Mardi de la 3ème semaine du Temps de l’Avent

Isaïe 40, 12-18+21-31/Matthieu 1, 18-24

saint joseph songe à renvoyer Marie

Saint Pierre Chrysologue

145ème sermon

       Comment était-il juste celui qui décida de ne pas discuter avec sa fiancée de cette conception ? Il ne s’enquiert pas auprès de la suspecte de la cause de sa honte ! Il ne se porte pas à la défense de la réputation de sa fiancée, mais poursuit son enquête ! Il voulait la renvoyer en secret. Cela semble convenir davantage à un juste, mais selon un jugement humain, non divin. Auprès de Dieu, il n’y a pas de pitié sans justice, ni de justice sans pitié. Selon le point de vue céleste, il n’y a pas d’équité sans bonté, ni de bonté sans équité. Les vertus s’écroulent de côté et d’autre, si elles sont séparées. L’équité sans la bonté est de la dureté, la justice sans la pitié est de la cruauté. C’est à juste titre qu’on appelle Joseph juste parce qu’il est pieux, et il est pieux parce qu’il est juste. En pensant à la piété, il s’est gardé de la cruauté. En remettant à plus tard l’accusation, il a conservé la justice ; en différant la punition, il a échappé au crime. En fuyant la dénonciation, il s’est éloigné de la condamnation.

       Sa sainte âme bouillonnait, transpercée par la nouveauté de la chose. Sa fiancé était là debout devant lui, enceinte mais vierge. Elle était là, grosse d’un rejeton, sans avoir sacrifié sa pureté. Elle se tenait là pleine de sollicitude pour le fœtus, mais sûre de son intégrité. Elle se tenait là vêtue d’une robe de maternité, mais sans avoir mis à la porte l’honneur de sa virginité. Devant ces choses, que pouvait donc faire son fiancé ? L’accuser de crime ? Mais il était lui-même témoin de son innocence. La dénoncer ? Mais il était lui-même le gardien de la pudeur. La charger du crime d’adultère ? Mais il était lui-même le garant de sa virginité. Que faire devant tout cela ? Il pensa à la renvoyer, parce qu’il ne pouvait pas faire connaître à l’extérieur ce qui s’était passé, ni le garder secret à l’intérieur. Il pensa à la renvoyer, et ne confia ce projet qu’à Dieu, car il n’avait rien qu’il puisse dire à l’homme.

       Joseph, fils de David, n’aie pas peur. L’ange l’avertit de ne pas avoir peur de prendre les intérêts de sa fiancée. Et une âme miséricordieuse tremble d’autant plus qu’elle compatit. Joseph, fils de David, n’aie pas peur. . De peur que, quand ta conscience t’aura rassuré, la connaissance du sacrement ne te fasse défaillir. Joseph, fils de David, n’aie pas peur. Ce que tu vois est une vertu, non un crime. Ce n’est pas la chute d’un être humain, mais une irruption divine. C’est une récompense, non une punition. C’est la cause de la vie, non de la mort. Ne crains donc pas parce que celle qui a mérité de donner la Vie ne mérite pas d’être mise à mort. Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre Marie pour ton épouse. Appeler épouse une conjointe, cela vient de la loi divine. Comme elle est mère en conservant sa virginité, elle est épouse en conservant la pudeur.