3° lecture Fête de saint Laurent

Jean 12, 24-26

« Celui qui me sert, qu’il me suive »Paul VI

Jean Tauler

Sermon 72, p. 585

        Notre Seigneur a dit : Que celui qui me sert me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Ces paroles sont pleines d’un sens noble et riche, et sur chaque mot on pourrait écrire tout un livre. Ces paroles nous permettent de reconnaître clairement qui sont les vrais serviteurs qui servent Dieu en vérité : ce sont ceux qui suivent Dieu et le suivent là et où il les attire. Dieu n’attire pas ses serviteurs sur un seul chemin, à une seule œuvre, à une seule manière d’agir, mais il les attire là où il est, c’est-à-dire à toute œuvre, en tout chemin, à toute manière d’agir. Car Dieu est en toute chose pourvu qu’elle soit bonne. Celui-là ne sert pas vraiment Dieu, s’il le sert de la façon choisie d’avance par lui, alors que Dieu veut l’attirer sur un autre chemin dont il se détourne. Agissant ainsi, il n’est vraiment pas le serviteur de Dieu !

        Pourquoi te détournes-tu si souvent de Dieu ? Pourquoi te disperses-tu ainsi ? C’est que Dieu n’a pas pénétré ton fond avec son essence, mais que tu t’es fait un Dieu imaginaire, à ta façon, et non pas selon son essence à lui. Voilà pourquoi, quand tes manières de piété te font défaut, tu perds aussi la présence de Dieu, et ainsi tu n’es pas un vrai serviteur qui suit Dieu. La seconde cause de cette dispersion, c’est que l’homme se répand dans les objets qui lui sont présentés par les sens et s’y attache ; qu’il ne laisse pénétrer ces choses en lui  qu’autant que le demande le besoin présent, qu’il ne les retienne pas pour s’attarder et s’entretenir intérieurement avec elles, pour parler et compter avec elles. Qu’elles soient pour lui comme quelque chose qu’il tient pour rien, qu’il laisse venir ce qui se présente , mais qu’il agisse alors comme si en toute chose il disait : « C’est Dieu que je cherche, que je désire, que je poursuis comme un chasseur ; quoi qu’il m’arrive, que Dieu me dirige et me conduise à bonne fin. Pourrait-il y avoir pour moi pire enfer et diabolisme plus mauvais, que de de ne pas aimer Celui que toutes les créatures poursuivent ?

        Que l’homme tende de toutes ses forces vers Dieu, à travers tous les événements. Qu’il ne s’attache pas aux choses de peur d’en être prisonnier ; qu’il laisse tout passer, et qu’il suive Dieu en toute discrétion, mais en s’y engageant tout entier. Qu’il garde en lui, en permanence, le sentiment de la présence de Dieu ; qu’en tout et en toutes choses, il cherche seulement et purement Dieu, toujours proche et intime dans son cœur.