Vendredi après l’Epiphanie du Seigneur

Luc 5, 12-16

Jésus  guérit  l’inguérissable  lepre

Ambroise de Milan

Traité sur l’évangile de saint Luc, tome 1, SC 45bis, p. 183s

       Je le veux, sois purifié. Il est bien que, pour cette guérison de lépreux, on ne désigne expressément aucune localité, pour montrer que ce n’est pas le seul peuple d’une cité spéciale, mais les peuples de l’univers qui ont été guéris. Il est également bien que, dans saint Luc, cette guérison soit le quatrième prodige depuis l’arrivée du Seigneur à Capharnaüm, car si le Créateur a donné au quatrième jour la lumière du soleil, et l’a ainsi rendu plus éclatant que les autres jours ; alors qu’apparaissaient les éléments du monde, nous devons également considérer cet ouvrage comme plus éclatant. Le lépreux se prosterne face contre terre, ce qui est humilité et confusion, en sorte que chacun rougisse des souillures de sa vie. Mais la retenue n’a pas étouffé l’aveu : il étend la main, il montre ainsi sa plaie ; il demande le remède, et son aveu est plein de religion et de foi : Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. A la volonté du Seigneur, il attribue la puissance ; quant à la volonté du Seigneur, il n’en a pas douté faute de croire en sa bonté, mais, conscient de sa souillure, il ne l’a pas escomptée. Et le Seigneur, avec cette dignité qui Lui est coutumière, lui répond : Je le veux, sois purifié. Et à l’instant même, la lèpre le quitta. Il n’y a pas d’intervalle entre l’œuvre de Dieu et son ordre : l’ordre même inclut l’œuvre. Aussi bien, Il dit, et cela fut fait. Vous le voyez bien, on ne saurait douter que, pour Dieu, vouloir, c’est pouvoir. Si donc chez Lui vouloir, c’est pouvoir, ceux qui affirment l’unité de vouloir dans la Trinité affirment à coup sûr l’unité de pouvoir. Ainsi la lèpre s’est aussitôt retirée : reconnaissez la volonté de guérir qui a fait suivre l’action de la réalisation.

       Et il n’en est pas qu’un  seul dont la lèpre soit guérie : il y a tous ceux dont il est dit : Vous êtes maintenant purs grâce à la parole que je vous ai dite. Si donc le remède de la lèpre est la parole, le mépris de la parole est assurément la lèpre de l’âme. Mais pour que la lèpre ne passe pas au médecin, chacun, prenant modèle sur l’humilité du Seigneur, doit éviter la gloriole. Pourquoi en effet recommander de n’en parler à personne, sinon pour nous apprendre à ne pas divulguer nos bienfaits, mais à les cacher, de manière à écarter le salaire non seulement de l’argent, mais de la faveur ? Peut-être encore la raison qui fait prescrire le silence est-elle une préférence pour ceux qui croiront par une foi spontanée plutôt que par l’espérance des bienfaits.