3° lecture Dimanche de la 4ème semaine du Temps de Carême – A

Jean 9, 1-41

Une autre lumière

Annie Jaubert

Approches de l’évangile de Jean, p. 90s

        L’affirmation Jésus-Lumière oriente vers une autre signification que celle de la vue corporelle. De quel aveuglement Jésus guérit-il l’aveugle-né ? C’était un thème déjà bien connu en Israël que celui de l’aveuglement ou de la surdité spirituels. L’aveugle de naissance, qui n’a pas péché, ni lui, ni ses parents, figure la condition native des hommes, l’obscurité dont ils ne sont pas coupables.

        Deux scènes pleines d’humour suivent la guérison de l’aveugle. Les voisins surpris s’interrogent mutuellement et les pharisiens se divisent. C’était un jour de sabbat que, pour guérir l’aveugle, Jésus avait fait de la boue (un travail défendu !). Certains disaient : Cet homme ne vient pas de Dieu : il n’observe pas le sabbat ; d’autre répliquaient : Comment un pécheur pourrait-il faire de pareils miracles ? Jean a le secret de ces scènes de confusion face aux signes donnés par Jésus. Pour le théologien pharisien, le signe contredisait la Loi du sabbat : il avait de bonnes raisons de na pas croire ! Aussi les pharisiens s’en tirent par une question à l’aveugle guéri : Et toi, que dis-tu de lui ? Et l’homme de répondre aussitôt : C’est un prophète !

        La scène suivante élargit la perspective. Les pharisiens ont cédé la place aux Juifs. Ceux-ci convoquent les parents de l’aveugle qui ont peur d’être exclus de la Synagogue. Puis une seconde fois les pharisiens rentrent en scène, convoquent l’homme qui avait été aveugle, pour lui dire : Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur ! Désormais, les pharisiens n’hésitent plus, ils savent, ils ont jugé.

        Et voilà que l’ironie est manifeste : l’aveugle fait la leçon aux responsables juifs, presque en se moquant d’eux : Avez-vous envie, vous aussi de devenir ses disciples ? Les chefs sont du côté de Moïse, ils jugent d’après Moïse : Lui, nous savons d’où il est.

Leur vue s’est obscurcie ! Or, en sens inverse, l’aveugle, lui, y voit de plus en plus clair ! Pour lui, Jésus était d’abord L’homme qu’on appelle Jésus, puis un prophète. Il confesse alors devant la Synagogue : Cet homme vient de Dieu. Il a souffert pour une vérité qui s’est dévoilée progressivement à lui. Le terrain est préparé pour la révélation totale : Crois-tu au Fils de l’homme ? – Qui est-il, Seigneur ? – Tu le vois, c’est lui qui te parle. – Je crois, Seigneur.

Les deux trajets sont inverses. La vue qu’a recouvrée l’aveugle-né est signe d’une autre lumière, mais ceux qui voyaient (qui croyaient voir) sont devenus aveugles : c’est la suffisance de l’homme se fiant à ses propres lumières !