de Dieu sur le Mont Sinaï par ces mots : Tout ce que le Seigneur a dit, nous le ferons et nous le comprendrons (Exode 27,4). Admirable réponse d’abandon et de confiance dans le Seigneur : le peuple d’Israël sait que le Seigneur donne toujours ce qu’il demande et qu’il accompagne ceux qui acceptent de répondre à Sa Parole.

fete de saint Marc, 2° lecture



 

Sur Actes 5,12-32 ou Ephésiens 4,1-16

L’Evangile selon Marc

Saint Eusèbe de Césarée

Histoire Ecclésiastique, Livre II, chapitre 15, SC 31, p. 70s

 

La Parole de Dieu s’étant répandue chez les Romains, la puissance de Simon-Pierre s’éteignit et se dissipa aussitôt avec lui.

Par contre, l’éclat de la piété brilla tellement dans les esprits des auditeurs de Pierre, qu’ils ne tinrent pas pour suffisant de l’avoir entendu une fois pour toutes, ni d’avoir reçu l’enseignement oral du message divin, mais que, par toutes sortes d’instances, ils supplièrent Marc, dont l’évangile nous est parvenu et qui était le compagnon de Pierre, de leur laisser un monument écrit de l’enseignement qui leur avait été transmis oralement : ils ne cessèrent pas leurs demandes avant d’avoir contraint Marc et ainsi ils furent la cause de la mise par écrit de l’évangile appelé « selon saint Marc ». L’apôtre, dit-on, connut le fait par une révélation de l’Esprit ; il se réjouit du désir de ces hommes, et il confirma le Livre pour la lecture dans les assemblées. Clément, dans un de ses livres, rapporte le fait et l’évêque d’Hiérapolis, nommé Papias, le confirme ainsi dans son témoignage que voici : « Marc qui était l’interprète de Pierre, a écrit avec exactitude, mais pourtant sans ordre, tout ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit ou fait par le Seigneur. Car il n’avait pas entendu, ni accompagné le Seigneur ; mais plus tard, il a accompagné Pierre. Celui-ci donnait ses enseignements selon les besoins, mais sans faire une synthèse des paroles du Seigneur. De la sorte, Marc n’a pas commis d’erreurs en écrivant comme il se souvenait. Il n’a eu en effet qu’un seul dessein, celui de ne rien laisser de côté de ce qu’il avait entendu et de ne tromper en rien dans ce qu’il rapportait ».

Pierre fait mention de Marc dans sa première épître, que, dit-on, il composa à Rome même, ce qu’il signifie lui-même en appelant cette ville d’une manière métaphorique Babylone, dans ce passage : « L’élue qui est à Babylone, ainsi que Marc, mon fils, vous salue ».

On dit que Marc fut, le premier, envoyé en Egypte, qu’il y prêcha l’Evangile qu’il avait composé et qu’il établit des Eglises, d’abord à Alexandrie même.

lundi de la 2° semaine du temps pascal



Sur Apocalypse 1, 1-20

Apparition du Ressuscité au déporté de Patmos

 

Père Léon Ramlot

Bible et Vie Chrétienne, n° 36, décembre 1960, p. 17s

 

Moi, Jean, votre frère. Ce moi du visionnaire évoque un peu celui de Paul lorsqu’il devait défendre son ministère (2 Corinthiens), mais ici la nuance est différente, il est témoignage d’authenticité, affirmation de l’autorité prophétique (Daniel 7,28), mais le rapprochement le plus significatif nous vient des discours de Jésus, et spécialement des déclarations solennelles, Moi, Je suis, retenues précisément par l’évangéliste  Jean.

Après avoir évoqué le lieu de sa déportation, Patmos, petite île de la mer Egée, l’auteur précise la manière et le moment de son expérience divine. Jean tombe en extase le Jour du Seigneur, dont nous avons fait le Dies Domini, c’est-à-dire le dimanche, jour consacré au Christ ressuscité, jour pendant lequel se tenaient les réunions liturgiques. La vision nous présente précisément le Christ vainqueur de la mort.

Je fus ravi en esprit, déclare Jean. L’extase est ce ravissement de l’âme que connut Pierre lors de la vision de Césarée, avec le ciel ouvert, et l’apparition de la nappe avec les animaux impurs. Ce fut aussi l’expérience de Paul, de retour à Jérusalem, qui, pendant sa prière au Temple, tomba en extase devant une apparition du Seigneur, accompagnée d’un dialogue qui lui précisait sa mission auprès de païens (Actes 22,17-21). Ainsi donc, trois des principaux apôtres auraient bénéficiaient d’extases, ordonnées d’ailleurs à leur ministère propre. C’est très précisément ici une vision à écrire sur un livre à destination des sept Eglises d’Asie Mineure.

La vision s’accompagne d’audition, et l’amplitude des sons est comparée, tantôt à celle d’une trompette (v. 10), tantôt à celle du mugissement des grandes eaux (v. 15). Et au milieu des sept chandeliers, l’apôtre voit une semblance de Fils d’homme s’y promenant. Selon une symbolique essentiellement biblique, le voyant insinue un caractère divin à son personnage. L’effroi religieux est noté avec la dernière énergie : Je tombai à ses pieds comme mort. L’instant d’effroi passé, le visionnaire exprime le sentiment de confiance qui l’envahit par ce geste de la familiarité le plus amicale : Il posa sa droite sur moi. Le titre de Vivant que se donne le personnage, on sait combien il est caractéristique du Dieu de la Bible et l’attribut de Dieu dans le Nouveau Testament ; la possession des clés de la mort et de l’Hadès est une manière symbolique d’affirmer la définitive puissance du Christ sur la mort, l’Hadès étant ici la personnification de la mort. Le Fils de l’Homme manifeste alors la sollicitude qu’il porte à son Eglise dans le présent et dans l’avenir.

