Mardi dans l’Octave de Pâques

Jean 20, 11-18

L’apparition à Marie-Madeleine

Saint Jérôme

Lettres, tome VI, lettre 120 à Hédybia, n° 5, p. 133s

        Marie-Madeleine, voyant deux anges vêtus de blanc à l’endroit où le corps de Jésus avait été déposé, ignorant qui elle apercevait tant elle était dans la stupeur et l’effroi, tournait le visage de tous côtés, ne désirant voir rien d’autre que le Seigneur. S’étant complètement retournée, elle vit Jésus debout, sans savoir que c’était Jésus. Marie, stupéfaite, prit pour le jardinier celui qu’elle recherchait avec tant de zèle. C’est pourquoi les anges, puis le Seigneur à son tour, usant des mêmes mots, lui disent : Femme, pourquoi pleures-tu ? A quoi le Seigneur ajoute : Qui cherches-tu ? Et elle de répondre : O homme, si tu l’as enlevé, dis-moi où tu l’as mis et moi je l’emporterai. Celui que gardait une cohorte de soldats, sur le sépulcre de qui étaient assis des anges, elle s’imagine qu’il a été enlevé par le jardinier. Ignorant la faiblesse féminine, elle se promet assez de force pour que ce corps, ce corps, le corps d’un homme dans la force de l’âge pût être porté par une femme seule et tremblant de peur. Quand Jésus l’eut appelée et eut dit : Marie, pour qu’elle reconnût à la voix de celui dont elle méconnaissait les traits, elle, persistant dans son erreur ne le nomme aucunement Seigneur, mais Rabbouni, c’est-à-dire maître. Vois quel est son trouble ! Celle qui prenait Jésus pour la jardinier et l’appelait Monsieur, maintenant, le Fils de Dieu ressuscité, elle l’appelle Maître. Aussi, à celle qui cherchait le vivant parmi les morts, et qui par suite d’une erreur féminine et de la faiblesse inhérente à son sexe courait çà et là, et cherchait le cadavre d’un supplicié, alors qu’il vivait et qu’elle venait de toucher ses pieds, le Seigneur adresse ces paroles : Ne me touche pas, car, pour toi, je ne suis pas encore monté vers mon Père. En voici le sens : Celui que tu cherches mort, tu ne mérites pas de le toucher vivant. Si tu crois que je ne suis pas encore monté vers mon Père, mais que j’ai été enlevé par la fourberie des hommes, tu ne mérites pas de me toucher. Or, il disait cela, non pour émousser en elle le zèle de la recherche, mais pour qu’elle sache que l’économie de la chair assumée est maintenant changée en gloire divine. Madeleine ne doit plus chercher à être corporellement avec le Seigneur : elle doit croire spirituellement qu’il est établi à la droite du Père.