Mardi de la 5ème semaine du Temps Ordinaire

1 Corinthiens 2, 1-16

« Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort »

Bossuet

Panégyrique de saint Paul, OC tome 2, p. 322s

       Trois choses contribuent ordinairement à rendre un orateur agréable et efficace : la personne de celui qui parle, la beauté des choses qu’il traite, la manière ingénieuse dont il les exprime. Et la raison en est évidente : car l’estime de l’orateur prépare une attention favorable, les belles choses nourrissent l’esprit, et l’adresse de les expliquer d’une manière qui plaise les fait doucement entrer dans le cœur. Mais de la manière que se présente le prédicateur dont je parle, il est bien aisé de juger qu’il n’a aucun de ces avantages.

       Si vous regardez son extérieur, il avoue lui-même que sa mine n’est point relevé : Il est faible et sa façon de parler est lamentable. Si vous considérez sa condition, il est pauvre, il est méprisable et réduit à gagner sa vie en exerçant un métier manuel. Peut-être que sa doctrine est belle et pleine d’intérêt, à tel point que l’on trouvera du bonheur à s’y intéresser. Hélas, il n’est pas de la sorte, car il ne sait rien que ce qui choque, ce qui scandalise, ce qui paraît folie et extravagance : il ne sait rien d’autre que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. Comment peut-il espérer que ses auditeurs cherchent à comprendre ce qu’il dit ? Ô Paul, si la doctrine que tu annonces est si étrange et si difficile, adoucis au moins son austérité par les charmes de ton éloquence.

       A Dieu ne plaise, répond-il, que je mêle la sagesse humaine à la sagesse du Fils de Dieu ! C’est la volonté de mon maître que mes paroles ne soient pas moins rudes que ma doctrine paraît incroyable.

       Aimons, aimons donc, frères, la simplicité de Jésus ; aimons l’Evangile avec tout ce qu’il a de beau, et tout ce qu’il a de bas ; aimons Paul dans son style rude, et profitons d’un si grand et bel exemple. Au milieu des discours qui plaisent, ne jugeons rien de digne de nous que les enseignements qui édifient. Accoutumons-nous à aimer Jésus-Christ tout seul dans la pureté de ses vérités toutes saintes, que vous voyions encore régner dans l’Eglise cette première simplicité, qui fait dire au saint apôtre Paul : Jes suis faible, parce qu’alors je suis fort.