2° lecture Dimanche de la 5ème semaine de Carême

Hébreux 10, 26-39

« Mon juste vivra par la foi,

et s’il se dérobe, mon âme ne se complaira pas en lui »

Cardinal John-Henry Newman

Sermons paroissiaux, tome 5 : la sainteté chrétienne, p. 174s

        L’Ecriture ne contiendrait pas un tel avertissement, s’il n’y avait aucun danger que nous nous dérobions et perdions, de ce fait, cette vie en présence de Dieu que la foi nous garantit. Une créature est bénie lorsqu’elle vit devant la face de Dieu : quand elle a accès à la cour du Roi des rois, à cet état de grâce et de gloire que le Christ nous a obtenu. La foi est ce qui assure la continuité de la vie divine en nous : c’est par la foi que vit le chrétien, mais s’il se dérobe, il meurt, sa foi ne lui sert de rien, ou plutôt son retour au péché marque un recul de sa foi, et Dieu ne le regarde plus avec faveur. Et cependant, si clairement que cela soit affirmé dans l’Ecriture, les hommes de tous les temps se sont figurés qu’ils pouvaient pécher gravement tout en gardant leur espérance chrétienne. Ils se sont rassurés en pensant à l’infinie miséricorde de Dieu, comme s’ils ne pouvaient pas châtier les pécheurs ! Ou bien, ils ont prétendu que c’étaient les circonstances qui les avaient incités à pécher, ou espéré que leur zèle pour la vérité, ou leurs aumônes compenseraient leur inconduite. Ou bien encore, ils ont compté sur leur repentir à venir. La plus subtile de ces excuses est celle qui vient d’une doctrine généralement reçue de nos jours, selon laquelle la foi dans le Christ est compatible avec un état très imparfait de sainteté, ou même avec celui d’injustice, et qu’elle nous vaut le pardon pour cet état d’injustice. De sorte qu’un fidèle peut se conduire à peu près comme les autres, avec cette différence que lui possède ce qu’il appelle la foi, foi que ne possèdent pas les autres. Certes il commet des péchés, tout comme les autres, cependant ensuite il en est profondément affligé ; il serait, tout comme les autres, l’objet de la colère de Dieu, s’il n‘avait la foi pour la dissiper. Et c’est ainsi que l’obligation de mener une vie sainte est, de fait, éliminée aussi complètement que s’il déclarait tout uniment qu’elle n’était point requise.

        La foi, si elle est véritable et vivante, exclut les transgressions et triomphe peu à peu des infirmités ; tant que durent ces infirmités, la foi les voit avec tant de répulsion qu’elle contribue à leur pardon et tient lieu de la justification qui advient peu à peu. Cette doctrine est vraiment sainte, car elle nous procure le pardon sans nous dispenser d’obéir.