2° dimanche de Paques, 3° lecture



Sur Jean 20, 19-31
Huit jours après

Père Lev Gillet
Au cœur de la fournaise, p. 55s

Jésus convie Thomas à toucher les plaies de la passion. Quel est le sens de cette invitation ? C’est tout d’abord un appel à une relation d’intimité avec le Seigneur lui-même. Notre Sauveur ne se tient pas loin de nous ; il permet, il désire même que nous le touchions en esprit. Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis, avait-il dit aux disciples (Jean 15,5). Il attend de nous une approche personnelle, spontanée, une approche de confiance et de tendresse où le cœur parle au cœur.
De plus, Jésus veut que, dans cette approche, ses plaies, c’est-à-dire sa souffrance et sa mort, ne soient jamais oubliées. Il désire éviter qu’un attachement unilatéral à sa transfiguration et à sa résurrection ne nous incline à méconnaître, à diminuer la réalité de son humanité sainte, humiliée et souffrante du Rédempteur. Le corps que Jésus nous a dit de prendre est un corps brisé, le sang qu’il nous a dit de boire est un sang répandu. La parfaite union du Vendredi saint et du Jour de Pâques nous est lumineusement montrée dans l’évangile de ce jour. Voulant manifester à Thomas la vérité de la Résurrection, Jésus l’invite à toucher les meurtrissures par lesquelles nous avons été guéris (Isaïe 532,5).
Comment nous est-il possible de mettre nos doigts dans la marque des clous et notre main dans le côté du Sauveur ? Aujourd’hui, Jésus n’a pas de mains visibles autres que celles des hommes, pas de côté visible autre que celui des hommes. Si nous croyons vraiment que les êtres humains sont les membres du corps du Christ, et que le moindre verre d’eau donné à une personne assoiffée est donné à Jésus lui-même, alors nous avons un moyen infaillible d’atteindre le Sauveur. Lorsqu’il nous est difficile d’élever nos cœurs vers Dieu et de le trouver dans la prière, il nous est toujours possible de descendre vers le Christ, c’est-à-dire de le chercher et de le trouver dans ses membres les plus souffrants et les plus méprisés. A ce moment-là, la réalité de la résurrection nous devient tangible au sens littéral du mot. Celui qui se penche vers son frère malheureux ou souillé, celui qui n’hésite pas à toucher sa lèpre, touche le corps de son Seigneur. Il sent qu’il reçoit une expérience vécue de la Présence divine. A Jésus qui lui demande de n’être plus incrédule, mais de croire, Thomas répond par une acclamation : Mon Seigneur et mon Dieu. Ce cri est remarquablement personnel, Thomas ne dit pas Seigneur Dieu ; il dit : Mon Seigneur et mon Dieu.

2° dimanche de Paques, 2° lecture



Sur Colossiens 3, 1-17

« Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ… »

 

Saint Augustin

Sermons, IIème série, OC 18, sermon 231, chapitre 3-4, p. 196s

 

Si vous êtes ressuscités avec le Christ. Comment ressuscités, puisque nous ne sommes pas encore morts ? Le Christ lui-même n’aurait pu ressusciter avant de mourir ! L’Apôtre Paul parle à des vivants, et il voudrait les voir déjà ressuscités ? IL s’explique : Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où le Christ trône à la droite du Père. Goûtez ce qui est d’en haut et non ce qui est de la terre. Car vous êtes morts ! Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’Apôtre. Il dit vrai : si nous vivons bien,  nous sommes morts et ressuscités. Celui qui n’est pas encore mort et ressuscité, c’est qu’il vit mal. Or, s’il vit mal, il ne vit pas : qu’il meure donc pour ne pas mourir ! Qu’est-ce à dire qu’il meure pour ne pas mourir ? Qu’il change pour n’être pas damné. Répétons les paroles de l’Apôtre : Si vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez ce qui est d’en haut, là où le Christ trône à la droite de Dieu : goûtez ce qui est d’en haut et non ce qui est de la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Lorsque le Christ apparaîtra, lui, votre vie, alors vous aussi vous apparaîtrez avec lui dans la gloire. Telles sont les paroles de l’Apôtre. A qui n’est pas encore mort, je dis : Meurs ! A qui vit encore mal, je dis : Change ! Car s’il a cessé de vivre mal, il est mort ; et s’il vit bien, il est ressuscité.

Vivre bien d’accord, mais vivre comment ? Vivre bien, c’est vivre chrétiennement. Et qu’est-ce que vivre chrétiennement ? C’est goûter les choses d’en haut, non celles de la terre. Jusques à quand resterez-vous terre, et retournerez-vous en terre ? En aimant la terre, vous léchez en quelque sorte la terre, et vous devenez l’ennemi de Celui dont il est dit dans un psaume (71,9) : Ses ennemis lècheront la terre. Qu’étiez-vous ? Les enfants des hommes ; qu’êtes-vous maintenant ? Les enfants de Dieu. Pendant que nous vivons dans cette chair corruptible, mourons donc avec le Christ en changeant notre manière de vivre. Vivons avec le Christ par notre recherche d’une vie droite. Et la vie bienheureuse, nous la recevrons quand nous irons au Christ qui est venu à nous, quand nous vivons enfin avec Celui qui est mort pour nous.