3° lecture Dimanche de la 24ème semaine du Temps Ordinaire – A

Matthieu 18, 21-35

« Remets, il te sera remis »

Saint Augustin

Sermon 210, OC 18, p. 123s

          Que le cœur doux et humble soit miséricordieux, et facile à accorder le pardon. Que celui qui a fait l’outrage demande pardon ; que celui qui l’a subi l’accorde afin que nous ne tombions pas au pouvoir de Satan, qui triomphe des dissentiments des chrétiens. Quelle aumône avantageuse de remettre à ton frère ce qu’il te doit, afin d’obtenir la remise de ce que tu dois au Seigneur ! C’est le Maître céleste qui a recommandé à ses disciples ce double devoir : Remettez, et il vous sera remis ; donnez et on vous donnera. Souvenez-vous de ce serviteur de qui son maître exigea de nouveau le paiement de toute la dette dont il l’avait tenu quitte, et cela parce qu’envers son compagnon, qui leur était redevable de cent deniers, ce serviteur n’avait pas usé de miséricorde comme on en avait usé envers lui au sujet de sa dette de dix mille talents. Or, en ce genre de bonnes œuvres, aucune excuse n’est valable, puisqu’il ne faut que de la volonté. On peut dire quelquefois : je ne puis jeûner, car j’aurais mal à l’estomac. On peut dire encore : je voudrais donner aux pauvres, mais je n’ai rien ; ou bien : j’ai si peu qu’en donnant je crains de tomber dans la misère. Remarquons toutefois que souvent, dans ces circonstances, on imagine de fausses excuses, parce qu’on en a pas de solides. Mais peut-on dire jamais : si je n’ai pas accordé le pardon qui m‘était demandé, c’est que j’en ai été empêché par ma faible santé, ou que je n’avais aucun moyen de le faire parvenir ? Remets, pour qu’on te remette. Il ne s’agit pas ici de bonne œuvre corporelle. Pour accorder ce qui est demandé, il ne faut pas même à l’âme le concours d’un seul des membres du corps. C’est la volonté qui fait, qui accomplit tout. Agis donc, donne sans inquiétude ; tu n’auras aucune douleur à endurer dans ton corps, aucune privation à subir dans ta maison. Ô mes frères, quel crime de ne pas pardonner à un frère qui se repend, quand on est obligé d’aimer son ennemi même ! Puisqu’il en est ainsi et puisqu’il est écrit : Que le soleil ne se couche pas sur votre colère, je vous le demande, mes frères, doit-on appeler chrétien celui qui maintenant au moins ne veut pas en finir avec des inimitiés que jamais il n’aurait dû contracter ?