Bouquet de la fête du Christ roi
Bouquet des obsèques du père Jean-Gabriel
Abbaye de Tournay le 5 mars 2011
Père Jean-Gabriel,
Quelques jours après Pâques, en 2009, alors qu’une de vos amies avait fait des photos des bouquets de l’église, je lui ai partagé un peu du sens que j’avais voulu mettre dans ces compositions. Vous m’avez dit alors : Mais il faut le dire, il faut l’écrire pour que les gens sachent ! J’ai bien entendu cette exhortation, répétée à plusieurs reprises, mais jamais je ne l’ai mise en pratique. J’ai pensé qu’il valait mieux être « discret ». Ceux qui ont envie de savoir me demanderont bien me suis-je dit. Est-ce de l’humilité ? De la pudeur ? Je ne sais pas. Pour une fois je vais commencer à vous obéir, et je partage avec ceux qui voudront le lire quelques idées qui m’ont guidé pour faire cette composition qui devait accompagner les dernières liturgies avec vous. C’est mon humble façon de vous rendre hommage. Le site internet de l’abbaye a depuis quelques jours une rubrique d’art floral. C’est vous qui allez l’inaugurer.
L’enjeu avait quelque chose de redoutable. Auriez-vous souhaité quelque chose en particulier ? Abondance de fleurs ? Rien ? Je ne savais pas. Je me suis alors lancé avec ce que j’ai trouvé.
A l’ombre des chênes de Jamblusse vous avez vu le jour, c’était il y a presque un siècle. J’ai donc tout naturellement cherché du chêne pour construire la structure de la composition que j’allais faire. Personne n’est arrivé du Lot vendredi sinon j’aurais demandé que l’on rapporte des branches de chêne, ça aurait été du vrai. Ici il y a des chênes blancs mais pas de ceux du Causse de Jamblusse.
Les branches sont nues, à cette époque de l’année en effet il n’y a pas de feuilles. Une feuille morte tient encore à l’une des branches. Certains voudront voir ici le symbole de votre grand passage : des branches sans feuilles vertes. Pourtant si on regarde de près les branches portent des bougeons qui vont éclore, le printemps est tout proche. Je préfère y lire le symbole de la vie nouvelle dans laquelle vous venez d’entrer.
Vous n’avez pas attendu le temps des feuilles vertes. Vous nous coupez un peu l’herbe sous les pieds. Nous étions prêts à fêter vos quatre-vingt dix neuf ans. Et surtout nous nous préparions à vos soixante quinze ans de sacerdoce. Nous avions fixé la date au 11 juillet prochain, Monseigneur Norbert Turini, évêque de Cahors devait être là, et déjà nous le disions aux uns et autres parce que certains ont des agendas très occupés. Qu’allons-nous faire le jour de la saint Benoît ? Ne faudrait-il pas laisser réunir ceux qui devaient venir pour faire mémoire de vous ?
Après la structure, venait le problème des fleurs. Dans la propriété pas encore de marguerites, de pâquerettes, de jonquilles, autant de fleurs qui auraient évoquées vos propos dans la vidéo de 2007 ou encore votre dernière homélie. Les fleurs se laissent regarder par le soleil et nous avons à faire de même avec le Bon Dieu. Fallait-il acheter des fleurs ? Quand je me suis posé cette question j’ai pensé que vous auriez dit : Ce n’est pas raisonnable ; selon votre expression. J’ai vous ai revu aussi dans ma tête faisant vos homélies sur des derrières d’enveloppes que vous récupériez de votre nombreuse correspondance. Je me suis demandé alors ce que j’avais sous la main. Une de nos oblates, qui donne régulièrement quelques fleurs quand le jardin manque à ses devoirs, avait laissé des œillets la semaine dernière et des lis pour le dimanche suivant. J’ai donc utilisé ces lis avec quelques jours d’avance pour vous.
Trois tiges de lis, inutile de s’attarder sur la symbolique du chiffre trois, qui donnent huit fleurs. Là c’était déjà mieux. Qui aura compté ces huit fleurs de lis ? Les initiés se rappelleront que huit est le chiffre du huitième jour, jour de la résurrection vers laquelle vous êtes maintenant entré à la suite du Christ.
S’il y a huit fleurs de lis, sept sont épanouies, et une encore en bouton. Sept pour évoquer les dons de l’Esprit, le parfait, la vie de Dieu. Sept c’est aussi le chiffre des jours de la semaine pour rappeler ce temps de l’Incarnation dans lequel vous avez vécu. Et il reste un lis encore en bouton. Que faut-il en faire ? Peut-être laisser à chacun d’y mettre sa griffe.
Enfin dans la base du bouquet on notera des feuilles de laurier. Vous saviez que j’aime particulièrement ce végétal parce qu’il a des feuilles persistantes et qu’il nous rappelle une dimension d’éternité. Cette éternité que vous avez décidé de rejoindre si j’ose écrire. Après les premiers examens à la Clinique, vous m’avez dit et c’est la dernière parole que j’ai reçue de vous : Nous allons rentrer maintenant, je n’ai rien à faire ici. Aviez-vous décidé que vous n’aviez plus rien à faire sur cette terre et qu’il était temps de rejoindre la patrie céleste ?
Frère Laurent



