3° lecture Fête de saint André, apôtre

Matthieu 4, 18-22

Avec André et Pierre, à la suite du Christ

Saint Grégoire le Grand

Homélie 5 sur Matthieu, PL 76, col. 1093

        Vous avez entendu, frères, qu’au premier appel Pierre et André laissèrent leurs filets et suivirent le Rédempteur. Or ils ne lui avaient encore vu faire aucun miracle, il ne leur avait rien dit de la récompense éternelle ; et cependant, sur un seul ordre du Seigneur, ils oublièrent tout ce qu’ils paraissaient posséder. Et nous, combien avons-nous vu de miracles, combien avons-nous éprouvés de fléaux, que de menaces nous effraient !, et nous dédaignons de suivre Celui qui nous appelle.

        Mais peut-être l’un ou l’autre d’entre vous se dit-il en lui-même : Qu’ont-ils laissé, à la voix du Seigneur, ces deux pêcheurs qui n’avaient presque rien ? En cette affaire, frères, nous devons peser plutôt l’amour que l’argent. Il a beaucoup laissé, celui qui n’a rien gardé pour lui ! Il a beaucoup laissé, celui qui a abandonné tout le peu qu’il avait ! Quant à nous, non seulement nous gardons avec soin ce que nous possédons, mais nous poursuivons avec convoitise ce que nous n’avons pas. Pierre et André ont beaucoup laissé, quand ils ont abandonné, l’un et l’autre, jusqu’au désir d’avoir.

        Pour les choses qui nous sont extérieures, le Seigneur se contente de peu. Il pèse le cœur, non l’argent. Il examine non pas combien on lui offre en sacrifice, mais de quel cœur on le fait. Si nous ne regardons que la valeur marchande, ces célestes spéculateurs ont acheté, pour une barque et des filets, une vie éternelle semblable à celle des anges. Il n’est pas question de fixer un prix, mais le Royaume vaut tout ce que tu as. A Pierre et André, il a coûté une barque et des filets, à la veuve deux petites pièces, à tel autre un verre d’eau fraîche.

        Allons, frères, puisque nous célébrons la fête de saint André, il nous faut imiter ce que nous honorons. La vraie fête est celle qui consiste dans un changement de l’âme ; elle prouve la sincérité de notre fête extérieure. Méprisons les choses de la terre, abandonnons ce qui passe, achetons de l’éternel. Si nous ne pouvons encore abandonner ce qui nous appartient, du moins, ne convoitons pas les biens des autres ! Si notre âme n’est pas encore embrasée du feu de l’amour, que du moins le frein de la crainte la retienne dans son ambition : elle fera des progrès et deviendra forte. Pour aujourd’hui, elle se retient seulement de désirer le bien d’autrui, mais un jour elle méprisera même ce qui est à elle, par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, avec le Père et l’Esprit-Saint, vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.