3° lecture Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie

Luc 1, 39…56

Le ciel et la terre se joignent pour cette fêtePaul VI

Saint Bernard

Premier sermon pour l’Assomption de la Vierge Marie, OC 3, p. 577s

 

        Aujourd’hui notre terre a envoyé un précieux présent au ciel pour rapprocher, par cet heureux échange de présents d’amitié, les hommes de Dieu, la terre des cieux, notre bassesse de l’élévation suprême. Un fruit sublime de la terre s’est élevé là d’où nous viennent tous dons excellents, tous dons parfaits, et une fois montée dans les cieux, la bienheureuse Vierge Marie comblera à son tour les hommes de ses dons. Pourquoi n’en serait-il point ainsi ? Car le pouvoir ne lui manquera pas plus que la volonté. Elle est la Reine des cieux, la Reine de miséricorde, et de plus elle est la Mère du Fils unique de Dieu. Est-il rien qui puisse nous faire concevoir une plus haute estime de son pouvoir et de sa bonté ? A moins qu’on ne croie pas que le Fils de Dieu honore sa mère, ou qu’on doute que les entrailles de Marie où la charité même de Dieu a passé corporellement neuf moins entiers, se soient remplies de sentiments de Charité.

        Si je parle de la sorte, frères, c’est pour nous que je le fais, attendu que je n’ignore pas combien il est difficile que dans un si grand dénuement, on ne puisse trouver cette charité parfaite qui ne cherche point ses propres intérêts. Mais sans parler des grâces que nous recevons pour sa glorification, pour peu que nous ressentions d’amour pour elle, nous nous réjouirons de la voir retourner à son Fils. Oui, frères, nous la féliciterons, car elle est reçue aujourd’hui dans la cité sainte par Celui qu’elle a reçu elle-même la première, lorsqu’il fit son entrée dans ce monde, mais avec quel honneur, avec quelle allégresse, avec quelle gloire ! Sur la terre, il n’est point un seul endroit plus honorable que le temple du sein virginal où Marie reçut le Fils de Dieu, et, dans le ciel, il n’est point de trône supérieur à celui sur lequel le Fils de Dieu a placé sa mère. Recevant ou reçue, elle est également bienheureuse, elle l’est dans les deux cas d’un bonheur ineffable parce qu’elle l’est d’un bonheur inimaginable.

Pourquoi lit-on aujourd’hui dans l’Eglise du Christ précisément le passage où il est donné à entendre que la femme bénie entre les femmes a reçu le Sauveur ? C’est, je pense, pour nous faire estimer, ou plutôt pour nous faire comprendre combien est inestimable la réception que Marie reçoit aujourd’hui de son Fils par celle qui lui a été donnée à elle-même de faire. En effet, qui, pourrait dire, même en empruntant la langue des anges et celle des hommes, comment expliquer de quelle manière le Saint-Esprit est survenu en Marie ; la vertu du Très-Haut l’a couverte de son ombre, la vertu de Dieu par qui tout a été fait, s’est lui-même fait chair. Enfin, de quelle manière le Seigneur de majesté, celui que l’univers entier ne peut contenir, devenu homme, s’est enfermé dans les entrailles d’une Vierge ?