Mardi de la 27ème semaine du Temps Ordinaire

2 Rois 18, 17-36

Vouloir séparer le corps de la tête, c’est le fait de l’ennemi Paul VI

Jacques Bénigne Bossuet

Politique tirée des propres paroles de l’Ecritures, livre V, art. 1er

Dans le style ordinaire de l’Ecriture, les ennemis de l’Etat sont appelés aussi les ennemis du roi. Saül appelle ses ennemis les Philistins, ennemis du peuple de Dieu. David, ayant défait les Philistins, s’exclame : Dieu a défait mes ennemis. Et il n’est pas besoin de rapporter d’autres exemples d’une chose trop claire pour être prouvée !

Il ne faut donc point penser, ni qu’on puisse attaquer le peuple sans attaquer le roi, ni qu’on puisse attaquer le roi sans attaquer le peuple.

C’était une allusion trop grossière que ce discours que faisait Rabsakès, général de l’armée de Sennakérib, roi d’Assyrie. Son maître l’avait envoyé pour exterminer Jérusalem, et transporter les Juifs hors de leur pays. Il fait semblant d’avoir pitié du peuple réduit à l’extrémité par la guerre, et tâche de le soulever contre son roi Ezékias.

Voici comme il parle devant tout le peuple aux envoyés de ce prince : Ce n’est pas à Ezékias, votre maître, que le roi mon maître m’a envoyé à ce pauvre peuple, il m’a envoyé à ce pauvre peuple réduit à se nourrir de ses excréments. Puis il cria à tout le peuple : Ecoutez les paroles du grand roi, le roi d’Assyrie. Voici ce que dit le roi : Qu’Ezékias ne vous trompe pas, car il ne pourra vous délivrer de ma main. Ne l’écoutez pas, mais écoutez ce que dit le roi des Assyriens : Faites ce qui vous est utile et venez à moi. Chacun de vous mangera de sa vigne et de son figuier, et boira de l’eau de sa citerne, jusqu’à ce que je vous transporte à une terre aussi bonne et aussi fertile que la vôtre, abondante en vin, en blé, en miel, en olives et en toutes sortes de fruits : n’écoutez donc plus Ezékias qui vous trompe.

Flatter le peuple pour le séparer des intérêts de son roi, c’est lui faire la plus cruelle de toutes les guerres, et ajouter la sédition à ses autres maux.

Que le peuple détestent donc les Rabszkès, et tous ceux qui font semblant de les aimer, lorsqu’ils attaquent leur roi. On n’attaque jamais tant le corps, que quand on l’attaque dans la tête, quoiqu’on paraisse pour un temps flatter les autres parties.