3° lecture Fête de Tous les Saints

S’approcher de DieuPaul VI

Saint Grégoire de Nysse

Les Béatitudes, VI, PG 44, 1265s

        La promesse de voir Dieu dépasse toute béatitude. Dans l’Ecriture, voir c’est posséder. Celui qui voit Dieu a obtenu tous les biens que l’on peut recevoir.

        Mais pour voir Dieu, comment purifier son cœur ? Tu peux l’apprendre dans toute la doctrine de l’Evangile. Si tu parcours tous ses enseignements, les uns après les autres, tu y trouveras le remède certain qui purifie le cœur.

        O homme, en qui se trouve une avidité de contempler le bien, quand tu entends dire que la divine majesté et l’ineffable beauté ne se peuvent percevoir, ne désespère pas, comme s’il était impossible de voir ce que tu désires. Il existe en toi un mode de contempler Dieu, car Celui qui t’a formé a pour ainsi dire consubstantié et incorporé ce bien à ta nature. A ta fabrication, à ta constitution, Dieu a imprimé et informé des ressemblances et des imitations de sa propre nature, comme on imprime sur la cire un sceau gravé.

        Comme il arrive au fer, quand on l’a débarrassé de la rouille en l’aiguisant contre la pierre, et que, noir l’instant d’avant, il brille en face du soleil et reproduit sur lui-même des lueurs et des éclairs, ainsi l’homme intérieur, que le Seigneur appelle le cœur. Quand il aura rejeté la couche de rouille qui s’était accumulé sur sa forme par une moisissure mauvaise, il reprendra la ressemblance de son archétype, et il sera bon. Car évidemment, ce qui est semblable au Bon est bon.

        Alors, celui qui se voit lui-même voit en lui ce qu’il désire, ce dont il a la nostalgie, et ainsi le cœur pur devient bienheureux ; car en regardant vers sa propre pureté, il voit l’archétype dans l’image.

        Comme, en effet, celui qui voit le soleil dans un miroir sans tendre son regard vers le ciel, voit le soleil dans la lumière du miroir tout autant que celui qui regarde directement le disque même du soleil, ainsi en sera-t-il pour toi, dit le Seigneur : sans doute tu es impuissant à regarder en face la lumière ; mais si tu reviens à cette grâce de l’Image qui fut déposée en toi au commencement, tu possèdes en toi ce que tu cherchais : car la pureté, la paix de l’âme, l’éloignement du mal, c’est la divinité. Si donc ces choses sont en toi, Dieu est en toi.

        Quand donc la raison, en toi, est pure de tout mal, libre des passions, et entièrement étrangère à toute souillure, tu es bienheureux de ta vision aigüe, car ce qui est invisible aux non-purifiés, une fois purifié tu le comprends. Une fois écarté des yeux le brouillard charnel des yeux de l’âme, tu vois clairement dans l‘atmosphère sereine du cœur le spectacle béatifiant. Mais ce spectacle, quel est-il ? Pureté, sainteté, simplicité, toutes ces fulgurances de la nature divine à travers lesquelles on voit Dieu.