Lundi de la 18ème semaine du Temps Ordinaire

Joël 1,13 – 2,11

Le jour de Yahvé dans Joël

Père Jean Bourke

Revue Biblique, tome LXVI, 1959, p. 211s

          Joël est le visionnaire qui a vu la Loi et les Prophètes dans une plaie de sauterelles. Sa signification consiste dans ce que ce fait implique. Le Dieu de Moïse, le Dieu de l’Alliance, Yahvé qui s’est servi tour à tour des Assyriens, des Egyptiens, des Babyloniens comme instrument pour châtier son peuple pécheur, et qui les a rejetés ensuite, se sert maintenant, pour le même but, d’un vol de sauterelles, et de même façon les rejette. Il est Celui dont la sainteté destructrice s’était exprimée depuis l’antiquité dans le tremblement de terre et le feu, dans les ténèbres en plein midi, dans le rugissement et le tumulte de la bataille. Maintenant Joël sent que le coup brûlant et catastrophique de cette sainteté se renouvelle dans les nuées d’insectes qui s’approchent, et dans le rugissement étourdissant de leurs ailes. Cela est la Loi et les Prophètes. Les prophètes ressuscitent et reformulent en termes contemporains les anciennes conceptions de la Loi. Dans leur doctrine du Jour de Yahvé, la sainteté du Dieu de l’Alliance est attirée vers un point précis de l’espace et du temps, et fait irruption dans le hic et nunc. Voir cette sainteté en œuvres dans les batailles et les grandes armées, voir rayonner du chaos et de la cruauté de la guerre cette gloire dynamique, cela est sublime. Mais voir ce même coup dans des insectes voraces, dans des récoltes manquées et dans des champs ravagés, cela implique une vision prophétique non moins grande, mais au contraire beaucoup plus intense ; cela exige la capacité de reconnaître et de révérer la main de Dieu dans ce qui est ordinaire. On ne pourrait revendiquer, me semble-t-il, message plus profond pour Joël.

Mais en même temps qu’il confronte ses auditeurs au Dieu terrible du Sinaï, Joël leur rappelle qu’il est leur Dieu et qu’ils sont son peuple. Ils obtiennent délivrance et refuge,  non pas en reculant devant la tempête de sainteté, mais en courant vers son centre même, au Temple. Ils doivent aller à la rencontre des menaces traditionnelles de la vengeance de Dieu, avec la réponse traditionnelle d’Israël, humilité et vrai repentir de la communauté entière, manifestés à Dieu dans son Temple par les prêtres. Ainsi l’instrument de châtiment est brisé et rejeté de la demeure de Dieu au milieu de son peuple et en réponse à sa prière. Sainteté devient, une fois de plus, bénédiction et vie pour Israël, là où dans le passé elle a signifié malédiction et mort. Les relations de l’Alliance sont restaurées : Israël, séparé de son Dieu par ses péchés, devient de nouveau un avec lui par son repentir. Cela est la Loi et les Prophètes.