3° lecture Dimanche de la19ème semaine du Temps Ordinaire – C

Luc 12, 32-48

« Vendez, donnez »Paul VI

Saint Bède

Commentaire sur saint Luc, PL 92, 494-495

        Vendrez ce que vous possédez et donnez-le en aumônes. Ne craignez pas, dit le Seigneur, que luttant pour le Royaume, vous manquiez en cette vie du nécessaire ; bien mieux, ce que vous possédez, vendez-le pour faire l’aumône. C’est ce que fait, comme il convient, celui qui, ayant une bonne fois rejeté pour le Seigneur tous ses biens, n’en travaille pas moins de ses mains par la suite, afin de pourvoir à sa propre subsistance et d’être en mesure de faire l’aumône. C’est de quoi l’apôtre se glorifie en ces termes : je n’ai désiré recevoir d’aucun ni or, ni argent, ni vêtements, vous le savez : c’est le travail de ces mains qui a suffi à mon entretien et à celui des miens. Je vous ai montré, de toutes manières, que c’est en travaillant ainsi qu’il faut secourir les faibles.

        Faites-vous des bourses qui ne vieillissent pas en faisant des aumônes dont vous recevrez une éternelle récompense. Il ne faut pas voir ici une interdiction de conserver aucun argent, même pour leurs propres besoins ou ceux des pauvres : aussi bien, lisons-nous que le Seigneur lui-même, qui avait les anges à son service, avait cependant pour servir d’exemple à son Eglise une bourse où il conservait les offrandes des fidèles, afin de subvenir aux besoins des siens et des indigents. Mais il nous demande de ne pas servir Dieu en vue de ces biens, et de ne pas délaisser la justice par crainte de la pauvreté.

        Faites-vous un trésor inépuisable dans les cieux, un trésor dont le voleur ne puisse approcher et que ne puissent consumer les mites. On peut comprendre simplement que les richesses s’épuisent, soit que le voleur vienne puiser dans la cachette, soit que ces richesses s’avilissent dans leur cachette à raison de leur inconsistance ; tandis que, données pour le Christ, elles confèrent, dans les cieux, un fruit éternel de miséricorde. On peut entendre également qu’un trésor de bonnes œuvres, amassé en vue d’avantages terrestres, se corrompt aisément et périt. Réuni dans un but purement surnaturel, il ne saurait être souillé du dehors par la faveur des hommes, ni du dedans par la tache de la vaine gloire.

        Là où est votre trésor, là aussi se trouvera votre cœur. Ce qui se doit entendre, non seulement de l’argent, mais de toutes les passions. Le Dieu du gourmand, c’est son ventre : là donc se trouve son cœur, car là est son trésor. Le prodigue met son trésor dans les festins, le frivole dans les divertissements. Par où l’on voit que chacun est l’esclave de la passion qui le domine.