3° Lecture Solennité de l’Ascension du Seigneur – A

Matthieu 28, 16-20

L’Ascension : réconciliation de toute la création

Saint Augustin

L’Ascension, triomphe du Christ, VS 72, 1945, p. 295s

          Les puissances de l’enfer sont vaincues, le salut du monde est achevé. Le vainqueur peut maintenant entrer en triomphe et siéger pour régner. La Résurrection et l’Ascension sont inséparables : les anciennes images représentaient la Résurrection du Christ comme une Ascension. L’Ascension, qui eut lieu quarante jours après Pâques, ne fut en quelque sorte que la manifestation publique, solennelle, officielle, de ce fait que le Christ était déjà rentré dans sa gloire et réellement monté au ciel. Mais le Christ ne monte pas seul. Il emmène avec lui tous les captifs délivrés : les Justes de l’Ancien Testament qui attendaient sa venue, et nous qu’il a ravis à l’empire de Satan.

            Ce cortège triomphal se déplace parmi les anges et se fraie un passage à travers les astres. Avec saint Paul, les Anciens admettaient que les puissances de l’air nous sont hostiles, et que le Christ a dû les vaincre, elles aussi, en leur manifestant, par son étonnante Ascension, sa divinité. Le triomphe du Christ à l’égard des anges revêt un double aspect : aux bons anges, il nous réunit ; les mauvais anges, il  les domine.

            Comme les esprits angéliques, les éléments du monde sont témoins du triomphe du Sauveur. Le Christ les a vaincus et surmontés : Il s’élève par-delà les cieux, chante la liturgie. Certains textes insinuent même que pour passer à travers les cieux et les astres, auxquels président les puissances de l’air, il rencontre et maîtrise une certaine résistance ; le Christ domine les éléments matériels et les met à son service : le nuage qui le dérobe aux yeux de ses apôtres lui fait comme un char impérial.

            Quel est le sens de toutes ces expressions ? Ce qu’elles contiennent de vérité, c’est cette réalité fondamentale : dans le Verbe Incarné s’inaugure et s’achève la réconciliation de toute la création : les anges et les hommes ne sont plus dissociés ; toutes les créatures spirituelles sont réunies entre elles, et, dans les sacrements, la matière elle-même est élevée à la dignité d’instrument du salut des hommes. Notre chant désormais, et notre liturgie s’insèrent dans un chœur où tous les êtres font leur partie, chacun rendant à la bonté et à la justice de Dieu le culte dont il est capable : Le ciel entonne des louanges, le monde exalte en jubilant, l’enfer hurle et gémit.

            Les apôtres regardent le ciel, les anges en descendent pour les consoler ; tous sont d’accord pour rendre grâces : la chair humaine à qui Dieu avait dit : Tu retourneras à la terre, la voici élevée dans la personne de Jésus au-dessus des archanges.