3° lecture Fête de la Croix Glorieuse

Jean 3, 13-17

Jésus Christ, le serpent d’airain élevé sur la croixPaul VI

Saint Bernard

La Vigne mystique ou Traité de la Passion du Seigneur, OC 6, p. 239s

        Beaucoup assurent qu’ils croient en Dieu, mais cette foi provient d’une coutume, parce qu’on voit ou qu’on entend dire que tout le monde a reçu cette foi. Ces gens-là, à cause de leur manque de foi, sont livrés aux atteintes des tentations et aux morsures des serpents qui leur occasionnent la mort. Regardons par quel remède fut guéri le vice de l’incrédulité des Hébreux dans le désert. Dieu dit à Moïse : Fais un serpent d’airain, place-le sur une tige droite en bois : ceux qui regarderont ce serpent seront délivrés de la morsure des serpents, c’est-à-dire de leur manque de foi. Le Seigneur lui-même a daigné expliquer le mystère de ce serpent en ces termes : Comme Moïse exalta le serpent dans le désert, ainsi il faut que soit exalté le Fils de l’homme, afin que, quiconque croira en lui, ne périra pas. Voyez-vous où nous sommes portés ? A Jésus qui fut élevé sur la croix, et qui est comparé avec beaucoup de raison au serpent d’airain dressé sur le bois. On dit que le serpent est mortifère, parce que la mort est entrée dans le monde par sa suggestion ; qu’il est d’airain, parce que, forgé simultanément aux feux de la charité et de la passion, rougi par le sang de la passion, il s’est durci dans la résurrection comme l’airain, parce qu’il ne meurt plus. L’exaltation de cet animal figure l’exaltation de Jésus crucifié. Voilà le serpent que sont conviés à regarder, s’ils veulent être sauvés, les incrédules. Ce serpent était le bâton, le sceptre de Moïse. Dans ce sceptre, insigne de la royauté, voyez Dieu ; dans le serpent, dont les suggestions causèrent la mort à nos premiers parents, considérez l’homme mortel. Ce sceptre fut changé en serpent lorsque le Verbe se fit chair, prenant ce qu’il n’était pas, c’est-à-dire l’humanité, et demeurant ce qu’il était, c’est-à-dire Dieu. De même que ce sceptre, devenu serpent, dévora les serpents des Mages égyptiens, de même Dieu, devenu homme, vainquit les ennemis qui excitaient aux péchés et à la fraude, triomphe qu’il remporta lorsqu’il fut exalté sur la croix, lorsqu’il étalait les fleurs de son sang, et répandait dans le monde l’odeur de ses fleurs, c’est-à-dire de ses vertus, et guérissait ainsi les cœurs.

        Regardons bien en face, nous aussi, Jésus Christ, le serpent d’airain élevé, si nous voulons être délivrés des suggestions du serpent redoutable qu’est le démon. Regarder le Christ en croix, c’est tendre vers lui par la foi, non par une foi faible, mais par une foi robuste et parfaite. Toutes les fois que nous nous verrons atteints par la morsure du serpent tentateur, courons à la croix.