2° lecture Dimanche de la Passion

Isaïe 50, 4-9

Le baiser de l’époux

Guillaume de Saint-Thierry

Méditations et prière, Huitième méditation, p. 119s

        Pour que le visage de l’épouse fût digne du baiser de l’époux, ton visage à toi, Seigneur, fut couvert de crachats ; pour que celui de l’épouse devînt joli et gracieux, le tien, Seigneur, a été défiguré par les lourds soufflets et les coups de roseaux. Ton visage, Seigneur, a été rassasié d’opprobres aux regards de tous les hommes, pour que celui de l’épouse se montrât dans toute sa fraîcheur et toute sa grâce. Cela ne suffisait pas encore : tu lui as préparé la piscine de ton sang précieux de ton sang précieux, où se laveraient les enfants de Dieu, te soumettant à d’horribles supplices pour expier nos horribles forfaits. Aucune pénitence n’aurait pu affronter la face de la souveraine Justice pour en faire réparation, si, aux supplices que tu as endurés, ne s’était ajoutée ton innocence ; et c’est ta qualité de Fils de Dieu qui a obtenu à ta piété d’être exaucée.

        A cause de mes mains qui ont fait ce qui est défendu, tes mains, Seigneur, ont été percées de clous ; à cause de mes pieds, tes pieds ont été transpercés ; à cause de mes mauvais regards, de ce que j’ai écouté qui était mal, tes yeux, tes oreilles se sont endormis du sommeil de la mort. La lance du soldat a ouvert ton côté pour que ta blessure permît à mon cœur impur d’écouler toutes les ruines à demi calcinées, accumulées par de nombreuses fautes ; pour en finir, tu es mort afin d’obtenir la vie, tu as été enseveli pour me permettre de ressusciter.

        Voilà bien le baiser de ta douceur à ton épouse, l’étreinte de ton amour à celle que tu aimes ! Ce baiser, la confession du bon larron l’obtint sur la croix. Pierre le reçut aussi au moment du reniement  quand, le Seigneur l’ayant regardé, il sortit en pleurant amèrement. Et plusieurs de ceux qui te crucifièrent, convertis après ta Passion, s’unirent à toi dans ce baiser. Marie, jadis la proie de sept démons, exultait dans cette étreinte, tandis que le traître, avec sa malice, s’en était arraché. Elle serrait, cette étreinte, publicains et pécheurs, les amis, les convives que tu t’étais choisis ! C’est là que nous trouvons Rahab, la prostituée convertis, et Babel ton  amie, les étrangers, Tyr et les noirs Ethiopiens. Mais, où donc les emportes-tu, ceux que tu embrasses, que tu étreins de la sorte, sinon jusqu’à ton cœur ? Bienheureux ceux que ton étreinte y emporte !