Samedi après l’Epiphanie

Jean 3, 22-30

La joie spirituelle

Cardinal Jean Daniélou

Jean-Baptiste, témoin de l’Agneau, p. 137s

        Celui qui a l’épouse est l’époux. Jean-Baptiste, dans son intelligence illuminée par l’Esprit-Saint, pénètre au-delà des apparences. Par l’esprit de prophétie, il contemple la merveille en train de s’accomplir, et cette merveille, c’est la présence de l’époux. L’Epoux, c’est le Verbe de Dieu venu chercher la nature humaine qu’il avait modelé dès l’origine et que, après les longues fiançailles de l’Ancien Testament, il s’unit maintenant, en se faisant chair, d’une union désormais indéfectible. Inaugurée dans l’Incarnation, cette union se continuera dans l’Eglise que l’auteur de l’Apocalypse nous montre, parée comme une fiancé pour son époux. Elle se réalise aussi dans chaque âme appelée à vivre ce mystère nuptial et à être comblée des dons de l’époux. C’est l’âme de Jean qui, ici, la première, est introduite dans ce mystère nuptial. Pour lui, contempler l’union du Verbe et de la nature humaine, c’est déjà être introduit dans cette union.

        Ainsi une même réalité, à savoir que ceux qui le suivaient suivent maintenant Jésus, qui jette ses propres disciples dans la tristesse, parce qu’ils s’arrêtent aux apparences charnelles, fait exulter l’âme de Jean, parce qu’il en pénètre le contenu spirituel : Quant à l’ami de l’époux, qui  est là à écouter, il est tout à la joie en entendant la voix de l’époux. Jean contemple, en voyant ses disciples le quitter pour aller à Jésus, l’accomplissement du mystère des noces. Ils viennent à Jésus parce qu’ils sont l’humanité qui vient s’unir à l’Epoux. Et ceci ravit l’âme de Jean d’une telle joie, d’une joie si divine, qu’il ne peut avoir le moindre regard vers lui-même et penser que ces âmes allant vers le Christ sont ses disciples qui le quittent. Il est tout à la joie en entendant la voix de l’Epoux, c’est-à-dire la parole même du Christ qui, non seulement touche ses oreilles, mais retentit dans les profondeurs de son cœur. Et, cette joie qui est la mienne, dit-il, est à son comble. Le fait que cette joie soit ici à son comble, marque bien que cet épisode représente une croissance nouvelle dans ce qui semble une diminution. C’est à mesure qu’il se vide de lui-même que Jésus se remplit : Lui, il faut qu’il grandisse, et moi que je diminue.