Vendredi de la 19ème semaine du Temps Ordinaire

2 Rois 11,1 – 12,1

Athalie, la folie du pouvoirPaul VI

 

Adin Steinsaltz

Hommes et femmes de la Bible, p. 196s

 

        Aussi longtemps que son fils Achazya demeura en vie, Athalie resta, en quelque sorte, à l’intérieur de la sphère humaine, non seulement parce qu’il était le roi légitime, mais aussi parce qu’il était son fils. Alors avide de domination, exerçant probablement un réel pouvoir, elle n’éprouvait pas encore le besoin de ses apparats. La chute et la destruction de la maison de son père brisèrent les derniers liens d’Athalie avec le reste de l’humanité : elle n’avait plus d’autre but que d’assouvir sa seule soif de pouvoir. En d’autres termes, Athalie ne tenta pas de créer une nouvelle dynastie, ni de transférer son autorité à quelqu’un qui lui succèderait. Elle n’élabora même pas de réelles réformes politiques ou religieuses dans le pays. Elle n’était plus que l’expression de sa seule volonté et de sa seule passion : régner. Tout se passe comme si les barrages psychologiques, tous les autres sentiments humains avaient disparu de son psychisme. Ne se sentant plus concerné par l’avenir, elle établit un gouvernement totalitaire, dont la légitimité était limitée, et qui ne comportait que le sceau de sa propre personnalité. Au-delà de ses tentatives de détruire la descendance royale, vu la nombreuse postérité de David, c’eût été là chose tout à fait impossible, elle agit, semble-t-il, poussée par le désir d’exterminer tout le monde, d’entraîner tout la pays dans sa tragédie et dans ses souffrances, et d’étancher le seul sentiment qui l’animait encore : la soif du pouvoir. Elle demeurait le seul souverain, et elle continuerait à vivre, non pas pour réaliser quelque but élevé : désormais, sa vie ne représentait plus que l’expression ultime d’une personnalité à l’agonie. La mort d’Achazya, son fils, vit s’effondrer son dernier lien avec un certain genre de vie, avec un certain type de responsabilité. Elle entreprit alors d’éliminer tous ses sujets ; ce désir ardent n’était pourtant pas autodestruction, car elle était encore mue par une avidité folle de régner. Athalie sombra dans le poison de la soif du pouvoir. Elle n’était plus qu’une femme seule ; ses liens avec l’humanité, ses élans positifs, son espoir d’avenir ou ses souvenirs du passé avaient été anéantis, et elle demeura esseulée, avec une ambition démente.