3° lecture Fête de saint Benoît

Matthieu 19, 27-29 ou Jean 17, 20-26

L’humilité du cœur

Saint Guerric d’Igny

Sermons pour la fête de la Toussaint, OC 202, p. 507s

        Je voudrais vous rappeler, frères, que la véritable et bienheureuse pauvreté en esprit réside plutôt dans l’humilité du cœur que dans la modicité du patrimoine ; qu’elle consiste plus à renoncer à l’orgueil qu’à mépriser les ressources matérielles. Il est parfois utile de posséder des ressources ; il est toujours dommageable de garder de l’orgueil. Le diable ne possède rien dans le monde, et ne désire rien posséder ; mais il est condamné uniquement, ou du moins principalement, pour son orgueil.

        Il sert donc peu de renoncer aux possessions de ce monde, si l’on ne porte pas le renoncement dans ses mœurs ; il est même insensé et ridicule de se dépouiller des richesses, et de s’embarrasser dans les vices des riches ; de se rendre pauvre de biens, et de ne pas s’enrichir de vertus ; de tout quitter et de ne pas suivre le Christ, en favorisant même plutôt dans le camp du Christ, le parti de l’Antéchrist. De fait, celui-là favorise le parti de l’Antéchrist, qui s’enrôle au service de l’orgueil et qui combat, par sa conduite, le nom saint qu’il professe par ses paroles ou par son habit. L’humilité est l’étendard du Christ, l’orgueil celui de l’Antéchrist, ou plutôt celui du diable, son chef, qui règne sur tous les fils de l’orgueil et qui, depuis le commencement, pèche par orgueil.

        Glorifions-nous donc, frères, d’être pauvres pour le Christ, mais efforçons-nous d’être humbles avec le Christ. Il n’y a rien de plus détestable qu’un pauvre orgueilleux ; il n’est rien, non plus, de plus misérable, puisque présentement la pauvreté l’afflige, et l’orgueil le damne pour l’éternité. Mais un pauvre humble, bien qu’il soit brûlé et purifié dans la fournaise de la pauvreté, est réjoui par le rafraîchissement qui lui vient de sa conscience riche, et se console par la promesse de la sainte espérance. Car il sait et il sent qu’il possède le royaume de Dieu, et qu’il le porte déjà en lui-même comme en sa semence et sa racine, lesquelles sont les prémices de l’Esprit et les arrhes de l’héritage éternel.