Lundi de la19ème semaine du Temps Ordinaire

2 Rois 5, 1-19

Le bain de NaamanPaul VI

Saint Guerric d’Igny

Quatrième sermon pour l’Epiphanie, SC 166, p. 297s

        Quand bien même je serais tout entier couvert de la lèpre de Naaman en proie à ce mal incurable, le ferme conseil d’Elisée me ramènerait du désespoir à l’espérance : Va te laver sept fois dans le Jourdain et ta chair redeviendra nette.

        Que signifie ce septénaire, et quel est ce Jourdain ? A ce qu’on dit, Jourdain signifie : « Leur descente ». Mais la descente de qui donc ? Assurément de ceux qui s’humilient en faisant pénitence, de ceux qui s’immergent d’autant plus profondément et sont purifiés d’autant plus totalement par le bain du Jourdain spirituel, qu’ils descendent plus bas grâce aux degrés d’humilité. Il descendit, est-il dit, et il fut purifié.

        Descends, toi aussi, mon âme, descends du char de l’orgueil dans les eaux salutaires du Jourdain qui, de la source de la maison de David, coule maintenant dans le monde entier pour la purification du péché. Cette source, c’est l’humble pénitence qui coule de la grâce et de l’exemple du Christ, et qui, prêchée désormais sur toute la terre, lave les péchés du monde entier.

        Ô vous les Naaman de Syrie, car il n’y en a pas qu’un, ô vous qui êtes riches, mais lépreux, vous qui êtes fiers, mais coupables, pourquoi avoir une telle répugnance à vous laver dans les eaux aptes à vous guérir ? Une injonction peut-elle être lourde lorsqu’y est jointe la promesse du salut ?

        Finalement, non sans peine, on obtient que le pécheur orgueilleux descende et se lave dans le Jourdain. Il s’y lave sept fois, il s’y plonge tout entier, alors l’effet salutaire ne tarde pas à justifier la parole du prophète.

        Mais, hélas, grande est la misère de notre temps, car non seulement les lépreux riches, mais les pauvres eux-mêmes se montrent si délicats qu’ils supportent avec peine d’avoir seulement le talon mouillé par les eaux salutaires, ou bien il leur suffit d’un seul bain pour se croire parvenus à la pureté totale ! Tel n’est pas l’avis d’Elisée, il le dit clairement : Lave-toi sept fois et tu seras guéri. Il savait que nous devons imiter l’abaissement du Christ si nous voulons être parfaitement purs. Toi donc, mets tes pas dans les empreintes du Christ, même si c’est d’assez loin : imite la pauvreté, choisis la dernière place parme les pauvres, soumets-toi à la Règle de ton monastère, accepte d’avoir pour supérieur un plus jeune que toi, supporte les faux frères avec égalité d’âme, triomphe des critiques par la douceur, réponds par la charité à qui te fait souffrir. Assurément, une telle humilité ouvre les cieux et donne de nouveau l’Esprit d’adoption : le Père reconnaît son fils, il le recrée dans l’innocence et la pureté d’un enfant régénéré. C’est pourquoi l’Ecriture rappelle avec bonheur que la chair de Naaman fut restaurée comme celle d’un enfant nouveau-né.