2° lecture Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie

Ephésiens 1,1-14 ou 1,16 – 2,10

L’Assomption, cause de notre joiePaul VI

Karl Rahner

L’homme au miroir de l’année chrétienne, p. 228s

        Comme nous l’enseigne la foi, le doux éclat de la grâce qui inondait Marie au moment où la Parole du Créateur l’appela à l’existence, continue d’être aujourd’hui une réalité indestructible. Sa délicate humilité, la beauté de son esprit sans ombre, le don total d’elle-même à Dieu, bref, tout ce qui remplissait son âme lorsqu’elle dit : Je suis la servante du Seigneur, tout cela est un présent au visage sans cesse nouveau. La grandeur simple de sa vie et son sacrifice sous la croix de son Fils, toute cette beauté morale et cette sainteté qui jetèrent sur notre monde ténébreux une note de lumière et de grâce, tout cela est désormais vie éternelle et se mêle à l’océan de la vie divine, dont la symphonie retentit dans un éternel aujourd’hui. Ce qui jadis, dans sa vie terrestre, a pris peu à peu figure d’éternité, mais par morceaux, à travers l’écoulement du temps, est devenu un torrent débordant de joie bienheureuse qui envahit le présent unique de l’éternité, ce maintenant toujours identique et toujours nouveau qui, situé dans la sphère du supra-temporel, ne voit que de très haut et de très loin le déroulement du temps.

        Entre cette jubilation permanente et nous-mêmes, il n’y a que le mince rideau de notre condition temporelle, traversé par la lumière de la foi et par la voix de Dieu. Et que nous montre cette lumière, que nous atteste cette voix ? La vie éternelle de la Vierge très pure, car Dieu est un Dieu des vivants. Oui, ce cœur plein de bonté et comblé de la béatitude est proche, tout proche, de cette proximité singulière que donnent la foi et l’amour, de cette proximité du monde éternel que connaissent ceux qui y aspirent de toute la force de leur désir. Et lorsque, du lointain abîme de nos jours mortels, nous saluons son éternel aujourd’hui, ce que nous atteignons n’est rien d’autre que la plénitude d’une vie bienheureuse qui commença à sourdre il y a près de deux mille ans. C’est dire que cette éternité de bonheur a jailli des sombres vallées de notre vie éphémère. Comment dès lors ne pas lever des yeux pleins d’espérance vers cette béatitude de Marie, dans laquelle nous voyons la réalisation première du sort bienheureux qui  nous attend ?